Avec ces élections, je ne suis plus n’importe qui

Quand on change de statut, cela se sent dans l’habillement, non? Image: Tie. / Crédit : MorgueFile

 

Bien le bonsoir à vous, chers lecteurs.

J’espère que vous vous portez tous très bien. En ce qui me concerne, je continue de me reposer.

Vous l’aurez sûrement remarqué, mon dernier billet date de plusieurs semaines. Je me suis offert des vacances. Tout d’abord pour me reposer, et me soigner, suite à ma mésaventure lors des élections législatives passées ;  (oui, être Rapporteur dans un bureau de vote, c’est une mésaventure) ensuite et surtout me concentrer sur certaines choses, redéfinir des priorités, et œuvrer pour l’accomplissement de certains projets personnels.

Rassurez-vous, je ne laisserai guère cet espace plein de poussière. D’ailleurs là ce n’est pas pour écrire un article ; je suis sérieusement en panne d’inspiration, et je n’ai vraiment pas envie de forcer quoi que ce soit. Cependant, aujourd’hui, je viens juste vous annoncer une nouvelle ; une bonne nouvelle. Eh bien sachez-le, je ne suis plus n’importe qui.

Je vous explique.

Vous le savez tous, j’ai été Rapporteur dans un Bureau de vote. Ce que vous ne savez pas, c’est que je l’ai été sous la casquette du parti UNIR. Je ne vais pas vous le cacher : j’ai approché le parti ANC (Alliance Nationale pour le Changement) pour être membre de bureau de vote en son nom, ils m’ont clairement traité d’espion à la solde du parti au pouvoir ; la Coalition Arc-en-ciel a fait du dilatoire ; mais comme je tenais à être présent dans un bureau de vote, je me suis adressé au parti UNIR, qui n’a pas hésité à me proposer à la CENI comme Rapporteur, dans le Centre Cacaveli 2.

Ceci dit, avant la formation des membres de bureau de vote par la CENI, le parti UNIR a organisé une formation pour tous ses membres et sympathisants. (J’ignore s’il en a été pareil dans les autres partis politiques, mais j’avoue qu’UNIR a fait un effort d’éducation pour ses membres, lors de ces élections). Une fois la formation terminée, une rumeur courait qu’il y aura distribution de billets de banques. Ah oui ? C’est ma première fois de participer à un truc organisé par UNIR, je ne connais pas les habitudes de la maison. Il fallait attendre donc.

Entre temps je me suis déplacé, histoire de trouver quelque chose à manger ; je ne vais pas rester là le ventre creux à attendre un hypothétique billet, dont j’ignore d’ailleurs le montant. A mon retour, voilà un candidat inscrit sur la liste du parti UNIR, qui se déplace de salle en salles, aidé par deux autres gens,  pour distribuer l’argent à ceux qui étaient encore présents. Apparemment, il a déjà terminé avec ma salle alors, on me dit d’aller me faire foutre.

Je n’étais pas le seul lésé, et très rapidement, nous étions plus d’une quarantaine à réclamer notre argent. Un quart d’heure durant, nous étions là à déambuler avec lui. Je me suis surpris à suivre cet homme, et à lui demander de me remettre mes 2.000 FCFA. D’autres le suppliaient carrément. Un instant je me suis ressaisi, et me suis posé des questions :

« Aphtal qu’es-tu en train de faire là, hein ? C’est à cause de 2.000 FCFA que tu parles comme ça ? Tu n’as jamais tenu un billet de 2.000 FCFA dans ta triste vie ou comment ? C’est pour cette somme là que cet homme là te parle comme ça ? Lui-même il est qui, sans le tricot et la casquette UNIR qu’il arbore, hein ? Merde Aphtal, sérieusement,  que fais-tu là? »

Je me mets à l’écart de la foule, pour réaliser ce que j’étais en train de faire. Un instant, je recompte tout ce que j’avais sur moi comme argent. En tout et pour tout, 440 FCFA ; de quoi payer à peine mon transport. Disons nous la vérité : c’est vrai que les 2.000 FCFA du gars là m’auraient arrangés mais, comme aime à me le répéter ma mère, « on peut être fauché et digne ». Je ne sais pas trop ce qui m’a pris sur le coup, mais j’arrache une feuille du cahier dans lequel j’ai pris des notes de la formation, pour y inscrire en caractères lisibles mon patronyme : « APHTAL CISSE » ! Je rejoins la foule, m’approche du candidat et lui tends le papier. Il hésite mais finit par le prendre. Et je lui ajoute :

« Mon cher ami, tenez ! Ceci est mon nom. Aphtal CISSE. Moi je ne vais pas vous supplier pour votre argent. Regardez-moi bien, je ne vais pas vous supplier, vous, pour 2.000 FCFA, d’accord ? A la maison, tapez ce nom là, mon nom là, dans GOOGLE. Faites une recherche de mon nom dans GOOGLE, et vous saurez ce que moi je peux vous faire dans votre vie, et sûrement pour votre élection ou pas. Retenez bien le nom, et regardez-moi bien. Au revoir »

Puis je lui tourne le dos. Les autres continuaient de se lamenter, et me jetaient même des regards noirs. Le futur député était là, perplexe, relisant le papier, et me regardant m’en aller. Je vous assure que j’ignore pourquoi j’ai réagis ainsi. Je ne sais pas ce qui m’a pris, je ne sais pas ce sur quoi je comptais, je ne sais même pas ce qu’il allait trouver sur Google, si jamais il effectuait la recherche, comme je le lui ai demandé.

Le lendemain, je reçois un mail, me confirmant mon poste de rapporteur, et m’invitant à être alerte lors des élections, et à œuvrer pour la victoire de « notre » parti. J’ai juste ri, sans répondre. Après le vote, et surtout après la publication des tendances des résultats provisoires, j’ai reçu un appel téléphonique du désormais député. Le gars me remercie pour tout ce que j’ai fait, et m’invite à le rencontrer, histoire de « mieux faire connaissance ». La rencontre, en présence d’un préfet, d’un colonel, et d’un Proviseur de lycée, a été vraiment conviviale, sans complexes et sans préjugés.

Donc je ne suis plus n’importe qui.

Eh oui, chers lecteurs. Mon cercle d’ « amis » s’agrandit, et j’ai les numéros personnels d’un Colonel et d’un honorable député dans mon téléphone. Oh, je suis chômeur hein, je suis sans le sous hein, mais au Togo, vous-même vous savez les pouvoirs que peuvent conférer des coups de fils à ces personnes, quelque part en ville non ?

Moi je peux violer les feux tricolores hein, les petits policiers là ne peuvent plus confisquer la moto Haojue du voisin que je prête souvent pour épater les nana de Cacaveli ; je peux même gifler un « sôdja* », s’il bronche, j’appelle mon colonel ou bien ? Sinon, j’appelle l’honorable qui peut appeler un Général qui peut ordonner à un Colonel de dire au Capitaine que le petit Major là embête Aphtal CISSE, celui là que le Député a connu grâce à Google.

Eh oui, je suis désormais caillou parmi les œufs : si un œuf tombe sur moi il se casse ; si je tombe sur un œuf, il se casse. Eh oui, les délices des coups de fils là, moi aussi je vais gouter à ça dans ce pays.

Plus sérieusement, ne vous en faites pas pour moi. Ma devise, c’est « fauché mais digne ». On est ensemble.

Mais faites toujours attention à vos commentaires, désormais ; on ne sait pas quel député ou quel Colonel vous lira, et vous …

J’ai dit !

* Policier ou Militaire

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Aphtal CISSE
Togolais de nationalité, citoyen du monde par nature et juriste de formation. Les seules règles que je respecte sont celles que je me fixe moi-même! Et la première d'entre elles, est le RESPECT! Pour le reste, que les bénédictions soient!

14 réflexions sur “Avec ces élections, je ne suis plus n’importe qui

  1. Garde soigneusement les contacts du Colonnel et du Député qui peuvent toujours servir.Tu n’es plus n’importe qui lol.Dis à ces personnalités de te donner un JOB pour service rendu gratuitement à la nation aux moments des élections législatives. Bravo à Maman CISSE »fauché mais digne ».C’est tout toi ça Aphtal,n’es-ce pas?

    1. Hello, grande soeur!
      Ce n’est pas une mauvaise idée de leur demander du job, à ces gens là, seulement vois-tu,il y a un adage qui dit « la bouche qui mange ne parle pas »! Suis mon regard
      Des bises

  2. intéressant, mais franchement je me demande a quoi ça sert de distribuer de l’argent aus gens. c’est legal? et la dignité des personnes qu’est-ce qu’ils en font?
    en tout je me suis rappelé de la gifle sur un Sodja…

    heureux de te savoir en forme , mon « plus n’importe qui »

    1. Tu veux savoir si distribuer de l’argent, c’est légal? Bah pour le moment, aucune loi ne l’interdit, alors…
      Quid de la dignité? Eh bien, cela franchement, je suis incapable de te répondre; les togolais n’ont plus d’amour propre, on dirait. Mais bon…
      T’inquiète, tonton, on est ensemble

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