De l’engagement de la jeunesse togolaise…

Cordiaux salamalecs, chers lecteurs.

Je vous espère en parfaite forme. Je tiens par ailleurs à vous présenter mes excuses (quoi que rien ne m’y oblige) pour mes infidélités de plus en plus nombreuses, sur ce blog, qui est avant tout LE MIEN, avant d’être le nôtre.

Le propos de cet article est motivé par d’incessants débats, de plus en plus récurrents, concernant la jeunesse ; même si, malheureusement, la grande absente à ces débats, est la jeunesse elle-même. Oui chers lecteurs, beaucoup de gens la ramène ces derniers temps, qui pour exhorter la jeunesse, qui pour lui taper dessus, qui pour lui donner des leçons, qui pour parler en son nom.

Lassitude. Crédit : Google Image

Oui ; il s’agit – une fois de plus – de la jeunesse ! La jeunesse ; la verte ! Notion malheureusement polysémique, à cause de ces « vieux » qui s’accrochent et refusent de vieillir – ou mourir-, et de ces « enfants » un peu trop pressé de grandir. Oui, il s’agit de la jeunesse, cette tranche d’âge aux extrêmes variables, car on ne sait pas vraiment où elle commence et où elle s’arrête. Jeunesse, jeunesse ! Bon, je ne vais guère refaire le Larousse. Chacun se fera sa définition du mot.

L’on ne s’intéresse pas à la jeunesse par soudaine préoccupation pour cette dernière. L’on ne clame pas son attachement pour celle-ci par simple effet de mode. La jeunesse, on en parle car elle a un rôle majeur à jouer dans l’édification de cette nation, mais aussi et surtout à cause du grand rôle qu’elle jouera, lors des prochaines élections présidentielles au Togo. Aucun candidat ne peut remporter ces élections sans les voix de la jeunesse, c’est un fait.

Les questions que je me pose à moi, à la lecture de toute cette foisonnante et passionnante littérature concernant la jeunesse togolaise sont les suivantes : qui appelle-t-on jeune ? Quel est le rôle exact de la jeunesse, aujourd’hui et demain ? Quels sont ses droits et ses devoirs ? La jeunesse est-elle vraiment intéressée par tout ce qui se fait et se dit en son nom ? S’est-elle résignée ? Est-elle lâche ? Est-elle conne ? Quid de la jeunesse et de la politique ? Quid de la politique de la jeunesse ?

Puis, puis, puis…

De la « qualité » de la jeunesse…

Diplôme Crédit: Google Images

Je le disais plus haut, à chacun de se définir le mot jeunesse, et de définir sa fourchette d’âge. La qualité dont je parle ici a un rapport avec des notions telles que qualifications, excellences, positionnement, leadership

La jeunesse elle-même doit se remettre en cause, en ce qu’elle ne se rend pas incontournable. Nous sommes de moins en moins exigeants envers nous-mêmes, gros rêveurs ne se donnant pas les moyens de leurs ambitions. Nous n’avons plus la notion de l’excellence ; nous ne trouvons plus aucune gloire à obtenir les meilleures notes en classe ; nous ne savons même pas le prestige que revêt le titre de « Major de Promotion » ; nous sommes incapables de nous priver de vils plaisirs pour l’essentiel.

Nous avons plus de facilité à dépenser un billet de 10.000 FCFA à ingurgiter de la bière, plutôt que de s’offrir deux ou trois romans. Nous rivalisons en « culs secs » à des comptoirs de bars de soir, et sommes incapables de citer des romans de Kourouma, ou des poèmes de Senghor ou ceux de Koffigoh ; nous avons plus de facilité à télécharger le Kamasutra, alors que les classes de MOOC sont vides. Oui, notre jeunesse préfère répandre de la merde dans les amphis, au lieu de se réunir en cellule d’analyse, de réflexion et de proposition ; notre jeunesse peine à se distinguer et à innover, lorsqu’elle est en stage dans les administrations aux méthodes séculaires ; notre jeunesse ne se fait pas perle.

Du manque de vision de la part de nos géniteurs…

Notre jeunesse n’ose pas, d’accord ! Mais nos parents, qu’ont-ils osés pour nous ? Qu’ont-ils rêvés pour nous ?

Chers lecteurs, ne commettez pas la bêtise de lire en ces lignes l’expression d’une profonde ingratitude. Mais posez-vous la question suivante : battante comme elle est, de quoi est capable notre jeunesse si elle bénéficie d’un peu plus de moyens, d’un peu plus de suivi ?

Nous sommes malheureusement descendants des gens qui préfèrent s’endetter pour s’acheter un quart de terrain à Agbavi, plutôt que de nous envoyer dans de « bonnes écoles ».  La réussite de la jeunesse passe par son intelligence, mais aussi par les moyens d’accompagnements. Nos parents savent très bien que l’Université Publique, c’est la merde ; mais ils nous y envoient quand même. Ceux qui le peuvent envoient leurs enfants dans des écoles privées (même si ce n’est pas une garantie de réussite) ; d’autres encore envoient leurs rejetons à l’étranger. Nous n’allons pas tous fréquenter des écoles étrangères, mais qui est allergique à ce qui est meilleur ?

La priorisation à enseigner…

De la peur des représailles en coulisses…

Le Togo est une démocratie. Ah bon ? Ah oui. Liberté d’expression, liberté d’association, liberté de manifestation, liberté de beuverie dans les bistrots jusqu’à l’aube (bah ouais y a pas couvre-feu), oui nous avons tout cela. Mais les représailles en coulisses existent bel et bien ; les vengeances privées, les tueries orchestrées au noir et autres ont la peau dure.

Tu cesses de beugler sur les réseaux sociaux le jour où ton père t’interdit l’utilisation du patronyme dans tes coups de gueule. Tu cesses de monter au créneau, d’activement prendre part aux débats publics le jour où ta mère te réveille à 4h du matin pour te dire :

 « fils, tu n’es pas plus brillant que Tavio Amorin, mais tu as vu ce qu’ils ont fait de lui ? Tu n’es pas plus amoureux du Togo que ceux qu’on a zigouillés à Fréau Jardin. Mais y a –t’il un seul mausolée pour eux ? Tu imagines la peine de leurs proches, fils, mères et épouses ? »

Vous êtes-vous jamais demandé combien de jeunes subissent cette « soft pression » de la part de leur entourage? A combien de jeunes avez-vous garanti sécurité, protection, paix dans le milieu professionnel? Non; il suffit d’une accalmie pour que la jeunesse soit « vendue », « payée », « sans « conviction ». Oui, la jeunesse togolaise se tait souvent à cause de ces exemples qui tétanisent, par la peur de l’inutilité du sacrifice…

Du cruel manque d’exemplarité…

Fort malheureusement, ceux qui s’érigent en fouettards des tirs-au-flancs de la jeunesse ne valent pas plus que cette dernière. La jeunesse a en face d’elle, des aînés à la moralité douteuse, des devanciers qui entretiennent des relations incertaines avec la Vérité, la Droiture, la Décence, la Morale et l’Honneur. La jeunesse a à faire aux pis « vendus » de l’histoire de son pays ; la jeunesse togolaise a devant elle, des donneurs de leçons qui, sournoisement collaborent avec un « système » qu’on abhorre, sous le couvert de « prestataires de service ». [Après, il faut bien payer des factures, et SURTOUT, savoir vendre, et monétiser son talent…]

La jeunesse a à faire à des personnes qui veulent l’encadrer sans la respecter ; la jeunesse a à faire à des grands-frères et grandes sœurs qui prônent des idées nouvelles, en se comportant en ancêtre en enfance ; la jeunesse togolaise  n’a devant elle, que de respectables manipulateurs, réduits à la bassesse et à la félonie.

Il y a cependant une chose que cette jeunesse n’a pas [encore] compris, c’est qu’elle fait peur. Elle fait peur à ces elders qui ne veulent rien lâcher, qui s’accrochent au pouvoir et aux privilèges qu’il confère… Allez savoir pourquoi les gens refusent de quitter la présidence de leurs associations, allez comprendre pourquoi les gens hésitent à se mettre en retrait pour propulser [de façon désintéressée] la jeunesse montante, allez comprendre pourquoi, les gens sont toujours en train de contredire la jeunesse même lorsqu’elle a raison. Oui, allez comprendre quelque chose.

De l’implication à la politique.

C’est vrai qu’il est assez difficile de faire quoi que ce soit n’ayant aucun lien avec la politique. Mais si la jeunesse togolaise ne milite plus dans les partis politiques, si elle ne se préoccupe pas [assez] de ce que font ses députés ou sa Cour Constitutionnelle, c’est qu’elle est, comme le dit une aînée, trop préoccupée à survivre. Et pour cause…

On ne cherche pas à s’absenter du boulot pour aller manifester, lorsqu’on a le sentiment d’y perdre du temps;  on ne participe pas trop aux débats politiques lorsqu’on a des dettes à rembourser, des factures à régler, des ordonnances à honorer ; on ne se préoccupe pas assez du système éducatif, si on n’a pas de quoi payer les frais du système actuel… Les exemples se multiplient.

De la conviction de la jeunesse…

Je suis convaincu que ceux qui s’érigent en donneur de leçons à la jeunesse  sont d’un irrespect envers celle-ci. Il n’y a rien de plus insultant que de traiter la jeunesse de « vendu », car en fait, que savez-vous réellement des convictions de la jeunesse ? Que savez-vous de ses projets, de ses combats ? Les idéaux que vous acclamez à cor et à cri sont-ils les mêmes que ceux de la jeunesse  d’aujourd’hui ? Pourquoi voulez-vous que la jeunesse se batte pour vos convictions A VOUS ? Qu’il vous plaise de redescendre de votre piédestal.

Je le dis et je le répète que cette jeunesse est malheureusement le fonds de commerce de toute la génération qui la précède : un gouvernement qui la tient en laisse, une classe politique dite d’opposition qui multiplie les opérations de séductions, et une autre tranche d’âge qui s’érige en redresseurs des torts des âmes. Certains affirment qu’avant qu’il y ait « fonds de commerce », c’est que la jeunesse s’est elle-même vendue à un moment donné. Quelle insulte ! #Migbéhabamé

La jeunesse, ne se décrète pas au sein d’une quelconque association aux désirs de leadership ; elle ne se décline pas non plus en un énième plan quinquennal. Non ! La jeunesse à laquelle j’appartiens ne se retrouve point dans ces canevas.

Il y a cette jeunesse qui sert les soirs dans les bars pour se payer les études ; il y a cette jeunesse qui pause sa scolarité pour exercer des activités commerciales, le temps d’avoir un peu d’économie; il y a cette jeunesse qui s’endette pour entreprendre, mener des projets ; il y a cette jeunesse qui est prête à tout pour émigrer ! Je ne veux pas parler ici du privilège qu’ont ceux qui rentrent de l’étranger ; parce que oui il y en a !

Convenez avec moi qu’un Master en Droit à l’université de Lomé, ne vaut pas une Licence à Panthéon Asas ! (On connaît des Sociétés d’Avocats qui refusent des togolais diplômés sur place mais accordent des stages rémunérés à des étudiants en première année à l’étranger). On connaît aussi des gens pour qui ça fait plus « in » d’introduire des togolais de l’étranger à des personnalités que de négocier un rendez-vous ceux à ceux qui traînent à Lomé. (Oui j’ai mauvaise langue, j’assume). Un Diplôme à l’université Abomey Calavi ne vaut pas un certificat de Yale ou Harvard.

Alors ne jouez pas aux déçus lorsque cette jeunesse semble ne plus rien attendre de ses dirigeants, de sa classe politique, de ses devanciers ; ne jouez pas aux indignés lorsque cette jeunesse ne veut qu’assumer les précoces responsabilités qui lui incombent désormais ; ravalez votre fiel, lorsque vous êtes incapables de venir en aide à cette jeunesse qui réussit tant bien que mal à sortir le nez hors de l’eau.

Stratèges. Crédit: Google Image

S’il y a un combat, que doit mener la jeunesse togolaise, c’est celui de l’éducation et de la réalisation de soi, d’abord. Hormis dans l’armée [quoiqu’il s’y trouve des diplômés], on ne peut pas servir une patrie en étant incapable de réflexion, de proposition, d’analyse, de stratégie et autres activités intellectuelles de haut niveau. On ne peut prétendre se sacrifier pour toute une nation si on est inutile à sa famille, ou ses proches. Il m’est définitivement impossible d’être altruiste sans un brin d’égoïsme. On ne peut pas aimer les autres si on ne s’aime pas soi-même ; on ne peut juste pas ôter la paille des yeux des autres, en ayant une grosse poutre dans la nôtre.

Crédit: Google Images

Car, à un certain moment de la vie, la conviction reste quelque chose de bien, qui se meurt très vite, quand rien ne nourrit son quotidien.

Eyizandé !

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Aphtal CISSE
Togolais de nationalité, citoyen du monde par nature et juriste de formation. Les seules règles que je respecte sont celles que je me fixe moi-même! Et la première d'entre elles, est le RESPECT! Pour le reste, que les bénédictions soient!

9 réflexions sur “De l’engagement de la jeunesse togolaise…

  1. Un article pertinent.La précarité de la jeunesse comme arme d’orientation politique.Moi Yimpape BARIGUE je suis le Maître de mon destin.Aussi dure serait la lutte la persévérance serait le socle..A cette jeunesse je nous demande d’etre un peu plus audacieux..J’ai aimé l’analyse..

  2. Hum affaire de jeunesse là….J’aurais bien aimé lire JRPT dedans hein…lol..
    Plus sérieusement, nous avons du pain sur la planche. Et si tout ceci était fait subtilement pour qu’on soit comme ce que tu dénonces?
    Moi en tous cas je refuse d’être comme on veut que je sois….
    j’ai bien envie de faire un billet dans « ta suite »….
    J’y réfléchis

  3. « On ne peut pas servir une patrie en étant incapable de réflexions, de propositions, d’analyses, de stratégies… »
    Belle analyse Aphtal. Tu as vraiment dit.
    Bon, je pense qu’il est vraiment important que la jeunesse se ressaisisse pour se donner les chances de réussir. Personne ne le fera à sa place. Cela dit, y en a déjà parmi cette jeunesse qui travaille durement et qui nourrit plein de rêves. Une bonne nouvelle, je crois.

    Je te laisse. Avec l’envie de toujours refaire un tour par ici pour déguster autre chose. Amitié

    1. Ce serait vous insultez si je ne dis pas merci , et d’ailleurs grand merci à la suite de la lecture de votre texte. J’espère que d’autres jeunes le liront et chacun ira se voir dans la glace. Trop parler c’est maladie…. que ceux qui ont des oreilles entendent.
      Merci encore.

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