3 novembre 2012

Silence dans mon cybercafé

Crédit image: Google Images

Impossible de travailler en silence, difficile de se concentrer, chimérique de jouir de sa connexion internet, dans les cybercafés.  Tellement les cybercafés sont devenus bruyants et inconfortables, j’oserai les comparer au marché de légumes du Nord-mali.

Ce ne sont pourtant pas des débats houleux qui animent les cybercafés, ni des discussions concernant la politique, l’économie, la mode, la cuisine, ou même la guerre en Syrie. Franchement cela aurait été mieux. Ce sont des filles en chaleurs qui parlent, ou plutôt qui miaulent dans leur casque à micro, jouissant d’une conversation stupide, bête et plate avec de sombres idiots sur Skype.

Le phénomène s’est tellement généralisé, banalisé, que lorsqu’une fille entre dans un cybercafé à Lomé, surtout avec un air pressé, on est certain que c’est pour avoir une discussion en live, voix, images et texte à l’appui, avec un expatrié.  Elles ont toutes les mêmes caractéristiques : décolleté, seins savamment mis en valeur, tissages ou perruques bien ajustés, lèvres bien trempées dans du rouge-à-lèvres, et parfumées telles des momies (comme si le parfum là va traverser camera pour enivrer leur interlocuteur).

Elles ont des ordinateurs privilégiés ; elles aiment s’installer sur des postes faisant face au mur, histoire d’éviter les va et viens et les indiscrétions des autres clients ; elles aiment le calme et n’hésitent pas à le réclamer, alors qu’elles sont les premières  à briser le silence qui préexistait.

Elles ont généralement le même profil et tiennent les mêmes conversations : soit c’est une fille esseulée qui essaie de faire croire à son petit ami ayant récemment émigré qu’elle lui est fidèle, et qu’ils sont faits l’un pour l’autre ; soit c’est une fille en manque de sensations fortes, qui s’est fait un ami sur Facebook, et discute avec lui sur Skype, histoire de le fidéliser, de le séduire, et de…je ne sais plus trop. Mais dans les deux cas, il s’agit de passer pour une fille sérieuse, et de demander ensuite les dix chiffres sacrés de Western-union. On se connait, chérie ! Ne me dis pas que nègre en Italie avec qui tu discutais tout à l’heure là, c’est à cause de ses beaux yeux que tu as traversé le quartier sous ce beau soleil.

Elles m’ont avoué que…

Certaines d’entre ces filles que j’ai pu approcher m’ont clairement avoué qu’elles font ce petit sacrifice pour plaire aux mecs de l’autre côté de l’atlantique, et ces relations débouchent parfois sur le mariage. Vraiment ? « Oui », répondent-elles, enthousiastes. Foutaises ! Comment cela se fait-il ? Pourquoi vous faites ça ? Là les raisons divergent.

Pour Charité, «on ne sait jamais. Lorsqu’ils rentreront au pays, ils auront au moins une amie avec laquelle dépenser leurs devises étrangères quoi, tu vois non ? » Colle-moi la paix, je ne vois rien !

Pour Salifatou, « nos garçons ayants quitté le pays savent bien parler aux femmes. Ils sont patients et compréhensifs, gentils et généreux ». Tsruuuuu. Comme si moi Aphtal je ne sais pas parler aux filles.

Pour Karimatou, « c’est juste fun de causer avec quelqu’un sur ordinateur. Vous êtes amoureux l’un de l’autre, et l’avantage c’est qu’eux, ils ne demandent pas sexe comme vous le faites ici ». Reste là-bas. Nous au moins on vous le fait avec respect, seulement dans la position du missionnaire. A leur retour, après tant de transfert par Western-union, ils vous prennent en levrette et dans des positions qui vous nous refusez ; tout cela, c’est encore nous qui ramassons les pots cassés.

Edwige, elle, a osé me dire qu’ « elle fait beaucoup plus confiance aux noirs vivants à l’étranger qu’aux gars qu’elle côtoie tous les jours ». Je n’ai pas du tout hésité à lui dire qu’elle est bête et que sa réponse est stupide. Vous êtes présente, on vous trompe, c’est à des milliers de kilomètres de vous qu’on sera fidèle ? Idiote.

Qu’en retenir ?

Moi franchement, cette nouvelle pratique m’offusque au plus haut point. Pourquoi nos filles se mettent-elles à mendier de l’amour et de l’argent sur internet, à des êtres qui vivent à des centaines de kilomètres d’elles ? Ce qui est triste, c’est que le décalage horaire les oblige à se rendre au cybercafé à des heures pas possibles. Tu les vois défiler en plein midi à la recherche de connexion internet, ou se connecter tard dans la nuit ; tout cela au détriment de tout son programme de la journée. Quel sacrifice ? Et pourtant, si un gars local l’invite à prendre une glace, elle prétextera une sieste, ou accusera le soleil de l’empêcher de sortir.

Bande de sorcières. Vous arrivez à vous sacrifier pour des gens que vous ne voyez que sur des écrans quelques pouces d’ordinateur, encore faut-il que la connexion internet vous le permette. Alors qu’il y a moult beaux gosses comme moi, disponibles 24h/24, juste à votre service… Nous souffrons déjà de fuite de cerveaux, avec nos frères qui émigrent, et à présent, de quoi souffrirons-nous ? Fuite de Femmes ? Fuite de sexes ou fuite de mamelles?

Au delà de cet aspect des choses, un malaise social se cacherait-il derrière ces pratiques ? Un mal-être féminin est-il exprimé à travers les bruits que ces filles font dans nos cybers ? Que cachent vraiment ces « tu as mangé quoi, toi ? », « tu me manques beaucoup », « tu me fais trop rire quoi », « tu es vraiment drôle, tu sais ? », « ce serait cool d’être dans tes bras hein » ?

A mon niveau, la question demeure. Mais moi aussi j’ai tiré un trait sur les filles togolaises. Moi aussi, à présent, après mes cours en ligne, je discute copieusement avec de belles créatures vivant au Canada, en Nouvelle-Zélande, dans le Maryland, à Washington, ou encore à Dubaï. Égalité de sexes, dit-on, j’attends également mes dix chiffres de Western-union…

J’ai dit.

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Commentaires

Mouinat
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lol.tu es sûr d'avoir ces dix chiffres?

Aphtal CISSE
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Envoie quelque chose pour voir si je ne vais pas encaisser, bébé.
Bisous.

RitaFlower
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Et les gérants de ces CYBERCAFES,ils sont aussi complices de cette escroquerie à l'amour pratiqués par mes jeunes soeurs togolaises à la recherche d'un mari sur internet.L'amour sur le net n'est qu'une illusion.Ces jeunes filles ne savent pas qui se cachent réellement derrière un écran.Ces hommes étrangers leur font miroiter du reve.En fait,chacun y trouve son compte au final.Vigilance quant meme.Je pensais que tu avais ton ordinateur perso,Aphtal.Hum toi aussi tu discutes avec des inconnues en ligne.Attention qu'elles ne te demandent pas des trucs olé olé olé oh.Il y en a qui sont en quetes de beaux étalons noirs à croquer!

Aphtal CISSE
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Complice??? Je ne saurais le dire. C'est la loi du business, et ça marche très fort pour ces gérants, en ces moments. En ce qui me concerne, j'ai un vieil ordinateur de bureau chez moi, sans connexion internet. Je suis à la recherche d'un ordinateur portable, si jamais tu veux m'en offrir un, lol.
Bah, Rita, affaire moi laaaaaa. à la recherche d'étalons noirs à croquer hein.... Hehehehehe, inbox, grande-sœur.
Merci à toi.