Les frasques d’un blogueur à la Teranga #2

J’aurais vraiment aimé vous parler de la grève qui secoue actuellement ma patrie, mais je préfère m’en abstenir ; du moins pour le moment ! A parler seul, à des gens qui feignent ne rien entendre, on fini par avoir l’air d’un imbécile. En lieu et place de ce honteux sujet, permettez-moi de vous parler de ce qui se passe sous d’autres cieux, en bien ou en mal.

Dans le cadre de la formation #MondoblogDakar 2013, il nous a été demandé de réaliser des reportages sur des sujets qui méritent notre attention. Bien entendu, des idées, j’en avais plein le crâne. Femmes, nourritures, cultures…tant d’autres sujets sur lesquels j’ai planché. Le tout premier que je vous livre, dans ce billet, est consacré aux conditions de vies et d’études des étrangers, au Sénégal. J’ n’ai pas pu toucher toutes les nationalités étrangères, mais ce petit témoignage est assez diversifié et très édifiant.

De prime abord, retenez qu’au-delà de la trentaine d’établissements d’enseignement supérieur, la principale Université sénégalaise est l’UCAD (Université Cheick Anta Diop), à Ndakaaru (Dakar). La question était la même, pour tous les étudiants rencontrés : Condition de vie et d’étude à Dakar !

Mouinat

Mlle Mouinat Sekoni, Togolaise, 2ième année de Science Juridiques, UCAD :

« Les études supérieures ont toujours été dures, dans toutes les capitales africaines ; mais à Dakar, c’est encore terrible.  Le tout premier problème, lorsqu’on débarque dans une ville étrangère, c’est la précocité de la responsabilisation. Beaucoup d’entre nous n’arrivent pas à faire la priorité entre sorties, fêtes, études, cuisines et resto,… Moi j’ai l’inestimable chance de vivre avec mon grand-frère ici, ce qui me mets à l’abri de nombreux vices. Pour le reste, il suffit de bosser et on a les résultats. Dakar est une ville estudiantine, mais trop chère pour les étudiants. »

Denis Gakpo

Mr Denis Gakpo, Togolais, Master en Droit des Affaires, Université Champollion :

« Tous les jours, il faut parcourir la distance Liberté 6 – Université, rentrer et faire soi-même la cuisine ; il faut gérer les factures (eau, électricité et internet), le loyer, le déplacement, l’habillement… Lorsqu’on n’a plus de gaz butane, plus d’électricité, et que l’argent que doit envoyer les parents tarde à arriver, on vit au ralentit, se disant que la fin est proche. Ici, il n’y a pas de tante, ou d’oncle, chez qui glaner les restes de la marmite. Tu n’as plus rien, tu n’es rien.  Parfois, il t’arrive de te réveiller avec uniquement un billet de 2.000 FCFA. A Lomé, tu sais tout ce qu’on peut en faire. Tu es venu ici, à toi de me dire ce qu’on peut faire avec 2.000 FCFA à Dakar.

Ici, l’enseignement est démystifié, mon cher. Rien à voir avec Lomé. Les professeurs ici sont hyper diplômés, pluridisciplinaires ; pourtant, la relation entre enseignants et étudiants a toujours été cordiale, franche, respectueuse, sans prise de tête. A Lomé, le nanti d’un simple Master se comporte en demi-dieu ; ici, un prof a trois agrégations, mais s’arrête dans la cour pour donner de plus amples explications. On se sent plus en confiance ici. »

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Mlle Rachelle, Togolaise, Master en Droit des Affaires, Université Champollion :

« Être fille et grandir loin du giron familial n’a rien d’amusant. Les besoins sont constants, ici, et les ressources sont extrêmement limitées. Du coup, les tentations sont légion ! Mais lorsqu’on se fixe des lignes de conduite, et un objectif certain à atteindre, on préfère se taper le trajet Patte d’Oie-Université à pieds, que de se laisser attirer par autre chose de plus facile.

Oui, le problème linguistique est un frein majeur, pour l’intégration. Tu imagines, en plein cours, le prof fait une blague en Wolof et tout le monde rit, sauf toi. Cinq minutes après, tu demandes l’explication de la blague, et elle te fait marrer ! Sauf que là, tu ris seul, et on se met à te regarder comme une Niaakh. Que veux-tu, ici on est juste de passage…

Euh, oui c’est vrai qu’ici rien n’est comme à Lomé. Ici, nous avons tout ce qui nous a toujours manqué à Lomé ; ce qui fait que lorsque les étudiants sénégalais font des grèves, on se demande ce qu’ils veulent de plus ; ce sont de grands enfants gâtés, jamais satisfaits. Ce n’est qu’un point de vue togolais hein. »

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Estelle M. Togolaise, étudiante à l’UCAD:

« A Dakar, un étranger est un étranger hein ! Il faut tout quitter, pour recommencer à zéro dans une ville lointaine, loin de tout. Il faut tout reconstruire : les relations, l’intégration, le bien-être, et cela peut durer des années. Pas moyen. L’argent ! L’argent ! L’argent ! C’est tout notre problème. Il faut tout acheter, tout ! Les coups de fils à Lomé, on en fait presque tous les jours, mais l’argent lui ne tombe pas tout de suite. Et quand tu réalise qu’en fait, tu n’es pas le seul enfant à prendre en charge, tu ne peux pas vivre comme chez toi ! Des plaisirs qu’on se fait à Lomé sont un luxe, ici !

Les cours sont bien structurés, et aérés. On se fait un excellent planning, et on se donne à fond. »

Mlle Andréa, Togolaise, Cinquième année de Médecine, à l’UCAD :

« Je n’a jamais compris pourquoi les gens se plaignent de la ville de Dakar. N’importe qui ne peut pas faire des études supérieures ; soit on a les moyens, et on le fait correctement ; soit on n’en a pas, et on fait autre choses. Les gens racontent n’importe quoi. Dakar est cher ? Moi je ne l’ai jamais remarqué. Le Wolof vous a fait quoi ? Les cours ne sont pas dispensés en langue locales, et je n’ai pas encore ressenti le besoin ou l’envie de discuter avec un sénégalais, dans sa langue. Le Togo a plus d’une centaine de dialecte ; je ne vais pas perdre mon temps à apprendre à dire bonjour dans une langue qui ne se parle nulle part ailleurs que dans une ville où je n’ai que dix années à passer. Non aucun risque de me perdre, mon chou. J’ai ma propre voiture, tu n’es pas au courant ? Vous êtes à l’AUF c’est ça ? Allez viens, je te dépose ».

Mr Jacob, Gabonais, 3ième année Lettres Moderne:

«Dakar, ce n’est pas encore Hollywood. Ce n’est pas si cher que cela. En tout cas, si quelqu’un veut faire la fête, et vivre comme un roi, bien sur qu’il lui faut de l’argent. Mais un étudiant lambda, peut valablement faire son parcours sans handicap, dans un petit studio à Ouakam. En plus de l’argent de mes parents, ma bourse me permet de vivre convenablement, et de faire parois la fête, donc Dakar n’est pas si douloureux que cela. Au contraire. Pour les cours, ca se passe bien ; les profs sont très bons. Je n’ai pas de problèmes avec les sénégalais. Il faut juste savoir saluer, et négocier les achats en Wolof ; le reste, on s’en fout hein. »

Mlle Cyndi Ngambang, Tchadienne, 2ième année Anglais :

« Ndakaaru is a great town! Very pleasant to live and study here. Ce n’est facile nulle part; on s’accroche juste, et ça le fait. Mes compatriotes au Togo me disent que c’est relativement plus facile à Lomé ! Il m’arrive de les envier, mais bon, chaque ville a ses particularités, et je crois que c’est une chance pour moi d’être ici ! C’est une ville pleine d’opportunités ».

Ceci n’est qu’un récapitulatif des avis que les uns et les autres m’ont donnés. Globalement, je ne retiens qu’une chose : Ville estudiantine, ville chère, ville multiculturelle, ville d’opportunités, et… ville de Wolof.

J’ai dit !

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Aphtal CISSE
Togolais de nationalité, citoyen du monde par nature et juriste de formation. Les seules règles que je respecte sont celles que je me fixe moi-même! Et la première d'entre elles, est le RESPECT! Pour le reste, que les bénédictions soient!

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