Aphtal CISSE

Yes we CAN

Coupe Prestige et Luxe (Google)

L’univers tout entier a été habitué aux désolants spectacles qu’offrent l’équipe nationale du Togo, lors des compétitions continentales et mondiales. Hormis les problèmes internes à l’équipe, vous avez été habitués à de piètres prestations, ce qui vous oblige à traiter les éperviers du Togo d’équipe gagne-point, de souffre-douleur, de faiseur de roi.

Toute autre équipe qui devra affronter l’équipe togolaise dans sa pool, était sûre et certaine d’avoir au moins trois points. Lorsque nous arrivons à nous qualifier, c’était un cadeau pour les autres équipes, de se retrouver dans la même poule que nous.

En fait vous n’avez aucune idée du combat que mène notre équipe en amont, avant de se rendre à une compétition internationale. Vous n’en savez presque rien, parce que les actes préparatoires aux compétitions, se passent autrement, dans notre pays. J’ignore la mobilisation, le soutien, et le sérieux dont bénéficient vos sélections, mais les dirigeants du foot togolais, sont atypiques. Du ministre des sports et loisirs, aux gardiens de l’immeuble de la Fédération Togolaise du Football, tous, pensent que la qualification de notre équipe est une occasion inespérée pour s’enrichir, arrondir ses fins de mois, avoir une entrée de fonds supplémentaire ; en témoignent les interminables questions de primes de match.

Notre équipe ne se qualifie pas tous les jours ; mais lorsque cela lui arrive, nous sommes dans l’imbroglio, nous demandant si nous participerons ou pas. Des joueurs hésitent à revenir en sélection, de nouveaux entraîneurs bizarres sont désignés, des primes dérisoires sont proposées, et des sommes importantes sont occultées. Lorsqu’une poignée de joueurs décide alors de se rendre à la compétition, c’est en défaitiste que nous faisons notre entrée sur la pelouse.

Coupe du monde 2006, qui s’est tenue en Allemagne : Le Togo faisait partie de la crème des équipes africaines à y participer. Pourtant, nous y avons brillé d’une autre manière : Problème de primes, de logements, d’entrainement  menace de quitter la compétition, élimination au premier tour. Notre nation fut couverte de honte. Fort heureusement, dans notre délégation, se trouvait la Miss Togo de l’époque, qui remporta, au moins, la compétition de beauté Miss Coupe du Monde. Eh oui, vous ne le savez peut-être pas ; nous n’avions pas la meilleure équipe, mais nous avions la plus belle fille de la compétition.

Sierra-Léonne 2007 : Après une piètre prestation à la CAN qui s’y déroulait, l’hélicoptère, transportant une partie du staff technique, avec même notre Ministre des sports à bord, s’écrase à Lungi. Bilan ? Aucun survivant. La fête a très tôt virée en deuil national. Cela ne nous a pourtant point découragé.

Angola 2010. Nous étions en route pour la CAN qui se tenait dans cette contrée, lorsque le transportant les joueurs et une partie de la délégation fut attaqué par des rebelles. Le bus était criblé de balles, transformé en passoire  Bilan, des morts, plusieurs blessés, et des traumatisés à vie. Nous avons décidé de ne plus participer à la compétition, cette année, décision qui attira les sanction du tout-puissant Hayatou. Pour lui-là, c’est ignorance, je ne vais rien lui dire ici.

Quelle sélection peut se vanter de battre le triste record de drame que détient le Togo ? Quelle sélection souffre-t-elle autant que la notre ? Comment voulez-vous comprendre la décision des joueurs de ne pas jouer, si vous n’avez jamais entendu des balles crépiter à quelques mètres de vous ? Malgré son lot de malheur, le onze national décide de braver tous ses détracteurs, pour se lancer encore une fois à l’assaut de la coupe continentale. Au grand dam du Cameroun, du Gabon, du Sénégal, de la Libye, et d’autres équipes dites « favorites », le Togo, s’est qualifié, et participe à la CAN 2013 qui se déroule en Afrique du Sud, dans une poule dite « poule de la mort ».

Participer est déjà une victoire.

Etre qualifié, être autorisé à concourir, accepter croiser les crampons avec d’autres nations, c’est déjà une victoire pour le peuple togolais. Le simple fait de se rendre en Afrique du Sud, en sachant que le Caméroun, le Gabon, ou le Sénégal donneraient n’importe quoi pour être à notre place, c’est déjà cela, notre sacre. La CAF pourra nous placer dans la poule de la mort, poule de l’enfer, poule de la résurrection, ou tout ce qu’elle voudra, nous serrons sur la pelouse, et on jouera notre hymne, la Terre de nos aïeux. C’est cela notre victoire. Que des arbitres camérounais nous refusent des buts face à une équipe comme la Côte-D’ivoire, c’est un honneur pour nous. Ils peuvent nous donner 11 cartons rouges, durant un match, déterrer nos poteaux pour offrir 50 minutes de temps additionel lors d’un match, il y va de notre honneur. Nous aurons réussi là où d’autres ont lamentablement échoué. (je pense particulièrement aux Lions qui ont cessé de rugir, et qui se sont laissé dompter).

Vous êtes obligés de compter avec le Togo.

Au début de cette compétition, nul ne donnait chère de la peau des éperviers. Les éléphants étaient censés nous battre à plate-couture, et les algériens se chargeraient de nous éliminer définitivement  Camerounais et gabonais se sont ligués derrière la Cote-d’ivoire, pour manger du bouillon d’éperviers. Nous n’avions le soutien de personne, pour nous aider à manger le kédjénou d’éléphant. Mal leur en a prit, face à la difficulté de leur « équipe favorite » à nous infliger une lourde défaite.

Stupéfaction ! C’est la seule émotion lisible sur le visage de nos détracteurs, lors de notre éclatante victoire contre les algériens. Eh oui, la peur a changé de camp. Le Togo se maintient dans la compétition, contre vents et marrées. Toutes les attentions sont désormais tournées vers notre sélection qui se chargera à cœur joie d’éliminer la seule équipe maghrébine encore dans la course.

Vous n’avez pas besoin de nous faire confiance ; notre hymne nous oblige à vaincre ou à mourir, mais dans la dignité. Le Togo a deux armées engagées sur deux différents fronts . Nous avons un contingent en treillis, au Nord-Mali, et une unité spéciale, en maillot, en Sud-Afrique. Nous sommes à la croisée de plusieurs chemins, et je crois, que quelque chose est en marche.

Vous serez surpris ; surpris d’être étonnés de voir le Togo…..je me tais.

J’ai dit.

2013-01-26 20.17.33 2013-01-26 20.17.42 2013-01-26 11.24.29 2013-01-26 11.24.43 2013-01-26 18.52.59 2013-01-26 18.53.35 2013-01-26 18.54.01 2013-01-26 18.54.19 2013-01-26 18.55.24 2013-01-26 18.55.38 2013-01-26 18.57.32 2013-01-26 20.16.15 2013-01-26 20.16.30 2013-01-26 20.17.02 2013-01-26 20.17.20


Polygamie, bienvenue chez nous

Chers lecteurs, je ne suis plus à présenter. Mais ce que vous ne savez pas, c’est que je suis désormais marié à…. Sinatou et à Danielle. Mes épouses non plus ne sont plus à présenter. Sinatou est ma première épouse, mon premier amour, avant que je ne succombe à l’insolence de la croupe de Danielle. Nous avons à notre compteur, plus de 20 années de vie commune. Ce soir, la frustration devait être à son comble, car nous nous regardons en chiens de faïence,

Danielle, assise au pas de sa porte, regardant Sinatou s’activer à la cuisine, et moi assis à la véranda, broyant ma noix de cola. J’espère que Sinatou ne projette pas m’empoisonner, et que Danielle ne nourrit guère l’ambition de me poignarder dans mon sommeil. Que diantre mijotent-elles ?

Le pagne noué autour des épaules, mon combat est rude, Il faut je sois d’attaque. Sinatou n’a pas droit, elle n’a aucun d’ailleurs. Je suis la plus jeune, le corps frais, la peau douce, les seins encore debout. En plus, qu’est-ce qu’il peut lui trouver oh ? Vielle Marmite fait bonne sauce ? Quelle sauce ? Fait, 9 ans que je le traîne le vieux Aphtal, déjà  9 ans. Tous les deux ans, le vieux me bombardait en couche ; déjà quatre enfants. Le jour des noces pourtant toutes les filles du village me jalousaient ! « Ton père t’a trouvé un meilleur Parti : il est riche »…Et moi, en arrondissant le dos telle une taupe, je n’osais croire les affres du mariage. A 19 ans, fallait que j’use d’astuces pour qu’il soit dans mon lit et que je puisse jouir moi et mes enfants des seuls privilèges. A l’époque, il était riche, quand je ne traînais pas encore mes bambins….Les pagnes, les bijoux, il ne passait pas un seul jour où il ne me couvait de cadeaux. Et pour le remercier, fallait juste que je ferme les yeux quand il me touche. Le Paraître  c’est important oh ! Et puis toute est une histoire de pouvoir, tant qu’il est heureux au lit et que je pousse des cris stridents durant l’acte sexuel… Et puis l’incision a déjà enlevé mon plaisir sexuel… Et puis, cela insinue  que tout va bien…Que voulez-vous ma société est polygame. Mais ce qu’on oublie, c’est que tout n’est pas dans le paraître quand adviennent la progéniture… Ils ont bien grandit mes mioches…Et lorsque je les regarde sans aucune autorité parentale…Oui ? Oui ! C’est vrai oh !  A les regarder, on me comparerait à leur grande sœur…Mon vieux, déjà tout pétri par des années de sexes de cases, en cases. Mon Homme n’a plus la vigueur d’un homme de 45 ans…Ah ! Aphtal, son père lui avait bien dit «avoir deux femmes, c’est bien. Mais en avoir quatre c’est encore Mieux » C’est vrai oh ! Au moins tu ne gères plus leur éducation, ni leur budget, les femmes sont obligées de s’auto-gérer…Oh ! Je vous vois dire, beurk ! Mais c’est vrai, il aurait dû ! Les femmes en Afrique sont autonomes.  Il voulait faire l’homme moderne ! Tchrouuuuuuuu.

 

Moi je suis fatiguée de cette vie ! Je me suis sacrifiée plus de 15 ans pour ce type et pour me récompenser, il est allé chercher cette chose comme femme. Ah les hommes, combien ils peuvent être ingrats et sans honte ! Vous vous rendez compte ? 9 gosses, abandon de mes études à peine entamées ! Et tout ça pour un vieux clochard qui est allé chercher une gamine qui peut être sa fille comme épouse. Il a dépensé tout son argent pour la doter et maintenant, nos enfants n’ont plus une scolarité normale ! Moussa vient d’être renvoyé de l’école pour frais d’écolage ! Amina, la cadette, elle, Dieu Merci, elle m’aide pour mon commerce mais j’aurais préféré qu’elle aille à l’école pour devenir docteur. Les autres, ils sont là à traîner dans la cour. Tout ça parce que vieux Aphtal voulait épouser jeune fille ! On n’a plus rien et  difficilement on mange ; si Dieu n’était pas bon, on ne conduirait jamais les enfants à l’hôpital ! Après, c’est pour me dire que je suis sa préférée et m’amadouer! Tous des menteurs ! Maintenant que j’y pense, je viens d’avoir une idée ! Je vais le sevrer ! Qu’il se contente de sa « petite femme », moi je veux plus des restes ! Thruummm, tellement, il est bête le vieux, la gamine va trop le tromper avec les petits du village et il ne saura rien ! Qui sait même si elle ne le fait pas encore ? Seins debout à traîner pour chercher de l’eau au marigot tous les jours ! En tout cas, tout ça ne me regarde plus oh ! Je vais demander à notre voisine là si elle peut me prêter un peu d’argent, je vais augmenter mon commerce. Maintenant, c’est chacun pour soi! Mes enfants et rien que mes enfants ! Le reste, je m’en fous.

Souba haan nanlaye ! C’est quoi cette vie ? Où ai-je merdé ? Qu’ai-je fait, moi pour mériter cela ? Je cogne mon front tous les jours pour Allah, je respecte les saintes écritures, je suis les pas du Prophète, alors quoi ? D’ailleurs le prophète lui, en avait quatre ! Quatre épouses, quatre bonnes femmes pour le soutenir dans sa lourde tâche prophétique ! Moi je n’en ai que deux. Juste deux ! Et pourtant ça ne marche pas. J’ignore si je vais pouvoir manger ce soir, façon Sinatou me regarde depuis sa cuisine, on dirait qu’elle me reproche quelque chose. Oh merde, je n’ai pas participé à la popote, je vais dormir le ventre creux. Danielle a déjà lavé ses casseroles, nul n’a pensé à moi. Triste sort pour un honnête citoyen comme moi. J’ai travaillé dur, durant ces années, j’ai pourvu aux besoins de la famille, du mieux que je pouvais, mes enfants, en tout cas les aînés ont fréquenté les meilleures écoles, Sinatou était la plus belle et la plus gracieuse des épouses, dévouée, soumise, tendre, délicieuse et pleine d’énergie. Je la prenais pour acquise, et j’ai accepté de céder à la tentation que représentait la croupe de Danielle. Douce, mais trop fertile, la Danielle ! Elle s’est mise à pondre des gosses comme pour accomplir à elle seule le devoir du Seigneur : « Allez, multipliez-vous et remplissez la terre ». Malheureusement, mon salaire n’a pas suivi : trop de bouches à nourrir, trop d’ordonnance à honorer, trop de scolarité à régler ! Mes cotisations à la Caisse de Sécurité Sociale, ne suffiront jamais à envoyer Brama à l’Université Cheik Anta Diop. Même si je pouvais, Danielle exigerait aussi que son avorton de Mocktar aille à la même université. Misère !

Moi Aphtal, moi Aphtal CAYAMAGA, obligé à raser les murs du quartier, obligé à demander aux pauvres instituteurs d’écoles publiques de garder mes enfants en classe, moi Aphtal, obligé à demander crédit à Abdou l’épicier, moi Aphtal, obligé de garer ma Mercedes pour me déplacer à moto-taxi, moi Aphtal, incapable de m’imposer dans ma propre cour, moi, réduit à admirer les fesses de Danielle sans avoir une respectable érection, moi, CAYAMAGA Aphtal, je n’arrive plus à supporter le méprisant regard de ma première épouse, Sinatou… Non, je m’arrête ici, je n’ai aucune envie de me suicider ce soir. Je sors chercher de la bouillie pour me faire un pansement gastrique. Pauvre de moi. Je ne suis plus ! J’ai été.

Voyez-vous, une chose est de lire les écritures saintes, une autre est de céder à ses bas instincts. Lorsqu’on n’a pas les moyens de sa politique, il faut faire la politique de ses moyens. Polygamie, voilà un bien joli mot ! Mais être un homme, un vrai, c’est d’avoir de bons et beaux enfants sevrés au lait Bridel, avec un bel avenir assuré, bien les éduquer pour l’harmonie de la famille, de la société, et la quiétude de la nation. Etre un homme, ce n’est point jouer à l’étalon sur de nombreuses jument, c’est aussi…..être capable de réserver la dernière érection pour son épouse, même après sa ménopause.

Nous avons dit !


TIC en Afrique, et la vie est belle

Networkcable (Image:MorgueFile)

Franchement, cette affaire de mondialisation fait de l’Afrique la plus grande victime. Ok, pas de l’Afrique elle-même, mais des africains. C’est vrai ; nous avons troqué nos valeurs intrinsèques contre des notions qui à mon sens, causent moult obstacles à notre épanouissement et à notre essor économique. Le Travail qui caractérisait le nègre, est occulté  au profit de la Solidarité. Quoi ? Le nègre est solidaire, mais est avant tout travailleur. C’est en cela que résident sa dignité, sa fierté, et son amour-propre ! La solidarité n’intervient qu’en dernier ressort, et là encore on n’offre du poisson à personne, on lui tend la canne, le fil et l’hameçon, et on lui indique les eaux poissonneuses. En témoigne le caractère collectif de la propriété foncière, en Afrique.

Bon, allons droit au but ! Cette histoire de « Solidarité » nous conduit à la mendicité systématique. Sérieusement, Africain est devenu paresseux, il ne cherche plus à travailler, à aller au devant des choses, à l’assaut des difficultés ! Et lorsque les TIC s’en mêlent, c’est là c’est gâté ! Complètement !

Je parle un peu trop. Il y a un pénible exercice auquel je ne me livre plus : regarder la télé. Oui, nos chaînes locales sont si déprimante, qu’il faut aimer la vie pour ne pas se suicider en les regardant. Mais dimanche dernier, la demi-heure que j’ai passée devant ma télévision m’amusa énormément. Les publicités sont aussi stupides que diverses. Et je ne m’en doutais pas. Il y a d’innombrables opportunités, si faciles d’accès… Par exemple,

Pour rencontrer l’âme sœur : envoyer AME au 5050. Et dire que je suis toujours célibataire…

Pour savoir embrasser : envoyer KISS au 4040.

Pour consulter l’horoscope : envoyer ASTR au 6666.  Et pleins d’autres trucs dans le genre.

Ce n’est pas forcément mauvais ! On peut consulter la météo, (avec une large marge d’erreur, mais n’empêche), consulter la liste des Pharmacies de garde, des cinémas, mais ce qui fait réfléchir, c’est que tout, absolument tout peut-être consulté grâce à un SMS qui coûte en moyenne 200 FCFA.

Pour savoir ce que désire manger son conjoint : Envoyer AXIETE au 1441

Pour savoir quel pantalon porter ce matin : envoyer PANT au 6556.

Pour faire une méditation matinale : envoyer BIBL au 4114.

Pour connaitre les épreuves de l’examen : envoyer BAC au 7557.

Pour connaitre sa note au dernier contrôle, envoyer INTERO au 2441.

Pour savoir quel livre lire, envoyer BOUKIN au 5050.

Pour connaître son futur président, envoyer URNE au 7777.

Pour savoir ce que fais Ziad à cet instant, envoyer Blog au 4664.

Maintenant, au Togo, on prévoit tout, on connait tout d’avance, on ne se laisse plus surprendre. Comme cela, pour connaître le prochain marché à brûler, envoyer FLAM au 3993. Même les filles togolaises connaissent la date de leur prochaines menstrues en envoyant VANIA au 8558. Celles qui se laissent surprendre ont la possibilité de connaitre le sexe de l’enfant qu’elles portent. Il suffira d’envoyer BAMBINO au 1565. Vous savez, il y a de ces filles qui ignorent l’auteur de la grossesse qu’elles portent ; plus aucune crainte : envoyer juste BATAR au 3322.

Nous, on connaît les mouvements des rebelles au Nord-mali. Nous envoyons souvent AQMI au 7117 ; pour les futures cibles des troupes françaises, on envoie SERVAL au 9955. Togo est trop doux même. Grâce aux TIC, les marabouts ne consultent plus le sable ou les cauris. Ils ont tablette ou Galaxy S3…

En tout cas, je me suis bien marré, sous la télé, tellement les publicités semblaient saugrenues. J’ai envoyé BEBE au 5220 pour connaitre le nombre d’enfants que j’aurai, et on m’a dit O, alors que je regardais la télé avec ma fille endormie sur mes cuisses. Sublime mensonge ! c’est quand même triste, et je me demande s’il y a des togolais qui croient en ces choses. Quand on sait combien il est cher d’obtenir un numéro court, chez les deux opérateurs de téléphonie mobile, on se demande qui a assez de moyens pour se livrer à ce jeu débile…

En tout cas, cela m’a donné une idée. Laquelle ? Bah, si vous désirez connaitre le prochain article sur ce blog, envoyez SILENCE au 2012.

J’ai dit !


Les marchés en cendre, mon coeur en flamme

Un marché en flammes

Lorsque j’écrivais  mon article intitulé « coups de cœurs aux combattants des flammes », j’étais à mille lieux de m’imaginer prophétiser un malheureux évènement, non deux malheureux drames, prêts à frapper ma nation. L’article suscité, était innocent, faisant un parallèle candide entre les sapeurs-pompiers californiens et ceux de Lomé. Et pourtant…

Deux incendies se sont succédés au Togo, l’un s’abattant sur le Grand marché de Kara, l’autre sur le Grand marché de Lomé. Un drame national, puisque portant un sérieux coup à l’économie déjà malade, en réduisant en cendres les bâtiments, les marchandises, et les billets de banque.

Comment en est-on arrivé là ?

Aux premières heures qui ont suivies l’incendie de Kara, les autorités ont tenté d’expliquer l’incendie par un feu domestique, allumé par un débile mental, à proximité du marché, feu qui aurait été communiqué au bâtiment du marché grâce au vent, avec la complicité de l’harmattan. La piste était plausible, mais l’incendie criminel n’était point à perdre de vue. Oh la la ! Désolé sommes-nous, face au drame qui s’abat sur les commerçants de la ville stratégique de Kara. Le Chef de l’Etat y était, pour constater les dégâts, et faire des promesses aux victimes de ce regrettable incendie.

J’étais à une veillée funéraire à Kpalimé, plus précisément à Kpélé-bémé, assis en face de la dépouille de mon grand-père, lorsque mon ami Sam m’envoie un SMS à 2h48 : « man, tu sais que notre marché de Lomé aussi est en train de brûler ? » OOOh, me suis-je écrié ! Ceux qui étaient dans la salle d’exposition du corps croyaient que c’était le fait de regarder mon grand-père couché, là, inerte, qui m’arracha ce cri de douleur. Pour ne pas voler la vedette à la dépouille, je me tais, et continue à converser en SMS avec mon ami. Il était sur les lieux, et regardait, impuissant, brûler le marché avec son fonds de commerce, puisqu’il y vend des bijoux. (C’est pourtant un aîné de la Fac, publiciste de son état, reconvertit en joaillier, en attendant).

Selon ce qu’il me rapporte, les pompiers togolais étaient là, impuissants, luttant contre la flamme comme un incirconcis  de 3 ans voulant éteindre le feu du foyer de sa mère, avec le jet de son urine. Il n’était que 03h, donc pas grand monde pour aider. Ils y croyaient, avec leurs petits camions à moitié vides, jouant aux héros, ou aux zéros, avant de se décider, toute honte bue, à faire appel à leur confrère ghanéen, qui avaient une caserne suréquipée à Aflao, une ville frontalière avec le Togo. Ceux-ci ne se firent point prier ; après le retard à la frontière, ils débarquent avec tout l’arsenal à leur disposition, et se mettent à combattre véritablement les flammes. Je suis un patriote, mais n’eut été l’intervention des pompiers ghanéens, suivez mon regard.

C’était presque le même scénario qui s’était passé à Kara. L’incendie s’est déclaré dans la nuit profonde et ce sont les riverains qui essayaient tant bien que mal de maîtriser le feu. La ville de Kara n’ayant pas de caserne de sapeurs-pompiers, on fit appel à la caserne de l’armée basée à Niamtougou, ville située à 30 Km de Kara. Tristement, comme dans mon article précité, les vaillants pompiers arrivent avec des camions vides, sans une seule goutte d’eau. C’est alors qu’on se décide de faire appel aux chinois qui travaillent sur la voie de contournement de la faille d’Aledjo, à plus de 50 km du foyer du feu, pour qu’ils envoient un camion citerne. Oh Seigneur Dieu, le pompier togolais est un saigneur d’yeux.

Si l’incendie de Kara nous a pris au dépourvu, pourquoi se laisser surprendre par celui du Grand marché de Lomé ? Pourquoi les autorités gérantes du Grand-marché de Lomé n’ont-elles prises aucune décision pour sécuriser le Marché d’Adawlato, par prévention ? Ok, je passe ! Pourquoi alors, la caserne des sapeurs-pompiers, à moins de 3km du Grand-marché, n’était-elle pas en alerte ? Pourquoi se laisse-t-elle surprendre à son tour par le feu, alors que  le déshonneur s’était abattu sur sa consœur de Niamtougou ? Lorsqu’on vous dit que le Togo est un pays atypique, dirigé par des gens bizarres, vous ne voulez point croire ! Comme toujours, je vais me livrer à mon exercice favori : Trouver un responsable.

Quid de la responsabilité ?

Un incendie ? Cela pourrait passer pour un accident, un incident… Mais deux, il y a matière à cogiter. Il apparaît clairement, en tout cas en ce qui me concerne, que ce sont des incendies criminels, prémédités, commandités, et exécutés avec minutie. Seulement, qui a fait quoi ? Comment et pourquoi ?

La première réaction que j’ai eu, à la réception du SMS de Sam, était que Faure et ses sbires montent encore une opération grandeur nature pour séduire la population, à cause des échéances électorales. Mais très tôt, cette pensée me parut stupide ! Simplement parce que Faure a d’inépuisables ressources, tant financières, logistiques, que politiques, intellectuelles et idéologiques. C’est la population qui est bête, et Faure en use pour la tromper, et il en usera encore pour les législatives et municipales de 2013. Le président n’a aucun intérêt à brûler deux grands marchés ; au contraire. Absolument aucun intérêt. S’il veut séduire, il lui suffira de construire un ou deux petits marchés municipaux, ou quelques hangars ! Point la peine de détruire. Mais alors qui ?

J’avais pensé aussi à un acte isolé, gratuit, à un règlement de compte entre commerçants, mais l’opération est de trop grande envergure pour passer pour des représailles. Les marchands des grands marchés se punissent quotidiennement entre eux, ce n’est pas le marabout du coin qui me démentira. La correction est précise, sans dégâts collatéraux. En plus, il s’agit de deux marchés, qui n’ont pas grand-chose en commun. Alors ?

Est-il possible que ce soit l’acte de politiciens de l’opposition ? Le Collectif Sauvons le Togo ? La Coalition Arc-en-ciel ? Un parti politique en particulier ? Ou un homme politique isolé ? Pourquoi ? Pour pousser la population à bout ? Pour l’exaspérer et la pousser dans les rues ? Pour la priver de gagne-pains, l’affamer, et lui donner une raison pour manifester ? Pour récupérer l’incendie, et construire de nouveaux locaux aux marchands des deux marchés ? Cela aussi est possible, je n’accuse personne mais plus personne ne m’inspire confiance. Les politiciens togolais, de quelque bord que ce soit, sont abjects, minables, exécrables, nuls, vicieux et n’ont point la crainte de Dieu en eux. Du coup, n’importe qui parmi eux peut bien être l’instigateur de ces incendies.

Mais si jamais c’était le cas, c’est l’acte le plus criminel qui soit. C’est une atteinte à la sécurité de l’état, une tentative de coup-d’état économique, un putsch commercial, une atteinte suprême à la tranquillité de l’économie, et aux activités commerciales. Quelque soit celui qui est derrière ces actes, quels que soient les mobiles, rien, absolument rien n’explique que le travail de toute une vie, que les bâtiments publics, que les marchandises, que les économies de ces revendeurs et marchands partent en fumée, si cruellement. Absolument rien.

Allons un peu plus loin! Et si c’était AQMI ou le MUJAO ou la secte stupide BOKOHARAAM, qui étaient à nos portes ? Le Togo est fortement impliqué dans les opérations militaires de la sous-région, galvanisé par son ancien poste de Président du Conseil de Sécurité, qui n’a duré que quelques mois, d’ailleurs. Mais et si nous étions la cible d’attaques terroristes extérieures ?

Ce qui m’inquiète encore le plus, c’est que mon voisin m’a appris ce matin qu’on aurait déjoué une tentative d’incendie au Grand marché d’Atakpamé. Le gardien aurait arrêté un feu naissant, et poursuivi celui qui l’a allumé en vain, avant de retrouver, des bidons d’essence. Informations à vérifier.

Quelles leçons en tirer ?

Je ne vais plus beaucoup parler. Au lieu de dépenser des milliards à équiper une armée qui ne fout rien, dépenser la moitié du budget de l’état pour s’équiper en espionnage, au lieu d’acheter des gaz lacrymogènes pour la répression des manifestions, au lieu de cette gabegie criarde, que l’on équipe nos sapeurs pompiers, afin que ceux-ci fassent promptement et correctement leur travail.

2013 est une année électorale : législatives et locales. Les actes se multiplient pour séduire l’électorat, les actes se multiplient pour retarder les élections. Tout ce que je demande à mon peuple, c’est d’être alerte, mûr, mature et digne. En un demi-siècle de gouvernance, nous n’avons pas d’eau dans les camions de nos sapeurs-pompiers ; pour assouvir des désirs inavoués, on crame des marchés. Et on se rendra dans l’isoloir pour élire des pyromanes, ou pour reconduire des incapables. Je sais que le togolais est facilement influençable ! Mais je suis convaincu qu’il est tout sauf con.

J’ai dit.


Eau glacée brûle parfois…

Clarita (Image: MorgueFile)

Je ne sais pas trop comment débuter ce billet, tellement le vin que mes collègues m’ont fait boire ce soir pour mon anniversaire, était… en tout cas, j’ai passé une merveilleuse journée d’anniversaire. J’ai bu au bureau, mon supérieur hiérarchique m’a filé un joli billet des Colonies Françaises d’Afrique, ma famille m’a offert de la bonne pâte d’igname pilée (foufou),  mon voisin de quartier m’a offert deux bouteilles de bière, j’ai dormi comme un nouveau né ; je crois même avoir sucé mon pouce durant le sommeil. Bon voilà pour le côté festif de mon 08th January.

En rentrant du bureau ce soir, la dernière chose à laquelle je m’attendais était une querelle, ou une scène de ménage ; en tout cas à tout sauf à un tohu-bohu digne de ces quartiers périphériques de Pays Pauvre Très Endetté. En descendant de mon taxi-moto, sifflotant un air gai, prenant mes précautions pour ne pas tituber, et desserrant ce nœud papillon de mon cou, je me fais dépasser par des badauds qui hâtent le pas pour aller je ne sais où ; un malappris failli même me pousser à terre. Tchrouuuuuuuu. « Que se passe-t-il encore dans mon quartier ? hein ? ». C’est arrivé à mon portail, j’observe tout le beau monde qui s’est attroupé dans la cour commune qui fait face à notre demeure. Eh Merde ! Encore un con qui boxe sa femme. Dommage, me dis-je ! Mais en ôtant mes chaussures dans ma chambre, je pus prendre le pouls de la foule, par ma fenêtre : elle était plutôt joyeuse, semblait attentive et amusée. Bon Dieu ! Cacaveli est si bizarre que ça ? Que Diantre se passe-t-il ?

J’ai pour habitude de ne jamais me mêler des déboires du quartier, surtout en ce qui concerne cette cour commune, mais…bon, sait-on  jamais ! Quelque chose ne peut se passer sous ta fenêtre à ton insu ce n’est pas sécurisant. Peut-être a-t-on trouvé un puits de pétrole, une mine d’or, là, sous ma barbe, autant m’y rendre afin d’en avoir le cœur net. Je me change, puis rejoint la foule agglutinée dans la cour, avec toute l’attention tournée vers la salle de bain, comme les mahométans le font à la Mecque. J’essaye d’avoir un contact visuel, mais rien à se mettre sous la dent. Je pose alors la question à une dame à côté qui me résume la situation, et me convie à rester jusqu’à la fin, pour connaître le dénouement de l’histoire. Bon, je vous relate ce que la dame m’a raconté, en y ajoutant des informations pour votre bonne compréhension.

Brama est un jeune homme j’admire particulièrement. Mignon garçon, 25 ou 27 ans, déclarant en douane, locataire d’un deux pièces dans cette cour commune. Sa discrétion n’a point  d’égale. Toujours élégant, il quitte la maison à 7h pour ne revenir qu’à 21h. Il vit seul, ne se mêle de rien, n’a point d’amis dans la cour, ni dans le quartier, et pourtant semble épanoui. Son train de vie laisse présumer un jeune homme aisé, pourtant, il n’avait pas d’amis, personne ne le visitait chez lui, et quand je dis personne, c’est personne, même pas de fille… Du coup, son orientation sexuelle prêtait à confusion, et alimentait certaines conversations du quartier, des habitants de la cour commune spécialement, et de Chérita, particulièrement.

Chérita, ménagère de son état, mère d’un mignon garçon, est la commère attitrée du quartier. S’il existait un dictionnaire togolais, je suis sûr que sa photo serait à côté du mot « ragot« . Nous l’avons même affectueusement surnommée « Rita CIA », tellement elle est affairée. C’est cette dame là qui faisait courir les rumeurs les plus folles sur mon cher Brama. Parfois, elle le faisait passer pour un homosexuel,d’autres fois, il le traitait tout bonnement d’éjaculateur précoce, d’impuissant, d’impotent, de « djôfôlô , évo koukounô, eau glacée ». Le dernier surnom fit fureur. Eau glacée, pour désigner quelqu’un dont le levier de commandement baisse la tête devant un joli trou barbu (excusez le terme). On savait tous dans le quartier que c’est Chérita qui faisait circuler de telles informations, sauf que Brama lui-même ne faisait rien pour faire taire les mauvaises langues. Il ne faisait pas entorse à ses habitudes, et c’est toujours zéro fréquentation. De quoi je me mêle? Que quelqu’un ait ses érections ou pas, ou qu’il préfère les hommes aux femmes ? Tant que j’aurai cette bosse visible de mon pagne à mon réveil chaque matin, alléluia. Pour les autres, je m’en fiche, oui !

Donc, Chérita passait son temps à traiter Brama d’impuissant, au point où il fallait nécessairement une opération choc, pour prouver le contraire ; il lui fallait prouver sa virilité, il lui fallait sauver son honneur. Hier donc, selon ce que la dame m’a raconté, Brama était rentré un peu plus tôt, et était assis dans la cour devant sa porte. Chérita sortit pour prendre sa douche, avec un pagne noué à la taille, tenant son sceau d’eau, son éponge et quelques trucs intimes. En dépassant Brama, elle cambra sa hanche pour bien relever son arrière-train, comme pour dire à Brama « Dommage que ce c*ul te fasse pas bander, gros c*n »… Dès qu’elle entre dans la douche, elle n’eut pas le temps de poser le sceau et de verrouiller la porte de cette douche de cour commune, qu’elle se fit rejoindre par Brama. C’est ce dernier qui se chargea de fermer la porte et…

De stridents cris ont commencé par fuser de la douche, vous savez, ces cris de femmes qui ne font rien toute la journée et qui désirent défrayer la chronique. Les cris étaient si hauts, si véhéments, si vindicatifs, qu’on aurait pensé que Chérita etait tombée sur un serpent dans la douche… Euh, apparemment, c’est serpent qui est tombé sur Chérita, car après quelques combats, après une brève lutte entre les occupants de la douche, un premier silence vint puis…

« aaaaaaaaaaaaaaaaaaaahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh, éwooooéééééééééééééééééééé, miva hônam loooooooooooooooooooooooooooooooooooooo », au secours au secours, il veut me tuer, commença t-elle.

 

Ce sont ces cris qui ameutent les voisins, et le quartier. Très rapidement, les cris de détresse se font moins entendre, faisant place aux… halètement, mélangés à des pleurs.

« ah ah ah ah ah ah, oh oh oh oh oh oh oh oh oh…. Hmmm hmm hmm hmm hmm hmmm hmmm, Braaaaamaaaaa, c’est à moi tu fais ça? Brama je t’ai fait quoi ? Brama pourquoi tu fais ça ? hein ? Pourquoi ? Pourquoi ? Brama pourquoi ? Brama mes seins ! Brama mes seins ! Brama tête mes seins, Brama tête mes seins ! Au secours… Brama c’est à moi tu fais ça ? ah ? ah ? ah ? ah ? Brama pourquoi tu change de position ? Brama non pas comme ça ! Brama doucement ! Brama arrêtes ; non non ! Brama mon ventre ! Braaaaama… sssssssssssssss ; ahem Brama mes fesses ; brama tape mes fesses ; Brama tape ça hein, Bramaaaaaaaaaa… »

C’étaient les cris de la mégère qui se faisait corriger par son voisin de cour. Moi je ne sais pas vraiment ce qui se passait à l’intérieur. Brama violentait-il sa voisine ? La chérissait-il ? Eh Brama, sacré Brama. Le quartier était là, attendant d’avoir le cœur net sur la virilité de Brama, une bonne fois pour toutes. Quelques minutes après mon arrivée, Brama poussa un cri bruyant, court et sexy à la fois : « ooooooooookkkkkkkkk ». Puis c’est tout. Silence….

La porte de la douche s’ouvre sur Brama tout en sueur, essoufflé, paupières à moitiés closes, qui, ignorant la foule, regagna sa chambre, avec une bosse entre ses cuisse. J’attendais aussi que Chérita sorte, mais on entendit quelques éclaboussures d’eau, puis des cris stridents « fils de chien, impuissant, salaud…. » La foule compris, et commença à rire. Hypocrite de Chérita.

Je retourne chez moi prendre ma douche pour aller honorer le rendez-vous de mon pote. Eh oui, belle façon de faire taire les mauvaises langues, que celle-là. Le mensonge a beau perdurer, la vérité éclate toujours, tôt ou tard, et très souvent, elle survient devant d’innombrables témoins comme les habitants de mon bled.

On peut s’amuser à inventer des informations sur un homme, mais de grâce, celles touchant sa virilité sont difficilement pardonnables. Ce qui s’est passé hier, seuls Chérita, Brama et la douche le savent.

J’ai dit.

Aphtal Cissé


Joyeux anniversaire à…moi

Happy birthday cakes (Morgue File)

Aujourd’hui 8 Janvier 2012, c’est un jour assez spécial pour moi, car je suis né un Mardi 8 Janvier.  Une année de plus m’est accordée, un an crédité à mon compte vital, et croyez moi, je prends la mesure de l’événement.

Ce matin en me réveillant, je me suis agenouillé, pour adresser une courte et spéciale prière à Dieu. Ensuite je me suis assis sur le bord de mon lit, soutenant mon menton par la main droite, les yeux rivés sur mon miroir. Le programme que j’aurai voulu établir pour moi et surtout pour vous, c’était de me réveiller, coincé et enfoui sous une tonne de lettres et de cartes de vœux, en provenance de partout dans le monde. Je ne les lirais pas toutes, car trop occupé à peaufiner les détails de la grandiose fête à laquelle vous seriez conviés. Mon jet privé parcourrait le globe, pour aller chercher mes convives, ma fille, habillée en Cendrillon, parcourant les parvis de mon palais, mon majordome, disposant les plats, arrosant le canard laqué, chambrant les bouteilles de champagnes, mon épouse, relisant la liste des invités… Nous aurions mangé à satiété, je vous aurais fait goûter du caviar, du foie gras, de grands crus. Nous aurions chantés ensemble, on aurait apporté le grand gâteau, arborant les bougies au nombre de mon âge ; j’aurais fermé les yeux, formulé un vœu, puis soufflé bruyamment sur les jolies flammes. Vous auriez applaudi, puis la fête repartirait de plus belle.

Nous aurions mangé un bon méchoui, bu du bon thé maghrébin puis dansé le tango. A la fin, mon jet privé vous aurait ramené un à un à vos demeures respectives et voilà. Là je suis dans ma chambre, guettant le moindre message sur mon Samsung, et… toujours rien.

Je sortirai de ma chambre, irai au boulot comme tous les jours, agirai comme tous les jours. A l’heure où vous lirez cet article, je serai en train de rédiger un contrat, ou une lettre de commande, j’agirai en bon stagiaire docile et dévoué, faisant d’immenses efforts pour ne point attirer le courroux de son supérieur hiérarchique. A la pause, j’irai, avec mes collègues, avaler quelques boules de pâtes, boire du bissap, puis regagner le bureau. Si ça se trouve, j’irai jeter un coup d’œil sur mon profil Facebook ; sait-on jamais, certains « amis » pourraient griffonner hâtivement « HBD ». Et voilà.

J’aurai voulu vous faire part de mon bilan, de mes échecs, de mes réussites, mais, le billet serait trop long, et d’ailleurs ce n’est point le lieu. Somme toute, retenez que l’année 2012 fut l’une des plus éprouvantes de toute mon existence. J’ai eu à faire des choix, j’ai eu à prendre de douloureuses décisions, j’ai eu à accepter moult revers, j’ai dû supporter le poids de l’échec, et par-dessus tout, j’ai été reconnu coupable d’un jugement rendu par le Tribunal de ma Conscience. Tout ceci m’a permis d’appréhender l’Univers sous un autre angle, de revoir ma conception de la vie, de remettre en cause des vérités éternelles, de fouler aux pieds des traditions séculaires, et surtout, de me reconstruire, de me reforger une autre vision des choses, et d’accepter que tout est vanité, et poursuite du vent. C’est ce qu’il est convenu d’apeller Expérience. Le Sage Confucius m’a appris que « l’expérience est une lanterne que l’on porte dans le dos. Elle n’éclaire que le chemin déjà parcouru ; devant demeure obscur… ». Alors fort de sa petite expérience…

Aphtal se tourne vers l’avenir…

Dans ma courte prière de tout à l’heure, j’ai demandé au Créateur de m’accorder le discernement, la Sagesse, le calme, la patience et la pondération. Je sais qu’ils me sont déjà accordés, car aucune prière n’est vaine. J’ai également demandé que s’éloignent de moi, la parole mensongère, la fausseté, la vanité, le pédantisme, et la luxure. Cela aussi m’est accordé, je le sens.

Chers lecteurs, à l’instant où vous lirez ces mots, Aphtal commencera à jouer véritablement la partition qui est la sienne, dans le chœur de la vie. J’ai décidé, avec l’aide de Dieu, d’être le fils que ma mère a voulu avoir, l’aîné que mes frangins veulent voir à la tête de la fratrie, l’ami que mes connaissances voudront avoir, le fidèle petit ami que ma muse désire avoir, et… bien sûr le blogueur que mes lecteurs désirent fréquenter. J’ai décidé de trouver mon bonheur dans le plaisir de mon entourage immédiat, j’ai décidé d’acquérir l’intelligence et la sagesse plutôt que les diplômes, j’ai décidé de poursuivre la richesse, plutôt que l’argent, j’ai décidé de trouver l’amour, plutôt que les cuisses légères, j’ai décidé d’être une créature, digne du Créateur.

Je n’ambitionne point réécrire le monde ; je n’espère pas mettre un terme à la guerre en Syrie, repousser les abrutis du Nord-Mali, ôter toutes les armes en circulation aux Etats-unis, apaiser les Ivoiriens, nourrir les Somaliens, ou ouvrir une représentation diplomatique au Somaliland. Mais s’il ne tenait qu’à moi seul, moi Aphtal, j’arroserai la terre de pétale de roses.

Je prie juste pour que Dieu nous garde en vie, afin que vous puissiez admirer le nouveau moi, le nouvel Aphtal. En attendant, j’irai au bureau ce matin en smoking et nœud papillon. Personne ne me fera de cadeau ,alors je m’offrirai une bouteille de Domaine du Moulin, j’irai manger, seul, dans un petit resto à la pause, je partagerai le vin avec ceux que je croiserai, et ce sera tout. Au moins, vous aurez compris que je vous aurais invité si et seulement si….

Mais bon, il n’est jamais trop tard, priez pour que cela arrive.

Voilà, je rouvre les yeux ; pffffouuuuuuuu,je souffle sur les bougies, joyeux anniversaire à moi.

J’ai dit.


Et si on remettait les pendules à l’heure?

Full Time (Image: MorgeFile)

Il existe tout un tas de bouquins, toute une panoplie de traités, de discours qui répètent la même chose : L’Afrique est en retard ; l’Afrique est en retard.

Et quand tu essaies de demander : « en retard par rapport à quoi ou qui ? » On te répond, toi aussi joue pas à l’aveugle. L’Afrique n’a même pas amorcé son décollage ; elle n’est même pas encore sur la piste. Mon continent chéri est alors comparé à un Airbus, plein de kérosène, mais qui n’a jamais pris les airs. Il lui arrive de se déplacer sur le tarmac, de faire un tour de piste, mais ce charmant Airbus ne s’est jamais engagé véritablement à décoller. Soit ! Jouons au jeu. Je me suis dis que l’Airbus auquel est comparé l’Afrique n’a pas de pilote digne de ce nom. Très souvent, ce sont de petits parachutistes, ou mieux, quelques rares gens qui, jusque là, n’ont piloté que des bimoteurs… Vous ne comprenez toujours pas ? Voilà ! Je passais mon temps à accuser les dirigeants africains qui, amateurs et sans visions pour la plupart, retardent le décollage de mon continent. Ça, c’était jusqu’à hier.

Hier soir, en discutant avec ma mère, sur l’organisation des funérailles de mon grand-père (c’est dans une semaine), nous sommes arrivés à faire des blagues, puis maman lance une boutade, en vernaculaire, littéralement traduite ainsi : « Ce qui sert à effectuer la circoncision du cheval, se trouve dans le ventre du cheval lui-même ». J’en ai ri, la discussion a finalement pris fin, puis je regagne ma chambre. Vous me connaissez, j’ai toujours cette vilaine habitude d’accuser quelqu’un, de faire porter la croix à quelqu’un, de prendre quelqu’un pour responsable. Je me livre à ce funeste exercice, en ce qui concerne le retard supposé de l’Afrique, et ce que j’ai découvert m’a glacé le dos.

En fait, ce n’est pas un ou des responsables, que j’ai dévisagé, mais tout un vaste réseau, innocemment embarqué dans ce large complot visant à déstabiliser notre économie, à saper pour de bon le décollage du continent noir, et à réduire à néant les chances d’admirer cet Airbus planer fièrement dans les airs. Ce que j’ai compris, grâce à cet adage de ma mère, c’est que ce n’est pas l’Afrique qui est en retard, mais ce sont les Africains qui le sont. Tous les africains, tous les nègres, de l’infirmier au médecin chef, de la nouvelle recrue au Général, du commis d’administration au Président de la République, du Cap au Caire, de la Gambie au Somaliland. Tous, africains que nous sommes, en nos grades et niveaux respectifs, sommes toujours en retard.

Impossible de donner rendez-vous à un nègre et le voir à l’heure. Jamais ! Il a toujours une demi-heure de retard, et même plus. Il arrive enfin, avec un large sourire stupide sur son visage d’imbécile heureux, et il tente de s’expliquer. Nous avons tous cette culture du retard, nous vouons tous un culte à la pendule retardée, nous adorons le temps, en courant après lui.

Il vous suffit de nous inviter à une fête à 15h GMT. D’abord nous sommes convaincus que l’organisateur ne sera pas dans le timing. C’est à 15h30 que nous finissons notre sieste ; c’est maintenant qu’on va chercher à repasser la tenue que nous porterons ; nous irons ensuite à la douche, passerons une couche de cirage sur nos chaussures, puis nous nous parfumerons. A 17h14mn, nous sortons notre téléphone pour appeler un invité déjà sur les lieux, histoire de prendre la température de la fête, avant de nous mettre en route. Même pour aller manger gratis chez quelqu’un on fait le malin.

On organise un concert censé débuter à 18h, nous c’est à 21h on vient chercher notre ticket.

Un professeur d’université s’offre toujours une dizaine ou une quinzaine de minutes de retard, avant de débuter son cours, et on s’étonne de ne pas terminer le programme du semestre. Un colloque, ou un séminaire, ne débute jamais à l’heure indiquée sur le faire-part. Un ministre qui t’accorde une audience n’estime pas nécessaire d’être à l’heure. Le Président de la République même, censé inaugurer solennellement un évènement, ou désirant rencontrer ses partisans à une heure précise, s’offre le plaisir de faire poireauter tout le monde durant une heure avant d’arriver enfin. Et on s’étonne d’être le continent le moins avancé ?

En 2010, je m’étais inscrit à un atelier d’écriture, organisé par Mme Béatrice Pierru-Paquis, une française. J’étais dans le deuxième groupe, celui du soir, censé débuter à 17h30 GMT. Moi je vis à Agoè, et l’atelier se tient au Goethe Institut, qui se trouve au Grand Marché de Lomé, c’est-à-dire à pas moins de quarante minutes en taxi. A 17h15, je sortais à peine de la douche. Le temps de m’apprêter et me rendre au bord de la route pour un taxi, il était déjà 17h30. J’arrive à l’Institut Goethe à 18h12, et Mme Béatrice avait déjà terminé le premier module de son enseignement. Sans blagues : Et je n’avais pas le droit de poser des questions (sur ce qui est déjà fait), ni perturber les autres participants à cet effet. A 19h30 précises, elle mit fin à la séance, puis nous dis à la prochaine. Plus de questions de notre part, plus d’explication de la sienne. L’heure c’est l’heure. Eh oui.

 

Lors de mon dernier séjour en banlieue parisienne (encore un de mes nombreux voyages astraux), j’ai pu réaliser à quel point l’heure était capitale dans leur vie, et comment les habitants de M’bengê en ont fait un sérieux outil de développement. A ma sortie de l’aéroport, j’ai passé un peu trop de temps à admirer les lumières, les décorations, les rues, tout. Je ne sais par quel miracle je n’ai pas eu de torticolis, tellement mon front était haut, au point où ma nuque touchait mon omoplate gauche. Sérieux. A cause de cela, j’ai raté mon train qui devait m’emmener rencontrer mon guide. Même à la gare là, l’heure là, c’est comme ordinateur. Quand ça sonne pile, le train démarre, que tu sois dedans ou pas. Je ne vais pas vous raconter comment j’ai fait pour appeler mon correspondant là jusqu’à le retrouver. Humm allez écouter Magic System.

(inserer vidéo à ce niveau :un gaou à Paris).

Avec ça, comment ne pas devancer l’évolution ? Comment ne pas dépasser les autres peuples qui s’amusent avec le Greenweech Meridian Time ?

Alain Foka, lors d’une émission enregistrée sur le campus de Lomé, s’amusait à rappeler l’heure du rendez-vous en disant : « 11h GMT, pas 11h CFA hein ». Comme quoi, il ne nous appartient pas de refaire les fuseaux horaires.

Camarades, l’Africain n’est pas paresseux, loin de là. Nous sommes un peuple travailleur, sérieux à volonté, ambitieux et vaillants. Il nous reste juste un peu de rigueur envers nous-mêmes, un peu plus de responsabilité, afin que l’Afrique, ou l’Africain ne manque plus le rendez-vous des grandes puissances, et que ce magnifique Airbus plane jusqu’à la stratosphère s’il le faut.

Le monde n’appartient-il pas à ceux qui se lèvent tôt ? Allez comprendre pourquoi les blancs ne dorment même plus.

J’ai dit.