Il y a le SIDA dans la cité

AIDS (MorgueFile)

Depuis que je me suis remis aux casseroles, je m’éloigne de plus en plus de ce blog, délaissant peu à peu mon clavier pour les oignons, et mon dictionnaire des synonymes pour des recettes à la nature douteuse. Mais rassurez-vous, je tiens tant à vous, qu’à ce blog, et je compte y griffonner autant que possible, mes frasques, mes aventures, mes coup de cœurs et coup de gueule.

Comme dans 24h CHRONO : Les évènements qui suivent, se déroulent entre 19h et 23h.

Le 2 Février dernier, j’étais à la fête d’anniversaire de ma cousine Shalom (Dieu te bénisse encore, petite chérie). Je n’étais pas invité, j’étais l’organisateur, avec tout le talent qu’on me connait en évènementiel. Du choix de la couturière de Shalom, à la qualité de l’allumette devant servir à allumer les bougies posées sur le gâteau, en passant par la location des chaises, la playlist du DJ, le menu, le vin…tout passait par moi. Tout ! Absolument tout. J’avais tout prévu. Même le coût des imprévus sur la liste d’achats était prévu. Tout oh, tout ! Enfin presque.

Ce que je n’avais pas prévu, c’est la venue d’Olga. Je m’attendais à tout ; à un tremblement de terre, à la démission de Faure, à une incendie dans le marché de Niamtougou… mais pas à ce qu’elle soit invitée, encore moins, qu’elle vienne.  Seigneur ! J’étais en train de sermonner copieusement le chargé du parking de l’hôtel retenu pour la fête, lorsqu’une charmante étoile descend d’un moto-taxi. En soulevant sa seconde jambe pour descendre, mon regard s’attarda sur une cuisse galbée, à la couleur d’une canne à sucre pelée. Ses pieds disparaissaient dans une paire de chaussure en velours, à la semelle si effilée, qu’on la confondrait à une aiguille de seringue de vaccination. Je ferme un instant ma bouche pour mieux m’attarder sur ce trop-plein de chair qui lui servait de fesses, et qui semblait doté d’une autonomie de vie, tellement elles ne cessaient de bouger sous sa chique et courte jupette. Olga avait une chevelure attachée en queue de cheval, lui tombant sur la croupe. La ceinture qu’elle avait au milieu de son corps si frêle et si sensuel, accentuait sa forme de… bouteille de coca-cola, de guitare solo, ou de guêpe.

Lorsqu’elle règle enfin son chauffeur et pose son regard sur moi, je compris enfin le sens de la chanson mythique « Elle a les yeux revolvers… ». Son visage, ovale et savamment décoré, abrite une toute petite bouche, effilée sur les bords, au dessus de laquelle trône un nez délicatement posé sous des yeux artistiques, symétriques, hypnotiques. Olga, Olga. Ah Olga ! A cet instant même je la revois, dans sa veste cintrée, mettant en évidence ses mamelles, fièrement dressées tels des obus, ou des papayes camerounaises. Dieu sait combien elle était charmante, élégante, belle, joviale et… invitante.

J’oublie la connerie du chef parking lorsqu’Olga me reconnait et s’avance vers moi. J’étais comme Kratos, lorsqu’il croise le regard de Méduse, dans God Of War II. On se serre les mains, on se cogne le front, on se frotte les joues, je la retiens un peu contre moi, pour m’enivrer du délicieux et rare nectar qui lui sert de parfum. Quatre années s’étaient écoulées depuis notre dernière rencontre. On s’échange les nouvelles, et je l’invite à l’intérieur.

Comme tout organisateur africain, concentrant la totalité des pouvoirs, j’étais le plus sollicité, allant, venant, réglant les détails, donnant des instructions, parfois hurlant les ordres. Je n’eu donc pas assez de temps pour m’occuper comme il se devait d’Olga, (une fille à une famille amie) que je convoitais depuis le lycée. Elle a bien grandit et… mûrit  depuis ce temps. Oui, elle est comme le vin : elle se bonifie avec l’âge. J’eu quand même le temps de lui faire une dédicace, depuis le box du DJ, et de lui réserver deux ou trois slow, entre lesquels je lui ressassait le bon vieux temps, et lui rappelait combien elle était belle et désirable. En tout cas, avant son départ, Olga me fit ses félicitations pour l’organisation, et me glissa son numéro sur un bout de papier que je glisse délicatement dans la poche de mon smoking. Une dernière bise, une lèvre inférieure qui traîne sur les commissures de ses lèvres puis… (Petit, ferme les yeux).

Les évènements qui suivent se déroulent entre 15h et 16h.

Déjà trois semaines que j’ai renoué contact avec Olga, cette fille inaccessible, dure, difficile, capricieuse, et à la limite, philosophe. Elle représentait pour moi, cette terre promise à Moïse, ce continent que Vespucci se prépare à découvrir, cette lune qu’Armstrong se prépare à conquérir. Oui, Olga était une sorte de fantasme, si près et si loin, ce mirage si vrai et si irréel… Je lui plaisais bien ; j’étais même convaincu qu’elle en pince pour moi ! Pourtant, elle m’a toujours fait trottiner tel un bouc, en attente de sa maigre pitance.

Lundi 15h30 ! J’étais à l’hôpital où travaille ma mère, pour établir un bilan de santé. Je sors, discutant avec une jeune infirmière qui me faisait rêver, lorsque j’aperçois Olga assise sur le banc des patients à l’autre bout de la cour. Précaution ou exclusion, l’immeuble où allait consulter Olga est réservé aux maladies contagieuses, telles que la tuberculose, le choléra (Dieu merci nous n’en avons plus à Lomé). Il y a également une file spéciale pour les maladies chroniques comme le diabète, l’hypertension, la drépanocytose….

Qu’y faisait-elle ? J’avais encore envie d’aller lui dire bonjour, et de m’assurer que notre rendez-vous du mercredi tient toujours, mais je préfère l’attendre à la sortie de l’hôpital, pour lui laisser une petite intimité médicale. Eh bien je buvais tranquillement ma troisième noix de coco, lorsque deux femmes se mettent à échanger, juste à côté.

« Ah, on va faire comment ? Ce sont eux qui importent les médicaments, ils disent que c’est fini, on va leur faire quoi ?

           Oui mais, ça doit pas finir comme ça, sinon, ce n’est pas bon, c’est comme s’ils ne sont pas prévoyants, ou que la santé des malades leur importe peu.

           En tout cas, moi je suis venue quand même. ARV va venir, ça va venir,  mais ça ne viens jamais. On ne trouve pas à manger, et même médicament on ne va pas trouver pour avaler ? Regarde la fille là qui approche ; elle aussi c’est sûr qu’elle n’a pas eu ces produits »

Je lève ma tête, histoire de voir la pauvre fille, et il s’agissait d’Olga ! Ma Olga. Oui mais il n’y a aucun mal à passer chercher ses médicaments dans un hôpital. Sauf que… Oh merde.

 

ARV= Anti Rétro Viraux.

 

La définition me revient enfin ! Il s’agissait des anti rétroviraux, ces médicaments que prennent les malades atteints du sida, pour retarder la fatale échéance. Olga était donc atteinte du VIH ? Souffrait-elle vraiment de cela ? Si oui, depuis quand et pourquoi ne m’a-t-elle jamais rien dit ? Sinon, pourquoi ou pour qui prend-elle ces médicaments ?

Je n’eus point le courage de la héler, ce soir là, à la devanture de l’hôpital. Non, mon choc était trop grand. Tard le soir, elle n’hésite pas à me répondre par l’affirmative, lorsque je lui pose la question sur son statut sérologique. Je n’en reviens toujours pas, surtout au regard de tout ce que j’avais prévu de faire avec elle, à notre rendez-vous…

Les gars, vous-mêmes vous savez que je me trouve toujours au mauvais endroit au mauvais moment, parfois avec les mauvaises personnes. Mais Olga est-elle mauvaise ? Loin de moi, l’idée de la stigmatiser, mais avouez que nous avons tous une peur bleue, souvent involontaire, une méfiance innée, envers les Personnes vivants avec le VIH.

J’ai décidé de toujours garder une franche amitié pour Olga, sans jamais aller au-delà. Oui, je sais, la science évolue, mais il vaut mieux ne pas prendre de risques stupides. La rencontre d’Olga et la découverte de sa maladie me fit reprendre conscience que le SIDA existe toujours, et continue de faire des victimes, en silence. On s’inquiète plus du réchauffement climatique, de la disparition des baleines blanches, de la fonte des glaces, au détriment de ses affections muettes, qui demeurent fortement endémiques pour moult contrées africaines.

Bon, je n’ai de leçons à ne donner à personne, ça c’est clair. Mais pitié, protégez-vous. Une génération consciente, est aussi une génération sans SIDA.

J’ai dit !

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Aphtal CISSE
Togolais de nationalité, citoyen du monde par nature et juriste de formation. Les seules règles que je respecte sont celles que je me fixe moi-même! Et la première d'entre elles, est le RESPECT! Pour le reste, que les bénédictions soient!

10 réflexions sur “Il y a le SIDA dans la cité

  1. Une génération consciente, est une génération sans SIDA (MDR). Que cette génération soit aussi Causante pour s’en mettre à l’ abri, quoi. Seul Aphtal sait comment faire. Apres une lecture approfondie du récit, je me permets le droit de poster ce nouveau commentaire pour te dire bravo mon vieux. Le style est lipide. En passant, je suis heureux d’apprendre que, je ne suis l’unique a avoir un Regard pour le Corps-beau.

  2. Hum.Ton histoire de femme là va te tuer un jour Aphtal.Heureusement que tu as découvert la séropositivité d’Olga avant.Surtout au regard de tout ce que tu avais prévue de faire avec elle à votre rendez-vous,comme tu le dis.La CAPOTE,cher petit frère pour te protéger à vie.P.S.T’a pas d’excuses,ta maman bosse à l’hopital. Alors tu es sencé etre mieux informé sur le SIDA que les autres jeunes de ton age.

  3. Nous oublions souvent l’existence du sida ,vu que les personnes séropositives ne sont pas reconnaissables à vu d’œil.l’exemple de Olga le montre bien.pourtant plusieurs personnes continuent par mourir du sida.soyons juste prudents pour ne pas devenir à notre tour des victimes de cette maladie

  4. Wow! Aph, merci encore une fois d’avoir attiré notre attention sur cette triste réalité qu’est le VIH. J’avoue que, personnellement, j’ai peu à peu oublié l’existence de ce mal (ce qui se comprend aisément si l’on considère tous les progrès effectués par la science). Mais, ne nous voilons pas la face: le SIDA ruine des centaines de vies depuis bien des décennies, et n’est pas prêt d’en finir. Crois-moi, je trouve l’histoire de Olga très touchante, et je te prie de bien vouloir lui transmettre toute ma solidarité et mon soutien. Cet article doit nous interpeller sur le fait que, face à ce fléau, nous devons faire de notre mieux pour ne pas prendre de risques. Quant aux personnes vivant avec le VIH, sachons qu’elles sont juste souffrantes, et non maudites: il ne s’agit donc pas de lutter contre les malades, c’est plutôt contre la maladie que nous devons lutter. Aph, je ne saurais te dire suffisamment merci pour ton travail. Peace

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