14 janvier 2013

Les marchés en cendre, mon coeur en flamme

Un marché en flammes

Lorsque j’écrivais  mon article intitulé « coups de cœurs aux combattants des flammes », j’étais à mille lieux de m’imaginer prophétiser un malheureux évènement, non deux malheureux drames, prêts à frapper ma nation. L’article suscité, était innocent, faisant un parallèle candide entre les sapeurs-pompiers californiens et ceux de Lomé. Et pourtant…

Deux incendies se sont succédés au Togo, l’un s’abattant sur le Grand marché de Kara, l’autre sur le Grand marché de Lomé. Un drame national, puisque portant un sérieux coup à l’économie déjà malade, en réduisant en cendres les bâtiments, les marchandises, et les billets de banque.

Comment en est-on arrivé là ?

Aux premières heures qui ont suivies l’incendie de Kara, les autorités ont tenté d’expliquer l’incendie par un feu domestique, allumé par un débile mental, à proximité du marché, feu qui aurait été communiqué au bâtiment du marché grâce au vent, avec la complicité de l’harmattan. La piste était plausible, mais l’incendie criminel n’était point à perdre de vue. Oh la la ! Désolé sommes-nous, face au drame qui s’abat sur les commerçants de la ville stratégique de Kara. Le Chef de l’Etat y était, pour constater les dégâts, et faire des promesses aux victimes de ce regrettable incendie.

J’étais à une veillée funéraire à Kpalimé, plus précisément à Kpélé-bémé, assis en face de la dépouille de mon grand-père, lorsque mon ami Sam m’envoie un SMS à 2h48 : « man, tu sais que notre marché de Lomé aussi est en train de brûler ? » OOOh, me suis-je écrié ! Ceux qui étaient dans la salle d’exposition du corps croyaient que c’était le fait de regarder mon grand-père couché, là, inerte, qui m’arracha ce cri de douleur. Pour ne pas voler la vedette à la dépouille, je me tais, et continue à converser en SMS avec mon ami. Il était sur les lieux, et regardait, impuissant, brûler le marché avec son fonds de commerce, puisqu’il y vend des bijoux. (C’est pourtant un aîné de la Fac, publiciste de son état, reconvertit en joaillier, en attendant).

Selon ce qu’il me rapporte, les pompiers togolais étaient là, impuissants, luttant contre la flamme comme un incirconcis  de 3 ans voulant éteindre le feu du foyer de sa mère, avec le jet de son urine. Il n’était que 03h, donc pas grand monde pour aider. Ils y croyaient, avec leurs petits camions à moitié vides, jouant aux héros, ou aux zéros, avant de se décider, toute honte bue, à faire appel à leur confrère ghanéen, qui avaient une caserne suréquipée à Aflao, une ville frontalière avec le Togo. Ceux-ci ne se firent point prier ; après le retard à la frontière, ils débarquent avec tout l’arsenal à leur disposition, et se mettent à combattre véritablement les flammes. Je suis un patriote, mais n’eut été l’intervention des pompiers ghanéens, suivez mon regard.

C’était presque le même scénario qui s’était passé à Kara. L’incendie s’est déclaré dans la nuit profonde et ce sont les riverains qui essayaient tant bien que mal de maîtriser le feu. La ville de Kara n’ayant pas de caserne de sapeurs-pompiers, on fit appel à la caserne de l’armée basée à Niamtougou, ville située à 30 Km de Kara. Tristement, comme dans mon article précité, les vaillants pompiers arrivent avec des camions vides, sans une seule goutte d’eau. C’est alors qu’on se décide de faire appel aux chinois qui travaillent sur la voie de contournement de la faille d’Aledjo, à plus de 50 km du foyer du feu, pour qu’ils envoient un camion citerne. Oh Seigneur Dieu, le pompier togolais est un saigneur d’yeux.

Si l’incendie de Kara nous a pris au dépourvu, pourquoi se laisser surprendre par celui du Grand marché de Lomé ? Pourquoi les autorités gérantes du Grand-marché de Lomé n’ont-elles prises aucune décision pour sécuriser le Marché d’Adawlato, par prévention ? Ok, je passe ! Pourquoi alors, la caserne des sapeurs-pompiers, à moins de 3km du Grand-marché, n’était-elle pas en alerte ? Pourquoi se laisse-t-elle surprendre à son tour par le feu, alors que  le déshonneur s’était abattu sur sa consœur de Niamtougou ? Lorsqu’on vous dit que le Togo est un pays atypique, dirigé par des gens bizarres, vous ne voulez point croire ! Comme toujours, je vais me livrer à mon exercice favori : Trouver un responsable.

Quid de la responsabilité ?

Un incendie ? Cela pourrait passer pour un accident, un incident… Mais deux, il y a matière à cogiter. Il apparaît clairement, en tout cas en ce qui me concerne, que ce sont des incendies criminels, prémédités, commandités, et exécutés avec minutie. Seulement, qui a fait quoi ? Comment et pourquoi ?

La première réaction que j’ai eu, à la réception du SMS de Sam, était que Faure et ses sbires montent encore une opération grandeur nature pour séduire la population, à cause des échéances électorales. Mais très tôt, cette pensée me parut stupide ! Simplement parce que Faure a d’inépuisables ressources, tant financières, logistiques, que politiques, intellectuelles et idéologiques. C’est la population qui est bête, et Faure en use pour la tromper, et il en usera encore pour les législatives et municipales de 2013. Le président n’a aucun intérêt à brûler deux grands marchés ; au contraire. Absolument aucun intérêt. S’il veut séduire, il lui suffira de construire un ou deux petits marchés municipaux, ou quelques hangars ! Point la peine de détruire. Mais alors qui ?

J’avais pensé aussi à un acte isolé, gratuit, à un règlement de compte entre commerçants, mais l’opération est de trop grande envergure pour passer pour des représailles. Les marchands des grands marchés se punissent quotidiennement entre eux, ce n’est pas le marabout du coin qui me démentira. La correction est précise, sans dégâts collatéraux. En plus, il s’agit de deux marchés, qui n’ont pas grand-chose en commun. Alors ?

Est-il possible que ce soit l’acte de politiciens de l’opposition ? Le Collectif Sauvons le Togo ? La Coalition Arc-en-ciel ? Un parti politique en particulier ? Ou un homme politique isolé ? Pourquoi ? Pour pousser la population à bout ? Pour l’exaspérer et la pousser dans les rues ? Pour la priver de gagne-pains, l’affamer, et lui donner une raison pour manifester ? Pour récupérer l’incendie, et construire de nouveaux locaux aux marchands des deux marchés ? Cela aussi est possible, je n’accuse personne mais plus personne ne m’inspire confiance. Les politiciens togolais, de quelque bord que ce soit, sont abjects, minables, exécrables, nuls, vicieux et n’ont point la crainte de Dieu en eux. Du coup, n’importe qui parmi eux peut bien être l’instigateur de ces incendies.

Mais si jamais c’était le cas, c’est l’acte le plus criminel qui soit. C’est une atteinte à la sécurité de l’état, une tentative de coup-d’état économique, un putsch commercial, une atteinte suprême à la tranquillité de l’économie, et aux activités commerciales. Quelque soit celui qui est derrière ces actes, quels que soient les mobiles, rien, absolument rien n’explique que le travail de toute une vie, que les bâtiments publics, que les marchandises, que les économies de ces revendeurs et marchands partent en fumée, si cruellement. Absolument rien.

Allons un peu plus loin! Et si c’était AQMI ou le MUJAO ou la secte stupide BOKOHARAAM, qui étaient à nos portes ? Le Togo est fortement impliqué dans les opérations militaires de la sous-région, galvanisé par son ancien poste de Président du Conseil de Sécurité, qui n’a duré que quelques mois, d’ailleurs. Mais et si nous étions la cible d’attaques terroristes extérieures ?

Ce qui m’inquiète encore le plus, c’est que mon voisin m’a appris ce matin qu’on aurait déjoué une tentative d’incendie au Grand marché d’Atakpamé. Le gardien aurait arrêté un feu naissant, et poursuivi celui qui l’a allumé en vain, avant de retrouver, des bidons d’essence. Informations à vérifier.

Quelles leçons en tirer ?

Je ne vais plus beaucoup parler. Au lieu de dépenser des milliards à équiper une armée qui ne fout rien, dépenser la moitié du budget de l’état pour s’équiper en espionnage, au lieu d’acheter des gaz lacrymogènes pour la répression des manifestions, au lieu de cette gabegie criarde, que l’on équipe nos sapeurs pompiers, afin que ceux-ci fassent promptement et correctement leur travail.

2013 est une année électorale : législatives et locales. Les actes se multiplient pour séduire l’électorat, les actes se multiplient pour retarder les élections. Tout ce que je demande à mon peuple, c’est d’être alerte, mûr, mature et digne. En un demi-siècle de gouvernance, nous n’avons pas d’eau dans les camions de nos sapeurs-pompiers ; pour assouvir des désirs inavoués, on crame des marchés. Et on se rendra dans l’isoloir pour élire des pyromanes, ou pour reconduire des incapables. Je sais que le togolais est facilement influençable ! Mais je suis convaincu qu’il est tout sauf con.

J’ai dit.

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Commentaires

Edem
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J'avoue que tout cela est pathétique, et ma foi, cela est vraiment fustigeant de voir des personnes faire souffrir le peuple à leurs propres fins. C'est déplorable

Aphtal CISSE
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De toutes façons, Edem, attendons les résultats des "enquêtes" de nos zotorités. Ou bien?

Mouinat
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C'est très grave.il faut que des dispositions soient prises pour que de tels drames ne se reproduisent plus

Aphtal CISSE
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Eh oui, chère amie; des mesures doivent être prises, le plutôt possible. En attendant, le Marché de Hédjranawoé reste fermé jusqu'à nouvel ordre

Mouinat
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ah c'est bien alors

sabine
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j'avoue aussi pour ma part que ces évènements prouvent à quel point il reste à faire pour développer notre cher pays le Togo...Mais comme d'habitude c'est le peuple qui paie les pots cassés...C'est écoeurant car on ne sera peut-etre pas ce qui a causé réellement l'incendie

RitaFlower
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Vu de l'extérieur,j'ose espérer que ces deux incendies soient d'origines accidentelles que criminelles.Espérons que les autorités togolaises pensent à indemniser tous ces commerçants qui participent aussi à l'économie du secteur informel sur les GRANDS MARCHES.P.S.Sincères condoléances pour ton grand-père.Pleins de bisous à ta petite princesse des Milles et une Nuit comme son prénom.

Aphtal CISSE
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Humm, Indemnisation! Voilà un exercice fort difficile auquel ma chère Rita voudra soumettre les autorités togolaises... De toutes façons, ici, c'est du "wait and see"

Josiane Kouagheu
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Tu sais Alpha, la réalité que tu décris est la même au Cameroun. Le grand marché Central de Douala a été brûlé, le marché Congo également. Et, dernièrement, le plus grand marché de la sous-région, Afrique centrale, le marché Mboppi, a été détruit. Et ces incendies continuent leur chemin, sans inquiéter les autorités. Tu vois...C'est l'Afrique.

Osman
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Que pena ! S’exclamerait un latino devant ces horribles incendies. En effet, ce n’est pas toujours facile de parler de l’amertume avec au tant d’humour et d’aisance. Au début, j’ai même pense à un conte fictif, mais c’est au fil des mots que je me suis rendu compte être en face d’un scenario bien pourtant réel. C’est vraiment dommage c’es qui est arrivé. Et crois-moi cher ami, il n’y a pas que ton cœur qui est calciné par les flemmes de ces incidents, mais celui de tous ceux qui auront à lire ce billet.
Peace and Love. Et que de tels actes ne se reproduisent plus.
En passant, y a un commentaire qui te concerne sur mon blog, notamment dans le billet titré le Corbs-beau et le Regard.