Aphtal CISSE

Je suis togolais: épouse moi si tu peux…

Mariage (MorgueFile)

Une fois de plus, je vais me mettre dans la peau du défenseur momentané des droits des femmes. Cela ne m’arrive pas souvent, mais à chaque fois que l’occasion se présente, je préfère ne point me dérober à cette noble et immense tâche. Oui la tâche est immense, car elles sont des milliers, ces femmes togolaises qui souffrent dans le silence de la dignité.

Ces femmes souffrent, parce qu’elles sont battues, excisées, violées, meurtries dans leur chair. Mais le nouveau ring sur lequel les femmes sont constamment au tapis, est celui du mariage. Je sais, vous pensez déjà à la polygamie, aux violences conjugales sous toutes ses formes ou presque ; vous aurez peut-être raison ! Mais je ne parle pas de cette lâcheté masculine, je parle du mariage utilisé comme arme.

Je ne suis pas doué pour les introductions, alors je me jette à l’eau ! Au Togo, les jeunes hésitent de plus en plus à se marier, à s’engager, à « se mettre la corde au cou ».  J’ai longuement cogité dessus, je me suis entretenu avec mes amis religieux, j’ai discuté avec des amis qui se sont mis en couple, j’ai fréquenté des couples vivant maritalement, ou en concubinage ! Les avis que j’ai recueillis ne m’ont point convaincu, mais au contraire, ont confirmé mon opinion : les togolais sont des machos, dans la majorité.

Oui le mariage est utilisé comme une arme, servant à maintenir la femme dans un état de soumission, de docilité et de fidélité. On le sait, le rêve de toute jeune fille, c’est de parcourir l’allée centrale de sa paroisse, devant famille et ami(e)s, vêtue de blanc, sur fond de musique de la Grande Marche, se pointer devant le curé, se passer la bague au doigt, et monter à bord d’une voiture spécialement prêtée pour l’occasion, pour la lune de miel ! Demandez à n’importe quelle fille quel est son plus grand rêve : « celui d’honorer ma famille, dans un mariage grandiose », répondra-t-elle, candidement !

Ah,  les hommes le savent, et gardent la carte du mariage comme un joker. Toutes sortes de théorie développées par les hommes, pour retarder l’heureuse échéance.

« Oh tu sais, le mariage c’est pour la vie, alors il faut que je m’assure que j’aurai des enfants avec cette femme, avant d’apporter la dot ; alors si elle ne me fait pas un enfant avant, ce sera difficile de l’épouser tout de suite ».

Un autre gars me dira : « Mon petit, la femme quelque soit son âge, a une cervelle de gamin. Il faut lui promettre ce qu’elle désire le plus, pour espérer tirer le meilleur d’elle. Tu l’épouses tout de suite, elle te montre sa seconde face, et tu ne seras plus jamais heureux. »

D’autres développent la théorie suivante : « Le mariage, cela ne sert pas à grand-chose. Elle est là, elle te fait des enfants, pourquoi engager d’autres frais totalement inutiles ? »

La catégorie la plus instruite et pourtant la plus abjecte tient ce discours qui force le mépris : « Le mariage, cela veut dire que la femme a droit sur tout ce qui t’appartient. Comme elle sait qu’à ta mort tout lui revient directement, elle ne respecte plus ta mère, et risque même de provoquer ta mort. Conseil d’aîné, petit : donne tout à la femme sauf ta confiance ».

J’ai ouï toutes sortes de théories aussi stupides les unes que les autres, et les seuls mots qui me viennent en tête sont : Femme, pauvre de toi.

Je connais des hommes qui arrivent à faire un mariage civil avec leurs épouses, à l’insu de ces dernières. Pourquoi ?

Ah, il ne faut surtout pas qu’elle sache, sinon, elle va commencer par mal se comporter, par réclamer des droits, par demander les allocations, par prendre de mauvais conseils ; elle aura même plus de droits que toi, et te menacera d’aller au tribunal, au moindre pépin.

A Lomé, il existe aussi une catégorie d’hommes qui fondent un foyer (femme, enfants, maison…), avec une femme, tout en épousant légalement une autre, qu’ils entretiennent ailleurs.

Ce que je leur réponds :

Je sais que je ne suis pas la voix la plus autorisée à parler de mariage, et que je n’ai de leçons à donner à personne. Mais en même temps, je n’ai pas besoin d’être expert en régime matrimonial pour constater tout le tort que les hommes causent aux femmes, mais aussi tout le mal que les hommes se font sans le savoir.

Quelle stupidité que de croire que la stérilité ne peut qu’être féminine ? Certains hommes n’ont jamais entendu parler d’azoospermie, oligospermie, asténospermie, et toutes ces anomalies qui affectent la reproduction masculine. Et une fois la grossesse déclarée, qu’attendez-vous pour officialiser votre relation devant Dieu et devant les hommes ?

A ceux qui pensent que le mariage est « inutile », je leur réponds qu’il est plutôt inutile de faire des enfants si on ne peut pas leur conférer un certain nombre de droit. Au Togo, la législation a fini par supprimer toute différence entre les enfants nés hors mariage et ceux nés dans le mariage. Mais la loi c’est la loi, et nous savons que la pratique en diffère énormément. Le mariage, cela consolide le droit des enfants, et ça, ce n’est pas inutile, à mon sens.

Chers mâles dominants, le mariage n’est pas un cadeau qu’on offre à une femelle. Il va au-delà de la célébration religieuse, du gâteau, du vin, et de la lune de miel. Il n’est pas seulement une soupape de sécurité pour la femme, que vous épousez ! Il n’y a pas que la femme qui hérite de son mari, et d’ailleurs la loi réglementé énormément la succession. Il existe des femmes plus aisées que leurs maris et des femmes peuvent décéder avant leur époux. Quid alors de l’héritage, du sort des enfants ?

Marié, les biens sont mieux répartis. Sans union légale, les biens sont tout simplement bradés, et les plus grands perdants demeurent les enfants, et la femme, dans une certaine mesure. Moi, Aphtal, je préfère que la femme avec laquelle j’ai passé le clair de mon existence, soit au volant de ma Cadillac, à ma mort. Mon âme reposera en paix, en ayant à l’idée que mes enfants, légitimés par mon mariage, vivront tranquillement dans ma maison, et jouiront paisiblement des biens meubles (terrestres et éphémères) que j’aurai acquis, tant mieux si c’est avec leur mère !

Une grande-sœur, fidèle lectrice de ce blog m’a demandé de vous présenter ma petite amie, si j’en ai. Je ne le ferai pas tout de suite, mais chérie, si tu lis ces lignes, crois moi, je t’épouserai autant de fois que tu voudras ; communauté ou séparation des biens, ce sera à toi de décider. L’essentiel est que tu sois la mère de mes enfants, et que tu sois Ma Mme CISSE.

Le mariage ne profite pas qu’aux femmes ! Il nous protège aussi, nous les hommes. Seuls les malheureux ne s’en rendent pas compte !

J’ai dit !


Sur les chantiers de la blogosphère togolaise

La semaine dernière, parcourant le fil d’actualité de mon profil sur Facebook, je suis tombé sur une publication du blogueur togolais Sylvio Combey ! Il s’agissait d’une très belle illustration dont la beauté me capta tout de suite. Le texte qui y est gravé finit d’accaparer toute mon attention : Formation gratuite en blogging et journalisme citoyen ! Je lis toutes les informations, et envoie un message à l’organisateur de ladite formation. Rendez-vous était donc pris pour le vendredi dernier, à 15h, à l’American Corner de la Bibliothèque Universitaire de Lomé.

Image annonce (Crédit Sylvio Combey)

J’étais un peu en avance sur l’heure, accompagné de ma consœur Nora, histoire d’échanger un peu avec mon aîné, avant le début de la formation. Ce n’était pas l’affluence des grands jours, mais la salle était aux trois-quarts occupée par des étudiants, des élèves, des journalistes, des blogueurs, apprentis blogueurs, ou simple passionnés des TIC. Je n’ai pas eu tord de m’y rendre car, non seulement j’y ai appris énormément, mais en plus l’organisateur de la formation, Sylvio Combey, bouscule un peu le programme et me donne une vingtaine de minutes pour partager mon expérience à moi. Comme si j’étais expérimenté.

 

Cela m’a permis d’expliquer aux futurs blogueurs, ce qu’est un blog, sa nécessité, ses particularités, ses avantages et ses inconvénients ;

 

 

En outre, cela m’a permis aussi de revoir mon art oratoire, et ma capacité à convaincre ! Les gars, il fallait me voir debout là, à balbutier des trucs que moi-même je ne comprends guère. Je sens que je n’ai pas été assez convaincant, mais bon, tout le monde ne peut pas être un Sylvio,  un Ziad, ou un Pouget ! Quelle énorme différence entre tapoter des âneries sur son clavier d’ordinateur, et raconter des choses sérieuses devant une foule attentive !

 

Je cède ma place à la blogueuse et écrivaine Marthe Fare, qui crée en live un blog sur WordPress, afin de nous montrer  toutes les étapes à franchir ; du choix du nom du blog, en passant par le thème, le nom du domaine, et la mise en ligne du tout premier article. Sa présentation fut on ne peut plus claire ; mais je crois qu’elle aurait été meilleure si et seulement si….il y avait eu plus de temps.

 

L’orateur principal prend enfin la parole, pour entrer dans le vif du sujet : journalisme citoyen, et création d’une blogosphère togolaise forte. Habitué, il a été rapide, succinct, convaincant et encourageant.  J’ai encore pris des notes, comme quoi, on ne fini jamais d’apprendre.

La connexion de l’American Corner n’a pas vraiment été propice à l’intervention par Skype du journaliste Noel Tadegnon. Mais nous autres apprenants, avons compris tout ce qu’on pouvait faire avec Internet en général, et avec le blog, en particulier. Je salue également l’intervention de Wilfried Toussine, qui a définitivement mis fin à une question qui taraudait l’esprit des candidats au blogging.

C’est hésitant mais…

Je le disais plus haut, il n’y a pas eu de bousculades pour suivre la formation, malgré sa gratuité. Pourtant, je sais qu’il y a eu assez de communication autour de l’évènement. Ils auraient pu être un peu plus nombreux que cela, ne serait-ce que par curiosité. Hélas ! Mais on ne peut que faire avec le nombre présent ! Ce qui me fait également un peu peur dans cette affaire, c’est la question qui a été posée par plusieurs étudiants, présents à la formation : « le blog nourrit-il son homme ? »

Ils avaient l’air moqueur lorsque je leur avoue que bloguer, c’est un sacerdoce. On blogue, juste parce qu’on aime cela, parce qu’on a des choses à direque de paroles creuses qui n’ont pas vraiment séduit les futurs blogueurs. Ils ont raison : se taper des heures de connexion dans un cyber, pour un article, juste parce qu’on aime ça, cela a eu du mal à passer. Je me suis reconnu en eux ! Seule l’intervention de Sylvio semble leur faire revenir à la raison.

…Il va falloir compter avec le Togo.

Parmi ceux qui étaient présents, Vendredi, il y en a qui sont décidés à sortir de l’ombre, pour aller à la conquête des réseaux sociaux, via leur blog ; il y en a qui sont motivés, prêt à tout sacrifice pour avoir un blog et l’alimenter. Déjà cela me suffit. Montrer à un excellent narrateur, comment tapoter son histoire sur un clavier et la publier, voilà une tâche qui se veut noble ; voilà le défi qu’ont décidé de relever les organisateurs de cette formation.

Oui, il va falloir compter avec le Togo désormais. De part le monde, ils sont nombreux à faire notre fierté ; David Kpelly, n’est plus à présenter ; de même que Sylvio Combey ; Fabbi Kouassi ne nous est pas inconnue. D’ailleurs cette dernière est également nominée pour la finale des BOB’s! Rassurez-vous, elle n’est pas dans la même catégorie qu’Alimou, alors, je peux me risquer à demander vos voix.

A la fin de la formation, avec Sylvio (Crédit: Aphtal CISSE)

Cela n’est peut-être pas perceptible, mais le blog commence par séduire plus d’un, à Lomé, comme dans les villes de l’intérieur. Les défis sont certes énormes ; cela n’a jamais été un long fleuve tranquille, nulle part ailleurs. Cependant, je suis confiant, nous sommes confiants. Préparez vous à subir dans un avenir proche, la dictature de la Team 228.

J’ai dit !


Elections au Togo: Dans les loges du recensement

Ma carte d’électeur (Image: Aphtal)

Sans grande conviction, hier, je me suis rendu au Collège d’Enseignement Général de Cacaveli, en compagnie de mon voisin Yao, pour me faire établir une carte d’électeur.

J’ai ouï dire qu’il fallait se lever à 4h du matin, se mettre en rang, attendre l’ouverture des bureaux, pour enfin se faire établir la carte, vers…. 11h. Bof, moi je suis né sous une bonne étoile alors, j’ai décidé de la mettre à l’épreuve, ma chance légendaire.

De prime abord, mon regard a été attiré par les longues files interminables, serpentant sous les arbres de la cour de l’école. Difficile de faire un profil de ceux qui venaient se faire recenser : étudiants, fonctionnaires, vieux, jeunes, revendeuses… Toute la société était représentée. Je suis allé serrer la main à un camarade, pour ensuite m’attarder sur la liste électorale provisoire de Cacaveli.

Petit aperçu de la foule, vue de loin

La foule était compacte devant moi ; rien n’entamait sa détermination ! Elle était là, hétéroclite, fatiguée, à bout de souffle, mais elle était présente et déterminée. J’arrive à me placer derrière une charmante fille. On avançait, tant bien que mal. J’étais confiant, j’aurai ma carte ! Quarante minutes plus tard, à quelques pas de l’entrée, coup de tonnerre ! On me dit que je suis dans le mauvais rang ; rien à faire à part me remettre dans l’autre rang, plus long ! Les esprits s’échauffent, on semble ne rien comprendre….

(vidéo)

Le calme retombé, je sors à nouveau du rang, pour m’isoler, quelques mètres plus loin ; j’étais convaincu de l’impossibilité d’avoir ma carte le même jour, tellement il y avait du monde, et tellement c’était lent !

Je devais me remettre en rang! Tohu bohu
(Photo Aphtal)

Doutez encore de ma chance, hommes de peu de foi !

Soudain, j’aperçois un ami du quartier sortir de l’autre salle d’enregistrement. Il comprit tout de suite que mon enthousiasme et ma joie spontanée de l’apercevoir ne pouvait s’expliquer que par le gilet rouge estampillé « Commission Electorale Nationale Indépendante CENI » qu’il portait. A quoi me sert un ami, s’il ne peut m’aider, hein ?

Mon ami me fait passer devant tous ces gens qui étaient là avant moi. A tout seigneur, tout honneur ! Il prend ma carte d’identité, remplit la fiche à ma place, et me place en excellente position. J’ai entendu les gens maugréer et quelques vieilles dames me maudire. J’en ai eu honte mais on ne refuse pas des faveurs, vous aussi ! Pour me faire bonne conscience et leur montrer mon élégance, je laisse ma place à une femme enceinte ; j’ai même permis à une vielle dame de passer avant moi.

Mais c’est aussi et surtout pour mieux observer ce qui m’entoure, prendre le pouls du recensement, et mieux enrichir cet article. J’ai pu par exemple lire sur le kit de recensement la mention : « RDC 2010, Province Nord-kivu, Groupement BASHALI MOKOTO; emplacements E.P. Rwankeri »

Oh, je ne veux pas avancer de fausses hypothèses, alors je me garde de tout commentaire, sur ces kits ! Mais en tout cas, je ne peux pas vous mentir, ils avaient l’air pas du tout neufs. Suivez mon regard…

Bon, c’est mon tour ! La photo, l’empreinte digitale, l’impression, la signature et voilà ! Ma carte d’électeur est prête !

Ce que je déplore :

Dans le centre de Cacaveli, il n’y a pas assez de bureaux de recensement. A cela s’ajoute la lenteur « tortuesque » des opérateurs de saisie ; que voulez-vous, on a recruté n’importe qui, même des gens qui ignorent ce qu’est une souris d’ordinateur, et dont la formation accélérée pour les opérations de recensement a été le premier contact avec un ordinateur. Oui, il n’y a aucune honte à apprendre, mais on n’apprend pas lorsqu’il y a des millions de personnes qui attendent ! L’attente est pénible pour la population. Et si, après une demi-journée d’attente, on doit encore supporter les humeurs des agents de la CENI, bah, on aime tous le Togo mais, on se préfère hein ! (Togolais n’aime pas embêtement, je vous signale).

En plus, les erreurs de saisies sont grotesques. Ces gars là mettent des dates de naissances n’importe comment ! Des mômes impubères qui naissent en 1973, des vieilles ménopausées en 1995. J’ai aussi ouvert les yeux sur des réalités qu’on ignore souvent : beaucoup n’ont pas d’acte de naissance, ou de pièces d’identités. Du coup, impossible de justifier l’identité, et l’âge de l’électeur, surtout en l’absence de témoins. Crédibilité, transparence ? On en reparlera plus tard !

Ce que j’ai apprécié :

Une chose est sûre, la mobilisation pour les élections à venir est énorme, et cela n’est le mérite d’aucun parti politique ! Aucun, vous dis-je ! Tous les togolais, en âge de voter, ressentent profondément le désir de se faire établir une carte d’électeur ; je n’ai pas visité les autres centres, mais ce que j’ai vu à Cacaveli, reflète la mobilisation de la population, et sa détermination à jouer un rôle plus déterminant dans la destinée de la patrie !

Sur tous les visages, de l’exaspération, du « y-en-a-marre », du « trop-c’est-trop », du « ca-doit-changer ». Tous ces vieux, ces jeunes, ces revendeuses de poissons, ces secrétaires de directions, toutes ces personnes tiennent malgré tout à se faire entendre, et dans les files d’attentes, impossible de savoir qui votera pour quel parti politique! Ce qui est par contre certain, c’est le malaise social duquel désire émerger cette paisible et laborieuse population.

Ce que j’ai également ouï, me laisse perplexe pour l’avenir, car une chose est d’avoir une carte d’électeur, une autre est de voter effectivement ! Oui, Cacaveli a sa carte d’électeur, mais Cacaveli hésite à voter le jour du scrutin ! Au moins huit jeunes avec lesquels j’ai échangés ne sont pas sûrs et certain de voter, même s’ils arrivent à obtenir la carte d’électeur. Pourquoi ? Aucune réponse convaincante.

C’est là où commence la tâche de tous ces prétendants au plébiscite national. Il s’agira d’être convaincant, percutant, franc, innovant et méritant. Le peuple est mobilisé et prêt à donner sa voix à qui lui plaira ; mais qui en est réellement digne ? Qui saura refléter ses  aspirations, panser ses meurtrissures, calmer ses craintes et travailler à ses côtés, en le rassurant, en le respectant, en le chérissant ?

Pendant longtemps, j’ai eu la nette impression que la population togolaise était immature, et à la limite, stupide ! Mais, j’ai changé d’avis, (pour le moment) et c’est avec fierté que je mets au défi tous les candidats ! Le Togo vous donne un rendez-vous : celui qui le rate ne l’aura pas mérité, tout simplement !

J’ai encore dit !


Le marabout ou la « maraboute »

Boule de cristal (MorgueFile)

Anderson Denis Gakpo, est un camarade et ami de longue date. Les études supérieures nous ont séparés, Mondoblog nous a réunis à Dakar. C’est d’ailleurs grâce à lui que j’ai pu passer d’agréables moments que me reproche Mylène.

(Grande-sœur, je sais que tu as aimé la partie de bowling au Super Bowl, alors dis merci à Denis…).

Il a toujours été passionné d’écriture, et ne rate aucun article mis en ligne sur Mondoblog. Il connait Serge, David, Axelle, Florian, Baba, Ziad, Danye… et a eu l’occasion de rencontrer tout ce beau monde à la fête des Petites Pierres. Mondoblog, Denis désire en faire partie. En attendant le lancement du prochain concours, il m’a fait parvenir un de ses écrits, que je publie volontiers sur mon blog. Le but, est de le faire lire, et surtout l’exposer à vos critiques et corrections.

Je vous recolle son article tel qu’il me l’a fait parvenir, sans changement aucun, sur le fond ! Bien sûr, des corrections ont été faites à l’article. Merci de lire, et surtout de le corriger. Je me suis promis, après la formation de Dakar, de faire entrer le plus de Togolais possible, sur cette plate-forme. Autant commencer par un ami. Voilà:

« Métier ou vocation, jadis réservé à l’homme de ce coté du continent, le « maraboutisme » n’a point échappé à l’effet de l’émancipation tant réclamé par la gente féminine. Ah les femmes gagnent du terrain ! En effet au pays de Senghor, les femmes marabouts ou les voyantes sont les nouveaux chouchous, des lutteurs traditionnels, de l’homme politique, bref de la population. Pour se faire une idée du phénomène s’il vous plait cher lecteurs, « suivez mon regard » comme aime si bien le dire mon très cher ami et compatriote Aphtal CISSE.

Prédiction à variable multiple.

Si les mathématiques sont une science exacte, ce n’est pas le cas dans le monde de la voyance. La météo annonce les humeurs du ciel, et la voyante le futur de ses clients. Plus les prédictions se réalisent, plus les praticiennes de ce métier étrange gagnent en popularité, en crédibilité, et surtout en puissance. Une science inexacte, qui fascine et qui nourri son homme, ou devrais-je plutôt dire sa femme !

Ton futur, mon business.

Il apparaît clairement que ce n’est point un métier ingrat. Pour s’offrir les services d’une voyante à Dakar, il faut se lever très tôt. Eh oui : les dames ont un planning aussi chargé que celui de Ban-ki Moon, le secrétaire général des Nations Unies. Et surtout avoir beaucoup de halis (argent, en Wolof), car le futur est un pays lointain pas facile d’accès. Ah si j’avais la possibilité de la consulter, je lui demanderai volontiers les numéros gagnant du prochain loto… Humm, revenons à nos moutons. Oui le fameux planning ! Pour une consultation il faut réserver deux semaines, voir un mois à l’avance tout en espérant qu’elle pourra jeter un coup d’œil sous le voile mystérieux de l’avenir. Dépenser une petite fortune pour connaitre son futur est hélas le nouveau passe-temps des sénégalais.

Qui a dit qu’on ne peut pas échapper à son destin ? Reste à savoir si le futur une fois connu a l’avance s’appellera encore futur. »

En ce qui me concerne, en toute franchise, j’ai apprécié cet article, du point de vue longueur. Pas du tout long, et plus ou moins concis. Reste à revoir les fautes de grammaires et d’orthographes (que nous faisons tous, d’ailleurs). En ce qui concerne le thème abordé par l’auteur, et bien, je crois avoir trouvé un sujet de reportage que j’aurai dû effectuer à Dakar.

Oui je sais, j’ai laissé paraître des sentiments amicaux dans mon appréciation de l’article. Mais pour ne point être flatteur, vous aussi, notez-le, et jugez-le. En tout cas, moi je viens de déceler un futur Mondoblogueur !

J’ai dit !


Les frasques d’un blogueur à la Teranga #2

J’aurais vraiment aimé vous parler de la grève qui secoue actuellement ma patrie, mais je préfère m’en abstenir ; du moins pour le moment ! A parler seul, à des gens qui feignent ne rien entendre, on fini par avoir l’air d’un imbécile. En lieu et place de ce honteux sujet, permettez-moi de vous parler de ce qui se passe sous d’autres cieux, en bien ou en mal.

Dans le cadre de la formation #MondoblogDakar 2013, il nous a été demandé de réaliser des reportages sur des sujets qui méritent notre attention. Bien entendu, des idées, j’en avais plein le crâne. Femmes, nourritures, cultures…tant d’autres sujets sur lesquels j’ai planché. Le tout premier que je vous livre, dans ce billet, est consacré aux conditions de vies et d’études des étrangers, au Sénégal. J’ n’ai pas pu toucher toutes les nationalités étrangères, mais ce petit témoignage est assez diversifié et très édifiant.

De prime abord, retenez qu’au-delà de la trentaine d’établissements d’enseignement supérieur, la principale Université sénégalaise est l’UCAD (Université Cheick Anta Diop), à Ndakaaru (Dakar). La question était la même, pour tous les étudiants rencontrés : Condition de vie et d’étude à Dakar !

Mouinat

Mlle Mouinat Sekoni, Togolaise, 2ième année de Science Juridiques, UCAD :

« Les études supérieures ont toujours été dures, dans toutes les capitales africaines ; mais à Dakar, c’est encore terrible.  Le tout premier problème, lorsqu’on débarque dans une ville étrangère, c’est la précocité de la responsabilisation. Beaucoup d’entre nous n’arrivent pas à faire la priorité entre sorties, fêtes, études, cuisines et resto,… Moi j’ai l’inestimable chance de vivre avec mon grand-frère ici, ce qui me mets à l’abri de nombreux vices. Pour le reste, il suffit de bosser et on a les résultats. Dakar est une ville estudiantine, mais trop chère pour les étudiants. »

Denis Gakpo

Mr Denis Gakpo, Togolais, Master en Droit des Affaires, Université Champollion :

« Tous les jours, il faut parcourir la distance Liberté 6 – Université, rentrer et faire soi-même la cuisine ; il faut gérer les factures (eau, électricité et internet), le loyer, le déplacement, l’habillement… Lorsqu’on n’a plus de gaz butane, plus d’électricité, et que l’argent que doit envoyer les parents tarde à arriver, on vit au ralentit, se disant que la fin est proche. Ici, il n’y a pas de tante, ou d’oncle, chez qui glaner les restes de la marmite. Tu n’as plus rien, tu n’es rien.  Parfois, il t’arrive de te réveiller avec uniquement un billet de 2.000 FCFA. A Lomé, tu sais tout ce qu’on peut en faire. Tu es venu ici, à toi de me dire ce qu’on peut faire avec 2.000 FCFA à Dakar.

Ici, l’enseignement est démystifié, mon cher. Rien à voir avec Lomé. Les professeurs ici sont hyper diplômés, pluridisciplinaires ; pourtant, la relation entre enseignants et étudiants a toujours été cordiale, franche, respectueuse, sans prise de tête. A Lomé, le nanti d’un simple Master se comporte en demi-dieu ; ici, un prof a trois agrégations, mais s’arrête dans la cour pour donner de plus amples explications. On se sent plus en confiance ici. »

Image Profil Facebook

Mlle Rachelle, Togolaise, Master en Droit des Affaires, Université Champollion :

« Être fille et grandir loin du giron familial n’a rien d’amusant. Les besoins sont constants, ici, et les ressources sont extrêmement limitées. Du coup, les tentations sont légion ! Mais lorsqu’on se fixe des lignes de conduite, et un objectif certain à atteindre, on préfère se taper le trajet Patte d’Oie-Université à pieds, que de se laisser attirer par autre chose de plus facile.

Oui, le problème linguistique est un frein majeur, pour l’intégration. Tu imagines, en plein cours, le prof fait une blague en Wolof et tout le monde rit, sauf toi. Cinq minutes après, tu demandes l’explication de la blague, et elle te fait marrer ! Sauf que là, tu ris seul, et on se met à te regarder comme une Niaakh. Que veux-tu, ici on est juste de passage…

Euh, oui c’est vrai qu’ici rien n’est comme à Lomé. Ici, nous avons tout ce qui nous a toujours manqué à Lomé ; ce qui fait que lorsque les étudiants sénégalais font des grèves, on se demande ce qu’ils veulent de plus ; ce sont de grands enfants gâtés, jamais satisfaits. Ce n’est qu’un point de vue togolais hein. »

Profil Facebook

Estelle M. Togolaise, étudiante à l’UCAD:

« A Dakar, un étranger est un étranger hein ! Il faut tout quitter, pour recommencer à zéro dans une ville lointaine, loin de tout. Il faut tout reconstruire : les relations, l’intégration, le bien-être, et cela peut durer des années. Pas moyen. L’argent ! L’argent ! L’argent ! C’est tout notre problème. Il faut tout acheter, tout ! Les coups de fils à Lomé, on en fait presque tous les jours, mais l’argent lui ne tombe pas tout de suite. Et quand tu réalise qu’en fait, tu n’es pas le seul enfant à prendre en charge, tu ne peux pas vivre comme chez toi ! Des plaisirs qu’on se fait à Lomé sont un luxe, ici !

Les cours sont bien structurés, et aérés. On se fait un excellent planning, et on se donne à fond. »

Mlle Andréa, Togolaise, Cinquième année de Médecine, à l’UCAD :

« Je n’a jamais compris pourquoi les gens se plaignent de la ville de Dakar. N’importe qui ne peut pas faire des études supérieures ; soit on a les moyens, et on le fait correctement ; soit on n’en a pas, et on fait autre choses. Les gens racontent n’importe quoi. Dakar est cher ? Moi je ne l’ai jamais remarqué. Le Wolof vous a fait quoi ? Les cours ne sont pas dispensés en langue locales, et je n’ai pas encore ressenti le besoin ou l’envie de discuter avec un sénégalais, dans sa langue. Le Togo a plus d’une centaine de dialecte ; je ne vais pas perdre mon temps à apprendre à dire bonjour dans une langue qui ne se parle nulle part ailleurs que dans une ville où je n’ai que dix années à passer. Non aucun risque de me perdre, mon chou. J’ai ma propre voiture, tu n’es pas au courant ? Vous êtes à l’AUF c’est ça ? Allez viens, je te dépose ».

Mr Jacob, Gabonais, 3ième année Lettres Moderne:

«Dakar, ce n’est pas encore Hollywood. Ce n’est pas si cher que cela. En tout cas, si quelqu’un veut faire la fête, et vivre comme un roi, bien sur qu’il lui faut de l’argent. Mais un étudiant lambda, peut valablement faire son parcours sans handicap, dans un petit studio à Ouakam. En plus de l’argent de mes parents, ma bourse me permet de vivre convenablement, et de faire parois la fête, donc Dakar n’est pas si douloureux que cela. Au contraire. Pour les cours, ca se passe bien ; les profs sont très bons. Je n’ai pas de problèmes avec les sénégalais. Il faut juste savoir saluer, et négocier les achats en Wolof ; le reste, on s’en fout hein. »

Mlle Cyndi Ngambang, Tchadienne, 2ième année Anglais :

« Ndakaaru is a great town! Very pleasant to live and study here. Ce n’est facile nulle part; on s’accroche juste, et ça le fait. Mes compatriotes au Togo me disent que c’est relativement plus facile à Lomé ! Il m’arrive de les envier, mais bon, chaque ville a ses particularités, et je crois que c’est une chance pour moi d’être ici ! C’est une ville pleine d’opportunités ».

Ceci n’est qu’un récapitulatif des avis que les uns et les autres m’ont donnés. Globalement, je ne retiens qu’une chose : Ville estudiantine, ville chère, ville multiculturelle, ville d’opportunités, et… ville de Wolof.

J’ai dit !


Les frasques d’un blogueur à la Terenga #1

Riz, restau UCAD II
Riz, restau UCAD II (Photo: Aphtal C.)

Mon tout premier contact avec la culture sénégalaise s’est produit quelque part au dessus de l’Atlantique, à bord d’un vol de la compagnie Senegal Airlines. La charmante hôtesse, dans un sourire enjoué, tenant fortement son chariot, se tourne vers moi puis me demande : « Poulet ou poisson ? » La courbe de ses lèvres sur le dernier mot influença fortement mon choix du menu.

Le plat de poisson, servi avec des légumes et des pommes de terre cuites à la vapeur, était d’une chaleur qui contrastait délicieusement avec l’air conditionné de l’aéronef. En futur chef étoilé, j’use de tous mes talents afin de déceler les épices et les ingrédients qui ont servi à la cuisson de ce plat : peine perdue. Le mystère sénégalais obligeait un contact, une présence physique, pour être percé.

Le contact culinaire établi, il m’a fallu sortir du grand hall de l’aéroport international Léopold Sédar Senghor, à l’atterrissage, pour me rendre compte que si Dakar pouvait se comparer à une station balnéaire, elle pouvait également devenir une ville sibérienne, surtout pour un togolais qui quitte Lomé à 39° à 13h. A minuit, (l’heure de mon arrivée), la température passe facilement sous le seuil de 20°, et ce n’est pas forcément gai.

Bonne arrivée à Dakar !

Le chauffeur chargé de me conduire à l’hôtel était si poli, dévoué, et serviable. Pour favoriser une meilleure appréciation du « Dakar By Night », il décide d’emprunter la Corniche, magnifique avenue qui longe une partie de la côte dakaroise. Direction, quartier Patte d’Oie, où attendaient les autres blogueurs sélectionnés pour la formation. Malgré le froid cinglant qui impose d’enfoncer le cou dans le col de la chemise, et de plonger les mains dans la poche, ils étaient tous là, sur la terrasse principale, à attendre les derniers blogueurs à arriver, afin de leur transmettre la chaleur de la rencontre et de découverte. Un plat de riz, jonché de tubercules de tous genres et de légumes de toutes sortes, m’attendait, bien au chaud. Bien naïf celui qui aurait résisté à ce plat.

Les vraies réalités de Dakar.

Qu’on se dise la vérité. Dakar peut être comparée à une jeune fille dont la virginité ne se vérifie que sur le lit conjugal, la nuit des noces. Une chose est de se fier à toutes les cartes postales, à tous les articles répertoriés sur Google, à toutes les photos prises par les uns et les autres ; une autre est d’être à Dakar, en chair, en os, en pensée, et en esprit. Et moi, ce que j’ai tout de suite compris à mon arrivée, est qu’il fait parfois très froid, excessivement froid à Dakar. Nous n’allons pas en vouloir à dame nature pour l’alternance des saisons, mais comprenez le pauvre asthmatique togolais que je suis.

Les sénégalais, sont de grands intellectuels, certes, mais au Sénégal, la langue française est l’une des valeurs la moins partagée. Vous ne comprenez pas ? Commettez la bêtise de vous adresser au Policier, au chauffeur de taxi ou de car-rapide, au revendeur de pain ou de Café-touba du coin, en français : s’il vous répond en français, je change de patronyme ! Il y a une sorte de réflexe collectif, un réflexe inné, qui oblige le sénégalais à discuter en Wolof, langue locale et dominante, sinon écrasante ! Le plus déconcertant, c’est qu’ils estiment, à tort ou à raison, que toute personne se trouvant sur le territoire sénégalais est censé comprendre le Wolof. Du coup, ils n’hésitent pas à traiter de « Niaakh », toute personne qui semble ne pas assimiler le wolof national.

 

Au pays de la Teranga, ne point comprendre Wolof est un péché impardonnable, passible de lourdes peines financières, payées lors des différents achats effectués dans la ville. Du conducteur de taxi, à l’agent municipal, en passant par le jeune vendeur de chaussettes, de pain, de thé, d’oranges ou de bananes, tous te font payer le lourd tribut de l’ignorance. Qu’on le veuille ou non, le mot « Niaakh » est originairement péjoratif, à présent utilisé pour désigner l’étranger, le non-assimilé, le rebel, l’ignorant, le sauvage. J’en ai fait les frais ; qu’il vous plaise de suivre mon regard…

Dakar est une ville vivante, coloriée, diversifiée, attrayante, séduisante et excessivement dépensière. Pour 100 FCFA, je me tape aisément trois oranges sucrées à Lomé ; à Dakar, il faut au moins 1.500 FCFA pour sucer moins de 5 oranges ! Si j’ai menti, demandez à Nathalie. Du coup, toutes ces petites habitudes que j’ai à Lomé, sont des actes dangereux à Dakar, à ne poser que lorsqu’on a un budget conséquent ! Ne me demandez pas combien j’ai prévu pour mon séjour, je ne peux pas m’acheter une orange, voilà !

Ville chargée d’histoire, Dakar, prête aisément le flanc à une dynamique de progrès, d’évolution, de formation et d’épanouissement. En témoigne les nombreuses nationalités présentes au Sénégal, pour des raisons de commerce ou d’études. Mais cela fera l’objet d’un article ultérieur, qui d’ailleurs est le résultat d’une série de reportages, effectué dans le cadre de la formation #MondoblogDakar.

Croyez-moi, vous aurez tous les détails de mon séjour dans cette superbe ville. Tous les détails, je vous dis ! Excusez-moi de vous tenir en haleine, vous saurez très tôt pourquoi ! Mais tout ce que je peux vous promettre là tout de suite, c’est que notre aventure sur ce blog ne sera plus la même ! Je vous promets des contenus de qualités, en texte, images vidéos et sons ! Nous avons grandis, nous avons été outillés, et vous le remarquerez, tous, incha allah.

J’ai dit !


L’homosexualité? Parlons-en!

Homosexual (MorgueFile)

Mon tout premier contact avec une personne homosexuelle, a eu lieu en 2010, sur le réseau social togolais Toietmoi.tg. A l’époque, j’étais homophobe, et… fier de l’être ! Ce n’est pas que je ne le suis plus, aujourd’hui ; juste que ma conception de la chose a changée, ainsi que mon comportement envers les homosexuels.

Jean (appelons-le ainsi), est homosexuel, et  l’a clairement affiché sur son profil. J’ignore pourquoi je me suis lancé dans ce petit jeu, mais j’ai également décidé de changer mon orientation sexuelle sur mon profil, afin de piéger quelques homosexuels. Jean était, ma « première victime ». Il fut le premier à m’écrire. Moi j’étais sur la défensive, passant parfois à l’offensive, mais lui, ne voulait que me connaitre ! Nous avons passé deux bons mois à échanger, à discuter de nous, de nos vies, de nos problèmes, de nos ambitions, de nos peurs, bref de tout et de rien.  Il était stagiaire dans une banque, moi je travaillais pour un Huissier de Justice. Je le trouvais, non je le trouve loquace, affable, sérieux, un peu trop sentimental, mais fidèle à ses principes. J’avais du mal à l’admettre mais nous étions de vrais camarades ; mieux, de bons amis. Trois mois après notre première conversation sur Toietmoi.tg, nous avons décidé de nous rencontrer physiquement.

Lorsqu’il vint au cabinet, à l’heure de ma pause, ce fut comme rencontrer un ancien camarade de classe. C’est à partir de cet instant que notre relation passe à une vitesse supérieure ! Pas qu’il me fit des avances, ou que je sois véritablement devenu homosexuel aussi, mais juste que nous avons commencé à aborder SA sexualité. On s’est dit beaucoup de choses, tellement que je n’avais plus l’impression de parler à un homosexuel ; pourquoi ? Parce que je ne le trouvais pas différent de moi.

Seulement, je me suis mépris un soir, et j’avoue n’en n’être pas fier ! Entre deux discussions, il me dit :

 Tchalé*, c’est cool ce qu’on s’entends si bien ! J’aime bien discuter avec toi ; tu es ouvert et…si différent des autres ! Je t’aime bien, et je crois que je tiens à toi .

Foutaises, me suis-je écrié ! Un mec, ça ne tient pas à un autre mec ; un homme n’a pas le droit de bien aimer un autre homme, me dis-je ! Et sans trop réfléchir, je lui envoie cette réponse :

« Man, je n’ai pas envie que tu te fasses des illusions sur moi hein ; je ne suis pas homo. J’ai une copine que j’aime, et à laquelle je tiens, alors, on peut être amis, comme au début ! Je crois avoir été clair ».

Sa réplique fut si…véridique et si cinglante, si profonde et si franche… Il me dit, en fait :

 hahahaha, mon cher, je savais dès le début que t’étais pas homo ; mais j’aimais bien discuter avec toi, c’est pour cela je ne t’ai pas bloqué depuis ! Moi aussi j’ai un petit copain, et de toutes façons, crois-moi, le mec homo qui te fera des avances, n’a pas de gout. C’est clair ?

Ce message m’a vraiment fait réfléchir, et je crois que c’est ce qui m’a permis d’évoluer sur la question. Nous avons discuté de lui, de son copain, de leur idylle, et pleins d’autres choses ! J’ai vraiment beaucoup appris, de ce monde si fermé, si discret, si interdit, si jugé, mais si bien organisé. Depuis, nous avons gardé d’excellentes relations, surtout parce que j’ai accepté restreindre mon champ lexical, en excluant des mots tels « pervers, vice, malade, religion, damnés, stupide… ».

J’ai réalisé une chose…

C’est que Jean fait partie de ces hommes qui ont fait le choix d’entretenir une relation sentimentale avec une personne de même sexe ! Malgré le cliché que nous, hétérosexuels, avons de ces personnes et de ce que « doit être » un couple et ce que cela doit impliquer, les homos, pour la plupart ne sont guère portés sur le sexe ! Contrairement aux hétérosexuels, les homosexuels sont bien plus sensibles, bien plus romantiques, accordant beaucoup d’égard aux sentiments, à l’affection, et à l’équilibre émotionnel ! J’ai eu beaucoup de mal à l’admettre, mais l’évidence était là ; seuls les hétéros pensent aux positions du Kâma-Sûtra, et c’est cette sexualité erronée (oui, il faut l’admettre, elle est erronée, notre sexualité), qui nous empêche de voir le besoin sentimental des homosexuels ! Soit.

Mais je déplore une chose…

Je pense qu’il n’y a pas suffisamment de débat autour de l’homosexualité. Par homosexuels, il faut entendre Lesbiennes et Gay. Certains élargissent le cercle en y incluant les Bisexuels et les transsexuels (LGBT). Il n’y a pas assez de débat autour de la question, parce que les hétéros jugent trop rapidement, et condamnent facilement ; mais aussi et surtout parce que les LGBT, eux-mêmes refusent d’en parler, et condamnent à leur tour les hétéros !

Oui chers lecteurs, il est facile de dire qu’une personne est malade et maudite, avec la tête pleine d’a priori, même si on le pense. Ce qui est encore plus déplorable, c’est de ne pas essayer de s’expliquer, et de penser que du simple fait de son homosexualité, on est ipso facto rejeté. Pourquoi nous refuse-t-on le droit de parler de l’homosexualité ?

Il suffit de dire quelque part qu’on est « hétéro et fier de l’être »pour être taxé d’homophobe ! Et pis, l’homophobie est inscrite dans certains code pénaux ! Mais alors, pourquoi n’y a-t-il pas délit d’héthérophobie ? Pourquoi penser que seuls les hétéros sont seuls capables de haine et d’exclusion ? Si hétéros et homos sont réellement égaux, comme certains le clament, pourquoi ne protège-t-on pas le droit de l’hétérosexuel ?

La question de l’homosexualité est un sujet assez délicat, je l’avoue ! Mais ce qui le rend encore plus difficile, c’est le fait de refuser aux hétéros d’en parler. Les homosexuels ne sont pas une race humaine à part. Ils ne sont pas plus évolués, ou moins évolués que leurs frères hétérosexuels. Inutile d’ériger un corpus de règles qui leur soit spécifique, car à force de les surprotéger, on finit par léser les hétérosexuels, et cela ne fait qu’agrandir le fossé entre les deux orientations sexuelles.

Des homosexuels, on en croise tous les jours ! Au marché, à la banque, au palais de justice, dans le taxi, dans les bars, dans les boîtes de nuits, sur internet… Si on ne les reconnait pas forcément, c’est justement parce qu’ils ne sont pas différents ! Ce qui fait la différence, c’est la protection dont ils bénéficient, et l’omerta imposée aux hétérosexuels. J’ai la nette impression que finalement, nous autres hétéros, sommes la catégorie opprimée, subissant la dictature de la « minorité ».

En ce qui me concerne, j’estime, à tort ou à raison, qu’on peut être homophobe (ne pas aimer l’homosexualité en soi), sans pour autant détester l’homosexuel. Lorsqu’on essaye de comprendre le choix de l’homo, sans vouloir en faire autant pour l’hétéro, on ne met plus les deux orientations sur un pied d’égalité ; on lèse le second au profit du premier, et cela n’arrange personne.

Je ne suis pas homosexuel, et je comprends l’homosexualité, même si je ne l’accepte pas ! D’autres, acceptent l’homosexualité, sans la comprendre ! Nous devons pouvoir faire valoir nos points de vue dans un débat contradictoire, sans préjugés, et sans favorisés !

Si le fait de réclamer la parole fait de nous des homophobes, je suis dans la triste obligation de vous dire que je suis fier de l’être.

J’ai dit !