24 mars 2013

Sacrées semaines culturelles à Lomé

Beach

Il ne fait pas bien de vivre à Lomé, ces derniers temps, surtout lorsqu’on est garçon facile. Je ne parle pas de moi hein ; demandez à mes épouses, elles vous le confirmeront. Mais le fait est qu’actuellement, c’est dur pour un homme normalement constitué, de vivre sereinement à Lomé, tellement la tentation est omniprésente, invitante, insistante, persistante… et pour cause. Toutes les filles de la capitale délaissent leur cartable pour le bikini : C’est la semaine culturelle.

Il a toujours été prévu une ou deux semaines, au cours de l’année scolaire, pour permettre aux apprenants de s’évader, de s’amuser, de s’exprimer, d’apprendre et de découvrir de nouvelles choses. Oui, on apprend tout en s’amusant. La semaine culturelle, c’est la période de l’année où on est censé célébrer la culture d’ici et d’ailleurs. Les programmes étaient alléchants, à l’époque : récital, concours de dictée et de culture générale, jeux d’échecs, théâtres, soirée africaine, mises en scènes, kermesse, picnic, ateliers d’écritures, ateliers de cuisine, laboratoire de langues, duel de foot interclasses, rencontre avec les anciens élèves, journées des professions… Et à l’époque, on prenait la peine de terminer les festivités impérativement avant 19h. Si vous essayez de vous attarder un peu trop, le Directeur s’en va disjoncter le compteur d’électricité, et voilà. A demain. Ça, c’était avant, hein ! Ah quand j’étais jeune…

Aujourd’hui, on ne parle plus de semaine culturelle. Enfin je sais plus trop comment la nommer, mais, cette période de l’année ressemble de plus en plus à une semaine sexuelle. Eh oui. Les jeunes lycéens de nos jours ne rivalisent plus en culture générale ou en dictée. Ah non ! Ils ne s’essayent plus aux jeux de sociétés, ils ne se défient plus en langues étrangères ou en tenue traditionnelle. Maintenant, il s’agit de connaître qui a la jupe la plus courte, le dos le plus dévoilé, la cuisse la plus pommadée, la marque de vêtement la plus chère ou la plus dévergondée ; il s’agit de faire montre de la dernière version d’un I phone, d’une tablette numérique, ou d’un téléphone Androïde.

Dès que cette foule hétéroclite est réunie, allez voir ce qui retient leur attention : un récital au cours de laquelle ceux et celles qui interprètent les chansons imitent à la perfection Nicki Minaj, Beyoncé, ou Lill Wayne. Ils le font si bien qu’on se demande s’ils sont vraiment des togolais, ces jeunes, qui n’ont qu’entre 15 et 19 ans. Ledit récital ne commence plus à 15h comme à l’époque hein ! Non ces jeunes là ont peur du soleil ; ils débutent leur soirée à 17h, et se livrent à l’orgie qui va durer 4h d’horloge, minimum. En plus, ils sont si innovants, ces jeunes. Ce sont eux qui ont initié pour la première fois la soirée Black&Yellow, à Lomé ; ce sont eux qui ont inventé le concept Jamaïcan Night, soirée au cours de laquelle, les fumigènes sont remplacés par les narines humaines crachant la fumée du chanvre indien, ou de la marijuana. Sacrée semaine culturelle ! Ces petits sont si brillants qu’au lieu d’être approchés par l’UNESCO pour des bourses, ce sont les promoteurs de boîtes de nuit qui les consultent, pour des concepts à lancer, des soirées à organiser…

Comme à l’époque, nous on ne savait pas nager, actuellement, la mode dans tous les collèges, lycées ou Universités, est de boucler cette épuisante et éreintante semaine par une sortie sur Avépozo. Ah oui, Avépozo, c’est le Graal de toutes ces jeunes personnes. On peut rater la soirée africaine, le récital, la Jamaïcan Night, mais pour rien au monde on ne rate Avépozo. Pour rien, absolument rien, vous dis-je ! Avépozo, c’est une bourgade située à 11km à l’Est de Lomé. Elle est réputée pour ses places publiques aménagées au bord de la mer. Les semaines culturelles se déroulant presqu’au même moment dans tous les établissements, quelques soient les programmes respectifs, tous les  établissements se rendent à Avépozo le même Samedi. C’est le melting-pot togolais ; le creuset de l’unité nationale, la preuve de l’indivision ethnique, bref, le Parlement togolais dans sa diversité, dans sa totalité et dans toute sa perversité. Pour vous initier au plaisant exercice de Visualisation, je vous laisse le plaisir d’imaginer le spectacle que donne l’association entre une jeunesse dont la puberté tire les premiers coups de salve, et les adultes à l’appétit sexuel plus que vorace. Jusque là je vous épargne ce à quoi se livrent leurs aînés étudiants de l’Université de Lomé, ou des Universités Privées. Sacrée semaine culturelle.

La semaine culturelle à Lomé, c’est aussi la période où tous les lycéens deviennent impolis et insoumis à la maison ; c’est la période à laquelle ils deviennent des filous occasionnels : les billets de 500 ou 1000 FCFA des parents et frères disparaissent subtilement ; les chaussures, casquettes, et gadgets des aînés sont introuvables. Eh oui, c’est la célébration de la culture togolaise, les gars ! On va faire comment ?

J’aurai préféré que mon frère benjamin emprunte sans mon accord, ma collection d’Ahmadou Kourouma, au lieu de me prendre ma paire de Paul Smith ; j’aurai été content qu’il s’introduise dans ma chambre pour subtiliser mon carnet de lecture, mon cahier de français, mon Simone de Beauvoir, mes Ferdinand Oyono, mes Hampathé Bah, au lieu de me prendre des cravates et des chemises. (Qui m’a dit d’avoir une petite corpulence, pour que mes petits-frères se sentent à l’aise dans mes habits même ?)

Ce soir encore, ils auront la gueule de bois, tellement ils ont bu à Avépozo, hier ! Et ce n’est pas l’annonce de la mort de Chinua Achebe qui leur perturbera. D’ailleurs, ils sont combien à l’avoir lu ?

Le paraître, c’est bien ; les fêtes c’est cool ! Mais l’intellect est bien plus important. Et cela, c’est le cadet des soucis des directeurs des établissements scolaires, et des organisateurs des semaines culturelles. Comme quoi, le monde continue de s’effondrer.

J’ai dit !

Partagez

Commentaires

serge
Répondre

un très bel article. c'est malheureusement ça la mondialisation.

Aphtal CISSE
Répondre

Oui, c'est cela le terme: "mondialisation"

Micky Johns
Répondre

Belle écriture, mais je récuse et trouve ton terme "citoyen du monde" discutable! Un de ces termes-drogue que seul les bobo de France et les Africains utilisent!

jack
Répondre

thanks~~write very good~~i like it ~~ ^_^