24 novembre 2012

Dites-leur qu’il y a une vie après la Présidence

Crédit Image: Google.
(Caricature Sarkozy)

Dans tout métier ou toute fonction, il y a une tranche d’âge bien déterminée, dans laquelle on excelle dans ces fonctions. En deçà, ou au-delà, l’on n’est plus à la hauteur de la tâche. Les lois du travail sont claires sur le sujet, et la sécurité sociale nous éclaire d’avantage. Si à 14 ans, on ne peut être employé de banque, à 75 ans, on ne peut non plus être tâcheron dans une société de forage. C’est le bon sens et la nature qui nous l’imposent. Après des années de cotisation, on s’offre une retraite bien méritée, on se repose, on se consacre à sa famille, on vit !

Fonction, la Présidence de la République en est une ! On y est engagé par le peuple tout entier lors d’un suffrage universel, le contrat de travail est signé lors de la prestation de serment, avec exclusion de la clause de tacite reconduction. C’est un Contrat à Durée Déterminée, renouvelable une et une seule fois. La durée du contrat varie selon les législations : Quatre ans en droit américain, Cinq ans en droit français (il était de sept ans), et cinq ans dans de nombreux pays africains, dont le Togo. Vu la noblesse de la fonction, l’immensité des pouvoirs qu’elle confer, le peuple prévoit encadrer les fonctions de la Présidence de la République, à travers une autre institution qu’est le Parlement. Bon, la théorie de la séparation des pouvoirs, c’est tout un autre débat.

Pour éviter que ce contrat de travail soit unilatéralement révisé, ou rompu, on place généralement les clauses dudit contrat dans la Constitution, puisqu’on sait combien il est difficile de modifier ce document. On y insère alors, l’étendue des pouvoirs du Travailleur National, ses limites, ses droits, ses devoirs, la durée de son contrat.

 

Des clairs-obscurs au sein du Contrat de Travail.

La grande inconnue dans les contrats de travail de nos Présidents africains, c’est bel et bien la Rémunération. C’est elle, le point de départ de tous nos problèmes. Oui, la rémunération de nos Présidents, de nos employés, n’est point clairement définie. Nous engageons généralement des personnes qui acceptent travailler pour nous, sans fixer clairement et préalablement le montant de leur salaire brut. Du coup, le gars commence par travailler pour nous, infatigable, présent sur tous les fronts, actifs dans tous les dossiers nationaux, sans rien réclamer. Où a-t-on jamais vu un employé travailler comme un forcené, sans rémunération ?

Le Président de la République, lui, travaille jour et nuit afin d’honorer sa part du contrat. Il ne dort plus bien, il vieilli à vue d’œil, il a des soucis, en fait il porte le souci de tout un peuple, il se réveille très tôt, alors que l’étudiant qui réclame sa bourse dort encore ; il se couche très tard, alors que le même étudiant est à son deuxième rêve de la nuit. Il est à l’étroit chez lui, car il y a des éléments du Régiment Commando de la Garde Présidentielle partout ; à la devanture, dans le jardin, sur sa véranda, tout au long du couloir, devant sa chambre à coucher, devant celle de ses enfants, tous armés jusqu’aux dents. Notre employé ne fait que des cauchemars, tellement il croise des kalach armés, des pistolets prêts à l’emploi, avec des bruits de bottes à longueur de journée. Et malgré tout cela, nous ne le payons pas. Nous ne connaissons pas le numéro de son compte bancaire pour lui faire un virement chaque mois. On connait vaguement l’emplacement de son bureau même si nous ne pouvons jamais nous y rendre. Sacré employé.

Et lui, il ne se plaint jamais de son traitement, il ne saisit jamais l’inspection de travail, aucun délégué syndical ne peut plaider sa cause. Pauvre président ! Il porte seul sa croix…

Et pourtant…

Et pourtant nous nous étonnons toujours du train de vie démesuré de notre employé. Sans blagues ! Le Président de la République, notre employé, possède dans sa flotte, plus d’une quarantaine de véhicule de luxe, un avion privé, toujours prêt pour le décollage, des hélicoptères pour ses déplacements imprévus…  La maison familiale est demeurée intacte, car elle n’est plus habitée. Eh oui, notre employé a construit un mini château de Versailles à sa mère, quelque part, loin des bruits de la ville, un immense palace pour chacun de ses nombreux frères et sœurs, et des habitats comparables à des hotels 5 étoiles, pour ses innombrables maitresses, copines et amies. D’ailleurs, notre président à nous n’est pas marié alors… Et n’allez pas croire que tous ces heureux bénéficiaires  prennent le transport public pour aller lui dire merci de temps à autres. Non ! Ils ont au moins, soit une Pathfinder, une Prado, une Mercedes, une Hummer, une Highlander ou 4runner, avec chauffeur, et cartons de bon d’essence. Et ce n’est pas le chauffeur qui descend ouvrir la porte à l’arrivée hein; il y a des éléments de l’armée pour cela…

Sacré Président. Il n’est point payé et pourtant, on sent qu’il ne s’en plaint guère ! Il prend même du poids, il devient joufflu et lippu, on voit sur internet certaines de ses rares photos en charmante compagnie, en Italie, aux USA, aux Bahamas, ou aux Antilles, sous les cocotiers… et pourtant, il n’est pas censé y être, nous ne lui avons accordé aucun congé. Ah cet employé indélicat…

Quid de la rémunération?

Eh bien je table sur la rémunération de « nos employés » car elle est la clé de voute de tout contrat de travail, et garante du bon fonctionnement de nos jeunes Républiques. En effet, lorsque quelqu’un est clairement rémunéré, il est soumis à la cotisation sociale, et sa retraite est assurée. Mais lorsque le Président n’a pas un salaire déterminé, et surtout lorsque notre contrat de travail ne lui fait pas obligation de déclarer ses biens avant prise de fonction, il peut faire fluctuer son patrimoine comme il l’entend, et jouir intensément des joies et privilèges de sa fonction. Ce qui est encore plus dramatique, c’est que le gars est conscient de n’avoir aucun traitement à la fin de son mandat.

Aucune indemnité de départ, aucune pension, pour le reste de sa vie. Et pourtant ce n’est pas facile de retomber aussi bas, pour l’humain. Mieux, tous ces gardes qui sont au garde-à-vous à son passage, tous ces tapis rouges qu’on lui déroule, toutes ces voitures, toute cette sécurité rapprochée, toutes ces jolies frasques, ces jets privés, ces hélicoptères, ses voyages officiels et occultes, tout cela est terminé. Juste après dix ans de bons et loyaux services, il tombe dans le dénuement, dans l’oubli, il devient citoyen lambda. Il devra s’arrêter aux feux tricolores, payer ses factures d’eau et d’électricité, de téléphone et d’internet, il sera dans le noir s’il ya coupure, il n’aura pas d’eau pour se brosser le matin, si jamais il n’y a pas fourniture d’eau… Alors, pourquoi sommes nous étonnés si nos employés cherchent à s’éterniser à leur poste ?

De la nécessité de révision du Contrat de travail…

Comme je le disais plus haut, tout passe par la rémunération, avec obligation de déclaration de biens avant et après la prise de fonction. Il est important de reformer la fonction de Président de la République, en ayant un lieu de travail déterminé (d’où la nécessité d’avoir une Présidence de la République, fixe pour tous les présidents) à l’image de la Maison Blanche, des outils de travail (la voiture officielle, l’avion, l’hélicoptère,…) des moyens bien adaptés (un budget conséquent…).

Mais, ce qui est encore plus impératif, et à mes yeux le plus important, c’est le statut de l’Ancien Président de la République. Oui, entre un Président en fonction et un ancien Président, la différence ne doit pas être criarde. Un ancien Président, ne doit pas être n’importe qui. Il doit être protégé, avoir des véhicules à sa disposition, des chauffeurs, une sécurité rapprochée, garantie par le même régiment Commando de la Garde Présidentielle, une pension de retraite digne d’un homme d’état, et peut-être une protection et privilège spéciales, comme l’immunité, et autres… En outre, il doit pouvoir exercer une fonction rémunérée, comme c’est le cas en France, où l’ancien Président à une place d’office, s’il le désire, au Conseil Constitutionnel, qui est une respectable institution.

Il ne faut pas donner l’impression à nos « employés », qu’ils sont indésirables, sinon punissable, une fois la fin du contrat. Il ne faut pas qu’ils pensent qu’après le tapis rouge, c’est la potence ; ils ne faut point leur faire croire, qu’ils ont tord de nous avoir servi, et d’avoir quitté le poste à la fin du contrat. Ils peuvent toujours bénéficier de certains privilèges, jouir du fruit de leur travail et sacrifice, passer enfin du bon temps avec leurs épouses et progénitures, être enfin à l’écoute de leur propre besoin et des besoins de leur entourage immédiat, être disponible pour de précieux conseils à l’endroit du nouveau président, être prêt pour d’éventuelles négociations dans l’intérêt de leur patrie. Dites-leur qu’il y a une vie après la présidence.

J’ai dit !

Partagez

Commentaires

Aphtal CISSE
Répondre

J'ai choisi cette image de l'ancien président français, car elle illustre mieux le billet. Lui au moins était avocat, avant la Présidence de la République. Quid de Faure Gnassimgbé?

Mouinat
Répondre

Et oui il y a une vie après la présidence

Aphtal CISSE
Répondre

Passe le message, chérie

Massé
Répondre

En tout cas, joli article. Tu as raison. Sarko était au moins avocat. Wade également. Et notre Président à nous?

Aphtal CISSE
Répondre

Hmmmm, ma chère, il paraît qu'il a un MBA en Gestion, dans une Université américaine. Mais bon, vas vérifier si tu veux, lol. Peace

RitaFlower
Répondre

Je viens de te laisser un long commentaire sur le sujet qui a disparu.Bon,TANPIS.VIVE la LIBERTE d'EXPRESSION sur MONDOBLOG.Ca ressemble à une sorte de censure!!!!

Aphtal CISSE
Répondre

Sans blagues!!! Comment ca, tans pis? Euh, si possible, peux-tu m'envoyer ledit commentaire inbox? Stp. Juste pour avoir connaissance de ce que tu pense vraiment de mon billet quoi.
Merci, grand-soeur!

Réndodjo Em-A Moundona
Répondre

Vraiment nos employés indélicats avecleurs richesses arrogantes. Pauvres contribuables-employeurs que nous sommes.

Aphtal CISSE
Répondre

Oui grande-soeur. Pauvres employeurs que nous sommes. Merci d'être passée, Réndodjo. J'apprécie

RitaFlower
Répondre

Je disais en autre que je trouve que tu fais preuve d'une certaine complaisance et d'une telle bienveillance à l'égard de nos CHEFS d'ETATS AFRICAINS qui le méritent pas.Le narcissisme et l'égocentrisme de nos PRESIDENTS sont à leurs PAROSYSME.STP, Jette un coup d'oeil dans tes SPAMS,on ne s'est jamais pour voir si mon commentaire y est.Quant à ton cher PRESIDENT faure G,c'est grace à David K-pelly que j'ai appris à le connaitre.Je crois que c'est la première fois que j'entends qu'un dirigeant est célibataire. Ce qui ne l'empeche pas d'avoir au moins 20 femmes et autant d'enfants.Je me dis il est fidèle à la réputation des togolais de COUREURS de JUPONS.Humm,chers TOGOLAIS.

Aphtal CISSE
Répondre

Hmmm complaisance hein? Et moi qui commencais à avoir peur à cause de ce billet....
Ah, Rita, exagère pas! Nous ne sommes pas des "coureurs de jupons", pardi. Nous sommes peut-être beaux, mignons, galants, avenant, prévenant, attentionné, et patient, et c'es ttout ce que les "jupons" aiment, ma parole. C'est pas notre faute laaaaa