Aphtal CISSE

Répertoire de la sorcellerie moderne

Cat (MorgueFile)

Samedi 2 mars, tout frustré de ne point avoir l’affluence escomptée au shop, j’essaye de mettre au propre quelques assiettes à l’arrière boutique, lorsqu’un truc froid me passe sur les orteils, sous le lavabo. Je regarde : un lézard ! « Jesus !» (lire en anglais), me suis-je écrié, en sursautant. Le reptile aussi s’éloigne, tout aussi apeuré que moi. Je n’arrive plus à bien faire la vaisselle, car tout d’un coup, je sens des fourmillements dans ma jambe droite, j’ai des palpitations, et un léger tremblement des extrémités. Ah non, tout allait si parfaitement tout à l’heure, avant l’arrivée du lézard, que se passe-t-il ?

 A votre avis ?

Nous sommes en Afrique, rien n’est fortuit, chers lecteurs. Et ce lézard là, ce n’est pas un hasard ! C’est le mauvais œil, je vous dis ! Un cousin qui envie mon fast-food, un oncle qui veut me piquer des secrets, un concurrent au sein du marché de Cacaveli qui veut m’ôter l’usage de mes membres inférieurs. … Et pis, depuis le passage de ce lézard, plus un seul chat, au shop ; aucun client, aucune commande ! Ah non, c’est trop facile ! Comment me suis-je laissé prendre si facilement ? J’ai été atteint par le sort, mes ennemis ont-ils eu raison de moi ?

Entre superstitions et réalité, il n’y a qu’un pas.

Chers lecteurs, j’ignore comment ce genre de choses sont interprété chez vous ! Mais à Lomé, un gosse qui pleure tard dans la nuit, c’est mauvais signe ; un nouveau né qui ne dort pas entre minuit et trois heures du matin est sûrement possédé par un esprit malin ; une belle-mère qui somnole dans le canapé et commet la maladresse de ronfler vient de prouver qu’elle veut briser ton foyer ; et si jamais, à cause de la chaleur, la vieille préfère s’étendre quelques instants dehors, c’est clair qu’elle cherche une piste d’atterrissage pour son voyage nocturne. On nesait pas comment elle fait mais on sait qu’elle se rend aux USA, en Allemagne ou en France, durant le sommeil d’une nuit.

Il y a pleins d’autres choses qui semblent anodines, mais qui ne sont pourtant pas tolérées : un chat qui miaule près d’une fenêtre est à abattre systématiquement ; une chèvre hors de l’enclos la nuit, les battements d’ailes d’un oiseau, un chien qui aboie, sans avoir vu personne…  ou encore le fait de regarder de trop près dans la marmite de la revendeuse de riz, l’achat effectué avec une pièce un peu usée, le fait d’éternuer sous la fenêtre du voisin, écraser du piment après 21h… En tout cas, à Lomé, tout est suspect ! Tout.

Je me souviens même avoir entendu des hôtes me soupçonner de pratiques maléfiques, juste parce que je me grattais la gorge dans mon sommeil, suite à une allergie aux crabes, servis dans une très bonne sauce au dîner. Les pauvres ne savaient pas que je suis asthmatique.

Il est vrai que nos réalités africaines nous imposent une prudence sans égale, et une suspicion pour des faits si simples, mais de grâce, si un bambin pleure la nuit, assurez-vous qu’il n’aie pas faim, soif, ou qu’il ne souffre pas de coliques abdominales ; si vous ne voulez pas voir la belle-mère dans la cour, achetez lui un ventilo ; si un chat vous regarde du haut du toit du voisin, assurez-vous qu’il n’y ait aucune souris, là à côté de vous ! Laissons un peu Jésus tranquille, et soyons en paix, nous-mêmes.

Je me suis senti bien con, lorsque le soir, j’ai oublié mes « maux de pieds », pour m’activer à servir le flot de clients qui m’ont assailli, tard le soir. Et dire que j’ai crié Jésus, pour un simple lézard; pour rien ! « Tu ne prononceras point le nom de l’Eternel ton Dieu, en vain »

J’ai dit.


Ici, la star c’est moi

Aphtal_OK

Bien le bonsoir à vous, chers lecteurs. Ce billet, qui n’en n’est pas un, à proprement parler, je le rédige dans le but de mettre certaines choses au clairs, « mettre les points sur les i », comme le dirait quelqu’un.

C’est le troisième mail du genre, sur lequel  je tombe, dans ma messagerie. J’ai essayé tant bien que mal de convaincre ceux qui me les envoient. Celui-ci est un peu plus acerbe ; je le partage avec vous, pour ensuite exercer mon droit de réponse ! Le mail, le voici :

« Bonjour ou bonsoir, selon le moment de lecture, Mr CISSE Aphtal. J’espère que vous vous portez à merveille. De toute façon, je vous le souhaite !

Cela fait un bon moment que je me rends sur votre blog. Vous avez l’habitude d’en partager les liens dans le Groupe Sexy Togolais, sur Facebook. J’ai du respect pour le mal que vous vous donnez pour la rédaction de vos articles ! Je respecte tout ce travail intellectuel, qui est votre ! Mais je suis dans la triste obligation de vous dire que ce blog, votre blog ne comble pas mes attentes, ni ceux de nombreuses personnes qui vous lisent. Il ne nous est d’aucune utilité (excusez mes termes, mais je préfère être franc, avec vous). Vous ne nous dites absolument rien de concret, vous ne nous apprenez strictement rien de nouveau, et vous donnez l’impression de brasser le vide, avec vos belles tournures de phrases.

Vous avez délibérément transformé ce magnifique espace d’information en une tribune au sommet de laquelle vous prêchez une religion : VOUS. Tout ce que vous y écrivez ne parle que de vous, ne tourne qu’autour de vous, et rien que vous. C’est à croire que vous ne voyez pas plus loin que le bout de votre nez. Nous autres, lorsque nous nous connectons, n’en avons rien à cirer de vos histoires à deux balles ; on s’en fout de ce qui se passe à Cacaveli, on s’en fout si vous avez failli choper le SIDA ou pas ; c’est déjà assommant de nous redire que vous avez fait des études de droit, alors on ne cherche plus à savoir si un avocat, ou un commissaire-priseur vous a contacté ou pas, après votre reconversion en restauration. Bref, Monsieur Aphtal CISSE, nous en avons marre d’écouter des histoires à dormir debout, dont vous êtes le personnage principal, le héro et en même temps le méchant.

Veuillez ouvrir les yeux, pardi ! Le monde est en pleine mutation et ébullition, et vous semblez déconnecté de la réalité. Les guerres, les élections, les fraudes, les arrestations abusives, les actes de tortures (vous, juristes !), que tout ceci ne vous laissent pas indifférent ! Parlez-nous de Faure ou d’Obama, de l’islam ou de la franc-maçonnerie, (je sais que vous êtes franc-maçon, à cause de votre sempiternelle signature « j’ai dit »), de Beyoncé ou de Nicki Minaj, de Jay-z ou de R.Kelly, soyez à l’affût du moindre renseignement, de la moindre information, et informez-nous, apprenez-nous quelque chose que nous ignorons. Ne nous décevez pas, Monsieur Aphtal. Ne faites pas notre honte aux yeux de tout l’univers, surtout que votre blog appartient à la Radio France Internationale.

Si vous avez un complexe à évacuer, ne vous défoulez pas sur ce blog. Bien de personnes vous lisent, et plusieurs donneront beaucoup pour avoir ce blog, alors faites-en bon usage. Je vous sais compréhensifs et espère que vous prendrez la mesure de mon désarroi. Ce blog pourra être plus instructif, mais, cela dépendra de vous, et de votre envie de progresser.

Prenez soin de vous

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Cher lecteur, je vous dis d’entrée de jeu, merci pour l’intérêt que vous portez à mon blog, Le Silence. Merci car, somme toute, vous me lisez, vous parcourez mon blog, vous ne laissez nulle phrase où vos yeux ne passent et repassent. Pour cela, merci. J’avoue avoir été séduit par votre franchise, par votre style, et par votre éloquence. Mais une fois de plus, je vais vous décevoir !

Vous semblez, dans une certaine mesure, confondre blogueur, journaliste, journaliste d’investigation, people, et autre. Ici, il s’agit d’un blog, et non d’un journal en ligne ! Un blog, cela réponds à une charte (pas forcément à la déontologie des journalistes), et Mondoblog a sa charte. Cette charte, vous pourrez la lire, si cela vous chante ; ce sont Ziad et consorts qui l’ont rédigé ; elle ne me lie pas « à proprement parler » car moi j’ai une autre conception du blog.

Cher lecteur, un blog, pour moi, c’est comme un journal intime rédigé par une jeune fille amoureuse, mais  laissé délibérément à côté du frigo, afin que des petits curieux le lisent, incognito ; c’est comme un carnet de notes personnel, rangé dans une bibliothèque. On écrit pour soi, sachant que d’autres nous liront. C’est ma conception, et je sais qu’elle n’est pas la meilleure.

Cher ami, mon blog ne vous apprend rien de nouveau car, il n’y a tout simplement rien de nouveau sous le soleil. Tout ce qui se passe autour de vous, s’est déjà passé, et se passera après vous ! Oui, le Silence est une tribune au sommet de laquelle je fais le   culte du moi. A votre avis, de qui voulez-vous que je parle ? Obama ? Vous vous moquez de moi, ma parole ! Moi, simple citoyen perdu dans un Pays Pauvre et Très Endetté, je vais me mettre à parler d’un personnage qui a à sa disposition, services de presses nationaux, fédéraux et mondiaux, sans compter sa puissante cellule de communication, et ses fans clubs ?

Vous pensez que moi je n’ai pas envie d’être connu, d’être adulé comme R.Kelly, d’être répété comme Jay-z ou Nicki Minaj ? Mon cher, je suis dans la triste obligation de vous décevoir, une fois de plus. Si vous voulez savoir ce qui se passe à la maison blanche, suivez son compte Twitter ! Si vous voulez savoir ce que le Président Faure fait actuellement, euh, allez à l’Agence Nationale de Renseignements. Ces messieurs ne sont pas ma priorité.

Je ne vais pas faire la pub à des gens déjà célèbres, désolé ! Moi aussi je veux être connu  comme eux, et si un petit espace m’est accordé pour m’exprimer, je ne peux que parler de moi. De moi, de ma vie, de mes expériences, il se dégage uneleçon, et  seuls ceux qui voient plus loin que le bout de leur nez arrivent à la comprendre, cette leçon ! Si vous n’êtes pas capable de la comprendre, suivez mon regard…

Moi aussi je suis dans la triste obligation de vous décevoir, car ce blog porte mon nom, et non celui de Faure, ni d’Obama. Je meurs d’envie de vous plaire, de vous apprendre quelque chose de nouveau, d’être plus instructif, d’être plus utile. Mais je n’y peux rien, désolé. Je suis trop petit pour cela, et  je m’en excuse. Parler de gens connus, est déjà un art dans lequel excellent de respectables journalistes ; mais parler de ceux qui sont marginalisés, de ceux qui n’ont pas de voix, des « oubliés de Dieu », des sujets qu’on n’aborde pas, c’est un art auquel moi je m’essaie.

La guerre en Syrie, RFI en parle tous les jours;  France 24, Africa24 et pleins d’autres medias en parlent déjà. La crise financière fait presque la une de toutes les parutions. Mais ce qui se passe à Cacaveli, si moi je ne vous en parle pas, vous n’en saurez rien ! Les gens de Cacaveli savent tout ce qui se passe chez les blancs ; ils reconnaissent la voix de tous les journalistes de RFI ou de BBC; mais ces derniers ignorent l’existence d’un petit quartier situé en banlieue nord de Lomé ; et c’est cela, mon défi.  Il se peut que je le fasse mal, alors améliorez moi. Mais ne me l’interdisez guère. Comme le dirait l’autre, on ne peut pas plaire à tout le monde en toute amitié, dans un monde où même Dieu ne fait pas l’unanimité.

J’ai dit !


J’ai honte de mes aînés littéraires

Book (Morguefile)

Je suis Africain, et comme tel, il y a une chose qui ne m’est pas étrange : C’est le fait d’aider ses confrères à « sortir des ténèbres », lorsqu’on arrive à trouver la lumière. Mais il y a une nouvelle génération d’africains, de togolais en particulier, qui voilent la source lumineuse, après l’avoir trouvée. Je ne vais pas passer par quatre chemins. Si le Togo est à la traîne dans de nombreux domaines, littéraire surtout, c’est uniquement la faute à certaines personnes qui ne font rien pour faire bouger les choses.

Un auteur togolais, et non des moindres, Robert Dussey, pour le nommer, a une fois publié un livre, intitulé « l’Afrique est malade de ses hommes politiques ». Ce livre est grand, dense, profond, et vrai. Je ne le connais pas personnellement, mais je le cite parce qu’il mérite mes égards, tant à cause de son talent littéraire, qu’à cause de sa personnalité. Il fait partie de ces hommes qui, tout en étant discrets, œuvrent pour la promotion de la littérature, de l’art, de la poésie, et de la culture, en générale.

Il n’est pas seul, dans ce combat ! Il y a, sans les citer nommément ni en dresser une liste exhaustive, des hommes politiques, anciens premiers ministres, des ministres, des professeurs d’universités, des diplomates, des éminents économistes… qui, malgré leur occupations diverses, malgré leur sollicitations, malgré leur rang sociopolitique, trouvent un petit instant, pour s’asseoir à une même table avec des journalistes, avec des étudiants, avec des lycéens, avec de simples collégiens, pour échanger sur la chose littéraire, prodiguer des conseils, encourager, féliciter, aider… Vous n’avez aucune idée de l’impact que cela a sur le travail de nombreux jeunes togolais.

Ce qui m’agace, et qui fait justement l’objet de cet article, c’est qu’il y a une autre catégorie de littéraires, de poètes, de romanciers, de nouvellistes, d’essayistes, de blogueurs, qui, auto-suffisants, pédants et orgueilleux, n’aiment pas du tout traîner avec ceux qui sont au bas de l’échelle. Oh, je sais très bien de quoi je parle ; certains liront cet article, et diront «le pauvre imbécile, il n’a rien compris ». Oui je n’ai rien compris, et je refuse de comprendre. Oui je refuse de comprendre.

Je refuse de comprendre pourquoi un émérite et talentueux blogueur togolais refuse subrepticement d’apporter la moindre aide à ses confrères et petits frères sur une plate-forme qui n’est accessible que sur concours. Oui, je refuse de comprendre, qu’on soit si occupé, au point de ne même pas répondre aux salutations, sur les réseaux sociaux, et qu’on se contente de dire que c’est la jungle, et que chacun doit se battre. Quelle bougrerie !

Je refuse de comprendre le mécanisme par lequel un illustre écrivain, ayant accès à la francophonie, ne soit pas capable d’organiser un évènement littéraire sérieux, honnête, objectif et rassembleur. Je refuse de comprendre pourquoi un tel personnage passe toute une matinée sur Twitter, et l’après midi sur sa Page Facebook, sans jamais trouver le temps de parcourir le manuscrit à lui adressé pour correction ou préface. Oh, ils finissent par en écrire, une préface, dans laquelle ils ne tarissent pas d’éloge pour un chiffon qui tient sur 7 Pages Word, rédigé par une désormais auteure rentrée de France. Oui je suis jaloux ; mais révolté car cette dernière ne vaut pas plus que Jérôme, jeune lycéen que j’ai rencontré à un atelier d’écriture, plus poète qu’ Hugo. Suivez mon regard.

Je refuse de comprendre pourquoi, malgré la présence d’une « petite » association qui se tue à célébrer la Journée Mondiale de la Poésie, on crée un truc parallèle, sans même l’avoir comme simple invité d’horreur. Oui je refuse de comprendre. Je refuse de comprendre pourquoi, seule une caste, un cercle d’amis et de « personnes occupées », sont considéré comme écrivains, auteurs, personnes « fréquentables » …

N’essayez pas de m’expliquer pourquoi tant de jeunes togolais sont prêts à se faire éditer en Europe, quitte à abandonner totalement tout droit d’auteur, et prendre le risque de ne jamais toucher le livre édité. J’ignore pourquoi je parle comme si je ne suis pas concerné… J’ai actuellement trois manuscrits qui dorment dans mes tiroirs, et j’ignore la date de leur publication. Pourquoi ?

D’abord parce que le « grand quelqu’un » à qui tu demandes la préface te fait poireauter durant deux bonnes années. Ensuite, le parent à qui tu demandes de l’aide te réponds:

« oh, mon cher, on n’a pas fini de payer tes frais de scolarité, toi-même tu connais la situation ; pas de budget pour ces activités pour le moment. L’essentiel, c’est d’avoir tes diplômes ! Le reste suivra, laisse ça, Aph… ». Ok !

Le cousin ou l’oncle à qui tu montre le devis d’édition te réponds ironiquement:

« ah petit, tu écris ? Mais c’est bien ! Mais, je n’ai pas envie de jeter de l’argent par la fenêtre, moi ! Qui lit ces genres de trucs, ici ? Les togolais ne lisent pas, petit ! Tu ne vendras pas ton bouquin, et tu ne pourras pas me rembourser ! En tout cas courage, continue comme ça ». Soit !

La maison d’édition à laquelle tu t’adresse et expose ton cas, te réponds respectueusement:

« oh, nous serons très ravis de vous éditer, nous aimons bien votre style ! Mais, même si vous devez être édité à compte d’éditeur, il vous faut verser 150.000 FCFA avant que le manuscrit ne passe en comité de lecture. Ensuite, on verra, pour le contrat ».

Sérieusement, dans un tel environnement, peut-on avoir l’envie, sinon le courage, de tremper sa plume dans l’encre de la poésie ou de la nouvelle ? Dans pareille situation, comment ne pas envoyer le manuscrit en Europe, chez des éditeurs plus faciles d’accès mais pas aussi si sérieux, sinon véreux ?

Je vais vous dire l’importance qu’a ce blog à mes yeux, chers lecteurs : C’est le seul endroit où je peux dire ce que je veux et pense, sincèrement ! C’est le seul lieu –pour le moment-, où je suis convaincu d’être lu ! Et chaque fois que j’aperçois un de mes billets à la une de Mondoblog, un léger frisson me parcours, et un sourire se dessine sur mon visage ; je me dis « enfin des gens qui me lisent, et qui m’apprécient ; enfin des gens qui me comprennent, et qui me soutiennent ». Qu’importe que ce soient des français, algériens, canadiens, ou pakistanais qui propulsent la plate-forme : L’essentiel pour moi, est que je sois lu. Ce blog m’a offert en six mois, ce qu’aucun écrivain, aucun blogueur aucun illustre personnage togolais ne m’a jamais offert.

Et c’est justement ce que je souhaite à ces milliers de togolais, qui, malgré leur immense talent, demeurent anonymes, tristes et seuls dans le carré de leurs chambres. Si aujourd’hui, Osman me lit depuis Haïti, si Serge, depuis le Brésil, guette mes prochains écrits, si Keyta, en Ukraine, Fatouma au Mali, Sinath au Bénin, Cynthe au Cameroun, Nathalie au Sénégal, Emile, en Côte-D’ivoire… Kaba et tous les autres, si toutes ces personnes me sont aujourd’hui connues, ce n’est pas grâce à un compatriote blogueur. Je ne suis pas un best-seller, mais le simple fait de savoir que toutes ces personnes me liront, de part le monde, me rend plus fier que les rédacteurs de la Constitution Américaine.

Mondoblog n’est pas une maison d’édition, mais chaque fois que je me rend sur mon dashboard pour publier un article, je sens tout un comité de lecture, derrière mon écran. Je sens toute une équipe, désintéressée, dévouée, prête, et…qualifiée pour ce job (Simon, Raphaelle, Pierrick… je pense à vous). Ziad n’est pas non plus éditeur, mais chaque fois qu’ils mettent un article là haut, je me dis que c’est un sacre, enfin une soirée dédicace.

Je ne vous demande pas, oh illustres personnages, d’abandonner vos tâches, de descendre de vos piédestal, de renoncer aux privilèges que confer votre notoriété, pour parcourir le Togo, tambour battant, afin de sensibiliser vos cadets, et leur venir en aide. Non ! Tout ce que moi, pauvre Aphtal je vous dirai, c’est que vous pouvez délibérément choisir d’être inutiles. Mais de grâce, ne nous soyez point nuisibles !

J’ai dit !


L’homme, la mère et l’épouse

 

Decisions (MorgueFile)

« L’homme quittera son père et  -surtout-  sa mère, pour s’attacher à une femme. Avec celle-ci, ils formeront une seule chair », parole du Seigneur. (Mathieu 19)

L’histoire que je vais rapporter ici est inspirée d’un vécu, d’une réalité.

Anne et Bob bouclaient à peine quatre années de vie conjugale. Ils avaient un magnifique garçon, vivaient plus ou moins modestement. Anne, secrétaire particulier du Directeur d’une respectable compagnie maritime de la place, quittait très tôt la maison, et revenait souvent auprès son mari, chef d’agence d’une institution de micro finance. Mais depuis qu’ils sont ensemble, nul ne s’est plaint du train de vie ; Anne se sentait en sécurité, à cause de la compréhension et de l’aide de son mari ; Bob, était heureux car son épouse, malgré son horaire, arrivait à imposer sa présence, dans la maison, et à s’acquitter honorablement de ses devoirs d’épouse : dresser la table et le lit.

La petite famille s’en sortait; leur fils Georges était confié à une crèche, toute la journée ; les jeunes époux ne manquaient aucune occasion pour se faire plaisir : Une sortie au resto, diners aux chandelles, ébats sexuels un peu partout dans la maison, week-end en amoureux, quelque part en campagne… bref, c’était un couple, comme je les aime : Occupé, mais responsable, branché, sérieux. La joie de vivre était si palpable…

Sauf que la santé de la mère de Bob empirait, au point où il faille l’hospitaliser. Ce n’était pas l’argent qui manque, d’ailleurs Bob n’était pas son seul fils ayant réussi ; mais il fallait un hôpital de référence, alors, la vieille fut évacuée sur le CHU Tokoin. Durant les quarante-trois jours qu’a durée son hospitalisation, ses belles-filles se sont succédées à son chevet ; jamais elle ne s’est sentie seule. Anne était si présente et si dévouée, qu’à sa sortie de l’hôpital, elle décide de passer quelques jours de convalescence chez son fils Bob.

La cohabitation : La drôle de guerre.

Le premier week-end, tout se déroula parfaitement. Sa chambre lui seyait bien, la présence de son fils, de sa belle-fille et de son petit fils eut un effet thérapeutique sur sa santé. Elle passa visiblement les 48h les plus agréables de son séjour à Lomé.

Lundi matin 6h ! Toute la maisonnée était déjà debout, comme à l’accoutumée. Sauf que cette-fois, Anne doit cuisiner pour la vieille qui passera toute la journée, seule, à la maison. Et elle ne se fit point prier. Elle a tout prévu, connaissant très bien sa belle-mère : Eau pour la douche, infusions, Thé, café, bouillie, pâte de riz, sauce graine, sauce de légumes, fruits, noix de cola, cure-dents, et même poudre de tabac à snifer. Tout fut prévu. La vieille apprécie le dévouement de sa belle-fille, et ne tarit point d’éloge envers sa bru.

Une, puis deux semaines passent ! La vieille était toujours en convalescence, et Anne vivait sous pression. Des contraintes professionnelles, aux obligations domestiques, en passant par le travail qu’elle doit abattre pour sa belle-mère, mais aussi et surtout, le manque de plus en plus croissant d’attention et d’affection de la part de son mari, Bob.

Celui-ci passe de plus en plus de temps avec sa mère ! Le matin, Anne partant plus tôt que son mari, Bob prends son petit déjeuner avec sa mère avant de se rendre au boulot. Le soir, après le dîner, Bob rejoint sa mère dans sa chambre, pour des discussions à n’en plus finir. Leurs fou rires, leurs ricanements, leurs rires à gorge déployée, leur complicité meurtrissaient de plus en plus Anne, qui apprend désormais à s’endormir seule dans le grand lit conjugal. Bob ne la rejoint que tard dans la nuit, et se met à ronfler aussitôt. Anne, sentait que les choses n’étaient plus comme avant, sauf qu’en bonne africaine, elle « évite de mettre le doigt entre l’arbre et l’écorce ».

Trois, puis quatre semaines, et la vieille était toujours en convalescence chez son fils Bob. La nouvelle donne, c’est que la vieille s’insurge contre le fait que son petit fils soit placé dans une crèche, et surtout contre les horaires de sa bru. Elle reprocherait à Anne de rentrer tard, et pour la lui prouver, elle fait la cuisine avant l’arrivée d’Anne. Une fois, Anne se dit qu’on ne peut pas refuser une aide ; deux fois, elle se dit qu’on ne pourra pas refuser à une vieille qui passe seule sa journée à la maison, de cuire un truc. Mais lorsque cela s’est mué en routine, Anne réagit clairement, et exposa sa désapprobation à Bob.

 « Comment ? Chérie, tu peux ne pas aimer la cuisine de maman, ce n’est pas grave, tu peux faire ta cuisine quand tu rentres ; mais je ne peux pas interdire à ma mère de me faire à manger… », répond le gros bébé.

Anne se sentit menacée, et refuse de manger les plats cuisinés par sa belle-mère ! Elle ne résista pas bien longtemps, surtout lorsque Bob, décide de ne dîner qu’avec sa mère, de lui donner l’argent du marché, et de ne manger que ce qu’elle et elle seule prépare le soir…

Chers lecteurs, cogitons un instant.

Moi, Aphtal, je ne suis point encore marié, et je sais que tout ce que je dirai sous ce paragraphe sera pur idéal, simple théorie ; en tout cas pour le moment. Nonobstant mon célibat, je sais qu’il est un art difficile pour l’homme de trouver le juste équilibre entre sa grande famille d’origine et sa petite famille de destination ; entre sa mère, et son épouse. Je parle en tant qu’Africain, et Togolais, précisément. (Les blancs, eux n’ont pas ce problème ; les maisons de retraites sont là pour cela).

A la naissance, on coupe le cordon ombilical entre mère et fils, mais nous savons très bien que le lien qui les lie ensuite est bien plus solide et plus tenace, en tout cas pour ceux qui ont la grâce de connaître l’amour maternel. Lorsqu’on a grandit sous le giron de sa mère, sous sa houlette, et lorsqu’on garde de très bonnes relations avec elle, il est difficile à l’homme de se défaire totalement des ailes protectrices de celle-ci. Une femme avec laquelle on passe près de trente années de son existence, on en est amoureux à vie. Ce n’est pas un choix, c’est la nature qui l’impose.

Ce qui est un choix, par contre, c’est l’épouse, la femme, la mère de tes enfants à toi. Et ce choix, Dieu le rend également éternel, « jusqu’à ce que la mort vous sépare ».  Comment trouver le bon équilibre entre ces deux créatures ? L’une qui t’a vu nu et t’a élevé, l’autre qui te voit nu, et qui prends soin de toi et de tes enfants ? Comment concilier la femme qui a été tout pour toi, et qui se repose à présent, et celle là qui est désormais inquiète lorsque tu rentres tard, celle qui attends ton retour avant de manger, celle là qui te dresse le lit, qui te chauffe de l’eau pour ton bain, qui te cajole, qui te console, qui te soutiens, qui t’épaule, te fortifie, te calme, t’encourage, t’écoute, bref, celle là qui te redonne une seconde enfance ?  Comment, en bon alchimiste, trouver le savant dosage de mère et d’épouse, dans ta vie d’homme ? Chers lecteurs, en toute humilité, je l’ignore.

Ce que je sais par contre, c’est que ma mère ne sera jamais la rivale de ma femme, et ma femme ne sera jamais l’égale de ma mère. Ma mère pourra m’envoyer une bonne sauce de gboma gnagna pour me faire plaisir, mais ce ne sera certainement pas parce que je lui ai remis l’argent du marché. On ne peut jamais trancher un litige entre mère et épouse, alors ma plus grande passion sera d’éviter tout accrochage entre Olivia ma mère, et Oumou ma future épouse. (Suivez mon regard).

Pour la petite histoire, Anne a fini par quitter son foyer, abandonnant Georges à Bob et sa mère.

L’homme, (être mâle) n’est rien sans une femme à ses côtés ; c’est pour cela que le Très-haut lui en place deux pour son existence : La première qui est sa mère, la seconde qui est son épouse. La plus grande Sagesse consiste à accepter que l’épouse ne fait que terminer le boulot entamé par la mère, celui de veiller sur le jadis enfant-homme, et le désormais homme-enfant.

J’ai dit !


Il y a le SIDA dans la cité

AIDS (MorgueFile)

Depuis que je me suis remis aux casseroles, je m’éloigne de plus en plus de ce blog, délaissant peu à peu mon clavier pour les oignons, et mon dictionnaire des synonymes pour des recettes à la nature douteuse. Mais rassurez-vous, je tiens tant à vous, qu’à ce blog, et je compte y griffonner autant que possible, mes frasques, mes aventures, mes coup de cœurs et coup de gueule.

Comme dans 24h CHRONO : Les évènements qui suivent, se déroulent entre 19h et 23h.

Le 2 Février dernier, j’étais à la fête d’anniversaire de ma cousine Shalom (Dieu te bénisse encore, petite chérie). Je n’étais pas invité, j’étais l’organisateur, avec tout le talent qu’on me connait en évènementiel. Du choix de la couturière de Shalom, à la qualité de l’allumette devant servir à allumer les bougies posées sur le gâteau, en passant par la location des chaises, la playlist du DJ, le menu, le vin…tout passait par moi. Tout ! Absolument tout. J’avais tout prévu. Même le coût des imprévus sur la liste d’achats était prévu. Tout oh, tout ! Enfin presque.

Ce que je n’avais pas prévu, c’est la venue d’Olga. Je m’attendais à tout ; à un tremblement de terre, à la démission de Faure, à une incendie dans le marché de Niamtougou… mais pas à ce qu’elle soit invitée, encore moins, qu’elle vienne.  Seigneur ! J’étais en train de sermonner copieusement le chargé du parking de l’hôtel retenu pour la fête, lorsqu’une charmante étoile descend d’un moto-taxi. En soulevant sa seconde jambe pour descendre, mon regard s’attarda sur une cuisse galbée, à la couleur d’une canne à sucre pelée. Ses pieds disparaissaient dans une paire de chaussure en velours, à la semelle si effilée, qu’on la confondrait à une aiguille de seringue de vaccination. Je ferme un instant ma bouche pour mieux m’attarder sur ce trop-plein de chair qui lui servait de fesses, et qui semblait doté d’une autonomie de vie, tellement elles ne cessaient de bouger sous sa chique et courte jupette. Olga avait une chevelure attachée en queue de cheval, lui tombant sur la croupe. La ceinture qu’elle avait au milieu de son corps si frêle et si sensuel, accentuait sa forme de… bouteille de coca-cola, de guitare solo, ou de guêpe.

Lorsqu’elle règle enfin son chauffeur et pose son regard sur moi, je compris enfin le sens de la chanson mythique « Elle a les yeux revolvers… ». Son visage, ovale et savamment décoré, abrite une toute petite bouche, effilée sur les bords, au dessus de laquelle trône un nez délicatement posé sous des yeux artistiques, symétriques, hypnotiques. Olga, Olga. Ah Olga ! A cet instant même je la revois, dans sa veste cintrée, mettant en évidence ses mamelles, fièrement dressées tels des obus, ou des papayes camerounaises. Dieu sait combien elle était charmante, élégante, belle, joviale et… invitante.

J’oublie la connerie du chef parking lorsqu’Olga me reconnait et s’avance vers moi. J’étais comme Kratos, lorsqu’il croise le regard de Méduse, dans God Of War II. On se serre les mains, on se cogne le front, on se frotte les joues, je la retiens un peu contre moi, pour m’enivrer du délicieux et rare nectar qui lui sert de parfum. Quatre années s’étaient écoulées depuis notre dernière rencontre. On s’échange les nouvelles, et je l’invite à l’intérieur.

Comme tout organisateur africain, concentrant la totalité des pouvoirs, j’étais le plus sollicité, allant, venant, réglant les détails, donnant des instructions, parfois hurlant les ordres. Je n’eu donc pas assez de temps pour m’occuper comme il se devait d’Olga, (une fille à une famille amie) que je convoitais depuis le lycée. Elle a bien grandit et… mûrit  depuis ce temps. Oui, elle est comme le vin : elle se bonifie avec l’âge. J’eu quand même le temps de lui faire une dédicace, depuis le box du DJ, et de lui réserver deux ou trois slow, entre lesquels je lui ressassait le bon vieux temps, et lui rappelait combien elle était belle et désirable. En tout cas, avant son départ, Olga me fit ses félicitations pour l’organisation, et me glissa son numéro sur un bout de papier que je glisse délicatement dans la poche de mon smoking. Une dernière bise, une lèvre inférieure qui traîne sur les commissures de ses lèvres puis… (Petit, ferme les yeux).

Les évènements qui suivent se déroulent entre 15h et 16h.

Déjà trois semaines que j’ai renoué contact avec Olga, cette fille inaccessible, dure, difficile, capricieuse, et à la limite, philosophe. Elle représentait pour moi, cette terre promise à Moïse, ce continent que Vespucci se prépare à découvrir, cette lune qu’Armstrong se prépare à conquérir. Oui, Olga était une sorte de fantasme, si près et si loin, ce mirage si vrai et si irréel… Je lui plaisais bien ; j’étais même convaincu qu’elle en pince pour moi ! Pourtant, elle m’a toujours fait trottiner tel un bouc, en attente de sa maigre pitance.

Lundi 15h30 ! J’étais à l’hôpital où travaille ma mère, pour établir un bilan de santé. Je sors, discutant avec une jeune infirmière qui me faisait rêver, lorsque j’aperçois Olga assise sur le banc des patients à l’autre bout de la cour. Précaution ou exclusion, l’immeuble où allait consulter Olga est réservé aux maladies contagieuses, telles que la tuberculose, le choléra (Dieu merci nous n’en avons plus à Lomé). Il y a également une file spéciale pour les maladies chroniques comme le diabète, l’hypertension, la drépanocytose….

Qu’y faisait-elle ? J’avais encore envie d’aller lui dire bonjour, et de m’assurer que notre rendez-vous du mercredi tient toujours, mais je préfère l’attendre à la sortie de l’hôpital, pour lui laisser une petite intimité médicale. Eh bien je buvais tranquillement ma troisième noix de coco, lorsque deux femmes se mettent à échanger, juste à côté.

« Ah, on va faire comment ? Ce sont eux qui importent les médicaments, ils disent que c’est fini, on va leur faire quoi ?

           Oui mais, ça doit pas finir comme ça, sinon, ce n’est pas bon, c’est comme s’ils ne sont pas prévoyants, ou que la santé des malades leur importe peu.

           En tout cas, moi je suis venue quand même. ARV va venir, ça va venir,  mais ça ne viens jamais. On ne trouve pas à manger, et même médicament on ne va pas trouver pour avaler ? Regarde la fille là qui approche ; elle aussi c’est sûr qu’elle n’a pas eu ces produits »

Je lève ma tête, histoire de voir la pauvre fille, et il s’agissait d’Olga ! Ma Olga. Oui mais il n’y a aucun mal à passer chercher ses médicaments dans un hôpital. Sauf que… Oh merde.

 

ARV= Anti Rétro Viraux.

 

La définition me revient enfin ! Il s’agissait des anti rétroviraux, ces médicaments que prennent les malades atteints du sida, pour retarder la fatale échéance. Olga était donc atteinte du VIH ? Souffrait-elle vraiment de cela ? Si oui, depuis quand et pourquoi ne m’a-t-elle jamais rien dit ? Sinon, pourquoi ou pour qui prend-elle ces médicaments ?

Je n’eus point le courage de la héler, ce soir là, à la devanture de l’hôpital. Non, mon choc était trop grand. Tard le soir, elle n’hésite pas à me répondre par l’affirmative, lorsque je lui pose la question sur son statut sérologique. Je n’en reviens toujours pas, surtout au regard de tout ce que j’avais prévu de faire avec elle, à notre rendez-vous…

Les gars, vous-mêmes vous savez que je me trouve toujours au mauvais endroit au mauvais moment, parfois avec les mauvaises personnes. Mais Olga est-elle mauvaise ? Loin de moi, l’idée de la stigmatiser, mais avouez que nous avons tous une peur bleue, souvent involontaire, une méfiance innée, envers les Personnes vivants avec le VIH.

J’ai décidé de toujours garder une franche amitié pour Olga, sans jamais aller au-delà. Oui, je sais, la science évolue, mais il vaut mieux ne pas prendre de risques stupides. La rencontre d’Olga et la découverte de sa maladie me fit reprendre conscience que le SIDA existe toujours, et continue de faire des victimes, en silence. On s’inquiète plus du réchauffement climatique, de la disparition des baleines blanches, de la fonte des glaces, au détriment de ses affections muettes, qui demeurent fortement endémiques pour moult contrées africaines.

Bon, je n’ai de leçons à ne donner à personne, ça c’est clair. Mais pitié, protégez-vous. Une génération consciente, est aussi une génération sans SIDA.

J’ai dit !


Egalité de sexe? Non merci

Egalité homme-femme (Google Images)

Lecteurs, bonjour.

De toute ma vie, ce que j’ai le plus en horreur, c’est la violence faite aux femmes. Oui la violence, et sous toutes ses formes : physique (la plus abjecte), morale, sentimentale, sexuelle… La violence, quelle qu’elle soit, ne doit jamais, au grand jamais être canalisée vers la femme. Dieu sait combien elles sont précieuses, et… si délicieuses. Ah les femmes… Qu’on se le tienne pour dit. Mais, il y a une nouvelle forme de violence dont sont victimes les femmes ! Une violence de dernière génération, plus subtile, plus classe, plus sadique, plus avilissante, savamment orchestrée par les hommes (hominidés mâles), mieux tolérée par la société. J’ignore vraiment comment la nommer, cette violence, mais elle est commise au nom du tout nouveau concept, « égalité de genre ».

Égalité de genre, égalité de sexe, égalité homme-femme, parité au sein du couple… et autres termes du genre, ont vu le jour, au cours du siècle présent, pour éviter à la femme de se faire piétiner, pour lui permettre d’avoir son mot à dire au sein d’une société de macho, mais surtout pour garantir à la femme un accès aux emplois et postes, jadis réservés aux hommes. Oh, quoi de plus noble, et de plus digne ? Mais très tôt, ce concept a été corrompu par l’homme, ou du moins, a été mal compris par lui.

Je suis parti d’un constat assez simple.

Souffrez que mon analyse soit limitée dans l’espace ! Je ne peux observer que ce qui m’entoure. Donc, je ne parlerai que du Togo. Soit !

Il n’est un secret pour personne, qu’à Lomé, la vie est dure. Tellement dure que le seul labeur de l’homme ne suffit plus à assurer la subsistance de la famille. Tellement dure, qu’égalité de sexe aidant, la femme se voit obligée de se mettre à une activité génératrice de revenus. Tout cela, ma foi, n’a rien d’anormal, et il est même nécessaire que la femme participe également aux frais du ménage. Mais, ce qui est dramatique, et condamnable, c’est que le volume de travail effectué par la femme soit supérieur à celui de l’homme. Et on ne s’en rend pas bien compte !

Déjà affaiblie par les nombreux accouchements imposés par un homme qui ne sait pas utiliser de préservatifs, dame X se lèvre tôt le matin pour vendre du riz au bord de la route ! Ce riz, Monsieur en mangera avant d’aller à son boulot ; tous les enfants en mangeront avant de se rendre en classe. Et tant que ce riz n’est pas terminé, elle est là, sous le soleil, jusqu’à midi. A peine elle rentre, le temps de prendre une douche, la même dame ressort avec un autre étalage, vers 15h : elle vendra de la bouillie de mil (Coco-zogbon) jusqu’à 18h, au moins. Ensuite, elle s’occupera des enfants, leur fera la toilette, préparera le dîner  avec les recettes de ses ventes. Monsieur rentrera, mangera, et ira s’asseoir au bord de la route, pour discutailler jusque tard dans la nuit. Madame prendra une seconde douche, puis ressortira avec un plateau d’œufs cuit, des papiers-mouchoirs, du chewing-gum, et des bonbons, et ira les proposer aux clients des bars et buvettes du quartier.

Dans tout ceci, on ne sait pas vraiment quel travail fait l’homme. Il te répondra :

« Oh, j’ai appris la maçonnerie ; donc lorsqu’il y a chantier quelque part, on m’appelle et je m’en vais aider. Parfois, quand il y a rien, j’aide un cousin à vendre des planches, et on jongle comme ça. »

Non mais franchement, un aide-maçon gagne combien dans ce pays ? Combien de planches vends-t-on par jour, à Lomé ? Avec cela, comment nourrir sa femme et ses 6 enfants ? Ce qui est encore plus affligeant, c’est que lorsque monsieur gagne au moins cinq milles francs, il préfère se taper un plat de spaghetti dans la cafétéria à côté, ou offrir une bière à des amis. Parce qu’il est convaincu que les enfants mangeront, advienne que pourra ! Il sait ô combien sa femme a grand cœur, et songe à sa petite famille. Il traîne dans les bars, parce qu’en rentrant tôt, il dormira seul ; il attend donc le retour de sa femme, et rentrera lui faire l’amour (sinon une culbute), avant de s’endormir comme une brute. Et c’est madame qui, une fois de plus, se lèvera la première, pour subir une fois de plus, l’infernal cycle de la fatalité que représente la vie de couple pour elle.

Et si jamais elle ose parler des frais de scolarité des enfants, si jamais elle ose demander l’argent du Calcul Quotidien à monsieur, bonjour la bastonnade. Ainsi réduite au silence, madame se bat pour sa survie, celle de ses enfants, leur scolarité, et pour un mari qui n’en vaut pas la peine. Je ne vous demande pas de me croire ; allez vous asseoir dans un bar le soir et constater qui sont les buveurs, et qui sont les revendeurs de cigarettes et autres articles ; dites-moi si c’est un homme qui vous vend votre bouillie, le matin, ou si c’est un homme qui vous sert à midi, lors de votre pause.

Je ne demande pas aux hommes de se taper des boulots qui ne leur ressemblent pas vraiment ; je sais que l’homme a également ses domaines d’activités, mais que la lâcheté ne se cache point derrière l’égalité des sexes. D’ailleurs, si égalité il y a véritablement, pourquoi attendre que ce soient les femmes qui envahissent nos secteurs d’activités, et non le contraire ? Si une femme est à la tête d’une société cotée en bourse, qu’est-ce-qui empêche l’homme de diriger un fufu-bar, un restau ?

Au delà des tâches que peuvent effectuer hommes ou femmes, j’exige que l’homme soit le vrai chef de famille. Un chef de famille ne dort pas lorsque son épouse vend des cigarettes à d’autres hommes dans des endroits peu éclairés ; un chef de famille, ça donne l’argent de la popote, et l’argent du petit déjeuner aux mômes ! Oui, un père, c’est celui-là qui permet à sa femme de s’acheter du talc ou du parfum avec ses économies, lorsqu’elle exerce une activité génératrice de revenus. Un père, un véritable père de famille, regarde le cahier d’exercice de ses enfants, leur demande ce qu’ils ont mangé ou ce qu’ils désirent manger. Ma mère me reproche de trop chérir Aminât-Schéhérazade (ma fille). Je ne suis pas le meilleur des pères, j’essaye juste de lui offrir, ce que je n’ai jamais reçu.

Il n’est point facile d’être un homme, et obligation n’est faite à personne de fonder un foyer ! Mais lorsque cela arrive, une obligation morale pèse sur le mâle, afin d’assurer sécurité, bien-être à son épouse, et à ses enfants, par ricochet. Je n’ai aucune envie de lire dans une vingtaine d’année : « on ne naît pas homme, on le devient ». Il y va de la survie de notre espèce, et de la sauvegarde de l’honneur de la gente masculine.

En ce qui me concerne, moi Aphtal, ma femme, ne sera jamais mon égal. Comprenne qui peut.

J’ai dit.


Ma prochaine lettre de motivation est prête…

Letter (MorgueFIle)

Hier, je procédais à l’inauguration de mon fast food. Ce n’est pas un McDo, ni une grande enseigne. Juste un endroit tranquille et propre pour déguster en toute tranquillité de savoureux mets. Inutile de vous dire que j’y suis le Chef cuistot. Peu d’entre vous savent que j’ai fait seulement six mois en Hôtellerie Restauration, avant de m’inscrire en Droit, sous la pression de mon géniteur. Oui je fais ma propre pub, et alors ? En fait je vous parle de cette inauguration, car elle m’a permis de faire une rencontre, et pas des moindres.

Entre deux services, je me fais accoster par un client, plutôt âgé, élégant, rieur, et affable. Il se met à me taquiner, à me demander pourquoi je fais un truc de femmes. Je lui réponds, et lui dit que je suis juriste de formation. Son visage s’illumine, et il se présente à son tour, comme avocat au barreau de Lomé. Lorsqu’il finit de manger, il me fit encore appeler :

« Mon cher ami, appelle-moi après ! Mets à jour ton CV, rédige une petite lettre de motivation, et viens me voir d’accord ? Je n’ai pas grand chose à te donner mais, je suis sûr qu’on pourra s’entendre. Allez, on se dit à bientôt ? Bonne soirée »,

Me dit-il en me tapotant les épaules. J’étais tout excité, à l’idée de décrocher un autre petit job, dans mon domaine, et de façon si inopportune. Mais ce matin, j’ai repensé à notre discussion de la veille, et dans ma lettre de motivation, j’ai décidé de jouer la carte de la franchise. Je vous la soumets, en attendant vos avis, avant de l’expédier à Maitre Aliboron !

                                                                                                            Lomé, le 17 Février 2013

Aphtal CISSE

Objet : Demande d’emploi.

Honorable Maître,

Ce n’est pas vraiment un honneur pour moi, de m’accouder à une table, pour rédiger une fois de plus une lettre destinée à convaincre un hypothétique employeur. Si mon chômage ne suffit pas à vous convaincre de ma motivation, c’est que vous pensez que c’est un plaisir pour moi de passer mes journées à la maison.

Maître, comme je vous le disais hier, je suis nanti d’une Licence en Droit Privé, Options Affaires et Fiscalités. J’ai fait partie de la première promotion du prestigieux Institut des Hautes Études des Relations Internationales et Stratégiques, IHERIS-TOGO. En outre, cette année, si tout va bien, j’obtiendrai une autre Licence en en Droit Privé, Option Profession Judiciaires, à la Faculté De Droit de l’Université de Lomé.

Vous vous direz peut-être que je me contente trop de ma Licence, mais si notre pays avait une spécialité en Droit Maritime, croyez-moi, je serai en train de préparer mon Master 2, cette année. Rassurez-vous, au-delà de l’aspect purement théorique de notre cursus universitaire, j’ai acquis une expérience professionnelle non négligeable.

J’ai passé deux années de ma vie au sein d’une étude d’Huissier de Justice, 03 mois au sein d’une respectable compagnie d’assurances, et 03 autres au Service Achat et Approvisionnements du Département Moyens et Logistiques de la plus grande société de Télécommunication du Togo.

Du coup, je me dis que ce serait surement très excitant de travailler avec vous, mais je sens que je n’ai plus grand-chose à apprendre. Je ne suis pas le plus diplômé ou le plus expérimenté du Togo, mais moi aussi je peux me vendre cher, je crois.

Je voudrais alors que certaines vérités soient dites : Je n’ai pas fréquenté gratuitement, moi ! Ma mère s’est endettée pour me scolariser, et je me suis tué pour avoir les cours polycopiés, et effectuer des recherches. Je ne vous parlerai pas de la petite fortune qu’a coûté les déplacements, jusqu’à l’obtention de la Licence. Si je dois travailler pour vous, Maître, il ne faudra pas ignorez cet aspect des choses. Je ne travaillerai plus GRATUITEMENT pour qui que ce soit, et j’exige un contrat de travail en bonne et due forme, avec une rémunération respectable et une  déclaration à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale.

Demandez à tous mes ex-employeurs, je suis un jeune motivé, assidu, respectueux, élégant, éloquent, intelligent, rigoureux envers moi-même et amoureux du travail bien accompli. Et plus, je suis Apprenti-blogueur sur une plate-forme de RFI. Vous êtes Maître, certes, mais moi non plus je ne suis pas n’importe qui.

Ce sont mes seules conditions, et j’espère que ma lettre reflète assez clairement avec qui vous avez à faire. Je suis disposé à discuter sur mes horaires de travail, si vous consentez à me retenir, mais aucune  négociation ne sera admise sur les autres points. Soit vous me prenez à ces conditions, soit vous me laissez à mes casseroles dans mon fast-food.

Dans l’attente d’une collaboration future, veuillez lire en ces lignes, Maître, l’expression de mon profond respect ».

J’ai dit !