D comme dialogue, D comme dilatoire

Arbre à palabre (Google Images)

Pour avoir roulé ma bosse dans les petites associations de quartier, et regroupements de jeunes, je sais qu’à toute réunion, il y a une feuille de route, que l’on appelle « Ordre du jour ». Vous savez, sur un bout de papier, on met chronologiquement tout ce qu’on va dire et faire durant la réunion. Du mot de bienvenu, aux jus de bissap comme cocktail de fin, en passant par le discours très attendu des présidents et chefs de commissions, tout est écrit, et porté à la connaissance des participants de la réunion. Tout le monde le sait. Même aux messes d’enterrement, il y a ordre du jour.

Eh bien, petite affaire de « ordre du jour » que moi je mets dans amusement là, c’est un sérieux problème d’envergure nationale dans mon pays. Eh oui. Vous n’allez pas me croire. Le gouvernement, sous le plus que haut patronage de son excellence le Premier Ministre, a encore initié un énième dialogue, auquel enfin, le Collectif Sauvons le Togo (CST) et la Coalition Arc-en-ciel ont accepté de participer. Tous les grands de ce pays se sont donc retrouvés pour discuter et trouver des solutions aux problèmes nationaux. Sauf qu’en l’absence de feuille de route, d’ordre du jour, le dialogue n’a pas eu lieu, et donc aucune solution trouvée à nos problèmes.

Au Togo, on dialogue pour tout. Pour construire hôpital, pour augmenter les salaires, pour recruter des enseignants, pour construire des ponts, pour donner de l’engrais aux paysans, pour bien administrer notre système judiciaire, pour lutter contre la corruption, pour construire des routes, électrifier des zones, il nous faut dialoguer. Le gouvernement, malgré « sa large ouverture et sa grande compétence », est incapable de faire quoi que ce soit sans dialogue, sans consensus, sans consulter les partis de l’opposition. Nous, on est pas pédant comme François Hollande qui n’a aucun ministre UMP dans sons gouvernement; nous, nous ne sommes pas si imbus de nous-mêmes, comme les démocrates qui gouvernent sans républicain. nous, on fait tout sous l’arbre à palabre. Maintenant que les partis de l’opposition acceptent venir en aide, gouvernement dit qu’il n’y a pas « ordre du jour ». Le premier ministre a pourtant déclaré au début du dialogue qu’  « aucun sujet n’est tabou ». Ce qui voudra dire qu’on pourra parler de tout, sans restrictions aucune, sans gêne.

Et pourtant, il y a tabou dans tabou…

Des sujets tabous, il y en a. Comme par exemple les réformes constitutionnelles et institutionnelles. Ça c’est tabou. Cela est même blasphématoire. On ne doit point prononcer ces mots dans le très saint temple de la primature. Ce n’est ni le moment, ni le lieu d’en parler. On pourra en reparler après ce dialogue, peut-être l’an prochain, ou encore en 2015, mais en tout cas après les élections législatives. Ah oui, c’est la priorité des priorités, les législatives. C’est comme un ordre donné par Jack Bauer de localiser un appel. On détourne tous les satellites à cet effet.

Et c’est un peu ce à quoi ont été conviés les responsables du CST et de la coalition. Sans feuille de route, sans ordre du jour, on leur demande de discuter des prochaines élections législatives. C’est la priorité. Aucun sujet n’est tabou, mais il vaudra mieux ne point parler de réformes constitutionnelles. Surtout pas. Dans ce cas, que faisons-nous là, assis autour de cette table ? Juste pour prendre des photos ensemble, pour être filmés, en train de rigoler avec le gouvernement, comme pour faire croire à Aphtal CISSE que tout va bien entre nous, et qu’on s’entend super bien ?

Le CST a donc quitté la table des négociations. Une trentaine de minutes plus tard, le PDP lui emboite le pas, suivi de la Coalition. La salle se vide, ne contenant que les membres du gouvernement, les micros et projecteurs des journalistes. Puis le dialogue devient monologue. Le gouvernement est imbattable dans cette discipline. Ils ont discutés entre eux, puis ont lu un communiqué à la fin, sous les yeux attendris de Khardiatou Lo Ndiaye qui semblait plutôt séduite par les jolis et tendres mots que Patrick Spirlet lui glissait dans le creux des oreilles, durant tout le « dialogue » ! En avant pour les législatives !

 

Pourquoi tiennent-ils tant aux législatives ?

Sincèrement, j’ignore pourquoi les élections législatives obsèdent à ce point le gouvernement. Par tous les moyens, l’infernale machine électorale est mise en marche. Une CENI à la va vite composée, dont les membres ont déjà prêté serment devant la Cour constitutionnelle du Togo… encore un hold-up électoral en vue, ce qui, immanquablement nous fera replonger dans ce vicieux cercle de violences postélectorales. Si violence il doit y avoir, qu’elle soit intellectuelle, et surtout pré-électorale. Pas après.

Et cette confrontation intellectuelle pré-électorale passe forcément par les réformes constitutionnelles et institutionnelles. Et pourtant, ce n’est pas à l’ordre du jour. La transparence des urnes, la limitation de mandats, le non cumul des fonctions…tout ceci n’est pas inscrit à l’ordre du jour. Ce n’est pas la priorité.

Les événements récents ont dissipé mes illusions! Moi je ne suis point contre les élections, et les multiples dialogues me rendent nerveux. Si élection il doit avoir, je propose une consultation populaire, je propose que le gouvernement dialogue directement avec le peuple: Moi j’opte pour un REFERENDUM,  pur et simple. Dans tous les cas, ce pays est malade d’accord, mais ces hommes ne sont pas médecins. Je ne cesserai jamais de le dire: Le peuple n’a que le dirigeant qu’il mérite! A peuple pervers, président pervers et fornicateur; à peuple paresseux, président vaurien; à peuple stupide et muet, président despote et dilapidateur. Lorsque nous aurons compris que seul le peuple est détenteur de la souveraineté nationale, et qu’il est de son plus sacré devoir de se doter d’un dirigeant de son choix, le Togo sera guéri.

J’ai dit!

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Aphtal CISSE
Togolais de nationalité, citoyen du monde par nature et juriste de formation. Les seules règles que je respecte sont celles que je me fixe moi-même! Et la première d'entre elles, est le RESPECT! Pour le reste, que les bénédictions soient!

8 réflexions sur “D comme dialogue, D comme dilatoire

  1. Tu fais ta petite révolution en quelque sorte,Aphtal.Présent à toutes les sphères de décisions pour faire avançer ou changer les choses POSITIVEMENT.L’africain a cette culture du dialogue,donner son avis sur les thèmes de SOCIETE est essentiel.Tu le fais avec ta plume ou plutot ton clavier.Pense à créer ton propre conseil de JEUNES,tel un ambitieux sous l’ARBRE à PALABRE…que tu es.JEUNE SURDOUE,tu y parviendras oh.

    1. Oh la la, grande-sœur, faut pas me faire rougir laaaaaa. La culture du dialogue n’est point une mauvaise chose en soi. Mais l’usage qu’on en fait au Togo laisse à désirer.
      Pour mon association, grâce à toi l’idée vient de naître. Et tu es déjà nommée parraine. Le reste inbox, grande-sœur. Merci bien.
      Cordialement, Aphtal!

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