Autopsie d’une société pas vraiment civile, et un peu débile

Crédit image: Flagsonline.

La vie d’une nation est animée par divers acteurs, censés exceller dans leurs domaines respectifs. Politiques, civils, militaires, commerçants, intellectuels…sont, parmi tant d’autres, des acteurs qui animent la République. Ce qui est commun à tous ces acteurs, c’est leur appartenance au peuple, leur attachement à un territoire déterminé, leur amour à une patrie donnée, bref, leur patriotisme et leur envie de participer à la vie du pays. L’angle qui retiendra notre attention tout au long de ce babillage, c’est la politique. Point la politique politicienne, mais la politique républicaine, la politique telle qu’elle devrait être. Selon le Petit Larousse Grand format, édition 1997 (mon tout premier dico), Politique désigne : « ce qui est relatif à l’organisation du pouvoir dans l’Etat, à son exercice ; ensemble des pratiques, faits, déterminations du gouvernement d’un Etat ou d’une société ».
La vie politique d’une nation est alors animée par des regroupements idéologiques, appelés « partis politiques ». Il ne s’agit en aucun cas de regroupement sur fond ethnique, clanique ou tribal, mais uniquement idéologique.

De la nécessité de s’engager dans un « parti politique ».

Ce qui est fondamental, ici, c’est la liberté politique. Tout citoyen a le droit sacré d’appartenir à une formation politique. Tant qu’il n’est pas déchu de ses droits civiques, il peut militer, œuvrer au sein de la formation politique de son choix. Pour cela, il n’a de compte à rendre à personne, et ne doit point en être inquiété, de quelque manière que ce soit. Le revers de la médaille, et d’ailleurs ce qui est encore plus sacré, c’est le droit de n’appartenir à aucune formation politique. Les partis politiques, je le disais plus haut, étant des regroupements idéologiques, l’on est libre d’épouser ou de ne point partager telle ou telle idéologie. Dans ce cas, soit on est convaincu par sa propre idéologie et certain que de nombreux autres citoyen partagent la même idéologie, et on créé sa propre famille politique, soit, l’on est seul à penser ainsi, et on n’appartient à aucun parti politique. Là aussi, c’est le principe de la liberté. Seulement, lorsqu’on est un citoyen à part entière, l’on doit avoir une vision pour son pays, l’on doit nourrir des désirs et des ambitions pour sa patrie, l’on doit, en bref, nourrir des rêves pour son pays. Ces rêves, à défaut d’être reflétés par un programme politique défendu par un parti politique, doit se traduire par un engagement sans faille dans la vie politique de la nation. Il est donc nécessaire, sinon impératif d’appartenir à une famille politique, afin de jouer sa partition dans le concert des acteurs politiques.

Alors, pourquoi cette indifférence ?

Le togolais ne sent point la nécessité d’appartenir à une formation politique, peut-être parce qu’il n’a jamais été associé à la gestion de la chose publique. La raison pourra se trouver ailleurs, mais la célèbre phrase citée à Gettysburg (gouvernement du peuple, par le peuple, et pour le peuple), n’a jamais été aussi méprisée qu’au Togo. Depuis l’indépendance en 1960, et le coup d’état qui a suivi, le Togo a toujours été géré par un clan, par une nomenclature, une jet-set, un cercle très fermé, sans jamais rendre de compte à qui que ce soit. Ceux qui sont aux destinées du pays sont au dessus de la loi, et sont ipso facto, déconnectés de la triste réalité du commun des togolais.
Le togolais ne sent point la nécessité d’appartenir à une formation politique, peut-être parce qu’il a peur de se retrouver entre le marteau et l’enclume. Des années durant, nous avons assisté à une bipolarisation de la scène politique, sur fond de regroupement ethnique, avec quelques traces de haine, et quelques cuillerées de désir de vengeance : d’une part, le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT), parti au pouvoir depuis 1967, parti du principal instigateur du coup d’état, originaire du Nord du pays (Kabyè), et l’Union des Forces du Changement (UFC), principal parti d’opposition, parti du fils de la victime du coup d’état de 1963, parti du leader pseudo charismatique, originaire du Sud du Togo (Ewé). Ce qui créait une situation où, les autres ethnies n’avaient pas vraiment envie de faire de la politique, qui s’apparentait beaucoup plus à un règlement de compte.
Entre temps, l’actuel président, Faure Essosimna Gnassimgbé, a réussi à rallier à sa cause l’opposant charismatique, à l’issue d’un accord supposé historique. Du coup, il y a eu sentiment de traitrise, de trahison, de la part des ex-compagnons de l’opposant charismatique, Olympio, qui se sont rapidement ligués pour former un autre parti politique, l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC). La fusion entre RPT-UFC a permis aux autres partis politiques qui existaient aussi mais qui étaient quasi invisibles, à reprendre du poil de la bête : Comité d’Action pour le Renouveau(CAR), Convention Démocratique des Peuples Africains (CDPA), Pacte Socialiste pour le Renouveau (PSR)…  Il convient de rappeler que tous ces partis politiques ont eu, au nom des successifs gouvernements d’union nationale de large ouverture et de grande compétence, à participer à la gestion des affaires du pays, à travers des postes ministériels, primo ministériels, et autres. Le togolais n’ayant remarqué aucun changement, perd le peu de confiance qu’il avait en ces leaders. Du coup, il se demande pourquoi adhérer à un parti qui a déjà fait ses preuves au gouvernement mais qui n’a rien foutu ! Jusqu’à ce jour, cette question garde tout son sens.

Le togolais ne sent point la nécessité d’appartenir à une formation politique, et d’exercer son droit de vote, peut-être parce qu’il ne se reconnait pas au travers des résultats des élections auxquelles il participe. Il sait que sa voix n’a point compté, et qu’il a été bradé, il sait que celui qui est proclamé vainqueur des élections n’aurait jamais dû l’être, il sait qu’avant de plonger son bulletin dans l’urne, les résultats sont déjà connus, et on ne tiendra jamais compte de son avis, de son vote. Pourquoi participer à une telle mascarade ? Pourquoi perdre tout ce temps dans une file d’attente, si au bout, on désigne quelqu’un pour qui, ni lui, ni de nombreux autres togolais n’ont voté ? Autant accepter les t-shirt, calendriers, pain de savon et autres gadgets publicitaires des campagnes électorales, et ne point bouger, le jour du vote.
Le togolais ne sent point la nécessité d’appartenir à une formation politique, enfin et surtout parce que les partis politiques n’ont pas de programme, aucune politique, et donc sont peu convaincants. Le parti, dès qu’il est créé, ne pense qu’à dialoguer avec le parti au pouvoir ; il ne cherche qu’à négocier, à faire des compromis avec le système en place, et néglige le nécessaire : la sensibilisation de la population, l’explication de son/ses idéaux, l’exposition de son programme et politique sociale, économique… Les partis qui existent aujourd’hui, UNIR, UFC, ANC, CAR, OBUTS, PSR, PRR, CDPA, NET, aucun n’a de véritable ambitions en santé, infrastructures, éducation, couverture sociale, morales, bien-être de la population. Aucun ! Même s’il y en a, il n’est pas suffisamment ventilé, de quoi permettre au togolais de faire la différence entre les partis politiques, et de faire un choix éclairé d’appartenir à l’un d’entre eux. C’est triste. Moi qui vous parle, enfin moi que vous lisez, depuis ma majorité, je n’ai jamais adhéré à un parti politique, ni participé à une élection, législative comme présidentielle. Juste parce que je ne connais le programme d’aucun des candidats, et parce que je savais à peu près ce que seraient les résultats. Du coup, je me suis dit pas besoin de perdre du temps.

Le prix de l’indifférence…

Participer ou ne pas participer à la vie politique de son pays, est un choix conscient, réfléchi et totalement libre, mais pas du tout exempt de toute conséquences. Lorsqu’on choisit de ne pas adhérer à un parti politique, l’on fait partie des indécis, et l’on devient l’électorat à convaincre, la cible que tout parti politique voudra et devra atteindre et convaincre. Cela n’est pas forcément mauvais ; il faut se faire désirer, histoire de se sentir important. Mais lorsque, comme moi, on décide délibérément de ne point voter, de ne même pas s’inscrire sur une liste électorale, de ne point retirer sa carte d’électeur, cela a de fâcheuses conséquences sur la vie de la nation.
De prime abord, cela fausse les statistiques sur la population électorale. Lors des recensements, chaque parti politique essaie de comparer les données nationales au nombre de ses partisans, sympathisants et surtout adhérant. Ne pas adhérer à un parti, ou ne pas s’inscrire sur les listes électorales trouble énormément les données, et rendent incertain l’issue des élections.
Ensuite, l’indifférence des citoyens, ou la faible participation à un scrutin, favorise les candidats qui ont pu mobiliser une certaine partie de l’électorat. Même si le gagnant n’est pas forcément légitimé par la participation massive de la population, ni plébiscité par un vote écrasant en sa faveur, l’abstention ou l’indifférence constitue tacitement un vote en sa faveur. Du coup, tout le pays tombe sous le joug d’un candidat qui ne fait pas forcément l’unanimité, ou moins n’a pas l’aval de la majorité.
Enfin, le fait que le peuple s’intéresse peu aux différents scrutins fragilisent énormément les institutions de la République. Un Président élu à 20%, est forcément vomi par les 80% restants. Comment dans ce cas engager des réformes, comment avancer, comment mettre en œuvre une politique avec 80% de la population qui est hostile au Président ? Un parlement, à travers lequel le peuple ne se reconnait pas, a beau voter d’excellentes lois, ces dernières passeront difficilement. Pis, comment voudriez-vous plus tard, renverser un Président ou un Parlement que vous n’avez pas élu ? Par quel moyen ? Conséquences ? Gouvernements d’union nationale qui ne foutent jamais rien, moult dialogues avec l’opposition, perte de temps, et finalement, le Président ne voit d’autres recours que de s’appuyer sur la police et les forces armées pour maintenir un semblant de paix et d’ordre.

Oui mais et alors ?

Moi, Aphtal, j’ai fini par comprendre qu’à chaque fois que je me fais « agresser » par un policier, c’est de ma faute ; à chaque fois que ce parlement vote des lois, à chaque fois qu’un vaurien est promu ministre, à chaque scandale national, à chaque marche de l’opposition sévèrement réprimée, à chaque organe de presse muselée, à chaque intervention musclée de l’armée, à chaque allocution insultante du Président et de ses sbires, bref à chaque exaction commise au nom de la gestion de la chose publique, je reconnais que c’est ma faute, et que je le mérite. Ma faute ? C’est de n’avoir pas voté ! Ma faute, c’est de n’avoir point saisi l’occasion de m’exprimer clairement à travers un bulletin de vote ! Ma faute, c’est de m’être tu, c’est de n’avoir point glissé un bulletin « carton rouge » dans l’urne. Eh oui, Ahmadou Kourouma (mon maître à penser et idole) le disait si bien : « quand on refuse, on dit non ! ».
Eh bien dire non au régime en place, dire non à sa gestion calamiteuse, dire non à sa situation actuelle, c’est voter. Dire non, c’est d’aller s’inscrire sur une liste électorale parce qu’on a quelque chose à dire ; c’est d’aller chercher sa carte d’électeur, prendre un bulletin et se rendre dans l’isoloir ! C’est de cocher dans la case du changement, en son âme et conscience, seul devant le prétoire de sa conscience. C’est voter utile, c’est voter pour un candidat autre que celui qui a la gestion actuelle des affaires.
Dire non, c’est également exiger des partis politiques des programmes clairs, précis et constructifs ; c’est exiger la transparence dans la gestion et la direction desdits partis, car la gestion du pays sera plus ou moins calquée sur la gestion du parti. Dire non, c’est poser des questions aux candidats et chefs des partis politiques, c’est chercher à comprendre leur démarche, c’est chercher à être convaincu et à partager leurs idéologies, leurs idéaux, leurs rêves, leurs ambitions.

Les peuples n’ont que les dirigeants qu’ils méritent ! A peuple silencieux, dirigeant silencieux ; à peuple pervers et laxiste, idem dirigeant ; à peuple stupide et ignorant, pareil dirigeant ; à peuple débile, dirigeant débile. En ce qui me concerne, j’ai décidé de ne plus me taire. J’ai décidé de ne plus être laxiste, de ne plus être indifférent ! J’ai décidé d’agir, de m’impliquer dans la gestion de mon pays, de choisir mon propre président, de choisir mon propre représentant au parlement, à chaque fois que l’occasion se présente. A chaque consultation populaire, à chaque législatives, à chaque référendum, à chaque élections communales et locales (les toutes premières au Togo), je me prononcerai, je voterai, je choisirai, j’agirai, je dirai oui, ou non. Ma voix compte énormément dans le destin de la terre de nos aïeux. D’ailleurs, ce n’est plus la terre de nos aïeux. C’est ma terre, c’est notre terre à tous, elle nous appartient actuellement, avant de devenir à notre tour, des aïeux.

La participation à la vie et à la gestion de cette patrie, c’est une affaire de tous. En ce qui me concerne, c’est ce que j’en pense. La fabuleuse théorie de la séparation des pouvoirs distingue trois pôles dans une République : le Législatif, l’Exécutif et le Judiciaire. Brillante disposition de Montesquieu. Et moi tout humblement, j’ajouterai à ces trois pouvoirs : Le peuple. Oui, le peuple, c’est l’alpha et l’oméga dans la république. C’est la société pensante, intelligente, civile, et non débile. «  Togolais, viens! Bâtissons la cité »
J’ai dit !

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Aphtal CISSE
Togolais de nationalité, citoyen du monde par nature et juriste de formation. Les seules règles que je respecte sont celles que je me fixe moi-même! Et la première d'entre elles, est le RESPECT! Pour le reste, que les bénédictions soient!

7 réflexions sur “Autopsie d’une société pas vraiment civile, et un peu débile

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  4. S’engager ou ne pas s’engager politiquement,telle est la question.Il est inconstestable que la politique ai un impact direct qu’on le veuille ou pas sur la vie d’un simple citoyen lambda.En t’engageant toi Aphtal,tu participes ainsi à la vie politique de ton PAYS,le TOGO.C’est une démarche citoyenne louable et en ton honneur.Pourvu que la MAJORITE des JEUNES TOGOLAIS prennent aussi CONSCIENCE que c’est dans l’action et non dans l’inaction que chacun peut changer les choses.Le contexte politique fait qu’ils ont d’autres précoccupations:trouver un travail,un logement,de la nourriture.Le SALUT du TOGO ne viendra que par une JEUNESSE RESPONSABLE capable de RELEVER tous les DEFIS pour espérer avoir un AVENIR MEILLEUR…

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