L’amour est mort…Dakar je t’accuse

Crédit image: Google Images

«  Quand tu souris, j’admire ta limpidité ;

Quand tu ris, je contemple ta gaité ;

Quand tu marches, je flatte ta sureté

Quand tu regarde, je célèbre ta pureté ;

Quand tu parles, j’écoute ta sincérité ;

Quand tu danses, j’acclame ta légèreté ;

Quand tu cuisines, je savoure ta sauce pimentée ;

Quand tu écris, les courbes de ta dactylographie

Révèlent la pureté de ton état d’esprit ;

En moi, sois cette petite et belle fleur

Qui éclos en de vagues lueurs… »

Ceci est un poème que j’ai écris, il y a de cela cinq ans, environ. Je l’ai incorporé dans mon premier recueil de poèmes « Muse nègre ». Ce poème, je l’ai écrit à un instant précis de ma vie, à un instant où j’étais comblé, heureux, aimé, amoureux. Ce poème était un hymne dédié à la beauté et à la fidélité de celle qui, à l’époque partageait ma vie.

Je devais être en terminale, ou en première année de Sciences juridiques, elle était en classe de quatrième. C’était une chouette fille ! Vive, intelligente, brillante, pétillante, curieuse, respectueuse, polie, jolie, charmante, calme, pondérée ! Ce que j’adorais chez elle, c’était son sourire et ses dents. En plus, elle était très cultivée. Beaucoup plus cultivée que les jeunes de son âge ou de sa classe. C’était le genre de fille avec laquelle, on pouvait avoir une discussion censée et enrichissante. C’était exactement mon genre de femme, ma moitié. Nous avons fini par sympathiser, par fréquenter la même mosquée, et on se voyait pour discuter tranquillement dans une maison face à la sienne, avec la complicité d’un ami commun, Farouk, qui y habitait. Je l’appelais affectueusement Oumou, un sobriquet pas trop loin de son authentique prénom nago. N’eut été le respect de la vie privée, je vous aurais fait un lien vers son profil Facebook, pour vous permettre à vous aussi, d’admirer la plus belle femme du monde.

Le seul hic à notre idylle était sa famille. Ainée, elle vivait avec son père qui s’est remarié ; de plus, vu son jeune âge, certains plaisirs lui étaient clairement interdits. Je détestais un peu sa belle-belle, et je vouais une viscérale haine à son père. Mais elle, c’était ma perle, mon lait demi écrémé, mon pain croquembouche, mon croissant de cinq heure du matin, mon Ventoline pour mes crises d’asthme…

Notre amour était parfait, idéalisé, et parfois cité en exemple à cause de notre discrétion et complicité, par la maman de Farouk qui, lui, multipliait ses frasques. Tellement nous étions bien ! Certes, on ne s’entendait pas forcément sur des sujets brulants, comme la peine de mort, l’avortement, la politique, et surtout le sexe. Yeah ! Elle avait un sex-appeal d’enfer, et moi je n’arrivais point forcément à la suivre dans son pieu vœux de chasteté jusqu’au mariage.

Nous entretenions ainsi notre relation, près de quatre années. Elle vient de réussir brillamment son examen de baccalauréat, et voulait s’inscrire en Fac de Droit. Il était hors de question pour elle de s’inscrire à l’Université de Lomé, nous le savions depuis, et je m’attendais à ce qu’elle voyage un jour pour ses études. Je vous en conjure, je me voyais très mal sans ma petite et tendre Oumou. C’est vrai quoi ! Qui pour me câliner ? Qui pour m’aider à faire le ménage dans ma chambre ? Qui pour m’aider à faire la lessive ? Qui pour m’aider à affronter les réalités de mon quotidien ? Qui pour me consoler après mes accrochages avec mon père ? … Je me préparais à vivre un enfer.

Inscription à L’université Cheik Anta Diop (UCAD), obtention de passeport, achat d’un billet aller simple Lomé-Dakar…  La veille de son départ, elle était là, serrée contre moi, dans notre petit royaume (ma chambre quoi). Elle avait posé son joli crâne nouvellement tressé contre ma poitrine, elle me rassurait, elle me réconfortait, elle renouvelait son serment d’amour pour moi, elle m’assurait de sa fidélité, elle me dit que j’étais le seul, et le resterai toute sa vie. Je lui ai, dans un instant de désespoir, proposé de rompre tranquillement, histoire de se faciliter la tâche après son départ ; proposition qu’elle a énergiquement repoussée, non sans de véhéments reproches, puis…m’embrassa. Snif ! J’étais, à cet instant, prêt à vendre mon âme au diable pour la retenir, pour faire rejeter son inscription, pour faire annuler son vol, bref, un truc pour qu’elle ne s’en aille pas.

Je me souviens encore de ces sanglots que j’ai brillamment étouffé en la raccompagnant, ce soir ; je me remémore ces larmes discrètement écrasées, je me rappelle ces… Comprenez mon émotion.

Dakar, me voilà…

Crédit image: Blog de Nathyk

Ce n’est que trois jours après que j’ai reçu son premier coup de fil, en provenance de la Terenga. Elle me donne son numéro de téléphone, me raconta le voyage, décrivit la ville et sa maison… je l’avoue, ce fut un réel soulagement de l’entendre sourire à des kilomètres. Au début, rien d’alarmant ! On s’envoie des messages, des petits bips (à défaut de s’appeler souvent), des mails, et des petits commentaires et mentions sur Facebook. Je l’avoue en toute honnêteté, les appels étaient émis dans un seul sens : c’est toujours elle qui appellait. La liaison Lomé-Dakar, sur le réseau Togocel coute les yeux de la tête, presque le double de la communication vers les autres capitales de la zone UEMOA. Je sais que ce n’est pas une raison, ni une excuse. Mais, pendant un trimestre, même si nous étions en contact, je ne l’ai jamais appelé. Mais le contact était fréquent, hormis le toucher. Le visuel étant assuré par Skye.

Puis j’ai débuté mes premiers pas dans le monde professionnel, avec un stage dans une étude d’Huissier de Justice près la Cour d’Appel de Lomé. Conséquence directe : pas assez de temps pour moi-même ; je ne consulte plus régulièrement mes mails, ni mes appels manqués, j’avais du mal à me connecter à Skype, et j’en arrive à oublier d’envoyer des sms, ou des bips. Et pourtant, « she’s always on my mind ». Vu que c’était un stage non rémunéré, je ne pouvais me permettre le luxe d’effectuer des appels à l’international.

Mais pour une fois que j’ai réussi à consulter mes mails au moment où elle était en ligne, nous avons eu une discussion, portant sur un sujet qui nous a toujours divisé : Une amie que je me suis faite dans son lycée à l’époque. Oumou voyait d’un très mauvais œil cette amitié, lui reprochant sa complicité et son manque de transparence. Et pourtant, je ne faisais que respecter ma promesse de ne rien révéler à qui que ce soit, des confessions que Lyne me faisait. Un mec, ça parle pas, un mec, c’est discret, muet comme une tombe, pensai-je…

L’amour ne vit pas que de tweet et de commentaires sur le Mur…

J’ai fini par le comprendre à mes dépens ! Un soir, après d’honnêtes et loyaux services rendus, je me connecte à mon adresse de messagerie, et le premier mail venait de ma douce et tendre Oumou. Libellé ? « Je voulais qu’on discute sérieusement sur notre relation, mais nos heures de connexion ne coïncident pas. Je ne sens pas vraiment la relation, la distance fragilise les liens, et on se fait du mal pour rien. Je pense qu’il vaudrait mieux qu’on arrête, et qu’on soit de bons amis. Stp je veux pas perdre ton amitié, j’espère qu’on sera amis. Porte-toi bien, Aphtal ! T’es un mec cool ». Dieu m’est témoin : ma première réaction fut de me déconnecter et de sortir du cybercafé…

Par la suite, j’essayai de lui refaire la cour, de la séduire à nouveau, de la ramener à la raison, de lui faire comprendre que sans elle, je ne suis rien. Et pourtant… Elle finit par m’annoncer qu’elle a un nouveau petit ami. Un chrétien, avec un nom de prophète ; un togolais comme nous, étudiant en première année comme elle, là-bas à Dakar. Pourquoi ? « Ce n’est pas à cause de lui que j’ai mis fin à notre relation, chéri. Je me sentais seule… »

La mort de l’Amour…

J’ai renoncé à cet amour, car j’ai réalisé qu’il est désormais vain. J’accepte à présent de faire d’Oumou, une simple camarade, rien de plus. J’accepte désormais sa relation nouvelle et sa nouvelle vie. J’accepte désormais l’acception selon laquelle « aimer malgré la distance, c’est cela, l’amour ». Et quelle distance encore ? J’ai toujours eu écho des frasques de Dakar, de ses couleurs, de ses tentations, de ses vies, de ses ambiances… Je savais que Dakar brisait des couples, transformait les étrangers, mais j’étais à milles lieues de me douter que cette ville puisse changer ma pieuse Oumou, à ce point.

Je sais, c’est une histoire privée, mais si j’en fais un billet sur ce blog, c’est que j’avais véritablement besoin d’en parler, je ressentais une irrépressible envie de me confesser, de pleurer sur des épaules de quelqu’un. Mais en parler à qui ? Oumou, je sais que tu liras ce billet car tu viens très souvent par ici (Merci pour tes visites d’ailleurs). Sache juste que je ne suis point empli de haine, comme je te l’ai fait croire, peut-être. Je respecte ta décision ; d’ailleurs, qu’est-ce que je peux y changer ? Mais le poème t’est toujours dédié. C’est  ton hymne ! Je te le garde, et je le garderai ainsi, en souvenir de nous.

Dans cette histoire, je ne tiens personne pour responsable, je n’accuse personne, je ne blâme personne non plus. Je suis trop vieux pour me remettre à refaire la cour, à séduire une autre fille, à apprendre à la connaitre, mais je suis également bien trop jeune pour me noyer dans un pessimisme sans pareil.

A la dernière mise à jour de mon statut sur facebook, des amies, en l’occurrence Bellya Sekpon et RitaFlowers m’ont dit que le meilleur est à venir ; Je l’espère. Mais pour le moment, je ne crois plus en l’amour ; je ne crois plus en personne. L’amour est mort. Oui, l’amour est mort.

J’ai dit.

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Aphtal CISSE
Togolais de nationalité, citoyen du monde par nature et juriste de formation. Les seules règles que je respecte sont celles que je me fixe moi-même! Et la première d'entre elles, est le RESPECT! Pour le reste, que les bénédictions soient!

11 réflexions sur “L’amour est mort…Dakar je t’accuse

  1. Ton histoire (je préfère ce mot à « article ») m’a profondément touché. J’ai failli verser des larmes à ta place, pour ne pas dire que j’ai senti une profonde empathie à te lire et encore que, comme je te le dis souvent, t’as une manière de faire vivre tes écrits, qu’ils soient fictionnels ou réalistes, qui émeut. De tel amour, on croit ne plus en rencontrer ni ne plus en avoir dans la vie, mais détrompe-toi ! T’es encore très jeune pour revivre une vraie et consolante idylle. Afin de ne pas la tuer dans l’œuf, quand tu l’auras trouvée, sois plus optimiste et considère que Dieu (la vie) offre de plus grandes espérances que l’on ne le croie parfois; l’amour est mort, vive l’amour ! J’aime et savoure ta plume !

  2. L’amour ne connait pas de distance. Qu’il face vingt mètres ou 1500km l’amour fait souffrir.et oui j’ai été seulement victime d’un amour de 20m et ça m’a vraiment touché jusqu’aujourd’hui. Tu peux venir pleurer sur mes épaules!!!hihihihi

  3. Héhéhé, mon ventoline à moi. Cela fait vraiment original. C´est noté pour nous autres ashmatiques.

    Aphtal, elle te reviendra un jour. Pourvu que tu insistes et lui dises tes sentiments. Sincèrement.

  4. Aphtal,l’amour à distance coute trop cher,ça ruine meme cher frère.Entre les couts de téléphones,internet,billets d’avions aller/retour,frais de séjour, argent de poche,hotels sur places,achats de cadeaux pour ta dulcinée.L’amour a donc un prix oh.Tu es un jeune romantique qui doit continuer à croire malgré tout à l’AMOUR avec GRAND A.Merci encore pour cette deuxième belle dédicace pour moi. Trouve-toi une petite togolaise sur place qui va faire ton bonheur sur tous les plans.AFFAIRE A SUIVRE…EN LIVE…

  5. Non, l’amour survit à tout. Comme le sphinx, il renaît de ses cendres. Je suis sûr que tu retrouvera « ta » Oumou en une autre personne que tu sauras cette fois-ci garder. Très belle histoire, du reste.

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