Aphtal CISSE

Je suis togolais: anticipez ma mort!

Death (MorgueFile)

Cette histoire, si je ne vous la raconte pas, je ne serai pas tranquille. Il me faut la dire, la conter, la raconter, l’exposer. Je suis partagé entre fait social, escroquerie, et complot sordide. Mais bon, que chacun d’entre vous se fasse une idée de la chose.

Je me suis retrouvé au beau milieu d’une histoire à la fois triste, vraie et incroyable. Razak est un ami de la Fac. Notre amitié n’a vraiment débuté que lors des examens de Licence. Nous habitons le même quartier, nous sommes des musulmans progressistes (aimant la bière et autres liquides et mets prohibés par le Prophète). Il vit seul dans une cour commune, il est de plusieurs années mon aîné, mais cela ne nous empêche pas d’être complices.

Ce Mercredi là, seul dans ma chambre, je pensais au plus sage moyen pour moins dépenser cet argent que cette magnifique grande-sœur venait de m’envoyer par Money Gram. J’organisais en fait mon déplacement sur Cotonou, puis sur Parakou, lorsque mon téléphone affiche un nouvel SMS :

« Man, tu es à la maison ? Je suis à ta porte quoi ! Raz » !

Bon, je ne suis pas vraiment fan des visites inopinées mais comme Razak ne trainait pas trop chez moi, je sors sans hésiter. Il était assis sur sa moto, à ma devanture, la tête posée sur le réservoir. On s’échange les salamalecs, mais je réalise qu’il n’était pas vraiment enthousiaste. C’est en demandant les nouvelles qu’il me dit :

« Ça va pas vraiment, Aph ! Mon petit frère est mort hier nuit.

– Hein, que s’est-il passé ? Il a eu quoi ? Oh ?

Oh, il s’est levé le matin avec des maux de ventres et autres. Les médicaments ne calmaient pas la douleur, et on est allé au CHU. Là, on fait une échographie, et il parait que c’est une appendicite ou un truc comme ca ; on doit l’opérer. Ah, j’étais chez un oncle à Djidjolé quand on m’a appelé pour me dire de revenir, car il a rendu l’âme.

– Seigneur !

Ah, on doit aller au village ce vendredi pour les cérémonies d’enterrement. Mon frère, je n’arrive pas à regarder maman en face ; je n’ai même pas grand-chose pour me rendre à Bassar. Je…humm Aphtal… »

Puis mon ami éclate en sanglots. Si c’était une fille, je l’aurai pris dans mes bras. Mais il retrouve rapidement son calme, puis me dit, qu’il ira voir des tantes et oncles la même nuit. J’étais sans voix, surtout que j’ai croisé ledit frangin deux ou trois fois dans des soirées plutôt bien arrosées. C’était un bon viveur, ce petit ! Merde. Je raccompagne Razak, qui ne démarre pas sa moto. Il y a quoi, mon frère ? Oh ne t’inquiète pas, une petite panne sèche. Je vais la garer à la maison en attendant. »

A quoi sert un ami, s’il n’est capable que d’avaler des bières avec toi, sans te mettre un litre de Super Sans Plomb dans ta moto, en pareilles circonstances, hein ?

 Je lui dis d’attendre, pour voir si je peux lui trouver quelque chose. Bah, le Christ interdit à ma main gauche de savoir ce que fait ma main droite, alors permettez que je taise le montant que je lui ai offert. Ma soirée était gâché, j’étais attristée, et je devais sûrement reporter mon voyage.

Ma surprise du lendemain.

Jeudi soir, j’appelle Razak pour lui souhaiter bon voyage, et lui présenter une fois de plus mes condoléances pour son petit frère, qui sûrement allait nous manquer, nous les noctambules de Cacaveli. Et j’étais sincère. Je n’avais plus le moral. Mon cher ami décroche après seulement plusieurs tentatives, et semble s’éloigner pour mieux me parler. Je lui demande des nouvelles,, il me promet me rappeler le lendemain pour m’expliquer quelque chose, puis raccroche aussitôt. Ok pas de problème.

Vendredi, 11H, inquiet, je lui envoie un SMS, puis il rappelle aussitôt. Je l’ai trouvé plus ou moins gai, riant même, et un peu plus serein, en tout cas. Ce qu’il me dit me choque au plus haut point :

« Tchalé, tout va bien. Le petit frère va bien, il a été opéré cette nuit ; on se rendait au bloc comme ça, quand tu as appelé hier. Il en est ressorti ce matin vers 3h. Il va bien, il est tiré d’affaires, il dort toujours, actuellement. Merci beaucoup, en tout cas le plus gros a été fait. Il ne reste qu’à honorer la dernière ordonnance du Chirurgien. »

Oui mais que s’est-il passé ? Le petit a ressuscité ou comment ?

« Non, mon cher ! Il était bel et bien vivant, mais il nous manquait de l’argent pour payer l’intervention chirurgicale. Franchement je ne sais pas quelle aurait été la réaction de la famille et des autres, si on leur avait demandé de l’argent pour les soins. Tout le monde a des problèmes, et ce serait un imprévu. Mais par la Grâce de Dieu, ils ont été nombreux à mettre la main à la poche, pour me consoler, quand je suis allé les voir. Excuse-moi de t’avoir fait ce coup hier. C’était vraiment sympa de ta part. Mais en tout cas, sache que les prochaines fois qu’on ira boire, tu participeras un peu plus à l’addition hein… »

Sa dernière phrase m’a fait sourire ! Pourtant, j’ai vraiment été tourmenté par sa démarche pour collecter les fonds pour l’opération de son petit frère. Je n’en avais rien à foutre, de ce qu’il en est des autres personnes ; mais à moi aussi, Razak a menti. Pourquoi ne m’a-t-il pas dit la vérité à moi, pour voir si je pouvais ou non lui venir en aide ? Pourquoi, même à moi, il a préféré occulter la réalité, jouer une tragédie, pour pouvoir sauver une vie?

Mais au fond, suis-je si différent de tous ces togolais qui ne se mobilisent que pour les funérailles ? Suis-je plus méritant que l’oncle de Razak qui lui a offert de l’argent et des vivres ? Notre société est-elle tombée si bas, dans cette déchéance morale, et sociale ? Lui aurai-je donné de l’argent, s’il m’avait dit la vérité ? Aurais-je été généreux, face à la vérité ? Que ce serait-il passé, si Razak ne reçut point les dons escomptés de sa tromperie?

Ces questions m’ont taraudés l’esprit, hier, en allant saluer Idriss, le petit-frère de Razak, supposé mort, ramené à la vie grâce à l’élan de solidarité qui n’existe que devant la tombe.

J’ai dit !


Votez pour moi, mes chers amis! Votez pour moi.

Vote (Crédit: MorgueFile)

Je sais que certains d’entre vous penserons directement à la chanson ivoirienne du même titre que celui de ce billet. (Seuls les anciens se la remémoreront, d’ailleurs). C’est peut-être dans la même optique que ladite chanson sauf que là, je ne suis pas artiste, et je ne compte pas amuser la galerie !

Là je suis un jeune togolais, qui ambitionne de briguer un mandat parlementaire ! Oui, je veux être un élu de la nation, je veux être un parlementaire. Pour ce faire, il me faut convaincre mon électorat, advienne que pourra:

 

Braves gens de Sokodé, (chacun retourne faire campagne dans sa localité d’origine hein), votez encore pour moi et vous ne serez pas déçus. J’ai encore des projets pour vous, pour nous, pour notre localité, que je n’ai pas fini de réaliser. Je vous jure. Regardez, toutes ces mosquées que nous avons réalisées, regardez ces minarets ! Vous-même vous êtes témoins, et Dieu m’est témoin : l’école primaire est gratuite ici oui ou non ? Hein ? Oui, ou bien ? Vous ne vous êtes jamais demandé grâce à qui ? Wallaye billaye c’est moi qui me suis battu pour l’école gratuite à Sokodé.  Oui, c’est bien moi Aphtal, votre fils, votre enfant chéri !

J’ai encore besoin de vous, parce que vous aussi vous avez besoin de moi ! Vous ne voulez pas accoucher gratuitement, à Sokodé ? Vous ne voulez pas qu’on vous distribue gratuitement des moustiquaires imprégnés, des antipaludéens, des antibiotiques, des vermifuges et des préservatifs gratuitement ? Eh bien votez seulement pour moi ! Moi je suis différent, et vous-même vous savez. Moi, même le Président de la République a peur de moi parce que je suis le seul à dire la vérité. Moi on a peur de moi à Lomé, tout le monde a peur de moi, parce que moi je ne suis pas comme les autres députés : moi je me souci de mes électeurs d’abord et de moi-même après !

Vous connaissez François Hollande ? Le président de la France : c’est mon camarade. Je vais chez lui comme je rentre dans la case de ma femme. Je vais faire comme lui, si je suis député, wallaye !

Moi député de Sokodé, il n’y aura pas d’autre Dieu qu’Allah, et Mahomet sera son seul et unique prophète, wallaye. Votez pour moi, et la Charia sera notre Constitution, les Hadith seront les références à toutes nos lois, je vous jure ! Takhbir… Allahou Akbar !

Moi député de Sokodé, il n’y aura plus de grossesses non-désirées,il n’y aura plus de grossesses précoces, il n’y aura plus de professeurs qui engrossent les élèves, les écoles, si jamais on en construit, seront des lieux exemplaires et exempts de tout vices moral, social : wallaye !

Moi député de Sokodé, il n’y aura plus d’aléas climatiques, il n’y aura plus de pluie qui arrive sans prévenir, ni de soleil qui tape trop fort et brûle les épis de maïs : parole d’Aphtal !

Moi député de Sokodé, le Tem sera la langue nationale, j’exigerai même qu’on l’enseigne dans les écoles du pays, et elle sera la langue officielle à l’hémicycle, le Kotocoli est une race pure, noble et supérieure, il lui faut un guide comme moi pour le conduire à l’accomplissement de sa gloire, wallaye !

Moi député de Sokodé, il y aura éclipse du soleil chaque année, durant tout mon mandat, je le jure ! On m’a dit que vous avez aimé la dernière éclipse, et que la prochaine n’aura pas lieu avant plus de mille ans, mais moi député, il y aura éclipse toutes les années, wallaye billaye !

Moi député de Sokodé, je ferai construire ici, dans cette ville même, l’Ambassade d’Allemagne, pour vous éviter les tracas de Lomé. Vous n’aurez même plus besoin d’apprendre l’Allemand pour aller à Dortmund, ou à Berlin ! Wallaye, juste avec votre permis de conduire, vous aurez le visa pour l’Allemagne, si et seulement si vous votez pour moi.

Moi député de Sokodé, au nom d’Allah, je ne construirais plus de maison pour ces petites filles qui veulent briser mon mariage en s’offrant généreusement à moi. La politesse Kotocoli m’interdit de refuser tout cadeau offert avec le cœur (surtout si elles y ajoutent la chair), mais rassurez-vous, je ne me gaspillerai plus à cela.

Moi député de Sokodé, je construirai des stades de football, plus grands que le Maracaña, ou celui de l’Orlando. Nous Kotocoli, aimons le football, alors il y aura autant de terrains de foot que de mosquée, et Emanuel Adebayor deviendra Kotocoli, je le jure ; il jouera même pour Semassi, wallaye !

Moi député de Sokodé, le lait caillé sera gratuit, le maïs sera gratuit, les feuilles de baobab pour votre sauce seront gratuites, pour la moutarde «  tchotou », n’en parlons même pas ; vous mangerez à votre faim, vous vivrez à mon image : vous vivrez bien !

Moi député de Sokodé, Sokodé sera comme la Silicon Valley ; chaque enfant aura un compte Twitter dès sa conception ; il aura un Smartphone à sa naissance, animera sa propre page Facebook dès l’âge de cinq ans, et pourra être Community Manager avant dix ans, c’est Aphtal qui vous parle !

Moi député de Sokodé, je ne conduirai pas de grosse Mercedes ni de Pathfinder, je ne resterai pas éternellement à Lomé, loin de vous, je ne dînerai pas tous les soirs au Beluga, je n’enterrerai pas d’argent dans un trou dans ma grande maison, wallaye billaye !

Moi député de Sokodé, mon immunité parlementaire couvrira tous les habitants de cette belle et paisible ville qu’est Sokodé, notre joyau commun, on pourra tuer qui on veut, voler qui on jalouse, violer qui nous excite, sans en être inquiété : nous jouirons tous de notre immunité parlementaire ! Wallaye !

Moi député de Sokodé, aucun de mes enfants n’étudiera à la Sorbonne, à Lille ou à Bruxelles : ils seront tous inscrits à Komah II, au collège de Didaouré ou de Kpangalam, puis à l’Université de Kara, dans la brousse là-bas, c’est moi qui vous le dis, croyez-moi !

Humm, moi député de Sokodé… Je ne vais pas beaucoup parler ! D’ailleurs je me tais comme ça ! Vous savez que nos destins sont intimement liés, et je sais que vous n’avez pas besoin d’être convaincus pour coller votre pouce pourri, imbibé d’encre, juste à côté de ma photo. Je n’ai pas besoin de tous ce discours, car vous ne comprenez rien, de toute façon, et je sais que je vous ennuie.

Ne vous en faites pas, au moment venu, je ferai multiplier des tricots et des Lacoste avec mon visage dessus ; je vous distribuerai aussi des boites de sardines, et quelques savons, et notre contrat sera signé pour de bon.

A bientôt, chers électeurs. A bientôt, pauvres cons !

 

Comprenne qui peut.

J’ai dit !


Liebster Blog: Voilà, je me sens tout nu

Liebster Award

Liebster Blog Award ! J’en ai ouï dire pour la première fois sur Twitter :

 

Je ne disposais pas d’une bonne connexion, alors je n’ai pas du tout été curieux. Mais si vous voulez mieux savoir ce que c’est, eh bien lisez ce billet. Maintenant que vous avez compris le principe, je m’y mets:

11 Choses sur moi!

1)      Je suis Aphtal CISSE. Je fais ce que tous les gars de mon âge font ; suivez mon regard.

2)      Je ne bois pas !

3)      Je ne fume pas !

4)      Je joue au foot chaque samedi avec des collègues, et quelques fois au basket, dans mon ancien lycée.

5)      Je suis un passionné de la cuisine : réalisation comme dégustation.

6)      Il m’arrive de visiter les boutiques en ligne de Paul Smith, Pierre Cardin, Woodin, et parfois Pathé’O.

7)      J’aime les voitures!

8)      Quand j’ai du silence autour, je rédige des billets pour mon blog !

9)      Je n’aime pas les bruits inutiles, j’ai en horreur ceux qui parlent pour parler !

10)   J’aime les blagues censées ; j’aime les rires sains !

11)   Je crois que j’ai un peu trop dit sur moi !

 

Mes réponses aux questions de Kelly Adédiha

  • Où vivez-vous: A Lomé, quartier Cacaveli

  • Si vous aviez le choix, ou vivriez-vous: Quelque part, en Nouvelle-zellande
    Quand je vous dis “Afrique”, qu’est-ce qui vous vient à l’esprit: Malédiction

  • Quel est votre musicien africain favori: King Mensah

  • Si vous devriez vous définir en un seul mot: Unique

  • Si vous aviez le pouvoir de changer une chose dans le monde: Relation Nord-sud

  • Pour vous, quel est le meilleur moment de la journée: Minuit

  • Que feriez-vous si vous gagnez aujourd’hui 1 million de dollars: Je ne le dirai à personne

  • Une personnalité que vous aimeriez rencontrer dans votre vie: Le Pape

  • Depuis quand bloguez vous: Bientôt un an.

  • Quel est votre jour préféré de l’année: 31 Mars, jour de la mort de mon grand-frère! Cela me rappelle qu’il faut profiter de la vie!

 

Mes réponses aux questions de Nelson Simo

1)      A quel animal vous identifiez-vous : L’homme est déjà un « animal » alors…

2)      Quel est votre plus beau souvenir : 2007, visite de la ville d’Accra avec mon défunt grand-frère en compagnie de sa fiancée !

3)      Votre plus grande fierté à ce jour : Jne n’ai pas commis la bêtise de devenir rappeur.

4)      Votre principale qualité : Je l’ignore, à mes proches de me le dire.

5)      Qu’aimeriez-vous changer en vous :

6)      Qu’est-ce qui vous a conduit à l’écriture : L’amertume et la douleur.

7)      A quel moment de la journée vous sentez-vous le plus souventinspiré : N’importe quel moment, pourvu qu’il y ait du SILENCE

8)      Quel est pour vous votre meilleur billet : Je préfère que mes lecteurs me le disent ; sinon j’aime bien « Mondoblog sauva Emile et ruina Aphtal »

9)      Votre plus belle rencontre : Toutes les personnes que j’ai rencontrées ont, d’une façon ou d’une autre, influencée ma vie. Je les aime toutes.

10)   Que prenez-vous au petit déjeuner : Ce dont le Grand Architecte de l’Univers me fait grâce. Et sa grâce est si grande envers moi que…suivez mon regard.

11)   Que pensez-vous de moi (Nelson Simo, ndlr) : Un titrologue qui ne lit que Gbich Magasine ! Il me faut te rencontrer pour mieux me pourvoir à ton égard, mon cher ami!

 

 Mes réponses aux questions de Rendojo

 

1)      Qui êtes-vous : L’un des instruments du Créateur pour l’accomplissement de Ses œuvres.

2)      Quel est votre moment préféré de la journée : L’aurore

3)      Et si vous devriez être un animal : L’aigle

4)      Quels caractères devrait avoir votre futur partenaire : Attirance, sex-appeal, intelligence, calme, patience, compréhension, Silence, résistance, humour, tendresse, pondération, et…capable de me faire mes cinq gosses

5)      Comment voyez-vous l’Afrique dans 10 ans : Un continent regorgeant des meilleurs intellectuels, et de plus respectables experts, mais toujours en proie à la famine, toujours pillé par les colons, toujours bradés par des idiots de présidents, et toujours le théâtre des coups d’état

6)      A quoi pensez-vous à l’instant même : A en finir avec ce billet pour ne plus répondre à qui que ce soit.

7)      Votre personnalité préférée : Thomas Sankara

8)      Bloguer rime-t-il toujours avec journalisme citoyen : Pas forcément ! Je peux décider de ne parler que de films pornographiques sur un blog. Où est journalisme ou citoyenneté dans ça ?

9)      Quand avez-vous commencé à bloguer et pourquoi : Le jour où Mondoblog m’a retenu pour le concours ; pour dire les choses avec mes propres mots

10)   Quelle est votre plus grande peur : La mal-mort (la mauvaise mort)

11)   Et si vous aviez trois vœux, ce seraient lesquels : Alternance politique au Togo, renaissance de cette belle nation, et renégociation des partenariats entre l’Afrique et le « tiers-monde »

 

 Mes réponses aux questions de Dia Ameth:

 

1) A quoi pensez vous quand vous vous mettez au lit: A laver mon drap!

2) Le matin, que faites-vous en premier une fois que vous êtes bien réveillé:  Je baille et je m’étire.

3) Quel est votre plus grand défaut:  Je parle trop

4) Quelle est votre activité préférée: Le jogging

5) De quoi avez-vous le plus peur: La mal mort

6) Qu’est-ce que vous détestez le plus: Le double langage

7) Dans quel pays aimeriez vous vivre: Nouvelle-zellande

8) Si vous aviez les 7 boules de cristal quels vœux feriez-vous: Alternance politique dans tous les pays africains

9) Si vous aviez la possibilité de voyager dans le temps, vous iriez dans le passé ou dans le futur: Le passé

10) Que pensez-vous des politiciens: Beaucoup se sont donnés à la politique pour le ventre, raison de leur manipulation

11) Si vous aviez la possibilité de changer les choses dans votre pays, que feriez-vous en premier: Mettre aux arrêts TOUS les hommes politiques actuels en prison, et ramener la dépouille du Père de l’Indépendance du Togo sur sa terre natale!

 

Voilà! J’ai dit!

 


Les togolais courent après le Jackpot…

Jackpot (MorgueFile)

Vendredi dernier, aux alentours de treize, à l’heure où les muezzins s’égosillent pour l’appel à la prière, à cette heure là où les bons musulmans s’arrosent d’eau pour se purifier et répondre à l’appel d’Allah, à cette heure où le soleil, dans toute sa gloire brille de mille feux, je pénètre dans un maquis du quartier, histoire d’avaler rapidement quelque chose, pour tromper la faim qui me tenaillait depuis déjà trois heures !

On m’apporte ma commande : quelques boules d’akumê, accompagnées de sauce d’épinard. Je n’ai pas eu le temps de dévisager tout ceux qui occupaient la salle, mais celui qui était en face de moi, était un peu excité, l’air gai et joyeux, attendant sa commande à lui : six magnifiques boules de pâte d’igname pilée, délicieusement serrées les unes contre les autres, toutes baignant dans une sauce jonchée de nombreux morceaux de viandes de mouton. Plus tard, on lui apporte une grande bouteille de bière, et une bassine pour sa toilette. N’allez pas voir de la jalousie hein, mais j’ai déploré que cet homme ait été l’objet d’attention particulière ! Mais bon, que voulez-vous ? Le CFA force le respect.

On mangeait en silence, sans se dévisager, sans se soucier de qui que ce soit. J’avais du mal à terminer mon plat, car la sauce était trop épicée ; mais il fallait se nourrir, se contenter de ce qu’on a, ne pas regarder dans le plat de l’autre avec un regard jaloux ou envieux, ne pas se montrer ingrat envers le créateur, pourvoyeur de pâte et de sauce épinard. Je marque une pause, pour avaler mon jus d’orange, lorsqu’un autre bonhomme fait son entrée dans le maquis. Il était un peu baraqué, et se distinguait à cause de son accoutrement : il est en tenue militaire. Difficile de déterminer le corps ou le régiment auquel il appartient, au Togo c’est le désordre alors, militaire c’est militaire !

Le nouvel arrivant se dirige vers ma table, s’approche, dévisage mon voisin d’en face, puis l’attrape par le col de la chemise :

« Imbécile ! Tu es venu manger, ou bien ? Tu es venu manger non ? Lèves-toi ! Tu vas vomir tout ça tout de suite, imbécile », entame le militaire, d’une voix grave, et autoritaire.

« Pardon chef, calme-toi ; on va s’entendre dehors ! Calme-toi, non à la violence. Pardon chef ! Pardon calme toi ».

Le gars qui mangeait si bien tout à l’heure et qui me narguait avec ses claquements de dents sur les morceaux de viandes, se confond en excuses, et se met à demander pardon ? Super ! J’ai de la chance : On coffre un voleur devant moi ; on arrête un malfrat sous mes yeux : Voilà ce que Basile Niane appelle « le blogueur en situation » ! Sauf que ma situation à moi ne me permet pas de prendre ni photo, ni vidéo, ni enregistrement sonore ! Je défie même Ziad, le boss de l’atelier des média, de faire des photos d’un militaire togolais dans l’exercice de ses fonctions ! Suivez mon regard !

Personne n’a vraiment bougé, quoique tous soient curieux et inquiets. La tension montait visiblement entre les deux belligérants : le militaire qui tente d’entrainer le gars dehors, ce dernier qui résiste et en appelle à l’arbitrage des témoins de la scène.

A mon grand étonnement, deux autres gars qui mangeaient au fond de la salle se lèvent, puis demandent au militaire des explications, en lui enjoignant de lâcher sa « prise » ! Eh, togolais a évolué hein ! Ah oui, à Cacaveli, on s’en fout de béret vert ou de béret gris, désormais. Il nous faut des explications pour faire quoi que ce soit ! Le pauvre, rasséréné par la promptitude des occupants de la salle, tente alors d’expliquer le litige qui l’oppose au corps habillé. Le militaire n’avait pas vraiment envie qu’on sache ce qui s’est passé. Lui voulait juste emmener le gars et lui régler son compte, incognito ! C’était sans compter sur les témoins de la salle. Bon moi aussi je me lève, me rince les mains pour me joindre à la petite foule. On a réussit à les calmer, et le gars se met enfin à raconter son histoire !

Voilà en fait ce qui s’est passé :

Koumagan, le gars qui mangeait allègrement devant moi à l’instant, et qui me narguait avec ses viandes là, est un « expert » en loterie ! Il a le don de toujours deviner les numéros gagnants avant le tirage. Et en toute magnanimité, au lieu de jouer lui-même ces numéros, il préfère les revendre au plus offrant. « L’heureux gagnant » n’aura qu’à jouer lesdits numéros et voilà. Ses exploits l’ont précédé, et c’est là que le militaire a voulu arrondir ses « faims de mois », en achetant à 20.000 FCFA, des numéros censés lui faire gagner « 45.000 fois la mise ». Apparemment, les choses ne se sont pas vraiment bien passées, le militaire y a brûlé une partie de son salaire, et vient surprendre Koumagan, en train d’avaler une nourriture que lui, ne pourra pas s’offrir, ce mois ! Voilà ! Se sentant abusé, le militaire décide de se faire justice. (J’ai l’impression de faire un commentaire d’arrêt! Ah, nostalgies)

« C’est la loterie, c’est la chance, Chef ! C’est pas de ma faute, rien n’est sûr à 100%, je m’excuse », dit Koumagan, pour faire sa conclusion ! « Je vais te gifler, imbécile ! C’est aujourd’hui que tu sais que c’est la chance ? Voleur ! Allez, viens on va aller au camp, c’est ta chance aussi », réplique le militaire, les yeux rouges de colère.

Les aînés interviennent une fois de plus, pour calmer le militaire. On propose une issue à Koumagan, qui consiste à rembourser intégralement la victime, si celle-ci accepte d’abandonner toute action contre lui. Oh très rapidement il sort 20.000 FCFA de sa poche, et les tends au militaire, qui disparait aussitôt, après avoir proféré des menaces et remercier les médiateurs.

Ah la loterie, cette activité budgétivore

Je ne maîtrise pas du tout les rouages de la loterie, ici ! Je sais qu’il y a des tirages Loto Sport, loto Benz, Loto Diamant, Loto Scholaris, PMU… Chaque début de semaine, à la télé, une jolie nana compte cent boules numérotées, dans une machine, et puis après, cinq boules tombent, et voilà ! Pour le reste, je n’y pige que dalle. J’ignore comment se font les paris, ni la distribution des gains ! Je ne sais pas non plus comment cela se passe dans vos pays, mais une chose est sûre : Ce truc est très aléatoire. Ce qui est triste, c’est que nombreux sont ceux qui y sont accros, qui n’arrivent pas à arrêter, qui ont du mal à comprendre qu’ils sont des milliers à tenter le gros lot, et que les combinaisons sont vraiment innombrables et improbables. Certains se privent du nécessaire, pour jouer à la loterie. Plus ils le ratent, plus ils récidivent. Ah sacré jackpot.

Je profite du calme retrouvé pour terminer mon plat de pâte de maïs, et prendre part à la discussion qui va s’en suivre, certainement ! On raille le militaire, on lui reproche son amour du gain facile, on conseille à Koumagan d’être beaucoup plus prudent dans « sa profession ».  C’est en partant que Koumagan me hèle :

« Hé, petit, je suis sûr que tu n’aimes pas la loterie, mais j’ai senti que toi tu as plus de chance qui t’entoure que ce soldat. Ecoute, j’ai trois numéros, très sûrs, je te jure ! Je te le fais gratis. Donne mille francs, et demain matin, fait une mise de 500 FCFA, tu verras ! »

J’ai secoué la tête et me suis éloigné du salaud. On aurait dû laisser le militaire l’emmener ! Un peu de correction ne fera de mal à personne, dans ce pays où tout le monde essaie de vivre par tous les moyens, même en essayant de dompter le hasard.

J’ai dit !


Des journalistes et des titrologues

Newpaper (MorgueFile)

J’ai toujours eu un léger sourire, à chaque fois que mes collègues de Mondoblog (Suy et Sinath, en l’occurrence), recensent les parutions de leurs pays (Côte d’Ivoire et Bénin), pour en faire des articles ! N’allez pas imaginer un rictus méprisant sur mes lèvres hein ! J’ai énormément de respect pour le travail que ces personnes abattent. Non seulement ils abattent un travail de qualité, mais en plus le respect intellectuel impose de s’incliner devant une tâche accomplie par un autre, lorsqu’on est incapable de faire pareille.

Oui, je suis incapable de faire pareil, parce que moi, les presses ne m’intéressent pas vraiment. Je ne vais point me justifier ici. Mais si je décide de tirer mon chapeau à ces collègues précités, eh bien c’est parce qu’ils font, de façon plus professionnelle certes, ce que de nombreux togolais font tous les jours: La Titrologie !

Certains d’entre vous ont déjà une idée de ce que je veux dire, d’autres non ! Eh bien, la titrologie, c’est cet art, qui consiste à faire une sorte de revue de la presse, mais en s’arrêtant juste aux titres de « la une », sans acheter une seule parution, et à la commenter comme si on était rédacteur en chef d’un quotidien !

Comment devient-on titrologue ?

D’abord, pas besoin de diplôme ! Un étudiant, un lycéen, un collégien, un élève, un conducteur de taxi, de taxi-moto, de camion, commis d’administration, Directeur de société, secrétaire, revendeur de friperies, ou même journaliste, n’importe qui peut être titrologue, l’essentiel est de savoir lire plus ou moins bien le français, même si on n’y comprend pas grand-chose !

Ensuite, le bon titrologue n’achète jamais, ou presque, de presse. Ah non, jamais ! Au grand jamais ! Un bon titrologue, ça croise les bras dans le dos, ça soulève le front vers les gros titres et ça secoue la tête après avoir tout lu. Ensuite, ça rejoint le groupe de ceux qui ont lu avant lui et se met à débattre d’un sujet dont il ignore ce dont il en est véritablement, dans l’article !

Le bon titrologue défend bec et ongle sa conception ! Aussi erronée soit-elle, aussi saugrenue ou tordue soit sa compréhension du « gros titre », il est prêt à se battre, pour la défendre ! Ah oui, c’est comme cela ; c’est lui qui a raison, ou au pis des cas, c’est lui qui aurait du avoir raison, alors….

Il n’est pas rare de voir des titrologues en venir aux mains, devant un kiosque, juste parce que l’un a été mal compris, risiblement contredit et blessé dans son amour propre.

Du coup, l’actualité a plusieurs sens, à Lomé : d’abord, le sens que le rédacteur donne à son article, celui que les lecteurs avertis lui donnent, et enfin celui que les titrologues lui donnent. Quelques petits exemples ?

Un gros titre : « Le régime politique de Faure Gnassimgbé est un régime de type bâtard » ; dans la rue, cela peut vouloir dire : « Faure est un bâtard, il n’a pas de père ; même le premier ministre ne connait pas sa mère ; ne parlons même pas des ministres ; ils ont été abandonnés à leur naissance ; je te jure, c’est écrit ici, ce régime est bâtard ; ils sont tous bâtards » ! Alors que nous savons tous qui est le père de l’actuel chef de l’état togolais.

Une presse qui titre : « Le Roi de la musique togolaise King Mensah est SDF ». Automatiquement, on pense à Sans Domicile Fixe ; oui, cet artiste de la chanson, cet illustre et talentueux personnage, est un SDF ? Que c’est triste, oh la la ! On se mettra à trouver la cause de sa soudaine chute financière : s’il n’est pas tombé en disgrâce aux yeux des politiques, c’est le Vodoo qu’il adore qui le punit sûrement ! Pauvre de King Mensah ! Et pourtant, il aurait fallu lire l’article pour comprendre que le rédacteur voulait dire par SDF « Sans Difficulté Financière ». Oui c’est cela, l’actualité au Togo. On se contente des gros titres, et on polémique dessus.

Si jamais une parution affiche « Difficultés financières : élection repoussée aux calendes grecques », cela voudra dire pour beaucoup, que l’Union européenne refuse de financer les élections, et donc on se tourne vers la Grèce ; on attend de voir leur calendrier, et puis ils nous diront quand financer nos élections.

Il y a une chose : certains journalistes font réellement la honte de la corporation : ils aiment le sensationnel, ils aiment faire l’effet d’une bombe, ils donnent des titres rocambolesques à des articles complètement creux, ils illustrent les articles d’images crues, n’ayant rien à voir avec ce qu’ils racontent ! Mais c’est un métier noble, le journalisme ! Je le respecte énormément, et je respecte tous ceux qui font du bon boulot, en toute impartialité.

Mais encore faut-il que ces journalistes se fassent lire ! S’arrêter aux titres des journaux, voilà un exercice fort plaisant mais qui tue l’actualité, qui tue la presse, qui tue le journaliste, et qui tronque la vérité.

Être titrologue, c’est bien ; lire l’article, comprendre le rédacteur, aller au-delà de son analyse, pouvoir se faire sa propre opinion sur le sujet abordé, voilà une tâche que seuls accomplissent les  mages !

Une pensée pour tous ces journalistes morts dans l’accomplissement de leur métiers !

J’ai dit !


Fête des travailleurs au Togo: Un fiasco de plus

Défilé en noir et rouge en l’honneur des jeunes martyrs de Dapaong, en lieu et place de la célébration du 1er Mai

Bonsoir à vous ! Je suis conscient que depuis un bon bout de temps, mon blog n’est plus gai ; plus rien d’amusant, ni de croustillant ; rien de sensationnel, rien d’épique, rien de fantasque. Je ne m’en excuse pas, car l’heure est grave. Les évènements actuels m’obligent à oublier, un tant soit peu, mes problèmes à moi, pour me pencher sur les problèmes plus généraux, plus globaux, et malheureusement plus graves.

Grave ou pas, c’est à chacun de se faire une opinion. En tout cas moi, il m’est de plus en plus difficile de clamer ma fierté envers mon pays. Le Togo s’est inscrit dans la triste dynamique de s’enfoncer encore un peu plus, chaque jour, de faire montre de sadisme, et de se couvrir de honte aux yeux de tout l’univers.

Ah le 1er Mai, fête de tous les travailleurs, fête de ceux qui ont un emploi, de ceux qui perçoivent une rémunération, de ceux qui, de façon générale, exercent une activité génératrice de revenus. Le travail ! Le travail ! Le travail. Qu’en sais-je ? J’ai envie de vous réciter mon cours sur le Droit du Travail et sur la Sécurité sociale mais, cela restera pure théorie ! Le travail, je n’en sais pas grand-chose parce que je ne suis pas travailleur. Je n’exerce aucune activité, je ne suis sous l’autorité de personne, personne ne me verse une rémunération, et je ne suis pas déclaré à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale. Le travail, je n’en sais pas grand-chose !

Mais quelque chose me dit que le Travail, c’est cette activité là qu’on exerce, avec passion et amour, c’est cette activité dont on vit, cette activité qui nous épanouit, qui nous ennoblit, qui nous grandit ! Le travail, à mon humble avis, c’est cette activité qui apporte sécurité, sérénité, à celui qui l’exerce. Le travail, nourrit son homme, mais aussi le rend heureux ! Peut-être suis-je un peu trop idéaliste, mais c’est ma conception de la chose.

Et si jamais je me risque à comparer cette conception qui est mienne, à la situation actuelle des travailleurs togolais, je risque de blasphémer envers les dieux de l’emploi. Mais qui ne risque rien n’a rien n’est-ce pas ? Tout d’abord au Togo, on a fini par comprendre qu’il n’y a plus d’emplois ! Oh ne me demandez pas pourquoi : on nous les casse tous les jours, avec cette affaire d’entrepreneuriat !

Le secteur privé comme le secteur public ne sont plus pourvoyeurs d’emplois ; mais ce n’est pas le nœud du problème ; intéressons-nous à ceux là qui prétendent travailler.

Je n’ai pas de statistiques à vous donner, alors ceci est un appel à contribution : Combien de togolais exercent-ils un métier dans le domaine exact de leur formations ? Combien de togolais ont-ils un salaire inférieur ou égal au SMIG ? Combien de togolais ont-ils un salaire supérieur ou égal au SMIG ? Combien de togolais travaillent-ils en vertu d’un véritable contrat de travail ? Combien de travailleurs togolais sont-ils déclarés à la CNSS ? Combien de travailleurs togolais sont-ils satisfaits de leurs emplois? Combien de togolais sont-ils satisfaits de leurs rémunérations ? Quels sont les secteurs d’activités les plus payants au Togo ? Quels sont les… je m’y perds, chers lecteurs !

Mais je suis conscient que ce n’est pas un problème intrinsèquement togolais ! Et je suis également convaincu, que face à ces genres de problèmes, la grève est la meilleure arme des travailleurs ; c’est également leur droit fondamental.  Et ce droit à la grève, eh bien les travailleurs togolais en ont fait usage, il y a de cela quelques semaines. Presque tous les secteurs ont été paralysés : de la santé à l’éducation, en passant par le transport, la banque et même l’armée (tout récemment). Ce droit à la grève, si je me rappelle du cours de ce vieux professeur, est un droit universel !

La particularité togolaise

Eh bien, au Togo, la grève est censée être la particularité des travailleurs originaires d’une certaine région du pays. Selon un ministre dont je tais le nom, les travailleurs originaires du **** du pays, ne grèvent pas, et ne doivent pas grever ! C’est ce que j’appelle, « le principe de la territorialité des problèmes sociaux » ! Sacré Togo.

Et lorsque les travailleurs grèvent quand même, on recourt à la triste et rétrograde méthode de l’intimidation : des listes de présence qu’on fait circuler dans les services, des agents espions qui épient leurs camarades, et qui se livrent à la délation, des menaces de sanctions, de non avancement, et autres… Sacré Togo.

Ces méthodes ont fait que malgré nous, les problèmes se sont amassés, les frustrations se sont accumulées, les besoins se sont diversifiés, et tous les secteurs ont été concernés. Lorsque les enseignants ont cessé de dispenser les cours, les élèves se sont invités à la fête, et ont également manifestés pour leur apporter soutien. Tout le monde sait à présent qu’on a tué deux d’entre eux.

Tout le pays est paralysé par une grève générale, et on invite une fois de plus au dialogue. On leur accorde le bénéfice du doute, ils se mettent à faire du dilatoire ; comme d’habitude. Et pour pousser le cynisme et le sadisme à leur paroxysme, ils réduisent, ce mois, le salaire des fonctionnaires pour cause de grève ! Sacré Togo.

Le 1er Mai, censé être une fête, une réjouissance, s’est, à Lomé, transformé en journée de recueillement. Les travailleurs, en lieu et place des défilés joyeux, se sont livrés à une marche silencieuse, en mémoire des deux jeunes élèves tués par le régime en place. Aujourd’hui à Lomé, il y a eu tout sauf de la joie. Oh, il y a des structures qui ont profité de la fête hein, certains se sont réjouis, c’est vrai ; mais étaient ils contents, étaient-ils heureux?

Travailleurs togolais, la lutte continue. Un droit, cela ne se négocie pas ! Et, vous avez droit à une meilleure rémunération, à de meilleures conditions de vie et de travail.

Dirigeants togolais, faites des hommes heureux, vous les rendez meilleurs , disait l’autre.

J’ai dit !


27 Avril: Drôle d’anniversaire pour ma Patrie

Monument de l’indépendance du Togo (Image: Google)

Celui qui a vu le jour en 1960 aura cinquante trois ans, cette année. Des hommes ou des femmes de 53 ans, il doit sûrement en avoir, sur toute l’étendue du terroir. Pour un Etat, on ne parle pas de naissance, mais d’indépendance ! En ce qui concerne mon pays le Togo, le 27 Avril 1960 est la date à laquelle il a accédé à la souveraineté internationale.   27 Avril 2013 ! Voilà cinquante-trois ans que mon pays est indépendant.

Pour la petite histoire, le Togo a été colonie allemande, placée sous mandat de la SDN, puis confié à la France, jusqu’en 1960, année d’indépendance. Le père de l’indépendance, et premier président du Togo est feu Sylvanus Olympio. L’histoire retiendra qu’il y a eu coup d’Etat, donnant la mort au premier Président, faisant succéder des présidents, parmi lesquels Grunitzky, Dadjo, et les deux Gnassimgbé. Je vous précise (si je me risque à cela), que des années durant, la date du 27 Avril a été occultée, au profit du 13 janvier, date du coup d’Etat ! Soit !

Bon, un anniversaire cela se fête. S’il s’agissait d’un homme, il y aurait eu une grandiose réception, des convives minutieusement choisis, des boissons fortement alcoolisées, de la musique à déchirer les tympans, un gâteau d’anniversaire, des cadeaux à recevoir, et voilà… Mais il ne saurait en être de même pour une nation souveraine, un Etat indépendant !

L’anniversaire d’un Etat, c’est le défilé militaire et civil, la présence d’invités de marque, la mobilisation de la population, la joie nationale, la fierté de toute un peuple ; c’est le moment où le patriotisme est à son paroxysme, dans un Etat ; c’est ce moment où l’Etat s’affiche dans toute sa grandeur, fait preuve de sa force, de sa puissance et de ses ressources, tant économiques, humaines, culturelles, religieuses, que militaires !

La date d’indépendance, est le jour où tous les habitants d’une même patrie se reconnaissent sous un drapeau, se comprennent en chantant l’hymne national, se taisent à la mémoire de ceux là qui ont payé de leur sang, le prix de la liberté ! Le 27 avril au Togo, est censé être le jour où, tout togolais renouvelle sa confiance aux institutions de la République ; le 27 avril, c’est cette date où, le peuple togolais –en tout cas dans son écrasante majorité– est fier du Président qu’il a librement et démocratiquement choisi, fier de son Assemblée Nationale qui le représente et qui œuvre pour lui, fier de son appareil judiciaire, qui lui offre une justice juste et équitable, fier de son armée, neutre et républicaine, qui le protège contre tout ennemi domestique ou étranger ! Le 27 avril 2013, est censé être la date à laquelle, le togolais s’abandonne une fois de plus à ces institutions étatiques, résolument tourné vers son avenir, confiant, plein d’espoir.

Mais hélas, j’ai l’amère impression que nous sommes passés à côté de la plaque, le 27 avril dernier.

27 Avril 2013, un échec ?

Une fête, cela se prépare : carte d’invitation, tours chez le coiffeur et le tailleur, commande du gâteau d’anniversaire… Bref, sans être invité, on sent du changement dans l’air, on sent du remue-ménage, de l’agitation chez le voisin festif. Pourtant à Lomé, et dans toutes les villes de l’intérieur, il n’y a rien eu comme préparatifs, rien comme agitation, rien comme événement annonçant une heureuse échéance. Rien de rien !

Si, il y a eu quelque chose ! J’ai la mémoire courte, pardi ! Il y a bel et bien eu quelque chose : on a abattu un jeune élève à Dapaong. Ne me demandez pas pourquoi. C’est un événement certes, mais le trouvez-vous assez gai, pour annoncer le 27 avril ? A vous d’en juger !

A la télé, (je regarde rarement la télé : je n’ai pas de câble, et les chaînes locales, sont si déprimantes), que du réchauffé : des chansons composées pour le Jubilé d’Or, vieilles de trois ans déjà. A part cela, rien de bien important. A la radio, idem ! J’ai fini par oublier qu’un évènement approchait.

Dans les rues, toujours du déjà vu. Les avenues sont restées aussi tristes, les monuments aussi sinistres, les murs aussi nus. On a badigeonné une artère pour le défilé militaire. A part cela, quoi d’autre ? Oui, le 26 avril, veille de la fête, c’est un Président aux traits avachis qui sert son discours creux sur le sempiternel plateau de la froideur et du mépris. Toujours les mêmes mots, juste l’introduction de quelques mots en la mémoire du jeune Sinandare sacrifié sur l’autel de la mal gouvernance. Voilà.

27 avril, jour-J. Défilé militaire, avec les mêmes régiments, les mêmes généraux, les mêmes bourreaux ; dans la tribune officielle, les mêmes gars du gouvernement, quelques représentants du corps diplomatiques, et voilà. Je n’ai pas perdu mon temps à regarder le macabre spectacle : je le connais par cœur, ce sinistre cérémonial. Ensuite quoi ? Ils iront se gaver de viandes, s’abreuver de vins, dans un jardin, quelque part, et ce sera tout ! Au diable, la grève des travailleurs ; au diable les réclamations des élèves ; au diable les menaces des étudiants ; au diable le jeune élève fraîchement enterré dans les entrailles de Dapaong ; au diable le peuple et ses aspirations !

27 avril 2013, un bar à Cacaveli a fait une promotion sur ses bouteilles de bières ! Je m’en suis offerte une seule, et j’ai bu à la santé de cette patrie qui vieillit sans véritablement grandir ! A la tienne Togo Chéri !

J’ai dit