18 décembre 2012

Belinda, le diable et moi

Prière
Délivré (Google)

Belinda était de loin, la fille la plus charmante de sa filière, sinon de toute l’école. J’étais privatiste, alors qu’elle était publiciste. Du coup, nos rencontres étaient plutôt fortuites, rares et brèves. Cependant, elle occupait en permanence mes pensées. Ses doigts, ses jolies dents que dévoilent difficilement des sensuelles lèvres dans de rares sourires pourtant si éblouissant et si revigorant. Son teint était d’un éclat indescriptible, hésitant entre la chaleureuse aurore indienne et le langoureux crépuscule méditerranéen. Et son corps, savamment sculpté, gratifié de creux et de monticules de chairs fermes, balancé rythmiquement dans une démarche calculée, finissait de m’achever. Pour la voir plus souvent, je fus obligé de m’inscrire en cours de Droit Parlementaire, afin de brusquer les choses, et favoriser un contact.

Ce qui fut fait, non sans grandes peines ! Il m’a fallu exceller dans cette matière bizarre qui ne figure pas dans mon parcours, chercher à m’assoir à ses côtés, et lui poser quelques questions stupides. Mais le jour où elle m’accorda toute une phrase, je ne me suis pas fait prier pour être un peu plus « ami » avec elle. Nos discussions tournèrent autour des cours, puis, sans trop savoir comment, nous débouchions sur la religion ! Merde ! C’est le genre de débat que je n’aime mener, et pourtant, il fallait faire durer mon plaisir, faire durer la conversation. Sans être inflexible sur mes principes, ni crier mes convictions, je me suis laissé inviter par Belinda à son église.

Et quelle église encore ! Ni catholique, ni protestante ! Ni assemblée, ni baptiste ! Mais une de ces églises des derniers jours, ces églises nouvelles, aux dénominations guerrières. L’invitation était ferme et définitive. Elle était même spéciale, puisque j’aurais l’occasion de suivre en live le témoignage d’un miraculé. Un orateur centrafricain, mort durant une guerre civile, rescapé de l’enfer et témoin du paradis, finalement ramené à la vie le septième jour. Hum, donc  il fallait être aux premières loges pour écouter la description du paradis et de l’enfer. Praise the Lord.

J’ai toujours rêvé de séduire cette charmante et sensuelle gazelle de mon école, cette rarissime perle de l’Institut des Hautes Études des Relations Internationales et Stratégiques. Bah, une stratégie était aussi de se rendre à cette église, faire bonne figure, et… suivez mon regard.

  • Aphtal, allons à l’église

Il sonnait déjà 19h, lorsque j’arrivais au lieu de rendez-vous ! Enfin, à l’église internationale des rachetés de Dieu et privilégiés du Royaume. Moi je ne suis pas perdu, je n’ai jamais été égaré pour être racheté ! Qu’importe, j’étais là pour trouver une divine créature, perdue dans les hauts murs de cette église. Le service d’accueil était impeccable, et je crois que mon élégance me valut une chaise à l’avant, sous un brasseur. Alléluia ! Le temple était somptueusement décoré, l’estrade indescriptible, et les matos de la fanfare était à rendre l’ouïe à tout sourd.

Un regard rapide dans la salle me permet de localiser Belinda, gracieusement assise entre la chorale, et un autre groupe. Je devais faire du zèle : danser plus que les autres fidèles, bêler les cantiques plus haut que la fanfare (même si je ne connais aucun chant), et répondre « Amen » plus profondément que le traducteur de l’orateur invité centrafricain, ramené à la vie, dépositaire des plans du paradis.

Après de longues minutes d’intenses adorations la foule se calme enfin, et l’orateur centrafricain est invité à prendre la parole. Il  commence son récit dans la langue du Saint-Esprit. J’espère n’avoir point blasphémé ; tous les pasteurs et prophètes de Lomé qui prétendent parler en « langues », s’expriment en Lingala. Depuis, je me dis que le Lingala est la langue officielle du Royaume Céleste. Alléluia.

L’orateur se lance alors dans un récit passionnant, traduit au fur et à mesure en français par son interprète personnel, et rapidement repris en Ewé par l’interprète attitré de l’église. En tout cas, j’ai vraiment adoré la description du paradis ! On aurait cru que les trois hommes y étaient (l’orateur et les deux interprètes). Mais bon, est-il que je me suis décidé à aller au paradis, pas de l’autre côté ?

Je pensais la séance levée, tellement j’avais hâte de coincer Belinda quelque part avant de m’en aller, lorsque le Pasteur principal annonce une séance de guérison et de prière. « Que ceux qui veulent se décharger d’un fardeau viennent devant », débuta le Pasteur. En quelques minutes, les rangées se vident et une foule compacte était à l’avant, attendant l’onction. Les deux oints de Dieu, le Pasteur principal et l’orateur invité centrafricain, se mettent à prier, et à scander des paroles incantatoires. Certains fidèles tremblent, vacillent puis s’écroulent, sous l’effet de « la puissance du feu de Dieu ».Ensuite, le Pasteur annonce :

« Ceux qui refusent de se décharger de leur fardeau, ceux qui se cachent avec leur mauvais esprits, seront tous délivrés ce soir, qu’ils le veuillent ou non ! ».

A ces mots, les deux  chasseurs d’esprits quittent l’estrade, traversent la foule des déjà-délivrés, pour nous traquer, nous qui avons refusé de déclarer l’esprit malin que nous abritons. C’était un peu comme une partie de jeu d’échecs, niveau professionnel : personne touchée, personne écroulée.

C’était délicat, car dans notre rangée, nous n’étions que trois à protéger le diable qui est en nous, et vu que je suis en début de la rangée, c’était clair qu’ils allaient m’anéantir, moi et mes diables. Alternative : trembloter quelques instants puis m’écrouler rapidement pour leur donner satisfecit, ou résister, entrer en guerre contre leur « esprit saint », garder le malin qui est en moi. Dans les deux cas, comment serais-je perçu par Belinda ?

L’orateur centrafricain ne me laissa pas le temps de répondre à cette interrogation. Sa main droite, moite me toucha le front, et je sentis une pression s’exercer sur moi. C’était comme si je me bagarrais avec un semblable qui décide de me pousser à terre ! En bon Kotokoli, j’oppose une résistance à la pression. Cette dernière se fait de plus en plus grande, à grand renfort d’incantations, et de prière en Lingala :

« Yézali na délivré ce petit garçon, oh Kristo mboté kitoko, na pénétré fiston là, pourque sové âme ya solo … Oh Seigneur, ribabababa ratotototo yé ka Agir, doux Yéssu»

J’étais toujours debout ; l’orateur centrafricain dépose le micro, pour me pousser des deux mains. « holy ghoooost, fiiiiiiiiiiiiiiiiiire », scanda t-il en me poussant de toutes ses forces avec ses deux mains, comme dans le geste que fait Sangokou en lançant le Kaméhaméha, ou Naruto pour le Razengan. Si je n’avais rien mangé cet après-midi là avant de me rendre à ce culte, je serai tombé depuis. Je repousse ses maisn avec violence, puis me dirige vers la sortie. Le Centrafricain hurla alors dans ma direction :

« Esprit malin, tu n’auras pas raison de moi, jeune homme tu ne partiras pas d’ici sans avoir été délivré, au nom de Jésus. Tu ne franchiras pas cette porte, esprit démoniaque »

J’eus un léger sentiment de honte, à cause de tous ces regards incrédules braqués sur moi. Surtout les beaux yeux d’amende de ma Belinda qui me regardait inquiète.

« Pasteur, au nom de Dieu moi je franchirai cette porte ! Au nom de Dieu ! », répondis-je en sortant. « VADE RETRO, SANTANNA », marmonna t-il ! En guise de réponse, je fis juste le signe de croix, espérant avoir été pardonné par Dieu lui-même.

Que Belinda aille au diable. Je ne roulerai jamais par terre pour faire plaisir à un quelconque pasteur. Si j’étais animé d’esprit malin, je serai tombé depuis, sans qu’il n’ait besoin même de me toucher personnellement ! Je me demande même si l’esprit Saint était en ce lieu.

Je retourne tranquille chez moi, avec mon diable au corps, et un léger regret de la tournure des évènements. N’empêche ! J’ai à présent la conviction de ma divinité, et me suis reforgé une conception de ces églises de rachetés, des égarés et retrouvés ! Pourquoi ne pas rester dans l’étable ? Pourquoi faire partie du troupeau têtu, qui part, et qui oblige le Maître à aller à sa recherche ?

Pour la petite histoire, depuis cet évènement, jusqu’à notre licence, Belinda ne m’a plus jamais dis bonjour ! M’en fous, au moins je me suis essayé en droit parlementaire.

J’ai dit !

Partagez

Commentaires

RitaFlower
Répondre

Aphtal qui va à l'église de la go pour la draguer quoi.Pas très catholique tout ça au final. Tu as trouvé malheur en chemin,on dirait que tu as un peu cherché les problèmes,hein. Personnellement,je n'ai jamais bien compris en règle générale le comportement de beaucoup de CROYANTS-PRATIQUANTS qui prétendent aimer DIEU sans pour autant aimer leurs PROCHAINS.Encore trop de brebis galleuses dans les EGLISES aujourd'ui. Tu t'es laissé facilement entrainé par une femme dans un lieu de CULTE sans aucune résistance.Tu sais,la vraie beauté d'une femme c'est son attitude envers toi pas ses artifices et son physique.C'est de cette manière qu'elle va te conquérir et te séduire aussi.P.S.J'ai jeté un coup d'oeil sur ta page FACEBOOK,des photos de femmes oooh....

Aphtal CISSE
Répondre

Aaaaaaaaaaah Rita, j'étais presque sûr de ta réaction!!! De prime abord, j'ai un principe selon lequel, je ne décline AUCUNE invitation à ouîr la PAROLE DE DIEU; juste par curiosité! Quel que soit le bord: Maçon, rosi-crucien, taliban, orthodoxe, yoga, protestant, catholique...je connais tout cela. Tout pédentisme mis de côté, bien sûr. (entre Dieu et moi, c'est NO LIMIT.
Ensuite, cette Bellinda était vraiment intelligente, j'avoue, hormis tous ces attributs physiques que j'ai décrits.
Hmmmm Rita, tu m'espionne? C'est quoi ton profil FBK et je te vois jamais mais toi tu furettes mes photos maaa? Pour les femmes en photos là, c'est juste photo hein. Lol. Bisous et merci
Aphtal

Madigbè KABA
Répondre

Belle description de Belinda et bel article. Comme on dit "A quelque chose, malheur est bon." T'as pu suivre un cours "droit parlementaire" que t'as aimé après. Mais je n'ai pu vraiment me retenir de rire sur un passage: "Que Belinda aille aux diables...en ce lieu." A mon avis, elle n'est pas bien pour toi puisqu'elle t'a laissé pour un seul refus. Bonne soirée Aphtal!

Aphtal CISSE
Répondre

Ah oui, mon frère! Droit Parlementaire me connait maintenant. Tu as raison, elle me mérite pas, "je vaut mieux que ca" ou bien? Lol merci d'être là, frerot. A plus sur ton nouvel article.

MOUZOU Pierrette
Répondre

Cette histoire est vraiment trè drole... Jesper au moin k ta vraimen tiré une lesson e k u n refera plu ce genre de betises pr une femme...La bne est en route,tinkiet el sera biento la e tora pa a courir derriere el pr kel devienne ta femme...

Aphtal CISSE
Répondre

T'inquiète chérie, j'ai trop bien compris même, et dis à grande soeur c'est elle que j'attend pour mon bonheur sia. lol.
Merci d'être passée, belle-soeur

Massé
Répondre

"Yézali na délivré ce petit garçon, oh Kristo mboté kitoko, na pénétré fiston là, pourque sové âme ya solo … Oh Seigneur, ribabababa ratotototo yé ka Agir, doux Yéssu»

Troooop mortel, sur ce coup! On aurai vraiment cru entendre nos pasteurs de ces nouvelles églises! Hmmmm toi et ton affaire d'ouverture spirituelle, tu es sûr que c'est le mieux pour toi? "Si tu n'es ni chaud, ni froid, je te vomirais", déclare la Bible hein. En tout cas courage; je reviendrais ici plus souvent. Surkiffé.
Xoxo

El-fuego
Répondre

Ouaip, pas mal
pas mal. Pas mal du tout. Non, vraiment cool

Donald
Répondre

Vieux bouc, t'es blogueur depuis là et c'est seulement maintenant je le sais? Bah, je suis pas déçu, cher camarade. Tu y es finalement arrivé! On t'a refusé la création d'un journal de collège, quand on était au lycée, et regarde comment tu prends ta revanche? Yup yup. Cool l'article. Je partage le lien, en criant aux gens "C'EST MON POOOOOOOOOTE". Lol
Courage

Aphtal CISSE
Répondre

Hmmmmm si tu parle du CPLA, c'est qu'on se connait alors... Envoie un mail stp.
Cordialement, Aphtal

Rendodjo Em-A Moundona
Répondre

Hahahahaaaaa, mes côtes Aphtal. Comme pentecôtiste je me suis parfois devant si certains pasrler en langue là venaient de Dieu. Ou peut être toi et moi sommes des incrédules qui ne comprenont rien en ces choses. Ce qui est sûr Dieu est un gentlman qui prend les coeurs et les corps avec douceur.

Aphtal CISSE
Répondre

Loooool Rendojo. laissent les. Ils se moquent d'eux mêmes. C'est quelle langue céleste et puis c'est toujours lingala? Celle là me plaît bien "Dieu est un gentleman". Ça c'est sûr

Ablawa
Répondre

Kiakiakiakiakiakiakia !!! trop cool le texte! Le chef d’œuvre d'un grand écrivain. J'ai vraiment aimé!

Aphtal CISSE
Répondre

Merci chère amie. Ravi que tu sois parmi nous! J'espère te fidéliser.
Aphtal

Babeth
Répondre

Hummmmm je suis assise à l'hôpital je passe par la pr passer le tps et trouve cette histoire! Je me marre telement que j'en ai les larmes aux yeux les malades me regarde en se demandant ce ki m'arrive! "Ezaba Aphtal trop bandits trop païen chassé nini démon ezali fatigué lui"
mais attention toutes les église évangélique ne st pas pareilles hein moi j'aime bien y aller de tps en tps oh... Biz.

Valdo
Répondre

Ah que je me suis marré à la lecture de ton billet! Trop hilarant! en écrivant ce commentaire, je ne peux toujours me défaire de ce rire. Vraiment chapeau! Du coup, tu dévoiles une facette ô combien triste des religions d'aujourd'hui...Puisse ton billet éclairer ceux qui ont emprunté le chemin dit de ces églises dites éveillées.

le fofotché
Répondre

joli style

Aphtal CISSE
Répondre

Merci

Jacqueline
Répondre

Sacrée épopée pour séduire une femme et ceci relaté dans le plus chaleureux des humour. Je fus emballée, retournée et étalée comme pâte à pizza. Le résultat est de bon goût surtout pour définir la moralité de l'histoire. Merci de nous avoir fais partager ce moment de plaisir que je découvre aujourd'hui; c'est un morceau de cadeau d'anniversaire étant donné que je suis née un 04 juillet d'une certaine année de l'histoire. Publiez de beaux ouvrages dans le même esprit que cette histoire si bien racontée et vous n'en ferai que le bonheur de vos chers lecteurs.

Aphtal CISSE
Répondre

Hmmm Merci, Dagan Jacqueline. Oh Joyeux anniversaire assez tardif! Que du bonheur oooh! Des bises...

BONERIC
Répondre

funny, vraiment. chacun trouve pour son compte. je discutais avec une amie récemment sur ce sujet. je crois que tout le monde doit lire sa Bible et travailler. il y aurait moins de bousculades derriere les soi disants pasteurs et prophètes et plus de succès dans nos petites vies. la bonne nouvelle, parole de Dieu est remplie de messages de motivation et d'avancement. le vrai miracle c'est quand vous vous reveillez le matin, et que le soir avant de vous coucher vous vous rendez compte que vous êtes toujours entier et en bonne santé. la vraie délivrance, c'est quand vous prenez la ferme décision de créer un blog et que vous commencez par étudier, par faire des recherches et qu'au finish vous avez un blog bien présenté, des articles bien écrits et des commentaires constructifs comme sur le blog d'aphtal.
je suis ce que j'appelle moi meme un vagabond religieux, ayant visité beaucoup de lieux de culte. je dis donc ce que j'ai compris après mes voyages.
croyez le ou pas, Dieu ne descendra pas pour changer les evenements, pour vous signer un cheque d'un million ou vous guérir. mais ça je crois que vous le savez déjà. par contre ce qu'il faut now, c'est des gens comme Aphtal qui disent tout haut ce qu'il faut que nous entendions. il fuadra aussi d'autres acteurs pour d'autres taches. a ce moment la, le travail préalable fait par les comme-Aphtal pourra porter des fruits, c'est à dire de reformater les cerveaux afin qu'ils puissent comprendre la réalité. pour ça, je dis, bel article, mon frère!
du courage et continue de nous faire rever!!!

Aphtal CISSE
Répondre

Hmmmmmmm moi ces affaires de réligions là, ne m'inspirent même plus confiance. Bible, Thora, Coran, tout cela ce sont des écrits importés! Et les nègres ssont là à polémiquer dessus.
Cordialement...

Daniel
Répondre

J'avoue que tu as une belle plume. Tu écris agréablement bien. Cependant deux mots m'apostrophent singulièrement quand tu dis "ma divinité", veux tu dire que tu es Dieu? Et quand tu dis " je n'ai jamais été égaré", à mon avis tout chrétien de quelque dénomination que ce soit devrait admettre avoir été égaré jusqu'à sa rencontre avec le seigneur, n'est ce pas? Mais ton style réaliste et impartial est ta plus grande force. chapeau !

Aphtal CISSE
Répondre

Bonjour Daniel! Excuse le retard de la réponse. Je tenais quand même à te répondre!
En fait oui, il y a une part de divinité en chacun de nous, une divinité dont nous ne sommes pas vraiment conscients et qui nous maintiens sous le joug des vices de la chair. Oui il y a une divinité en moi; oui je suis comme Dieu; oui je suis Dieu; Lorsqu'on finira par s'y faire, et à œuvrer comme Dieu, tu verras la face du monde!
Shalom