Elections au Togo: Dans les loges du recensement

Ma carte d’électeur (Image: Aphtal)

Sans grande conviction, hier, je me suis rendu au Collège d’Enseignement Général de Cacaveli, en compagnie de mon voisin Yao, pour me faire établir une carte d’électeur.

J’ai ouï dire qu’il fallait se lever à 4h du matin, se mettre en rang, attendre l’ouverture des bureaux, pour enfin se faire établir la carte, vers…. 11h. Bof, moi je suis né sous une bonne étoile alors, j’ai décidé de la mettre à l’épreuve, ma chance légendaire.

De prime abord, mon regard a été attiré par les longues files interminables, serpentant sous les arbres de la cour de l’école. Difficile de faire un profil de ceux qui venaient se faire recenser : étudiants, fonctionnaires, vieux, jeunes, revendeuses… Toute la société était représentée. Je suis allé serrer la main à un camarade, pour ensuite m’attarder sur la liste électorale provisoire de Cacaveli.

Petit aperçu de la foule, vue de loin

La foule était compacte devant moi ; rien n’entamait sa détermination ! Elle était là, hétéroclite, fatiguée, à bout de souffle, mais elle était présente et déterminée. J’arrive à me placer derrière une charmante fille. On avançait, tant bien que mal. J’étais confiant, j’aurai ma carte ! Quarante minutes plus tard, à quelques pas de l’entrée, coup de tonnerre ! On me dit que je suis dans le mauvais rang ; rien à faire à part me remettre dans l’autre rang, plus long ! Les esprits s’échauffent, on semble ne rien comprendre….

(vidéo)

Le calme retombé, je sors à nouveau du rang, pour m’isoler, quelques mètres plus loin ; j’étais convaincu de l’impossibilité d’avoir ma carte le même jour, tellement il y avait du monde, et tellement c’était lent !

Je devais me remettre en rang! Tohu bohu
(Photo Aphtal)

Doutez encore de ma chance, hommes de peu de foi !

Soudain, j’aperçois un ami du quartier sortir de l’autre salle d’enregistrement. Il comprit tout de suite que mon enthousiasme et ma joie spontanée de l’apercevoir ne pouvait s’expliquer que par le gilet rouge estampillé « Commission Electorale Nationale Indépendante CENI » qu’il portait. A quoi me sert un ami, s’il ne peut m’aider, hein ?

Mon ami me fait passer devant tous ces gens qui étaient là avant moi. A tout seigneur, tout honneur ! Il prend ma carte d’identité, remplit la fiche à ma place, et me place en excellente position. J’ai entendu les gens maugréer et quelques vieilles dames me maudire. J’en ai eu honte mais on ne refuse pas des faveurs, vous aussi ! Pour me faire bonne conscience et leur montrer mon élégance, je laisse ma place à une femme enceinte ; j’ai même permis à une vielle dame de passer avant moi.

Mais c’est aussi et surtout pour mieux observer ce qui m’entoure, prendre le pouls du recensement, et mieux enrichir cet article. J’ai pu par exemple lire sur le kit de recensement la mention : « RDC 2010, Province Nord-kivu, Groupement BASHALI MOKOTO; emplacements E.P. Rwankeri »

Oh, je ne veux pas avancer de fausses hypothèses, alors je me garde de tout commentaire, sur ces kits ! Mais en tout cas, je ne peux pas vous mentir, ils avaient l’air pas du tout neufs. Suivez mon regard…

Bon, c’est mon tour ! La photo, l’empreinte digitale, l’impression, la signature et voilà ! Ma carte d’électeur est prête !

Ce que je déplore :

Dans le centre de Cacaveli, il n’y a pas assez de bureaux de recensement. A cela s’ajoute la lenteur « tortuesque » des opérateurs de saisie ; que voulez-vous, on a recruté n’importe qui, même des gens qui ignorent ce qu’est une souris d’ordinateur, et dont la formation accélérée pour les opérations de recensement a été le premier contact avec un ordinateur. Oui, il n’y a aucune honte à apprendre, mais on n’apprend pas lorsqu’il y a des millions de personnes qui attendent ! L’attente est pénible pour la population. Et si, après une demi-journée d’attente, on doit encore supporter les humeurs des agents de la CENI, bah, on aime tous le Togo mais, on se préfère hein ! (Togolais n’aime pas embêtement, je vous signale).

En plus, les erreurs de saisies sont grotesques. Ces gars là mettent des dates de naissances n’importe comment ! Des mômes impubères qui naissent en 1973, des vieilles ménopausées en 1995. J’ai aussi ouvert les yeux sur des réalités qu’on ignore souvent : beaucoup n’ont pas d’acte de naissance, ou de pièces d’identités. Du coup, impossible de justifier l’identité, et l’âge de l’électeur, surtout en l’absence de témoins. Crédibilité, transparence ? On en reparlera plus tard !

Ce que j’ai apprécié :

Une chose est sûre, la mobilisation pour les élections à venir est énorme, et cela n’est le mérite d’aucun parti politique ! Aucun, vous dis-je ! Tous les togolais, en âge de voter, ressentent profondément le désir de se faire établir une carte d’électeur ; je n’ai pas visité les autres centres, mais ce que j’ai vu à Cacaveli, reflète la mobilisation de la population, et sa détermination à jouer un rôle plus déterminant dans la destinée de la patrie !

Sur tous les visages, de l’exaspération, du « y-en-a-marre », du « trop-c’est-trop », du « ca-doit-changer ». Tous ces vieux, ces jeunes, ces revendeuses de poissons, ces secrétaires de directions, toutes ces personnes tiennent malgré tout à se faire entendre, et dans les files d’attentes, impossible de savoir qui votera pour quel parti politique! Ce qui est par contre certain, c’est le malaise social duquel désire émerger cette paisible et laborieuse population.

Ce que j’ai également ouï, me laisse perplexe pour l’avenir, car une chose est d’avoir une carte d’électeur, une autre est de voter effectivement ! Oui, Cacaveli a sa carte d’électeur, mais Cacaveli hésite à voter le jour du scrutin ! Au moins huit jeunes avec lesquels j’ai échangés ne sont pas sûrs et certain de voter, même s’ils arrivent à obtenir la carte d’électeur. Pourquoi ? Aucune réponse convaincante.

C’est là où commence la tâche de tous ces prétendants au plébiscite national. Il s’agira d’être convaincant, percutant, franc, innovant et méritant. Le peuple est mobilisé et prêt à donner sa voix à qui lui plaira ; mais qui en est réellement digne ? Qui saura refléter ses  aspirations, panser ses meurtrissures, calmer ses craintes et travailler à ses côtés, en le rassurant, en le respectant, en le chérissant ?

Pendant longtemps, j’ai eu la nette impression que la population togolaise était immature, et à la limite, stupide ! Mais, j’ai changé d’avis, (pour le moment) et c’est avec fierté que je mets au défi tous les candidats ! Le Togo vous donne un rendez-vous : celui qui le rate ne l’aura pas mérité, tout simplement !

J’ai encore dit !

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Aphtal CISSE
Togolais de nationalité, citoyen du monde par nature et juriste de formation. Les seules règles que je respecte sont celles que je me fixe moi-même! Et la première d'entre elles, est le RESPECT! Pour le reste, que les bénédictions soient!

6 réflexions sur “Elections au Togo: Dans les loges du recensement

  1. Il fallait refuser cette faveur et faire la queue comme tout le monde.en tout cas si moi j’étais dans cette queue je ne t’aurais pas laissé passer devant moi.j’attends la mise à jour avec impatience

  2. J’ai du mal à insérer mes vidéos et à uploader sur SoundCloud, l’interview que m’a accordée le Chef du Centre d Cacaveli. C’est dû à la faiblesse de ma connexion internet! Une mise à jour de cet article très prochainement!

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