Aphtal CISSE

République à vendre

Une vente aux enchères

Lorsqu’à la radio, jadis, les gens hurlaient que le Togo est un pays bizarre, un pays extraordinaire, un pays à part, un pays unique en son rare genre, je me sentais blessé dans mon ego de togolais, blessé dans mon amour patriotique. Je traitais les auteurs de telles paroles de sinistre imbéciles, de sombre idiots, de traitres, de vendus, d’avortons belliqueux. J’étais même prêt à présider le Tribunal qui pourra les juger pour atteinte suprême à l’honneur de la nation, blasphème nationale, manque de patriotisme, espion à la solde de puissances étrangères, tentative de déstabilisation de la belle et paisible terre de nos aïeux. A défaut, j’étais prêt à en venir aux mains, histoire de leur faire vomir le lait pourrit que ces vendus ont pu sucer des maudites mamelles de leurs mères. Seulement maintenant, je me rends compte que je n’avais absolument rien compris. J’étais dans un flou total, j’étais ignorant des poignantes et troublantes réalités de ma nation, le Togo. Eh bien, la corruption, active ou passive, il faut l’avoir vécue, il faut l’avoir pratiquée, il faut l’avoir subie, pour mieux l’appréhender. Des classements donnent au Cameroun le triste record d’un des pays les plus corrompus au monde. Mais avez-vous pris la peine de bien étudier le phénomène au Togo ? Bon sérieusement, je n’ai aucune envie que mon pays dispute la place peu enviable du Kamer, mais il faut reconnaitre que la corruption, ça nous connait aussi au Togo.

Corruption, trafics d’influences, favoritisme,… d’accord, cela existe sous d’autres cieux. Même Sarkozy intervient pour Bolloré. Seulement là ou il y a matière à polémique, c’est lorsque toutes les institutions de la république se prostituent. Eh oui. Tout se vend, et tout s’achète, au grand dam des fonctions régaliennes de l’Etat. Il existe deux types de prestations de services, en fait. Les prix que tout le monde connait, c’est-à-dire les prix fixés par l’Etat lui-même pour bénéficier de ses services ; à côté, il existe les prix additionnels, c’est-à-dire les montants que chacun décide d’ajouter au premier prix, dans le but d’obtenir le même service.

Dans le premier cas, vous avez un quitus, bien cacheté avec signature de l’autorité compétente. Muni de votre reçu, vous devez vous armer de patience, également. Cela signifie que vous n’êtes pas pressés, vous faites confiance en l’ Etat, vous avez tout le temps qu’il faut. Dans le second cas, vous êtes un peu acculé, vous n’avez pas vraiment le temps pour les tracasseries administratives. Le protocole, vous le respectez mais vous savez que cela peut aller plus vite. Le phénomène s’est installé, et a pris de l’ampleur, au point d’envahir le secteur informel. Partout où l’on passe, il est possible de passer avant les autres, de bénéficier d’un traitement de faveur, d’avoir des privilèges, d’entrer dans le cercle très fermé de ceux qui peuvent être au dessus de la loi. Je me suis amusé à recenser les divers secteurs touchés par ce cancer, voilà ce que cela donne, en grosso modo :

Avoir son bol de bouillie rapidement : 25 FCFA

Avoir son plat à la cafète : 50 FCFA

Faire une carte d’identité en 3 jours : Crédit de communication de 2.000 FCFA

Faire un passeport en une semaine : crédit de communication de 4.500 FCFA

Légalsier un document à la mairie en 2h : 1.000 FCFA

Violer un feu tricolore le Week-end:  1.000 FCFA

Déposer simple demande de stage:     2.000 FCFA

Avoir un rendez-vous avec un Directeur:    5.000 FCFA

Avoir un rendez-vous avec un Ministre:     15.000 FCFA

Avoir un rendez-vous avec le Président de la République:   Euuuh, j’y suis jamais allé.

Pouvoir rencontrer le médecin:    1.300FCFA

Avoir place assise dans le transport commun:      200 FCFA

Des exemples, j’en ai toute une multitude, et je sais que chacun de vous a, à un moment de sa vie, a  « mouillé la barbe » à un agent de l’état. Cela est pourtant triste, car en fait, ce pourquoi nous payons n’est pas une faveur, ni quelque chose d’extraordinaire, en fait. L’agent ne fait que son boulot normal, ce pourquoi il a été recruté, ce pourquoi il touche un salaire à la fin du mois! S’il ne le fait point, il sera viré et remplacé par un autre agent.  Certains payent, juste parce qu’ils pensent être pressés, d’autres le font parce qu’ils pensent que c’est comme cela que ça se passe, et pourtant il n’en est rien.

Je ne m’érigerai guère en donneur de leçons, mais que chacun prenne ses responsabilités. Il y va de la survie de la nation. Mais ceux qui voudront s’inscrire dans la logique de la continuité, vous avez déjà un bref aperçu des tarifs. Pour le reste, vous pourrez me contacter.

De toute façon, retenez que la corruption, passive ou active, est punie par le Code Pénal Togolais.

J’ai dit


Et l’homme créa Dieu à son image

Moïse, avec les tablettes

Il paraît que Dieu créa l’homme à son image. Mais tellement l’homme le lui a bien rendu, qu’entre créature et Créateur, l’on se perd facilement. Dieu, le seul, l’unique, l’éternel des armées, le Dieu des miracles, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, est-il resté le même aujourd’hui ? Franchement, à l’époque c’était plus facile de servir le Seigneur. Dieu, on le sentait, on le palpait, on l’écoutait, Il parlait aux hommes, il agissait directement, il était présent dans des buissons en feu, il fendait les eaux en deux pour son peuple, il transformait les bâtons en serpent, il faisait pleuvoir de la bonne bouffe, il punissait directement les fautifs, il bénissait ses préférés aux yeux de tous… Bref, les relations entre Dieu et les hommes étaient relax, francs et directs. Malgré tout cela, on ne savait pas vraiment comment l’adorer, comment lui offrir un culte véritable, ni même comment l’appeler. Mais on l’aimait et l’adorait quand même. Il n’exigeait rien ! Rien à part l’amour désintéressé. Dans toute Sa grandeur, Son amour, Sa magnificence, Sa miséricorde, Dieu ne vota que dix (10) lois à ses créatures : les dix commandements. Dix petites et simples lois pour l’ensemble de l’humanité et pour toute la planète terre. Mieux, il envoya son fils pour qu’il donne l’exemple vivant aux hommes de ce qu’Il attend de nous. Les barbares ont cloué le messie sur deux morceaux de bois. Dieu n’a rien dit.

Puis, l’homme s’est mis à se comporter de façon bizarre. Après avoir tué le fils de Dieu, il s’est mis à baptiser Dieu.  C’est là que des noms comme Jéhovah, Allah, et autres firent leur apparition. Certains se sont regroupés, et ont écrit des lois et des règles pour concurrencer le décalogue divin. Ils se sont érigés en maitres et prétendent être les seuls détenteurs de la vérité, et du culte véritable. Ils ont créé une puissante organisation, placée sous l’autorité humaine d’un Pape, directement inspiré par le Saint-Esprit. Ils ont fait des statues du fils de Dieu, des statues du père et de la mère du fils de Dieu. (Marie et Joseph) et ils leur adressent des prières. A une certaine époque, ils ont demandé au peuple de Dieu de venir confesser leurs péchés chez eux, afin d’avoir le pardon, et pleins d’autres règles de la même trempe. Un autre groupe, plus restreint, à mis en doute ce qui précède et est entré en rébellion contre l’autorité du premier groupe : Les protestants firent leur entrée sur la scène religieuse. Eux, ils ont innové en introduisant une nouvelle manière d’adorer Dieu. Je vous rappelle que depuis le début, on parle du même Dieu hein. Eux, ils disent qu’on n’a pas besoin de prier devant les statues et autres, et surtout qu’ils n’ont pas besoin d’être sous l’autorité du pape, qui est humain comme tout le monde.

Quelques siècles après, ça ne fait pas vraiment beaucoup hein, un homme reçu lui aussi la lumière, en-moyen-orient. Lui, il dit venir pour terminer ce que Jésus a commencé. Il dit que Dieu n’a que des envoyés, et pas de fils. Celui qui est passé avant lui là, ce n’est pas le fils de Dieu. Il dit aussi qu’il faut prier Dieu cinq fois par jour en faisant face au soleil levant. Lui il a gardé une jolie idole noire au Moyen-Orient, idole en direction de laquelle doivent être effectuées les cinq prières quotidienne. Lui aussi il a réussit à faire plusieurs fan, un peu partout dans le monde.

Et un peu partout dans le monde, il y a des gars qui se sont levés aussi, en arguant avoir également reçu la lumière. Pour les ordres philosophiques et autres sectes, je préfère me taire. Ce qui motive cet article en fait, c’est qu’en ce millénaire, il existe d’innombrable façons de prier Dieu, le même qu’Abraham a adoré, Celui là-même que Salomon a loué, le Dieu pour qui David fit jouer de la harpe…  eh Dieu prends pitié de nous.

Dans la seule ville de Lomé, il y a plus de huit-cent regroupements religieux chrétien : Baptiste, Adventiste du septième jour, témoins de Jéhovah, ministère des rachetés de Dieu, église internationale des saint des derniers jours, église internationale du miracle, église du feu brûlant, église du feu maritime, église du St-esprit qui soulage, église des perdus et retrouvés, église des graciés, église des rescapés de l’enfer, église de la courte liste des élus, église des inscrits du paradis, église du culte brulant et pénétrant…. Et j’en passe. Ce qui est marrant, c’est que toutes ces églises confessent le même Dieu, invoque son seul et unique fils Jésus, lisent tous la même bible, font tous le signe de croix, font presque les mêmes sacrements (baptêmes, corps et sang du christ, mariages…) Mais il faut écouter l’interprétation que fait chacune de ces églises de la Bible pour vous rendre compte que l’homme est en train de recréer Dieu. Mieux, la façon de prier Dieu a radialement changé.

Jadis, Abraham, Isaac, Jacob, David, Salomon, Daniel…tous ces glorieux êtres se mettaient simplement à genoux, joignaient les paumes, regardaient le Ciel puis formulaient leur demandes. Et Dieu écoutait ; mieux, il accueille toujours favorablement ces prières. Mais aujourd’hui, il y a une nouvelle façon de s’adresser à Dieu dans la prière : l’  « agressive prayer ». Eh oui, la prière agressive, c’est cette nouvelle façon que l’homme trouve judicieuse d’utiliser. Il crie, il jase, il vocifère, il tape des pieds, il bouge, il se secoue, il ferme les poings comme pour se battre, il répète la même chose, et il menace Dieu. Dieu n’est plus ce doux être attentif  à qui on peut s’adresser poliment ; Il est devenu têtu et il faut lui crier dessus avant qu’il n’entende (J’espère ne point blasphémer, Seigneur).  Mais putain, comment Dieu a-t-il pu changer jusqu’à ce point ?

                                                 Mes interrogations

                En fait, selon moi, selon mes lectures et selon ma conviction, tout débuta réellement avec les apocryphes. S’il existe tout un corpus d’écrits, de quel droit certaines personnes, aussi inspirées soient-elles, l’amputent ? Pourquoi penser que quelque chose, ou quelque partie du récit ne soit pas utile pour la grande masse, si ce n’est l’égoïsme humain ? Dieu a-t-il eu tort de doter l’homme du libre arbitre ? Pourquoi l’église catholique cache-t-elle des écrits et des récits, si ce n’est pour maintenir les fidèles dans une regrettable ignorance ?  Pourquoi avoir instauré tout un corpus de règle dans l’adoration de Dieu ? Le chapelet, le rosaire, l’ascension, l’assomption, et toutes ces autres fêtes, sont-elles d’origine divine ?  Si le pape peut être inspiré par Dieu, c’est que tous les hommes peuvent l’être, il n’a rien de plus que les autres, ma parole. Alors qu’on nous apprenne aussi à entrer directement en relation avec Dieu, au lieu d’établir une tarification des péchés après la confession chez le curé du coin.

A-t-on réellement besoin de prier cinq fois par jour ? Cinq fois, est-ce trop, ou trop peu ? Dans tous les cas, pourquoi se tourner précisément vers l’est, en direction d’une idole (la mecque) ? Dieu se serait-il refugié à l’est ? A-t-on besoin de se plier en deux, de cogner son front contre le sol, au nom de Dieu ?

Pour formuler une demande au Père aimant et céleste, a-t-on besoin de hurler, de vociférer, de menacer, de taper des pieds ? Dieu est-il si sourd ? Que se passe-t-il ? A quoi courons-nous ?

Ces stupides nouvelles églises qui pullulent ne le font que par l’appât du gain.  Je ne vous apprends rien, il y a d’innombrable scandales dans la capitale où des pasteurs sont arrêtes pour trafics d’organes humains ; combien de sacrifice n’a point été fait pour attirer le plus de fidèle ? Combien d’ossements humains n’a-t-on pas trouvé dans les églises, sous les estrades des pasteurs ? Combien de marabouts et charlatans incarcérés n’ont pas avoués opérer pour de respectables pasteurs ? Dieu tout ça là, c’est juste à cause de toi hein.

Ce que j’en pense…

          Eh bien, il est clair que la société va mal. Le mal-être social a pris le pas sur le spirituel. Les citoyens ont de pressants besoins, en poigne à la survie, et les Saintes écritures ne suffisent plus. Les églises traditionnelles (catholique et protestant…) sont dépassées. Normal, ils ont passé leur temps à nous dire que souffrir sur terre est le meilleur moyen de se reposer au paradis. Et pourtant, on ne se rend pas à l’église, le ventre creux. Du coup, le mec qui a faim et qui prie calmement à l’impression de n’être point entendu de Dieu. S’il y a une église qui lui promet la satisfaction matérielle, juste en criant et hurlant sa demande, pourquoi ne pas essayer ?

Les églises traditionnelles, catholique en l’occurrence, ont passé leur temps à nous casser les oreilles avec les fabuleuses histoires de Saint qui vécurent dans le dénuement total et dans le détachement des biens terrestres. Foutaises ! Existait-il des bus  ou des avions à l’époque de Saint François d’Assises ? Vous ne voulez pas adapter vos enseignements et dogmes, c’est que vous n’avez pas vraiment compris le message du Christ.

Vous le savez sans doute, tout ce que je dis n’engage que moi, et moi seul. Je suis aussi un pauvre pécheur (peut être même le plus grand pécheur). Seulement, je me dis que dans ma relation avec mon Créateur, il ne peut pas, et il ne doit pas y avoir d’intermédiaires. Si Dieu a quelque chose à me dire, il me le dira directement ; s’ Il a un cadeau pour moi, il me le donnera directement ; s’ Il doit me punir, il agira directement. La seule chose à quoi j’aspire, c’est d’être capable d’entendre Dieu. Dieu lui-même et non un quelconque curé, imam, pasteur ou berger. Il n’existe pas d’église, il n’existe pas de religion, il n’existe pas de bergers. Il n’existe qu’Une Divinité et des créatures, l’ensemble baignant dans un corpus de règles strictes et simples. Je suis fait à l’image de Dieu, il existe une part de Dieu en moi, et je suis un petit dieu. A moi de me connecter à la source et de respecter les règles. Le reste, catholique, protestant, musulman, baptiste, adventiste, Jéhovah, Allah, Bouddha…, ce n’est qu’invention humaine, folie, ignorance et perdition.

Seigneur, ne leur pardonne pas car ils savent ce qu’ils font.

J’ai dit !


La mort du Monarque…

Crédit image: Google images

 

Peu à peu, le voile blanc s’étend, s’élargissant;

Au début gris, il se fit plus blanc, plus éblouissant;

De vagues visages apparaissent dessus: ceux des ancêtres!

Plus nets et précis, ces visages sont ceux de glorieux êtres.

 

Paupières à moitiés closes, regard hagard et vague,

Bouche entrouverte, blanche écume aux commissures des lèvres,

Nez grands ouverts, battant tel les soufflets d’un orfèvre

Le monarque se laisse aller, prêt à céder la royale bague.

 

La brise était dans la cour, légère.

Le ciel ensoleillé, d’un bleu magnifiquement clair

Les quatre éléments annonçaient le début d’une nouvelle ère.

Dans la haute chambre, les quatre feux étaient allumés;

Les plus grands sorciers, impuissants, dans un coin entassés;

Les dernières cauris, muettes, sur le sol, abandonnées;

Les futures veuves larmoyantes, sont déjà éplorée!

 

L’atmosphère était empli d’encens toujours fumants

Le plus âgé des héritiers, au chevet du monarque, s’est accroupi;

Le griot, attentif, observait les grosses lèvres du mourant

La doyenne des veuves, à l’écart, était tapie

Le monarque légèrement, toussota,

Tourna la tête sur le côté, cligna des yeux.

 

La tarentule qu’il vit sur le mur n’était pas réelle!

il allait s’en aller, se détacher des bagatelles!

D’un geste fort lent, il ôta son tarbouch, puis le posa sur sa poitrine,

Découvrant son noble crâne chauve que le poids de l’âge calcine.

 

Il porta un regard serein et solennel sur l’assemblée,

Huma une dernière fois l’air encensé, puis le rejeta

Il s’en alla, serein, rencontrer ses prédécesseurs…


Baise-moi

Centerblog.net (monia2009)

 

 

Lorsque adviendront des moments noirs où je semble ne rien comprendre

Lorsque surgiront des temps durs où je n’ose plus rien entreprendre

Lors des instants amères où, de la vie, je semble ne plus rien attendre,

Baise mon front!

 

Si un jour, de toi, je deviens désintéressé,

Si un soir, tu me sens absent, déconcentré,

Si une nuit de pleine lune, la magie entre nous, semble ne plus opérer

Baise mon lobe!

 

Si, face à tes dires, je deviens fort douteux

Et que d’une tierce négresse, je semble être amoureux,

Lorsque ton regard semble ne plus me rendre heureux,

Baise mes lèvres!


Ligne 20: destination septième ciel

Image: Google

Depuis un certain temps, une Société de Transport (SOTRAL) a été mise sur pied pour faciliter le transport urbain dans la ville de Lomé. Au début, je ne pouvais en bénéficier car le quartier que j’habite n’étais point encore desservi. Progressivement, une nouvelle  ligne fut créée, la Ligne 20, ralliant le Grand Marché de Lomé à Adidoadin. Loué soit Jésus-christ ! Moi aussi je peux me taper un transport public. Du coup j’ai commencé par prendre du poids parce que je pouvais à présent économiser 1 euro par jour, à cause de la réduction du coût du transport.

Je peux affirmer avec fierté que je fais partie des tout premiers utilisateurs de la Ligne 20. Nous étions à peine cinq dans un mignon, neuf et chic bus de 50 places. La clim était à fond, et le chauffeur faisait passer des chansons dansantes. C’était juste superbe. A la fin de la journée également, je faisais la queue à Lonato pour avoir une place assise dans le bus climatisé. C’est la nouvelle élite quoi. Puis petit à petit, les togolais ont commencé par comprendre l’avantage économique des transports publics. De cinq, nous sommes passés à 13, 25, 41 passagers chaque matin. Ce n’était pas bien grave, parce que j’arrivais quand même à trouver une place assise. De bouche à oreille, les bus de Sotral sont appréciés, attendus, et pris d’assaut. Surtout que les vieilles revendeuses du grand marché ont commencé par l’utiliser également.

Ce lundi, je devais me rendre au bureau plus tôt que d’habitude, histoire d’imprimer des documents comptables pour la réunion des Associés du jour. J’arrive donc quelques minutes plus tôt à l’arrêt du bus. A mon étonnement, il y avait déjà grand monde qui, comme moi, attendaient le bus. Soit. Je m’éloigne un peu du groupe en plaquant fièrement ma cravate en soie contre mon estomac. Le temps de m’adosser à un mur, le bus s’annonce. La foule se rassembla immédiatement, près à pénétrer le long et luisant bus, tout climatisé.

Je réussi à prendre un ticket puis monte à bord. Seigneur! Le bus était plein. Je n’avais d’autres options que de me tenir debout, cramponné à une barre latérale. Des arrêts plus loin, il y eut plus de voyageurs, et les rangs durent se resserrer. C’est là mon voyage devint plus intéressant.

En effet, à l’époque où nous n’étions que cinq utilisateurs de la ligne 20, il y avait une très jolie dame qui s’asseyait parfois à côté de moi. Elle est bien plus âgée que moi, mais son âge n’a pas eu raison de ses rondeurs. C’est une dame bien gâtée par dame nature, qui lui donnait de jolies, fermes, grosses mamelles. Son arrière-train était tout aussi superbe. Une forte hanche, bien arrondie, des fesses et une croupe capables de soutenir un verre de vin de debout. Parfois elle porte des pantalons bien moulants, mettant en évidence sa chair, souvent elle arbore de jolies robes fleuries courtes, dévoilant un slip qui… Bref, je l’ai toujours admiré mais bon, je suis trop jeune pour elle, et d’ailleurs, je suis trop petit pour penser à ces choses. Retournons au bus, ce lundi

J’étais en train de penser à tout et à rien, maudissant la dense circulation, enviant les motocyclistes, luttant contre les fortes odeurs de poissons séchés que transportaient ces vieilles mégères bruyantes du grand marché, lorsque je sentis que le rang se resserre autour de moi. Bof, ça arrive. Sauf que la dame que j’ai décrite plus haut était juste devant moi, me tournant le dos. Quand le rang se resserra, elle plaqua littéralement ses fesses contre mon bras ventre.  Pudiquement, je recule de quelques pas, en tenant toujours fermement la barre latérale. La dame recula à son tour. Je ne pouvais plus reculer; j’étais pris en sandwich entre elle devant, et un vilain mec à la barbe mal rasée derrière. Le doux contact revint donc et je n’y pouvais rien, cette fois. Elle recula encore, et bloqua carrément mon z*z* entre la raie de ses fesses! Misère. Une bouffée de chaleur m’envahit. Je n’avais que la force de la pensée pour m’évader de cette chaleureuse et douce étreinte. Je me mis donc à penser à autre chose: à la circulation, à mon responsable, aux associés qui devraient travailler sur des documents que leur fournirai. Rien n’y fit. Je sentis quelque chose se durcir sous ma ceinture, et à épouser impeccablement le moule de la raie des fesses de cette mignonne négresse devant moi. Je me met à penser à la situation du pays, au chômage, au gouvernement togolais, au Président Faure. Arrivé sur ce dernier l’érection se fit plus dure. Oh non, « tu ne convoiteras point la femme de ton prochain », parole du Seigneur. Je jette un rapide coup d’œil à la main gauche de l’allumeuse, agrippée à la barre latérale. Aucun anneau. Ouf! Au moins cela.

Le chauffeur freina brusquement, balançant ainsi tous les passagers debout vers l’avant. la dame ne bougea pas trop, mais cabra ses reins. C’est là c’est gâté. Je suis rentré dedans waaaaa, et elle a senti qu’il y a un petit vicieux dans son dos. Je fermais les yeux, priant qu’elle ne s’en prenne point à moi ouvertement, dans ce bus empli de togolais de tout bord. Lorsque le bus se stabilisa, elle tourne la tête et me glissa tranquillement dans l’oreille: « oh, tonton, c’est quoi qui est dur la bas comme ça? » Un peu rassuré, je souris aussi et roucoula « une torche ». Elle éclata de rire puis me répondit, une fois calmée: « Ta torche là, c’est en pâte à modeler ou quoi? elle se courbe, elle se lève, fait zigzag dans ton pantalon comme ça? C’est quelle marque même »? Hmmm Je me gardais de répondre, mais me contentai de sourire innocemment. Elle appuya une fois de plus son arrière train contre mon ventre, en le tournoyant imperceptiblement dans le sens de l’aiguille d’une montre. Je n’en pouvais plus. Ni physiquement (à cause de l’épuisement de la position et la durée du trajet), ni émotionnellement (à cause de son âge et de son manège).

J’étais à quelque minutes de mon arrêt. Elle le savait. Lorsque le bus s’arrêta ,et que j’essayai de me dégager pour sortir, elle me remit son ticket bien plié, en me demandant de le lui jeter, une fois dehors. Je m’éloigne du bus et par curiosité déplia le ticket. Elle avait griffonné au dos du ticket un numéro de téléphone. Sans trop réfléchir, je range le ticket dans ma poche, j’enregistre le numéro une fois au bureau. Mais depuis, j’hésite à composer le numéro; j’hésite à l’appeler. Toi, cher lecteur/lectrice, à ma place, que ferais-tu?

 


Génération cul-sec.

Crédit image: Google

J’ignore comment cela se passe dans d’autres pays hein, mais chez moi au Togo, la jeunesse, est loin d’être la relève de demain. Parce que pour parler de relève, il faut avoir des économistes chevronnés, des chirurgiens qualifiés, des juristes bien éduqués, des journalistes bien aguerris, des enseignants-chercheurs déterminés, des militaires républicains, bref, tout les corps de métiers valablement représentés. C’est déjà un principe acquis que le gouvernement togolais n’a cure des problèmes d’éducation nationale, et la formation des jeunes est le cadet de ses soucis. Cependant, posons-nous la question suivante : « Jeunesse togolaise, qu’as-tu fais pour toi-même ? »

Je ne dis pas que le jeune togolais est paresseux hein, loin de là. L’étudiant togolais est le plus battant, en Afrique de l’ouest. Seulement, les jeunes togolais boivent de plus en plus des boissons alcoolisées. C’est effrayant, effarant, et désemparant. Les bibliothèques se vident chaque jour un peu plus, au profit des bistrots ; les centres culturels sont aux abois, alors que la filière Bar-buvette connait ses heures de gloire. Les jeunes togolais ne rivalisent plus en dictée-question, rédaction ou orthographe, ou culture générale. Leur jeu favori est le « cul-sec ».

Hampathé Bâ, Kourouma, Dongala, Dogbé, Verlaine, Ronsard, Senghor, et même Aphtal Cissé… tous ces noms si grands ne leur disent plus rien. Pourtant, ils vous feront un cours complet sur  la Vodka, Jacks, Castel, Pils, Guinness, Lager, Zlatopramen, Tchoukoutou… C’est devenu une habitude. Non, une culture. Le togolais préfère t’offrir une bière que de te faire un prêt de 1.000 FCFA. Il a du mal à rassembler 6.00 FCFA pour photocopier un cours, effectuer un déplacement, venir en aide à un proche, mais il a toujours 550 FCFA pour une bouteille bien tapée.

Ce qui est encore plus grave, c’est que le gouvernement, ou en tout cas l’état togolais  se prête au jeu. Voulant maintenir la majorité des togolais, (des étudiants et jeunes en particulier) dans un coma intellectuel, annihiler sa capacité de réflexion, son sens du pragmatisme, son esprit critique, et son aspiration à la liberté et au mieux-être, il ne manque pas d’initiative. Toutes les occasions sont bonnes pour permettre aux « abrutis de demain » de se gorger de levure de bière. Concerts géants, Foire artisanale, Foire « Adjafi » des jeunes entrepreneurs, Foire des vacances, Foire de la quinzaine commerciale, Foire Internationale de Lomé, Fête de la bière, fête traditionnelle Evala…. Les évènements se succèdent et se ressemblent, avec pour facteurs communs la bière et son corolaire, le sexe. Toutes les respectables sociétés qui sponsorisent tous ces évènements éthyliques s’inscriront aux abonnés absents, s’il s’agit d’un évènement littéraire, artistique, plus culturels. Ainsi va mon pays. Tellement de foires ont vu le jour, togolais est devenu enfoiré.

Ils nous font tellement bien boire, que l’une des rares sociétés togolaises à avoir reçu la prestigieuse certification ISO 9001-2008, est la Brasserie, BB – SA. Vous voyez ? Même notre bière là, c’est bière certifiée ISO 9001. C’est un rare privilège donc jouissent les togolais hein. Mieux encore, saviez-vous que la meilleure Guinness du globe au Togo ? Ah, je vous informe. Il y a chaque année un concours mondial en fabrication de Guinness et la dernière fois, c’est la brasserie Togolaise qui a remporté ce concours. Nous ne buvons plus n’importe quoi hein. Qualité supérieure seulement. Même là où Arthur Guinness a fabriqué pour la première fois sa boisson là, nous on maitrise plus qu’eux.

Nous délaissons les vers, pour les verres, nous troquons les bouquins contre les bouteilles, nous négligeons les pensées et citations contre les adresses des bistrots où la bière est la plus fraîche. La facilité d’ouverture d’un débit de boisson n’a d’égal que la difficulté à créer une SARL, ou une SNC, ou une SA. Quel que soit le niveau de la crise, les togolais trouvent toujours le moyen de s’offrir une bouteille, certifiée ISO 9001, s’il vous plaît.

Au même moment, les salaires sont demeurés bas, les impôts ont été augmentés, les taxes également, mais bon, on  fait semblant de ne rien voir. L’éducation nationale est un véritable désordre, l’enseignement supérieur est un chaos sans pareil, et pourtant « la relève de demain » ne dit rien. On emprisonne un ex-ministre, en viole le domicile d’un ancien premier-ministre, ancien président de l’assemblée nationale, la jeunesse ne fait rien. On attaque à l’artillerie lourde, la résidence d’un parlementaire en fonction, dans une supposée affaire d’atteinte à la sûreté de l’état, les togolais ne se sont point posé de questions. Un organisme d’état, qui ne fait qu’encaisser de l’argent sans le débourser, tombe en faillite, les togolais sont demeurés indifférents. Un ministre en fonction, s’évanouit dans une chambre d’hôtel en train de vivre des sensations fortes avec une plus jeune que lui, il ne fut point inquiété. Un émirati arrive et crie à l’escroquerie, le togolais a encore croisé les bras. Tcho ! Moi je vais avoir bière certifiée ISO 9001, en plus de la meilleure Guinness au monde, et puis je vais me faire du souci ?

A ce rythme, on toilettera la Constitution, sans la moindre réaction du peuple ; on fera des élections législatives dans des conditions fort douteuses, togolais ne dira rien ; on votera des lois suicidaires, togolais va accepter. On vendra même la patrie aux étrangers, togolais fera silencieusement ses bagages pour aller s’installer ailleurs.

Je n’invente rien, et je ne suis point fataliste. Je suis juste réaliste, et dubitatif quant à l’avenir de cette nation, si les jeunes qui sont censés en être les futurs maitres sont incapable de mener une réflexion logique, incapables de remettre en question certaines réalités, incapables de dire non à certains agissement, incapables de demander une certification ISO 9001 pour l’enseignement supérieure, incapables de réclamer ses droits et de s’affirmer en tant que peuple, en tant que majorité opprimée, en tant que seuls détenteurs de la souveraineté nationale, en tant que futurs décideurs.

Pour le moment, je ne sonne pas le glas de ma patrie, mais ma réflexion s’arrête ici pour le moment, et tout ce monologue m’a donné soif. Je m’en vais m’offrir une petite bouteille d’Awooyo dans la cafète en face. A la mienne !


Être et paraitre

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Être et paraitre… c’est le titre que j’ai choisi pour mon deuxième roman. J’y raconte l’histoire d’un jeune gosse de riches capable d’user plusieurs faces de sa personnalité. Le manuscrit est toujours en relecture aux éditions Awoudy. En attendant, il y a eu un évènement qui a fortement consolidé ma conception selon laquelle, au Togo, priorité est donnée à l’apparence. Tu te négliges, on te néglige. Une sorte d’appréciation au faciès, quoi.

Point plus tard que le vendredi dernier, je fus épuisé par une longue et pénible lessive qui s’imposait à moi. Je l’avait tellement évitée, repoussée puis reprogrammée, qu’il ne me restait plus grand chose à me mettre; déjà que ma garde-robe n’est pas terrible. Vendredi donc, j’ai passé toute la journée à blanchir mes vêtements. J’en était tellement lessivé moi-même, au point où j’ai dormi tel un nouveau-né tout l’après-midi. Je crois même avoir sucé mon pouce, ce jour là, tellement sommeil-là était doux et reposant. J’ai fini par me réveiller en sursaut, parce que je devais aller à la banque du coin, récupérer des sous qu’un cousin bien-aimé a eu la condescendance de m’envoyer par Western-Union. Un coup d’œil furtif à l’horloge: il ne me reste plus que 45 minutes pour rejoindre l’agence Ecobank d’ Agoè, avant la fermeture. Sans trop réfléchir, je me rue vers la douche et me débarbouille avec trois poignée d’eau fraiche. Je file m’habiller, mais mon armoire est désespérément vide. Je cours désespérément vers la corde à sécher pour vérifier si une chemise était en état de servir. La seule qui avait le mieux séchée, était un peu humide dans la zone des boutons et du col. Aucun pantalon n’était en état de servir. Soit! J’irai à la banque dans ma chemise à moitié humide, sur un jean baggy, avec des chaussures bata, en peau de bête. Je saisis mes documents officiels (carte d’identité, d’étudiant, carte bancaire), puis le fameux papier sur lequel j’ai griffonné les dix chiffres magiques qui me permettront d’entrer en possession de mes 35.000 fcfa. Le trajet de chez moi à la banque dura 26 minutes, exactement. Lorsque je tentai d’ouvrir la porte, le vigile me héla avec un air empli de mépris et de méchanceté. « hé toi là, tu vas où comme ca? Vous attendez quand l’heure est finie pour venir déranger les gens! il ya quoi? », me lança t-il. Je lui expliquai l’urgence du moment, mais il ne semblait point convaincu. Il finit par me laisser rentrer, non sans avoir minutieusement vérifié mes pièces d’identités.

J’arrive tout en sueur à la caisse réservée pour les opérations de Western-Union. Je devais être servi dans moins de  quatre minutes car la dame que je suis était en train de vérifier le montant qu’on lui a tendu. Elle s’éloigne, je m’approche de la vitre qui me sépare du caissier. Celui-ci me regarde avec une indifférence glaciale. Il reluque surtout ma chemise coloriée mal séchée et non repassée, et mon front tout en sueur. Il prend mes papiers que je glisse sous la vitre, les regarde, puis tape quelques trucs sur son clavier d’ordinateur. Il regarde à nouveau ma carte d’identité puis me tend un papier à remplir, ce que je m’empresse de faire. Il regarde les informations que j’y ai inscrites, consulte à nouveau son ordinateur, puis me dit que les informations sont erronées. Comment ça? Le prénom que j’aurai mis ne correspond point à celui de l’envoyeur.

« Oui mais, puisque c’est du même gars, habitant la même ville, ayant envoyé la même somme, fais moi l’opération non? » Lui répondis-je sur un ton presque suppliant.

– « Il est l’heure », répond-t-il en dénouant sa cravate bleue et en éteignant l’écran de son ordinateur. « Reviens demain », ajouta t-il pour enfoncer le clou.

Malgré ma haine, mon mécontentement, et tout ce que vous connaissez comme sentiments qui suivent la perte d’un gain escompté, je me tut puis tourna les talons. J’avais véritablement besoin de cet argent. Le week-end allait être hard, si je ne touche pas à cet argent.

Ce samedi, j’avais une conférence à l’auditorium de l’IHERIS (Institut des Hautes Etudes des Relations Internationales et Stratégiques), conférence animée par l’éminent Pr Eric David. Le protocole exigeait donc un costume. J’étais le plus beau de la conférence, dans mon ensemble Pierre Cardin, avec une magnifique cravate slim grise, unie. La conférence, heureusement se termina assez rapidement, ce qui m e permit de repasser par la banque avant de rentrer. Les samedi, la banque faisait demi-journée, donc avec un peu de chance, je peux toucher au transfert.

A une dizaine de mètres de la porte d’entrée, le vigile en faction, le même de la vieille, accourut me souhaiter la bienvenue. Le temps de lui répondre, il s’empara de la poignée de la porte pour me l’ouvrir. Je ne le remerciai même pas, puis me dirigeai vers la caisse. Le même caissier de la veille, tout sourire, me souhaite la bienvenue et me demande la raison de ma visite. Je lui remet le bout de papier, le même que la veille, qu’il parcourt rapidement. Il fait une petite vérification, puis me demande poliment si l’envoyeur n’a pas un autre prénom que je connais. Exprès je lui réponds non, en lui disant que c’est mon cousin, et surtout en lui rappelant la ville dans laquelle il vit. J’ajoute même que je viens de recevoir un appel de lui comme ça.

« votre carte d’identité s’il vous plait, Monsieur », dit-il. Je la lui remet, puis quelques minutes après, il me sort le cash, l’argent, le xaalix, que je prends et fourre fortement dans la poche interne de ma veste. Je signe le reçu qu’il me tend, reprends mes papiers, puis ressort. Le vigile, m’attendant, m’ouvre de nouveau la porte puis me souhaite bonne journée. Je lui remets une pièce de 100 FCFA qu’il prend en se pliant en deux, et en remerciant mes ascendants et bénissant mes descendants. Je fais semblant de minimiser, puis je resserre ma cravate, avant de me diriger vers l’arrêt de taxi.

C’est là j’ai compris qu’au Togo là, si tu fais malin pour être sale, c’est là on va faire malin pour essuyer les pieds sur toi.