Lettre d’un père à propos du mariage

Mariage.  Crédit photo: Aphtal CISSE
Mariage.
Crédit photo: Aphtal CISSE

 

Lecteurs bonjour.
Ceux qui me font l’honneur d’une franche amitié au-delà de ce blog savent que, ne vivant plus dans la même ville que mon père, nous avons fait le pari de discuter par lettre interposée. Nous sommes Kotocoli, nous n’envoyons donc rien via la Poste. La Station de bus Agbalépédo sert un peu à cela aussi. Et nous discutons de tout et de rien, de sujets sérieux ou pas.

 

 

J’ai décidé de partager avec vous le contenu de sa dernière missive, quoique je passe volontairement certains aspects personnels sous silence.

«
Comment tu vas, Aphtal ? Tes frères, ta mère ? (…)
C’est avec amusement que j’ai lu ton dernier courrier. Je l’ai parcouru à plusieurs reprises, d’ailleurs. Il m’a fait rire à certains endroits, m’a fait songer, à d’autres. Vois-tu, fils, j’ai volontairement omis de répondre à tes dernières missives, car le débat sur le conflit de génération n’étant pas épuisé, tu ne pourras pas comprendre mon point de vue sur ton mariage prochain.  Je demeure convaincu que ceci pourrait expliciter cela. Je vais cependant essayer de faire comprendre mon point de vue, en espérant que tu reviennes sur l’autre sujet, une fois que tu auras assez d’arguments.

Aphtal, je ne suis pas contre ton mariage. Je ne m’y oppose pas. Le point sur lequel j’aimerais attirer ton attention, est que je n’aimerais pas que tu te maries juste pour prouver quelque chose. Je ne souhaite pas que tu te serves de cette union comme un instrument de rébellion, ou un énième signe de ta démarcation des autres.

Je me garde de te demander si c’est la bonne, si elle est vraiment faite pour toi. J’ai lu la description que tu as faite d’elle, j’en ai presque eu les larmes aux yeux. Ta tante m’a parlé d’elle, je suis convaincu qu’elle te convient. Cependant, Aphtal, est-ce que ta fiancée nous convient à nous, ta famille ? Ta femme plait-elle à tes frères, à ta mère ? A ta famille ?

Je ne cesserai jamais de vous le dire ; les critères égoïstes sur lesquels vous choisissez vos femmes vous perdront tous. C’est bien, de penser vivre avec son épouse, sur une colline éloignée des bruits de la ville, et surtout des bruits de la famille. Mais le jour où tu seras incapable d’apporter une aide à tes frères parce que tu auras peur de ta femme, alors ton mariage aura échoué ; le jour où tu te sentiras obligé de te cacher avant de tendre une enveloppe à ta pauvre mère, parce madame n’appréciera pas, alors, fils, tu comprendras ce qu’être malheureux en ménage.

Parce qu’à partir de ce moment, tes frères, tes sœurs cesseront de te fréquenter afin de ne point troubler la pseudo-quiétude de ton couple ; à partir de ce moment, ta famille, celle que tu n’as pas choisie, te vomira. Tes neveux grandiront loin de tes yeux, loin de tes enfants, leurs cousins.  Tu vieilliras également, loin de leurs yeux, loin de leur pensée. Mais sache qu’après t’avoir oublié, ils garderont un peu d’affection pour laver ton cadavre et le mettre sous terre, là où tous tes parents reposeront.

Je suis assez admiratif des marques d’affection que vous autres jeunes d’aujourd’hui, ne cessez d’avoir envers vos femmes. Vous les prenez par la taille, vous vous embrassez à chaque coin de rue… J’admire cette nouvelle façon d’aimer. Ce qui est drôle, c’est que nous, vos parents, avons fait l’Occident ; nous y avons vécu, étudié, travaillé, avant de revenir au pays. Nous qui étions chez eux, nous ne faisons pas comme eux. Vous qui, aujourd’hui, malheureusement, n’êtes jamais allé nulle part, faites mieux qu’eux, chez vous. Et tu refuses d’admettre que c’était mieux avant ?

Votre plus grand problème, vous nos enfants, c’est que vous faites tellement de concessions, que vous renoncez à votre personnalité. Seuls les imbéciles ne changent peut-être pas ; mais ceux qui changent juste pour plaire à autrui, ceux qui changent au point de ne plus se reconnaître ne sont pas dignes de l’adjectif d’imbécile ; ils sont pis que ceux-ci.

Par expérience, fils, c’était mieux avant. Il me souvient ta virulente impression sur l’expérience, que tu qualifie d’être une lanterne portée dans le dos qui n’éclaire que le chemin parcouru. Je ne t’ai jamais demandé de me ressembler, mis à part la seule fois où je t’ai demandé d’opter pour des études en médecine. Depuis, il m’est devenu difficile de te faire faire quelque chose. Et depuis, je n’ai cessé d’admirer ton franc-parler, et ces discussions dans lesquelles tu t’opposes à moi, quand tous tes frères se taisent.

Vous, jeunes d’aujourd’hui, passez tellement votre temps à vous opposer à nous que vous avez réussi à être ce que nous n’avons pas été ! Vous êtes de plus en plus lâches, de plus en plus menteurs, de plus en plus manipulateurs, et fortement irrévérencieux envers les femmes, vos femmes ! Vous êtes incapables de vous contenter d’une seule, et vous brandissez l’une d’entre elles tel un trophée dont vous êtes fiers, puis vous courez entretenir des relations extraconjugales ! Procruste.

Vous pensez que nous autres, n’avons pas de cœur à aimer ; vous pensez que nous sommes incapables de nous attacher. Et pourtant, vous, quand votre téléphone est en panne, vous préférez en acheter un nouveau, alors que peu aurait suffi à réparer l’ancien. Vous faites idem avec les femmes qui ne représentent rien de plus qu’un vulgaire appareil à la mode, pour vous. C’était mieux avant, parce qu’avant, fils, il n’y avait pas de problèmes sans solutions dans le couple. Vous, vous changez tout simplement le problème, sans jamais en résoudre un seul.

La polygamie que tu décrie tant n’est que la manifestation de notre courage à aller devant une femme avec un langage de vérité, de franchise. Etait-ce égoïste ? Nous avons pu être les seuls brebis à nous abreuver à plusieurs sources. Qu’en est-il de vous ? Vous errez de femmes en femmes, plus insatiables que vos pères à qui vous prétendez ne pas ressembler. Et vous faites pire qu’eux, car n’ayant plus d’amour-propre, vous acceptez être plusieurs brebis à boire à la même source, aussi boueuse soit-elle.

(…)

Fils, oui vous ne nous ressemblez pas, et nous n’en pleurons pas. Vous n’êtes pas nous, jamais vous ne serez comme nous. Vous trompez vos épouses, et pis, vous vous mentez à vous-même ! Continuez de verrouiller vos téléphones, n’ayez de cesse de supprimer vos messages. Vous ne faites que retarder la fatidique échéance où vous devenez comme nous ; cette étape, ce moment où vous devenez dur, ce moment où vous refusez de rendre compte à votre épouse sur vos fréquentations ; ce moment où vous devenez tout simplement vous, ce moment où vous devenez enfin un homme. A ce moment, vous vous reprocherez d’être devenus, comme vos pères, de vils individus froids et volages. Mais à ce stade, vous ne serez pas devenus comme nous, Aphtal ; vous serez juste redevenus le salaud que vous avez toujours été, et que vous avez su si bien cacher, toutes ces années à une jeune et belle demoiselle qui croyait en vous, qui vous croyait différent, qui croyait vous connaître, vous maîtriser. Parce que vous lui aurez fait penser que c’était le cas ; dans votre légendaire lâcheté, vous aurez été incapable de lui fixer des limites, vous aurez été incapables d’exiger de votre femme ce que vous désirez réellement.

Aphtal, j’ai vu ma mère nous faire à manger au feu de bois, dans une cuisine austère, sans grands moyens, et même parfois sinon souvent, sans l’argent du marché. Cela n’en fait pas moins une femme de caractère, une femme au grand cœur. J’ai vu ta mère, et toutes tes mères d’ailleurs, nous faire à manger avec du charbon de bois, à une époque où le gaz domestique était… disons délicat. Je passe sous silence le nombre de fois où elles m’ont tenues par le col de la chemise dans le silence de notre chambre à coucher, après que j’ai fait l’homme au salon.

En ce qui vous concerne, vous équipez vos épouses de gaz domestiques, de four micro-ondes, d’allume gaz, de frigo, et de tous les ustensiles de cuisine à la mode. Mais elles exigeront que vous sachiez cuisiner vous-mêmes. Et vous le ferez, parce que vous pensez que c’est la meilleure façon d’aimer une femme ; vous pensez que nous autres, vos pères, n’étions que de vulgaires macho qui se vautrent dans le salon en attendant que les femmes fassent cuire la croute. Les temps changent, si ? Le temps où tu réveillais ta mère à 14h ou à 22h pour qu’elle te fasse à manger a changé. Le temps où ta mère rentrait rapidement durant sa pause vous faire à manger a changé.

Et le temps où vos mères opéraient des miracles avec le peu de moyens mis à leur disposition a changé. C’est le temps de l’indépendance de la femme, de son émancipation. Un autre débat que nous aurons. Je me suis toujours méfié des concepts que nos frères comprennent mal. L’islam, le christianisme, le féminisme n’ont de pervers que la compréhension qu’en font les nègres.

Je ne suis pas contre ton mariage, fils. Cependant, es-tu prêt ? Es-tu prêt à rester ? A t’arrêter ? Un conseil fils. Avant de chercher à la connaître, regarde toi plus souvent dans un miroir. Tu découvriras des choses que tu te caches à toi-même.

Est-elle prête ? Est-elle prête à rester ? Non malgré tout, non à cause uniquement des enfants. Mais est-elle tout simplement prête à rester ? Prends soin de ta femme, ne lui laisse manquer de rien ; ni de ton temps, ni de ton amour, ni de ton affection, ni de rien d’autre. Cependant, garde-toi de donner plus d’importance à l’âne, de peur qu’il ne s’invente des cornes.

Nous sommes nous autres à notre place ; celle que vous nous avez attribué ; du haut de notre trône d’hommes froids et peu aimants, nous vous regardons. Faites-donc !
(…) »

Eyi zandé

 

 

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Aphtal CISSE
Togolais de nationalité, citoyen du monde par nature et juriste de formation. Les seules règles que je respecte sont celles que je me fixe moi-même! Et la première d'entre elles, est le RESPECT! Pour le reste, que les bénédictions soient!

20 réflexions sur “Lettre d’un père à propos du mariage

  1. reflexion oblige,nous sommes prisonniers de notre epoque comme ils etaient avec le leur.Ke Dieu tout puissant nous accorde la grace d’aimé et d’etre aimé en retour.

  2. Orrr ton père c’est un homme sage! Je d’accorise avec lui à 100% alors!

     » mais ceux qui changent juste pour plaire à autrui, ceux qui changent au
    point de ne plus se reconnaître ne sont pas dignes de l’adjectif d’imbécile ; ils sont pis que ceux-ci. »

    So right!

  3. Très instructif… Hum des questions importantes à se poser à l’heure du mariage… Quand je fait le lien avec l’article sur le droit de réponse que t’as adressé la femme cadre bancaire la… Des précautions s’imposent donc à nous hommes…chapeau et encore une fois merci je ne regrette jamais les minutes passées à lire tes billets

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