Quelque chose est entrain de se passer…

Flag Togo

J’ignore si c’est une ligne éditoriale, mais je me suis promis de ne point m’appesantir sur la politique, sur ce blog, et ce pour certaines raisons : d’abord cela ne me réussit pas vraiment. Je trouve un peu trop simpliste de parler des autres, surtout avec peu d’éléments. Ensuite, et surtout, parce que l’apparente liberté d’expression au Togo n’empêche pas les représailles en coulisses. Si on arrive à museler toute une corporation, à encelluler certains journalistes, à en frapper d’autres, je n’ose imaginer ce qui pourra advenir d’un apprenti-blogueur, comme moi.

Cependant, les derniers évènements au Togo m’interpellent ! Non en tant que blogueur, ou opposant du système actuel, mais en tant que Togolais, en tant que citoyen, en tant qu’être pensant. Au Togo, il se passe des choses que je me refuse de qualifier ici, mais qui donnent des sueurs froides.

Vous l’ignorez peut-être, mais le Togo a l’un des présidents les moins bavards de la planète. Je n’appellerai pas cela « discrétion », mais plutôt mutisme ; je ne l’appellerai pas non plus Silence, mais mépris. Oui, dans un pays où le Président ne s’adresse à la nation que trois fois dans l’année, et où il n’accorde d’interview que lorsqu’il est présumé ressusciter d’entre les morts, allez-y voir du respect et de l’égard.

Et donc, au cours de l’une de ses rarissimes apparitions, (vœu de nouvel an),  le Président de la République (j’évite de faire des liens sur son nom, pour qu’on ne me piste pas oh), annonçait la tenue des élections législatives pour le premier trimestre 2013. Cela eu l’effet d’une bombe dans le monde politique, car la date des élections devait faire l’objet de consensus de toute la classe politique. Faute d’accord, et foulant aux pieds toutes négociations en cours, le Président fixe unilatéralement une date pour les élections.

Je ne vais pas vous le cacher : j’ai approuvé cette décision du président, car après tout, il lui fallait prendre ses responsabilités, et en tant que Commandant en Chef, c’était à lui de prendre des décisions, pour éviter à la nation, une situation d’enlisement. De toute façon, c’est à lui de rendre des comptes ; encore faut-il qu’on en exige.

Depuis cette annonce, la situation politique au Togo s’est, non pas empirée, mais chargée d’électricité, et la moindre étincelle pouvait mettre le feu au poudre. Comme on s’y attendait, l’opposition a rebondi sur cette annonce, et promet empêcher la tenue de ces élections, à la date annoncée par le Président. Lancement alors de l’opération « les derniers tours de Jéricho », dont j’ignore franchement les tenants et les aboutissants. Mais tout ce que je sais, c’est que peu de temps après le début de ladite opération, les grands marchés de la République sont réduits en cendres. Opération Jéricho ? Récupération politique par le pouvoir en place ? Jusqu’à ce jour, la question demeure, et le mystère est entier.

Seulement, s’en suit une vague d’arrestations d’hommes politiques, « pour les besoins de l’enquête », de l’affaire « Super Incendies », ou « Firegate ». Cela a commencé par le vice-président d’un parti d’opposition. Puis, c’est le Président dudit parti qui est mis aux fers dans des conditions  cavalières. Ce qui est à souligner, chers lecteurs, c’est que l’homme  dont je parle, bénéficie d’un  statut particulier, en tant qu’ancien Premier Ministre, et ancien Président de l’Assemblée Nationale. Je ne vais point rappeler ici la honteuse et rocambolesque façon dont fut supprimée son immunité…

Et on ne s’arrête pas là, les arrestations continuent, toujours pour les besoins de l’enquête, toujours entamée, jamais bouclée. Justice togolaise, je t’aime.

Et toujours dans le cadre de l’enquête de l’affaire Firegate, on accuse des avocats, allant jusqu’a leur interdire toute déclaration publique, tout voyage hors du territoire national. Je parle de respectables avocats hein : enseignants dans les Facultés de Droit du pays, avocat à la Cour Pénale Internationale… Je ne dis pas que ces gens sont irréprochables, mais j’aimerai souligner le mépris et l’opprobre, dont ils sont victimes.

Très récemment, la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication, l’équivalent du CSA français, renforce ses prérogatives, en toute connivence avec les bannis, pardon élus de la République. Parlement Togolais, je t’aime. En toute honnêteté, je n’ai pas encore lu intégralement la nouvelle loi, afin de comparer les nouveaux pouvoirs de la HAAC, à ces anciennes prérogatives. Cependant, les discussions avec un ami journaliste-caricaturiste, me font croire qu’il s’agirait d’une loi liberticide, et anticonstitutionnelle. Liberticide, car désormais, la HAAC pourra décider la fermeture d’un organe de presse ou d’une chaîne  sans décision de justice. Allez voir comment ces pauvres journalistes ont été agressés, lors d’un sit-in pour protester contre cette loi.

Toutes ces choses arrivent tranquillement dans ce pays, sans que le Président de la République ne se sente concerné. Aucune déclaration de sa part sur les évènements qui se passent ; rien, absolument rien ! Certains abrutis m’ont dit : « Mon frère, un Chef, ça ne parle pas beaucoup ; ça laisse les notables s’en charger ». Pauvres cons ! Le Togo n’est pas un village, et sa gestion ne saurait être réduite aux us et coutumes de l’ethnie d’origine du Président. Ah Togolais, je vous aime !

Cette semaine encore, les forces de l’ordre ont procédé à l’arrestation du Président de l’ANC, un autre parti de l’opposition. A quels motifs ? Bah, vous posez encore la question ? On cherche toujours les pyromanes de la République, lecteurs ! Et apparemment, seuls les gars de l’opposition savent manier le briquet. Ce dont je suis sûr, c’est que tôt ou tard, Mr Fabre sera libéré. Alors, à qui le tour ? Quid de l’enquête en cours ?

Dans tout cela, moi, je ne perds point de vue les échéances électorales. Dans quel but garder à vue tour à tour, tous les membres de l’opposition ? Les décrédibiliser aux yeux de la population ? Ou, voter plus tard, une loi empêchant toute personne aux prises avec la justice d’être candidat aux législatives, ou communales ? Tous les scénarii sont possibles dans ce pays. Et cela n’augure rien de bon.

Les opérations de recensement ont débutées ; les leaders politiques continuent d’être emprisonnés, les journalistes sont constamment réprimés, le Parlement continue de se masturber, les intellectuels sont tous résignés, la population est toujours endoctrinée, les étudiants se font toujours achetés. Et mon Président est toujours aussi muet ; discret, me dira l’autre. Nous irons bientôt voter, mais…

Je ne suis qu’un enfant, mais j’ai été témoin de ce qui s’est passé en 2005, dans ce pays. Je ne suis pas un diseur de bonne aventure, mais j’espère vivement que ces évènements tragiques ne se reproduiront plus jamais, sur la terre de nos aïeux. Je crois de toutes mes forces que ces élections n’obligeront aucun togolais, à trouver refuge au Bénin voisin ; je suis convaincu, et ce, au plus profond de mon frêle être, qu’en cette année, aucun togolais ne sera obligé de traverser une frontière, pour échapper à une quelconque tuerie, préméditée ou spontanée. Non ! En cette année, aucun togolais ne s’armera de machette, ou de gourdin, pour ôter la vie à son voisin ; j’espère franchement, qu’aucune ethnie n‘attaquera une autre, et qu’aucun élément des Forces Armées Togolaises, aucune milice privée, ne sera auteure de barbarie, et sanglante répression ;

Il y aura guerre électorale, certes ! Mais que la guerre ne se déroule que dans les urnes, et nulle part ailleurs, sinon devant une cour constitutionnelle impartiale, et soucieuse de l’intérêt suprême de la patrie. Tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser, cela est vrai. Les hommes politiques peuvent décider de ne se faire aucun cadeau, si cela leur chante ; mais ne leur offrons point l’opportunité de détruire ce qu’ils n’ont pas construits. De toute façon, l’histoire nous jugera, la postérité nous en voudra.

Que l’Eternel bénisse le Togo.

J’ai dit !

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Aphtal CISSE
Togolais de nationalité, citoyen du monde par nature et juriste de formation. Les seules règles que je respecte sont celles que je me fixe moi-même! Et la première d'entre elles, est le RESPECT! Pour le reste, que les bénédictions soient!

7 réflexions sur “Quelque chose est entrain de se passer…

  1. Je pense que ca te réussit plutot bien la politique.(rires)
    Je trouve que ton analyse a été menée avec un art consommé de l’objectivité.
    Plus que tout ce qui m’écoeure,c’est le silence désinvolte que je qualifie d’assourdissant de celui qui est censé etre le premier concerné des maux qui nous assaillent.
    Tu fais du bon boulot man.

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