Aphtal CISSE

Dites-leur qu’il y a une vie après la Présidence

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(Caricature Sarkozy)

Dans tout métier ou toute fonction, il y a une tranche d’âge bien déterminée, dans laquelle on excelle dans ces fonctions. En deçà, ou au-delà, l’on n’est plus à la hauteur de la tâche. Les lois du travail sont claires sur le sujet, et la sécurité sociale nous éclaire d’avantage. Si à 14 ans, on ne peut être employé de banque, à 75 ans, on ne peut non plus être tâcheron dans une société de forage. C’est le bon sens et la nature qui nous l’imposent. Après des années de cotisation, on s’offre une retraite bien méritée, on se repose, on se consacre à sa famille, on vit !

Fonction, la Présidence de la République en est une ! On y est engagé par le peuple tout entier lors d’un suffrage universel, le contrat de travail est signé lors de la prestation de serment, avec exclusion de la clause de tacite reconduction. C’est un Contrat à Durée Déterminée, renouvelable une et une seule fois. La durée du contrat varie selon les législations : Quatre ans en droit américain, Cinq ans en droit français (il était de sept ans), et cinq ans dans de nombreux pays africains, dont le Togo. Vu la noblesse de la fonction, l’immensité des pouvoirs qu’elle confer, le peuple prévoit encadrer les fonctions de la Présidence de la République, à travers une autre institution qu’est le Parlement. Bon, la théorie de la séparation des pouvoirs, c’est tout un autre débat.

Pour éviter que ce contrat de travail soit unilatéralement révisé, ou rompu, on place généralement les clauses dudit contrat dans la Constitution, puisqu’on sait combien il est difficile de modifier ce document. On y insère alors, l’étendue des pouvoirs du Travailleur National, ses limites, ses droits, ses devoirs, la durée de son contrat.

 

Des clairs-obscurs au sein du Contrat de Travail.

La grande inconnue dans les contrats de travail de nos Présidents africains, c’est bel et bien la Rémunération. C’est elle, le point de départ de tous nos problèmes. Oui, la rémunération de nos Présidents, de nos employés, n’est point clairement définie. Nous engageons généralement des personnes qui acceptent travailler pour nous, sans fixer clairement et préalablement le montant de leur salaire brut. Du coup, le gars commence par travailler pour nous, infatigable, présent sur tous les fronts, actifs dans tous les dossiers nationaux, sans rien réclamer. Où a-t-on jamais vu un employé travailler comme un forcené, sans rémunération ?

Le Président de la République, lui, travaille jour et nuit afin d’honorer sa part du contrat. Il ne dort plus bien, il vieilli à vue d’œil, il a des soucis, en fait il porte le souci de tout un peuple, il se réveille très tôt, alors que l’étudiant qui réclame sa bourse dort encore ; il se couche très tard, alors que le même étudiant est à son deuxième rêve de la nuit. Il est à l’étroit chez lui, car il y a des éléments du Régiment Commando de la Garde Présidentielle partout ; à la devanture, dans le jardin, sur sa véranda, tout au long du couloir, devant sa chambre à coucher, devant celle de ses enfants, tous armés jusqu’aux dents. Notre employé ne fait que des cauchemars, tellement il croise des kalach armés, des pistolets prêts à l’emploi, avec des bruits de bottes à longueur de journée. Et malgré tout cela, nous ne le payons pas. Nous ne connaissons pas le numéro de son compte bancaire pour lui faire un virement chaque mois. On connait vaguement l’emplacement de son bureau même si nous ne pouvons jamais nous y rendre. Sacré employé.

Et lui, il ne se plaint jamais de son traitement, il ne saisit jamais l’inspection de travail, aucun délégué syndical ne peut plaider sa cause. Pauvre président ! Il porte seul sa croix…

Et pourtant…

Et pourtant nous nous étonnons toujours du train de vie démesuré de notre employé. Sans blagues ! Le Président de la République, notre employé, possède dans sa flotte, plus d’une quarantaine de véhicule de luxe, un avion privé, toujours prêt pour le décollage, des hélicoptères pour ses déplacements imprévus…  La maison familiale est demeurée intacte, car elle n’est plus habitée. Eh oui, notre employé a construit un mini château de Versailles à sa mère, quelque part, loin des bruits de la ville, un immense palace pour chacun de ses nombreux frères et sœurs, et des habitats comparables à des hotels 5 étoiles, pour ses innombrables maitresses, copines et amies. D’ailleurs, notre président à nous n’est pas marié alors… Et n’allez pas croire que tous ces heureux bénéficiaires  prennent le transport public pour aller lui dire merci de temps à autres. Non ! Ils ont au moins, soit une Pathfinder, une Prado, une Mercedes, une Hummer, une Highlander ou 4runner, avec chauffeur, et cartons de bon d’essence. Et ce n’est pas le chauffeur qui descend ouvrir la porte à l’arrivée hein; il y a des éléments de l’armée pour cela…

Sacré Président. Il n’est point payé et pourtant, on sent qu’il ne s’en plaint guère ! Il prend même du poids, il devient joufflu et lippu, on voit sur internet certaines de ses rares photos en charmante compagnie, en Italie, aux USA, aux Bahamas, ou aux Antilles, sous les cocotiers… et pourtant, il n’est pas censé y être, nous ne lui avons accordé aucun congé. Ah cet employé indélicat…

Quid de la rémunération?

Eh bien je table sur la rémunération de « nos employés » car elle est la clé de voute de tout contrat de travail, et garante du bon fonctionnement de nos jeunes Républiques. En effet, lorsque quelqu’un est clairement rémunéré, il est soumis à la cotisation sociale, et sa retraite est assurée. Mais lorsque le Président n’a pas un salaire déterminé, et surtout lorsque notre contrat de travail ne lui fait pas obligation de déclarer ses biens avant prise de fonction, il peut faire fluctuer son patrimoine comme il l’entend, et jouir intensément des joies et privilèges de sa fonction. Ce qui est encore plus dramatique, c’est que le gars est conscient de n’avoir aucun traitement à la fin de son mandat.

Aucune indemnité de départ, aucune pension, pour le reste de sa vie. Et pourtant ce n’est pas facile de retomber aussi bas, pour l’humain. Mieux, tous ces gardes qui sont au garde-à-vous à son passage, tous ces tapis rouges qu’on lui déroule, toutes ces voitures, toute cette sécurité rapprochée, toutes ces jolies frasques, ces jets privés, ces hélicoptères, ses voyages officiels et occultes, tout cela est terminé. Juste après dix ans de bons et loyaux services, il tombe dans le dénuement, dans l’oubli, il devient citoyen lambda. Il devra s’arrêter aux feux tricolores, payer ses factures d’eau et d’électricité, de téléphone et d’internet, il sera dans le noir s’il ya coupure, il n’aura pas d’eau pour se brosser le matin, si jamais il n’y a pas fourniture d’eau… Alors, pourquoi sommes nous étonnés si nos employés cherchent à s’éterniser à leur poste ?

De la nécessité de révision du Contrat de travail…

Comme je le disais plus haut, tout passe par la rémunération, avec obligation de déclaration de biens avant et après la prise de fonction. Il est important de reformer la fonction de Président de la République, en ayant un lieu de travail déterminé (d’où la nécessité d’avoir une Présidence de la République, fixe pour tous les présidents) à l’image de la Maison Blanche, des outils de travail (la voiture officielle, l’avion, l’hélicoptère,…) des moyens bien adaptés (un budget conséquent…).

Mais, ce qui est encore plus impératif, et à mes yeux le plus important, c’est le statut de l’Ancien Président de la République. Oui, entre un Président en fonction et un ancien Président, la différence ne doit pas être criarde. Un ancien Président, ne doit pas être n’importe qui. Il doit être protégé, avoir des véhicules à sa disposition, des chauffeurs, une sécurité rapprochée, garantie par le même régiment Commando de la Garde Présidentielle, une pension de retraite digne d’un homme d’état, et peut-être une protection et privilège spéciales, comme l’immunité, et autres… En outre, il doit pouvoir exercer une fonction rémunérée, comme c’est le cas en France, où l’ancien Président à une place d’office, s’il le désire, au Conseil Constitutionnel, qui est une respectable institution.

Il ne faut pas donner l’impression à nos « employés », qu’ils sont indésirables, sinon punissable, une fois la fin du contrat. Il ne faut pas qu’ils pensent qu’après le tapis rouge, c’est la potence ; ils ne faut point leur faire croire, qu’ils ont tord de nous avoir servi, et d’avoir quitté le poste à la fin du contrat. Ils peuvent toujours bénéficier de certains privilèges, jouir du fruit de leur travail et sacrifice, passer enfin du bon temps avec leurs épouses et progénitures, être enfin à l’écoute de leur propre besoin et des besoins de leur entourage immédiat, être disponible pour de précieux conseils à l’endroit du nouveau président, être prêt pour d’éventuelles négociations dans l’intérêt de leur patrie. Dites-leur qu’il y a une vie après la présidence.

J’ai dit !


Quand Steeve Job se paie Moïse au sein de la demeure de l’Eternel

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Ce matin, j’étais à l’église. J’ai suivi le culte francophone de la paroisse de l’église presbytérienne d’Agoè. Ce n’était pas vraiment la plus proche, mais au moins il y avait deux cultes : le premier à 7h, francophone, et le second à 9h, en langue locale (éwé). J’ai choisi cette paroisse par ce que c’était où je suivais mon cours de catéchisme, et surtout parce qu’il y avait pleins de jeunes hommes et de jeunes et jolies femmes. Le culte n’y est pas ennuyant, la fanfare est très dynamique, la chorale a une voix ointe, et le Pasteur est concis dans ses prédications, bien animé par le Saint-Esprit. Alléluia !

Donc ce dimanche, alors qu’Ibohn faisait des tweets et actualisait son statut sur Facebook, alors qu’Emile luttait contre la maladie, moi j’étais à l’église, prier pour moi et pour eux. Le message du jour était tiré de l’évangile selon Marc ; la prédication disait, in fine, qu’il fallait que nous soyons alertes, sur le qui vive, car le diable rôde et est à l’œuvre. Il nous faut veiller et prier, toujours garder  nos lampes allumées, car le fils de l’homme revient bientôt, et il fallait que nous soyons prêts. Et surtout, il faut que nous nous attachions aux bonnes choses, aux choses qui en valent la peine ; il nous faut rechercher le bien-être terrestre, sans plonger dans la luxure. Alléluia !

Après les cantiques, il y avait une petite vente aux enchères organisée, afin d’aider financièrement le groupe des natifs de Mardi. Ah bon ? J’ai raté huit fois le culte, et je n’étais plus vraiment le plus informé de la paroisse. Oh la la ! Si j’avais su, je me serais préparé, ne serait-ce que pour acheter du piment vert. Bon, ce sera pour une autre fois. On fit sortir les produits à pourvoir. Ils étaient majoritairement des produits culinaires : ignames, adémè, piment, riz, tomates, poulet, pâtes italiennes (spaghetti), pommes de terre, …

La vente débuta par de l’eau minérale, achetée à 1.000 FCFA ; puis une Bible fut proposée. Une jolie Bible illustrée, version Louis second, aux larges dimensions artistiques. Les enchères débutent à 5.000 FCFA, et un employé de banque fini par se l’offrir à 18.000 FCFA. Alors, le riz, les tomates, les tubercules, les pâtes, les piments, et autres légumes furent arrachées par les bonnes et jolies femmes de la paroisse. Au moins il y en a qui aiment cuisiner ; surtout qu’il s’agit de condiments achetés dans la demeure de l’Eternel ! Loué soit Jésus-Christ, et rassasiés soient les maris, ce midi.

Moi j’étais vautré dans ma chaise plastique, à l’arrière, regardant les croyants s’arracher les condiments. Les ignames et poules furent disputés par les hommes, chefs de familles, en gros. Les jeunes comme moi, on les sentait moins. On ne voulait prendre aucun risque car souvent, lorsqu’un jeune fait une proposition aux enchères, on le laisse seul dans la course, histoire de lui permettre aussi d’acheter quelque chose, et de contribuer financièrement à la vie de sa paroisse. Il me souvient encore la fois où, en croyant m’amuser, on m’apporta tranquillement un paquet de spaghetti pour lequel j’ai proposé 1.000 FCFA (le prix de trois paquets de la même marque dans une boutique du coin). Mais bon, c’était pour la construction de l’église, et je me console en me disant que mes 1.000 FCFA ont permis à confectionner l’estrade du pasteur. Alléluia ! Depuis ce jour, tous les jeunes ont compris la leçon, et il valait mieux la mettre en sourdine, lorsque les gros morceaux de l’église font des offres.

La vente continua ainsi dans une ambiance de détente totale et de convivialité durant une bonne demi-heure. On clôtura les enchères une fois de plus par de l’eau minérale. On bénit les acheteurs, et chacun rangeait son portefeuille, et revérifia ses achats, comme dans un hyper marché Carrefour. Nous n’attendions que le Pasteur pour la prière de bénédiction ; celui-ci, au lieu de se diriger vers le micro, descend plutôt de l’estrade, se met en face de nous puis dévoile ce qu’il tenait dans sa main gauche. « Deux Ipad + un Samsung S3, l’enchère commence à 15.000 FCFA », s’écrie-t-il !

Personne n’en revenait. On crut d’abord à une plaisanterie de mauvais goût, mais le visage fermé et sérieux du prédicateur indiqua le contraire. Il tenait effectivement deus tablettes tactiles, et un Samsung de dernière génération, au vil prix de 15.000 FCFA ! J’ouvre la bouche et secoue la tête de désolation, étant sûr que je ne pourrais jamais, alors là jamais me les offrir, dans une vente aux enchères, au sein de mon église.

« 50.000 FCFA », hurla une dame au fond de la salle, pensant monter la barre au dessus de la majorité des fidèles. « 50.000 FCFA une fois, deux fois… » Commença le Pasteur. C’est là que les fidèles se mirent à comprendre ce qui se passait. « 70.000 FCFA », renchérit un jeune assis devant, dans la rangée de droite. Seigneur ! Deux tablettes plus un Samsung pour presque rien… On croyait la somme imbattable, mais la salle s’emballa. 80.000, 82.000, 150.000 155.000, 170.000… nous étions à 170.000 FCFA !!! Les natifs de Mardi étaient contents et excités à la manne qui était en train de rentrer dans leur caisse. Alléluia. La somme 170.000 FCFA a été proposée par un jeune choriste, jusque là silencieux. Sans blagues, on se voit sans se connaitre hein ! Il y a des gens qui ont 170.000FCFA alors que moi je réfléchis à comment rentrer chez moi à la fin du culte…

« 170.000 FCFA une fois, deux fois… » ; « 250.000 FCFA renchérit un homme ». Tout le monde s’écrie. On se mit à applaudir, on était sûr qu’il était le dernier enchérisseur. Le pasteur se mit à avancer vers lui en comptant de un à trois, la chorale se mettait en position pour chanter les éloges du bon donateur. On luit remet son Graal, et lui, sort un chéquier, qu’il remplit prestement. Son chauffeur vient le décharger de son pesant et valeureux colis.

Puis vient la leçon.

Le Pasteur remonte sur l’estrade, s’éclaircit la voix, puis se mit à parler. « Loué soit le Seigneur ! Il est bon de vivre pleinement sa vie de chrétien en participant à la vie de son église et de sa paroisse, selon nos moyens respectifs. Vous avez tous été témoins de ce qui vient de se passer ; lors des enchères, on vendit de l’eau minérale, des tomates, des poulets, et même une Bible. Oui, une Bible a été mise en vente ! A combien a-t-elle été achetée ? (18.000, réponse de la foule) ! Moins de 20.000FCFA. Cependant, je viens de revendre des appareils qu’on m’a offerts gratuitement et qui, en réalité ne sont que des imitations des marques. C’est ma manière d’aider aussi les natifs de Mardi, puisque je suis né un Mardi moi-même. Et nous venons de vendre ces trois appareils à 250.000 FCFA.  Que la Bible soit vendue à 18.000FCFA, et que les appareils électroniques soient vendus à 250.000FCFA, à chacun de se faire une idée de la chose. L’essentiel est que tout cet argent soit destiné à la même caisse. Je ne condamne personne ! Que le Ciel nous vienne en aide, en ces derniers temps, et que l’esprit de discernement soit accordé à chacun d’entre nous ! Amen »

Amen, répond timidement la foule.

Je n’ajouterai plus aucun commentaire, car à la parole de Dieu, on n’ajoute rien, ni n’en retranche un mot. Alléluia !

J’ai dit !


D comme dialogue, D comme dilatoire

Arbre à palabre (Google Images)

Pour avoir roulé ma bosse dans les petites associations de quartier, et regroupements de jeunes, je sais qu’à toute réunion, il y a une feuille de route, que l’on appelle « Ordre du jour ». Vous savez, sur un bout de papier, on met chronologiquement tout ce qu’on va dire et faire durant la réunion. Du mot de bienvenu, aux jus de bissap comme cocktail de fin, en passant par le discours très attendu des présidents et chefs de commissions, tout est écrit, et porté à la connaissance des participants de la réunion. Tout le monde le sait. Même aux messes d’enterrement, il y a ordre du jour.

Eh bien, petite affaire de « ordre du jour » que moi je mets dans amusement là, c’est un sérieux problème d’envergure nationale dans mon pays. Eh oui. Vous n’allez pas me croire. Le gouvernement, sous le plus que haut patronage de son excellence le Premier Ministre, a encore initié un énième dialogue, auquel enfin, le Collectif Sauvons le Togo (CST) et la Coalition Arc-en-ciel ont accepté de participer. Tous les grands de ce pays se sont donc retrouvés pour discuter et trouver des solutions aux problèmes nationaux. Sauf qu’en l’absence de feuille de route, d’ordre du jour, le dialogue n’a pas eu lieu, et donc aucune solution trouvée à nos problèmes.

Au Togo, on dialogue pour tout. Pour construire hôpital, pour augmenter les salaires, pour recruter des enseignants, pour construire des ponts, pour donner de l’engrais aux paysans, pour bien administrer notre système judiciaire, pour lutter contre la corruption, pour construire des routes, électrifier des zones, il nous faut dialoguer. Le gouvernement, malgré « sa large ouverture et sa grande compétence », est incapable de faire quoi que ce soit sans dialogue, sans consensus, sans consulter les partis de l’opposition. Nous, on est pas pédant comme François Hollande qui n’a aucun ministre UMP dans sons gouvernement; nous, nous ne sommes pas si imbus de nous-mêmes, comme les démocrates qui gouvernent sans républicain. nous, on fait tout sous l’arbre à palabre. Maintenant que les partis de l’opposition acceptent venir en aide, gouvernement dit qu’il n’y a pas « ordre du jour ». Le premier ministre a pourtant déclaré au début du dialogue qu’  « aucun sujet n’est tabou ». Ce qui voudra dire qu’on pourra parler de tout, sans restrictions aucune, sans gêne.

Et pourtant, il y a tabou dans tabou…

Des sujets tabous, il y en a. Comme par exemple les réformes constitutionnelles et institutionnelles. Ça c’est tabou. Cela est même blasphématoire. On ne doit point prononcer ces mots dans le très saint temple de la primature. Ce n’est ni le moment, ni le lieu d’en parler. On pourra en reparler après ce dialogue, peut-être l’an prochain, ou encore en 2015, mais en tout cas après les élections législatives. Ah oui, c’est la priorité des priorités, les législatives. C’est comme un ordre donné par Jack Bauer de localiser un appel. On détourne tous les satellites à cet effet.

Et c’est un peu ce à quoi ont été conviés les responsables du CST et de la coalition. Sans feuille de route, sans ordre du jour, on leur demande de discuter des prochaines élections législatives. C’est la priorité. Aucun sujet n’est tabou, mais il vaudra mieux ne point parler de réformes constitutionnelles. Surtout pas. Dans ce cas, que faisons-nous là, assis autour de cette table ? Juste pour prendre des photos ensemble, pour être filmés, en train de rigoler avec le gouvernement, comme pour faire croire à Aphtal CISSE que tout va bien entre nous, et qu’on s’entend super bien ?

Le CST a donc quitté la table des négociations. Une trentaine de minutes plus tard, le PDP lui emboite le pas, suivi de la Coalition. La salle se vide, ne contenant que les membres du gouvernement, les micros et projecteurs des journalistes. Puis le dialogue devient monologue. Le gouvernement est imbattable dans cette discipline. Ils ont discutés entre eux, puis ont lu un communiqué à la fin, sous les yeux attendris de Khardiatou Lo Ndiaye qui semblait plutôt séduite par les jolis et tendres mots que Patrick Spirlet lui glissait dans le creux des oreilles, durant tout le « dialogue » ! En avant pour les législatives !

 

Pourquoi tiennent-ils tant aux législatives ?

Sincèrement, j’ignore pourquoi les élections législatives obsèdent à ce point le gouvernement. Par tous les moyens, l’infernale machine électorale est mise en marche. Une CENI à la va vite composée, dont les membres ont déjà prêté serment devant la Cour constitutionnelle du Togo… encore un hold-up électoral en vue, ce qui, immanquablement nous fera replonger dans ce vicieux cercle de violences postélectorales. Si violence il doit y avoir, qu’elle soit intellectuelle, et surtout pré-électorale. Pas après.

Et cette confrontation intellectuelle pré-électorale passe forcément par les réformes constitutionnelles et institutionnelles. Et pourtant, ce n’est pas à l’ordre du jour. La transparence des urnes, la limitation de mandats, le non cumul des fonctions…tout ceci n’est pas inscrit à l’ordre du jour. Ce n’est pas la priorité.

Les événements récents ont dissipé mes illusions! Moi je ne suis point contre les élections, et les multiples dialogues me rendent nerveux. Si élection il doit avoir, je propose une consultation populaire, je propose que le gouvernement dialogue directement avec le peuple: Moi j’opte pour un REFERENDUM,  pur et simple. Dans tous les cas, ce pays est malade d’accord, mais ces hommes ne sont pas médecins. Je ne cesserai jamais de le dire: Le peuple n’a que le dirigeant qu’il mérite! A peuple pervers, président pervers et fornicateur; à peuple paresseux, président vaurien; à peuple stupide et muet, président despote et dilapidateur. Lorsque nous aurons compris que seul le peuple est détenteur de la souveraineté nationale, et qu’il est de son plus sacré devoir de se doter d’un dirigeant de son choix, le Togo sera guéri.

J’ai dit!


Naitre ou ne pas naitre? Le qu’en dira t-on…

Grossesse de huit mois (Google)

Edwige, c’est l’une de mes meilleures amies. En fait c’est la meilleure chose qui me soit arrivée ces deux dernières années. Elle me considère comme son grand-frère, nos relations sont décomplexées, elle n’a point de secret pour moi. Aucun secret ! Des frasques de son feu père aux positions sexuelles qu’elle adopte avec son petit ami, en passant par ses retards de menstrues, ses tricheries en classe, et ses petits phantasmes, elle me racontait tout. Absolument tout. Ce n’est pourtant point à cause d’elle qu’Oumou m’a quitté, mais notre amitié m’a bien souvent empêché d’avoir des relations amoureuses stables. A elle aussi je ne cache rien ; enfin pas grand-chose. Elle a accès à ma chambre à coucher à n’importe quelle heure de la journée ; elle a une clé de ma porte. Elle connaissait parfaitement le code secret de ma carte bancaire Ecobank. Je n’avais rien à craindre de ce côté-là, je n’ai jamais plus de trente milles francs sur mon compte. Du mieux que je pouvais, je lui prodiguais des conseils, l’aidai dans ses études, parfois financièrement (sur ce point, la réciprocité est à souligner). Bref, nous étions comme une personne et son ombre. Sa présence ne dérangeait personne à la maison, et parfois ma mère ajoutait exprès un couvert pour elle…

Un soir, alors que j’étais chez elle, elle me supplie de lui prêter de l’argent. 30.000 FCFA. C’était une « urgence ; une question de vie ou de mort », me dit-elle ! Oui mais, que se passe-t-il ? Elle promit m’expliquer tout, une fois le problème réglé, une fois qu’elle serait hors de danger. Ok, qu’à cela ne tienne. J’avais en tout et pour tout 53.432 FCFA comme patrimoine, sur mon compte. Je lui remis dont la carte magnétique ; elle connait déjà le code. J’avale rapidement le jus de bissap qu’elle m’a servit, et demande ma route.

Un samedi, alors que j’étais en plein cours de Droit spécial des Sociétés, elle m’envoie un message, me disant qu’elle m’attendait chez moi, qu’elle avait besoin de moi. Pas de souci ; mon cours prend fin dans trois quarts d’heure, et je serai totalement à elle. Je lui promis même de lui apporter des croissants, ce qu’elle refusa en demandant plutôt quelque chose de pimentée ; léger mais bien pimenté.

Une fois chez moi…

 

Une odeur bizarre m’emplit les narines, dès que j’ouvre ma porte. Je suis très sensible aux odeurs, à cause de mon asthme, donc je m’efforce de garder une certaine harmonie olfactive dans ma chambre. Cette harmonie était certainement perturbée. L’odeur qui m’accueillit cet après-midi, je ne saurais la décrire. Mais Edwige était couchée sur mon lit, pliée en deux, jambes croisées, poussant de petits gémissements. D’un rapide coup d’œil dans la chambre, je remarque au pied du lit des boules de cotons, des compresses, imbibées certainement de sang. Je demeure interdit sur le pas de la porte quelques instants, histoire de prendre la mesure de ce qui se passe.

Je pose mon sac au sol, laisse tomber mon Code OHADA sur une table basse, et m’approche du lit. Je remarque une note manuscrite sur le second oreiller, puis le pis me traversa l’esprit : La salope est venue se suicider dans ma chambre. A la lecture de la note, ce n’était qu’une ordonnance, en bonne et due forme, établie dans une clinique de la capitale, cachetée par un gynécologue, à la triste réputation. Edwige souleva doucement la tête, écarta les jambes puis fit sortir une autre boule de coton, lourde de sang. Elle me salua, puis comprit l’inquiétude qui se lisait sur mon visage. Lorsque je vis son joli visage empli de larmes et de sueur, je ne pu m’empêcher d’éprouver de la peine. « J’ai faim », me dit-elle. Je lui donne ce que je lui avais apporté, elle me tend l’ordonnance, et me dit qu’elle n’a pas eu assez de force pour se rendre à la banque faire un second retrait sur mon compte pour se rendre ensuite à la pharmacie. Sans trop savoir pourquoi, je prends l’ordonnance, sort, puis revient avec tous les produits prescrits. Elle s’empressa d’en avaler quelque uns ; les antibiotiques, surtout.

Une fois reposée, elle accepte de me raconter ce qui s’était passé. « J’avais un retard de menstrues de plus de trois semaines ; j’ai fait des tests de grossesse, tous positifs. J’en ai fait trois. J’avais une grossesse de deux semaines, environ. Junior (son petit ami), ne disait rien ; je ne sais pas s’il voulait que je garde ou pas. Mais il n’a pas d’argent, moi non plus. Je lui ai même demandé 1.000 FCFA pour m’acheter un test de grossesse en vain. Je ne voulais pas t’en parler parce que j’ignore ta réaction. Une fois tu m’as dit que si ta copine était enceinte, tu n’auras rien à craindre, car tu disais que Dieu nourrit les oiseaux du ciel, et donc l’homme ne pouvait mourir de faim. Mais récemment, tu m’as dit qu’une fille qui s’amuse à avoir un enfant, en pleine scolarité, surtout si l’auteur de la grossesse n’a pas les moyens de s’en occuper, cette fille est stupide, parce qu’un enfant, ça mange, ça boit, ça pleure, ça s’habille, ça tombe malade, ça se scolarise, et cela, ce n’était pas vrai avec les oiseaux du ciel. Aphtal, toi-même tu sais que si mon père était en vie, je n’aurai même pas de petit ami. Je suis le seul espoir de notre mère ; mes grandes-sœurs, tu les vois et tu connais leur situation. Moi j’ai réussi à franchir le cap de la deuxième année, et mes petits-frères sont toujours au cours primaire. Tu vois, je ne veux pas faire de la peine à maman, en plus, mon oncle de Bruxelles ne nous aidera plus, financièrement. Je ne voyais pas d’autres solutions, Aphtal… » Le reste fut étouffé par des sanglots.

Je lui fis prendre une douche, avant de la ramener avec la vieille Yamaha de mon grand-frère. Les semaines qui ont suivit, je me suis privé de tout mes petits plaisirs pour acheter à Edwige ses médicaments, et quelques compléments alimentaires. Bien entendu, nous avons gardé tout cela secret. Je n’arrivais plus à lui parler ; je me contentais juste de lui remettre ce que j’avais pour elle. Au début, j’avoue la détester ; mais ensuite, je compris que c’était une réaction innée en moi. Je me mure derrière le Silence, lorsque je suis en face de situations délicates, qui me dépassent, qui me choquent, qui me blessent, ou qui m’offensent. Pendant trois semaines, je continuais de rencontrer Edwige, mais dans le silence.

Avant de desserrer ma mâchoire…

 

Avant de me prononcer sur le cas Edwige, avant de me faire une opinion, avant de retrouver l’usage de ma parole, il m’a fallu longtemps me poser des questions. De nombreuses questions m’ont traversé l’esprit, et j’avoue que celle que j’ai trouvé plus intéressante, est : « quelles sont les conditions idéales de procréation ? » A ceux et celles que j’ai approché avec cette question, la réponse, à quelques nuances près, est la même partout : « Hmmmm, je dois être dans les 23-26 ans, j’ai un bon job bien rémunéré, j’ai un conjoint fantastique, j’ai une belle voiture et un chic habitat avec garage, et je commence à avoir des enfants… comme ca, on te respecte, et on respecte et aime tes enfants, quoi. »

L’intention est noble. Il n’est interdit à personne d’avoir un idéal. Seulement, cet idéal, c’est le Plan A. tous ces jeunes ont-ils un Plan B ? Et si tu n’as pas de boulot, entre 23-26 ans ? Et si personne ne veut de toi comme conjoint ? Et si tu n’aimes pas ton job, ou ton job est mal rémunéré ? Et si tu ne trouves aucun logement décent ? Et si tu es stérile, après ton mariage ? A ces inquiétudes, nul n’a voulu répondre, car aucun d’eux n’a véritablement pensé à cela. Et c’est malheureusement le cas d’Edwige. Tous ses plans, à cause d’une grossesse, « tombent à l’eau ». Il lui était impératif de s’en débarrasser, c’était « une question de vie ou de mort ». Vie pour elle, mort au fœtus. Elle a opté, comme la plus part de ses camarades du même âge, pour la facilité ; elle a choisi l’option avortement parce qu’elle semble plus salvatrice ; elle a préféré supprimer une vie, que d’affronter sa mère, son oncle de Bruxelles, de m’affronter moi, d’affronter le regard désapprobateur de la société. Pour paraitre bonne fille, pour garder une réputation de fille de bonne moralité, elle est prête, elles sont prêtes à être de glaciales criminelles.

Grossesse prématurée ———–> avortement. Parlons-en !

 

Comme d’habitude, il me faut trouver des coupables, il me faut chercher des souffre-douleurs, des responsables, il me faut justifier l’acte barbare commis par mon amie. Le problème majeur, c’est la société et la pseudo-morale. Nous assistons, impuissants, à une sorte d’uniformisation de la pensée, uniformisation de l’idéal de réussite, standardisation des modèles de réussite. Pour ne pas être une ratée, il faut être comme Condolezza Rice, Hillary Clinton, Michelle Obama, Fatou ben Souda… tant qu’on n’arrive pas à leur niveau, on est un cas social, une ratée… C’est la société qui croit qu’avoir un enfant à 19 ou 20 ans, c’est mal. La société, toi, lui, moi, pense que forniquer, ce n’est pas bien grave, mais accoucher, c’est un échec ; la société que nous sommes, ne prend pas une verge pour corriger l’islamiste de Bokoharam ou d’Ansaardine, mais réprime avec la dernière énergie, la salope qui ne sait pas exiger un préservatif.

La société, prétend que la grossesse, c’est une erreur féminine, c’est un handicap à vie ; le mec lui, on ne lui reproche pas grand-chose. C’est ainsi que nous passons tous complices de meurtres de ces doux et innocents êtres. Nous avons tous, par des paroles, par des prises de position, par des aides financières, par le silence, contribué à l’élimination systématique d’humains dont le seul tord est d’avoir été conçu à une période où on n’a pas de voiture, de job bien rémunéré, de voiture, ou de villa avec garage. Parce qu’en fait, nous ne pensons plus, c’est la société qui pense en nous, pour nous.

Je n’ai pas été un meilleur ami, j’ai été incapable de prévoir le pire, j’ai été incapable de faire comprendre à Edwige qu’une grossesse, quel que soit l’âge à laquelle elle intervient, est un don gratuit de l’Esprit ; une grossesse, aussi précoce soit-elle, n’est point un handicap à vie. Elle peut retarder la réalisation d’un but, mais jamais ne l’empêche.

Aujourd’hui, Edwige prépare une Licence en Sociologie, option politique de développement. Je prie toujours pour l’absolution de ses péchés, mais surtout pour la rémission de mes péchés à moi, en pensées, en paroles, en actes et par omissions. Priez aussi chers lecteurs, priez pour votre complicité, active ou passive, peu importe.

J’ai dit !


L’amour est mort…Dakar je t’accuse

Crédit image: Google Images

«  Quand tu souris, j’admire ta limpidité ;

Quand tu ris, je contemple ta gaité ;

Quand tu marches, je flatte ta sureté

Quand tu regarde, je célèbre ta pureté ;

Quand tu parles, j’écoute ta sincérité ;

Quand tu danses, j’acclame ta légèreté ;

Quand tu cuisines, je savoure ta sauce pimentée ;

Quand tu écris, les courbes de ta dactylographie

Révèlent la pureté de ton état d’esprit ;

En moi, sois cette petite et belle fleur

Qui éclos en de vagues lueurs… »

Ceci est un poème que j’ai écris, il y a de cela cinq ans, environ. Je l’ai incorporé dans mon premier recueil de poèmes « Muse nègre ». Ce poème, je l’ai écrit à un instant précis de ma vie, à un instant où j’étais comblé, heureux, aimé, amoureux. Ce poème était un hymne dédié à la beauté et à la fidélité de celle qui, à l’époque partageait ma vie.

Je devais être en terminale, ou en première année de Sciences juridiques, elle était en classe de quatrième. C’était une chouette fille ! Vive, intelligente, brillante, pétillante, curieuse, respectueuse, polie, jolie, charmante, calme, pondérée ! Ce que j’adorais chez elle, c’était son sourire et ses dents. En plus, elle était très cultivée. Beaucoup plus cultivée que les jeunes de son âge ou de sa classe. C’était le genre de fille avec laquelle, on pouvait avoir une discussion censée et enrichissante. C’était exactement mon genre de femme, ma moitié. Nous avons fini par sympathiser, par fréquenter la même mosquée, et on se voyait pour discuter tranquillement dans une maison face à la sienne, avec la complicité d’un ami commun, Farouk, qui y habitait. Je l’appelais affectueusement Oumou, un sobriquet pas trop loin de son authentique prénom nago. N’eut été le respect de la vie privée, je vous aurais fait un lien vers son profil Facebook, pour vous permettre à vous aussi, d’admirer la plus belle femme du monde.

Le seul hic à notre idylle était sa famille. Ainée, elle vivait avec son père qui s’est remarié ; de plus, vu son jeune âge, certains plaisirs lui étaient clairement interdits. Je détestais un peu sa belle-belle, et je vouais une viscérale haine à son père. Mais elle, c’était ma perle, mon lait demi écrémé, mon pain croquembouche, mon croissant de cinq heure du matin, mon Ventoline pour mes crises d’asthme…

Notre amour était parfait, idéalisé, et parfois cité en exemple à cause de notre discrétion et complicité, par la maman de Farouk qui, lui, multipliait ses frasques. Tellement nous étions bien ! Certes, on ne s’entendait pas forcément sur des sujets brulants, comme la peine de mort, l’avortement, la politique, et surtout le sexe. Yeah ! Elle avait un sex-appeal d’enfer, et moi je n’arrivais point forcément à la suivre dans son pieu vœux de chasteté jusqu’au mariage.

Nous entretenions ainsi notre relation, près de quatre années. Elle vient de réussir brillamment son examen de baccalauréat, et voulait s’inscrire en Fac de Droit. Il était hors de question pour elle de s’inscrire à l’Université de Lomé, nous le savions depuis, et je m’attendais à ce qu’elle voyage un jour pour ses études. Je vous en conjure, je me voyais très mal sans ma petite et tendre Oumou. C’est vrai quoi ! Qui pour me câliner ? Qui pour m’aider à faire le ménage dans ma chambre ? Qui pour m’aider à faire la lessive ? Qui pour m’aider à affronter les réalités de mon quotidien ? Qui pour me consoler après mes accrochages avec mon père ? … Je me préparais à vivre un enfer.

Inscription à L’université Cheik Anta Diop (UCAD), obtention de passeport, achat d’un billet aller simple Lomé-Dakar…  La veille de son départ, elle était là, serrée contre moi, dans notre petit royaume (ma chambre quoi). Elle avait posé son joli crâne nouvellement tressé contre ma poitrine, elle me rassurait, elle me réconfortait, elle renouvelait son serment d’amour pour moi, elle m’assurait de sa fidélité, elle me dit que j’étais le seul, et le resterai toute sa vie. Je lui ai, dans un instant de désespoir, proposé de rompre tranquillement, histoire de se faciliter la tâche après son départ ; proposition qu’elle a énergiquement repoussée, non sans de véhéments reproches, puis…m’embrassa. Snif ! J’étais, à cet instant, prêt à vendre mon âme au diable pour la retenir, pour faire rejeter son inscription, pour faire annuler son vol, bref, un truc pour qu’elle ne s’en aille pas.

Je me souviens encore de ces sanglots que j’ai brillamment étouffé en la raccompagnant, ce soir ; je me remémore ces larmes discrètement écrasées, je me rappelle ces… Comprenez mon émotion.

Dakar, me voilà…

Crédit image: Blog de Nathyk

Ce n’est que trois jours après que j’ai reçu son premier coup de fil, en provenance de la Terenga. Elle me donne son numéro de téléphone, me raconta le voyage, décrivit la ville et sa maison… je l’avoue, ce fut un réel soulagement de l’entendre sourire à des kilomètres. Au début, rien d’alarmant ! On s’envoie des messages, des petits bips (à défaut de s’appeler souvent), des mails, et des petits commentaires et mentions sur Facebook. Je l’avoue en toute honnêteté, les appels étaient émis dans un seul sens : c’est toujours elle qui appellait. La liaison Lomé-Dakar, sur le réseau Togocel coute les yeux de la tête, presque le double de la communication vers les autres capitales de la zone UEMOA. Je sais que ce n’est pas une raison, ni une excuse. Mais, pendant un trimestre, même si nous étions en contact, je ne l’ai jamais appelé. Mais le contact était fréquent, hormis le toucher. Le visuel étant assuré par Skye.

Puis j’ai débuté mes premiers pas dans le monde professionnel, avec un stage dans une étude d’Huissier de Justice près la Cour d’Appel de Lomé. Conséquence directe : pas assez de temps pour moi-même ; je ne consulte plus régulièrement mes mails, ni mes appels manqués, j’avais du mal à me connecter à Skype, et j’en arrive à oublier d’envoyer des sms, ou des bips. Et pourtant, « she’s always on my mind ». Vu que c’était un stage non rémunéré, je ne pouvais me permettre le luxe d’effectuer des appels à l’international.

Mais pour une fois que j’ai réussi à consulter mes mails au moment où elle était en ligne, nous avons eu une discussion, portant sur un sujet qui nous a toujours divisé : Une amie que je me suis faite dans son lycée à l’époque. Oumou voyait d’un très mauvais œil cette amitié, lui reprochant sa complicité et son manque de transparence. Et pourtant, je ne faisais que respecter ma promesse de ne rien révéler à qui que ce soit, des confessions que Lyne me faisait. Un mec, ça parle pas, un mec, c’est discret, muet comme une tombe, pensai-je…

L’amour ne vit pas que de tweet et de commentaires sur le Mur…

J’ai fini par le comprendre à mes dépens ! Un soir, après d’honnêtes et loyaux services rendus, je me connecte à mon adresse de messagerie, et le premier mail venait de ma douce et tendre Oumou. Libellé ? « Je voulais qu’on discute sérieusement sur notre relation, mais nos heures de connexion ne coïncident pas. Je ne sens pas vraiment la relation, la distance fragilise les liens, et on se fait du mal pour rien. Je pense qu’il vaudrait mieux qu’on arrête, et qu’on soit de bons amis. Stp je veux pas perdre ton amitié, j’espère qu’on sera amis. Porte-toi bien, Aphtal ! T’es un mec cool ». Dieu m’est témoin : ma première réaction fut de me déconnecter et de sortir du cybercafé…

Par la suite, j’essayai de lui refaire la cour, de la séduire à nouveau, de la ramener à la raison, de lui faire comprendre que sans elle, je ne suis rien. Et pourtant… Elle finit par m’annoncer qu’elle a un nouveau petit ami. Un chrétien, avec un nom de prophète ; un togolais comme nous, étudiant en première année comme elle, là-bas à Dakar. Pourquoi ? « Ce n’est pas à cause de lui que j’ai mis fin à notre relation, chéri. Je me sentais seule… »

La mort de l’Amour…

J’ai renoncé à cet amour, car j’ai réalisé qu’il est désormais vain. J’accepte à présent de faire d’Oumou, une simple camarade, rien de plus. J’accepte désormais sa relation nouvelle et sa nouvelle vie. J’accepte désormais l’acception selon laquelle « aimer malgré la distance, c’est cela, l’amour ». Et quelle distance encore ? J’ai toujours eu écho des frasques de Dakar, de ses couleurs, de ses tentations, de ses vies, de ses ambiances… Je savais que Dakar brisait des couples, transformait les étrangers, mais j’étais à milles lieues de me douter que cette ville puisse changer ma pieuse Oumou, à ce point.

Je sais, c’est une histoire privée, mais si j’en fais un billet sur ce blog, c’est que j’avais véritablement besoin d’en parler, je ressentais une irrépressible envie de me confesser, de pleurer sur des épaules de quelqu’un. Mais en parler à qui ? Oumou, je sais que tu liras ce billet car tu viens très souvent par ici (Merci pour tes visites d’ailleurs). Sache juste que je ne suis point empli de haine, comme je te l’ai fait croire, peut-être. Je respecte ta décision ; d’ailleurs, qu’est-ce que je peux y changer ? Mais le poème t’est toujours dédié. C’est  ton hymne ! Je te le garde, et je le garderai ainsi, en souvenir de nous.

Dans cette histoire, je ne tiens personne pour responsable, je n’accuse personne, je ne blâme personne non plus. Je suis trop vieux pour me remettre à refaire la cour, à séduire une autre fille, à apprendre à la connaitre, mais je suis également bien trop jeune pour me noyer dans un pessimisme sans pareil.

A la dernière mise à jour de mon statut sur facebook, des amies, en l’occurrence Bellya Sekpon et RitaFlowers m’ont dit que le meilleur est à venir ; Je l’espère. Mais pour le moment, je ne crois plus en l’amour ; je ne crois plus en personne. L’amour est mort. Oui, l’amour est mort.

J’ai dit.


Justice populaire

Crédit image: Camer.be

Le pouvoir judiciaire, au sein d’un état, est seul habileté à juger et condamner un coupable, au terme d’un procès juste, équitable, respectant les droits fondamentaux, et surtout les droits de la défense.

J’étais tranquillement à la maison, un Lundi, regardant le journal télévisé avec le reste de ma famille, lorsque des bruits de moteurs roulants à vive allure nous parviennent. Ce n’était pas chose rare, surtout depuis que la seule voie qui traverse notre quartier a été élargie, bitumée, et éclairée. J’étais presque sûr que certains étaient en train de tester le moteur de leurs engins, comme c’est généralement le cas. Quelques instants, le bruit d’une ferraille trainée sur du goudron nous parvient également. Cela devait être un accident. Notre demeure se trouvait à quelques pas de la voie principale, alors pour en avoir le cœur net, on m’envoie voir ce qui venait de se passer.

Sur les lieux, effectivement, je pus voir une moto Sanili dont seule la roue arrière émergeait de la rigole. Un homme gisait à côté, inerte pour le moment. Les autres cyclistes, six ou sept environ, freinent tous, garent rapidement leurs engins, puis se ruent sur l’accidenté. Je pensais que c’était pour lui porter assistance. Je voulu m’approcher également, mais je dus déchanter très rapidement. Le premier à s’approcher du blessé, au lieu de s’enquérir sur son état, lui décocha un violent coup de pied dans le flanc. On aurait dit un coup-franc de Cristiano Ronaldo. Les autres le rejoignent, et rapidement, se mirent à lyncher le pauvre mec au sol. L’accidenté tenta plusieurs fois de se relever, en vain, tellement il pleuvait des coups de poings.

Par réflexe, je sort mon téléphone puis alerte la police. Ils ont fini par répondre et ont promis se mettre immédiatement en route, après que je leur ai donné ma situation géographique. Après seulement, je m’approche de l’un des bourreaux, qui essayait de sortir la moto du ravin, et lui demande ce qui se passait exactement. Les yeux rouges, injecté de sang, et le regard noir, il me répond qu’il s’agit d’ « un voleur qui a tenté de voler la moto avec laquelle, par la Grâce de Dieu, il vient de tomber ». J’ignore pourquoi mais, je l’aidai à sortir la moto. Quelques riverains, curieux ou paniqués, commencent à accourir. Très rapidement, une immense foule se forme. Jusque là, point de répit au voleur ; il était toujours copieusement passé à tabac.

L’un des poursuivants se rue vers un atelier de mécanicien, et en revient avec un pneu. Au même moment, celui qui bénéficia de mon aide pour sortir la moto de la crevasse était accroupi près du moteur de ladite moto. Quelques minutes, il se releva, avec un petit récipient, plein d’essence. Le temps de réaliser ce qui se tramait, le prétendu voleur était déjà aspergé de carburant, puis on lui passa le pneu de vélo au cou. C’était clair : le gars allait se faire cramer.

Le pis fut néanmoins évité…

Nous comprimes que les poursuivants n’étaient point prêts d’attendre la police, et qu’ils cherchaient une allumette pour embraser le voleur de la moto Sanili 125. Ceux qui étaient présents, tous mes voisins de quartier, refusèrent d’assister à une scène de barbarie, dans notre fief, Cacaveli City Crew. On commença à s’opposer aux cinq poursuivants, on mit le voleur hors d’atteinte de coups, et on leur proposa d’attendre l’arrivée de la police, pour qu’ils puissent s’expliquer. Tous !

L’attente fut plus ou moins longue. La police arriva sur les lieux, quarante minutes plus tard, et embarqua tout le monde ; enfin ceux qui étaient directement impliqués dans l’affaire, à savoir le voleur et ses poursuivants. Un homme âgé accepta de les suivre, afin de témoigner. Après le départ du convoi, les commentaires commencèrent par fuser de toutes parts. Comme d’habitude !

Moi, je retourne à la maison, soulagé d’avoir d’une part appelé la police, et d’autre part, par l’intervention salvatrice de la population riveraine.

Ce qui allait se passer, sous nos yeux est pourtant monnaie courante dans biens d’autres quartiers de la capitale. La population est hostile aux voleurs. Cela se comprend. Nul n’aimera être troublé dans la jouissance de ses biens. Seulement que cette hostilité pousse systématiquement à l’élimination physique du voleur, cela est un peu exagéré.

Inacceptable mais compréhensible.

C’est la faute aux voleurs eux-mêmes s’ils sont brûlés après leur capture. C’est de leur faute, car ils sont devenus eux-mêmes impitoyables. Dans leur sale besogne, ils n’hésitent plus à faire usage d’armes blanches ou d’armes à feu de fabrication artisanale. Arme c’est arme, et elle tue celui vers qui elle est pointée. Eh oui, les voleurs de la nouvelle génération sont des bandits de grand chemin, qui, après avoir pillé, tuent, violent et sèment désolation. Ils n’ont plus de considération pour la vie humaine, l’essentiel, c’est d’amasser le butin, par tous les moyens. Au lieu de braquer simplement un conducteur de moto, ils l’abattent avant de s’emparer de l’engin ; au lieu de prendre tranquillement le frigo de la cafétéria du coin après avoir neutralisé celle qui y sert, ils la violent, la tuent, avant de tout saccager. Au delà de leur forfait, la population voit une sorte de moquerie, de cynisme, de sadisme, et d’instauration de la terreur. Ce qui est drôle, maintenant, ils prennent la peine de prévenir la future victime, avant de passer à l’acte, quelques soient les précautions prises par cette dernière.

A cela s’ajoute le manque de confiance en la justice togolaise. Oui il existe des magistrats vertueux, oui, il existe des avocats qui travaillent avec l’objection de conscience, oui dans le système judiciaire, il y a des personnes qui disent le droit ; cependant ces personnes constituent l’exception, une poignée noyée dans le lac de la corruption et des dysfonctionnements ! Nous avons la triste impression que les voleurs sont relâché juste après leur incarcération, ou qu’ils ne sont pas suffisamment punis pour leurs actes. Oui cela pourrait se comprendre. Sinon pourquoi le vol est en recrudescence ? Le flagrant délit, dans le Code Pénal Togolais, est incessamment puni, dès l’appréhension du coupable. Et pourtant dans la pratique…suivez mon regard.

Le vol est un acte répréhensible, et doit être sévèrement puni, avec prise en compte de l’élément intentionnel. Et cette punition doit impérativement passer par le prétoire. La formule aux vols et braquages, ne se trouve pas dans « demi litre de super sans plomb+pneu de vélo tout terrain+une allumette made in Ghana »

Je sais, c’est facile de dire d’attendre la police, de livrer le coupable à l’autorité judiciaire, car depuis qu’on m’a dépouillé de mon appareil photo, et de ma clé USB, j’ai presque juré de faire boire à tout voleur, un bol de ciment délayée dans de l’eau. Mais cela arrangera qui ? que chacun prenne ses responsabilités, que le peuple soit tolérant, et que les voleurs soient véritablement punis, comme dans la Série télévisée « Commissariat de Tampy »

J’ai dit !


Ici c’est Togo…

Crédit image: Google

Racisme ? Méchanceté ? Jugez-en vous-même.

Le samedi dernier, après ma séance de gym, je décide de me rendre à la piscine, histoire de réviser mes techniques de nages, et surtout, contempler l’arrière-train et les croupes des magnifiques créatures féminines. Mais j’avais véritablement besoin de me relaxer, et dépenser cet argent frauduleusement acquis. Suivez mon regard…

A Lomé, des piscines, avec de véritables équipements, et de grandes opportunités de rencontres, il n’y en a pas une centaine. Je décide alors de me rendre dans l’un des plus célèbres complexes de la capitale. Je tais le nom pour des raisons que vous et moi connaissons. Les après-midi de samedi, il y a toujours du monde autour de cette piscine, des étrangers surtout. Ces riches gens dons les mômes fréquentent le lycée français ou britannique, ces garçons et filles, de tous âges qui, croquent la vie à pleine dents… La piscine, le samedi, c’est tout simplement génial.

Ma soirée était magnifique, tout marchait, ou plutôt glissait comme un canard dans un étang.  Vers seize heures GMT, je remarquai de nouveaux arrivants. Une ou deux familles, je crois. La touffe de leurs cheveux, la couleur de leur peau, leur accent et surtout les voiles des femmes du groupe indiquaient clairement leur origine. Ils devaient être magrébins. J’étais hors de l’eau à leur arrivée, étalé sur une longue chaise, me bronzant tranquillement. (Comme si je n’étais pas déjà assez noir).

Quelques minutes plus tard, un des enfants des derniers arrivants s’approche de moi, et me demande sur un ton presque impératif de lui laisser ma chaise. Il devait avoir entre 12 et 14 ans, et devais sûrement être un collégien. Le pauvre! Je refusai tout poliment et le redirigea vers le maitre nageur.  Une quinzaine de minutes plus tard, je décide de plonger à nouveau, tellement il y avait de filles dans l’eau. Le temps de jouer à la grenouille, et au voyeur avec mes lunettes, puis ressortir de l’eau, le petit magrébin de tout à l’heure s’empara de ma chaise longue, mettant à terre ma serviette blanche (une serviette spéciale qui ne me sert que pour la piscine), mon sac, mon gel de douche, et mes habits.

Je ne dis mot, malgré ma rage. Self-control ! Un juriste n’agit pas selon ses émotions ; un gentleman ne hausse point le ton ; un gars bien éduqué comme moi  a pour meilleure arme le Silence. Je m’éloigne avec mes effets, puis m’installe avec un garçon qui accepta de partager sa chaise avec moi. J’oubliais presque l’incident lorsqu’au moment de me rincer le corps pour le départ, le même magrébin vint me bousculer, me poussant presque, comme quoi « il était pressé, et je le retardais ».

Quand les mots manquent on passe à l’action…

Mon sang ne fit qu’un tour. Je l’attrapai par le bras, puis lui administra trois (03) bonnes gifles aller-retour (c’est-à-dire alternativement sur les deux joues). Je le traine alors hors de la douche puis le pousse à terre.

Jamais je ne m’étais senti aussi zen. J’étais conscient que les claques étaient peut-être un peu exagérées par rapport à son âge (en témoigne le bruit de ma paume sur ses joues d’impoli de magrébin). Il hurlait par terre, se tordait de douleur, couvrant ses joues. Le maitre-nageur, témoin de la scène s’approchait lentement, et le père de l’enfant, alerté par les couinements de son rejeton, accouru également. J’étais impassible sous la douche, faisant glisser le gel entre mes doigts, prêts à justifier mon geste, et prêt à cogner le premier imbécile qui aurait osé me brutaliser. Le père prit son malotru d’enfant, échangea quelques mots avec lui en arabe, puis s’éloigna, en me jetant un regard noir. Je crois surtout que c’est ma nouvelle forme musclée qui le dissuada de toute volonté de représailles. (Ah oui, muscles rouges aide souvent). J’ignore pourquoi mais le maitre-nageur me posa des questions auxquelles je ne répondis même pas.

Pourquoi l’ai-je giflé ?

C’est simple ! Je n’ai fait que corriger un petit frère indélicat, calmer un jeune frère au sang un peu trop bouillonnant, je n’ai fait que transmettre au petit, les vertus de la patience et les conséquences de l’irrespect envers un ainé. Oui, il est libanais, peut-être libyen, marocain ou tunisien. Mais c’est avant tout un africain comme moi, un musulman comme moi, un être humain comme moi. La couleur de sa peau n’a pas véritablement motivé mon acte. Ce garçon est mon petit frère. Il est moins âgé que mes deux petits frères (21 ans, 2ème année de biologie et 16 ans, classe de 2nde S).

C’était beaucoup plus le grand frère qui a agi, et non le nègre que je suis. Je n’ai rien contre les magrébins ; enfin pas grand-chose. (Les togolais me comprendront). Mais je refuse qu’on me manque de respect. J’aurai administré les trois claques avec la même intensité aux filles d’Obama si elles avaient agi ainsi.

Au fond, au-delà du manque de respect de ce petit enfant, il y a ce sentiment de tout permis chez les étrangers. Pas avec les magrébins principalement, même s’ils sont les plus concernés, mais avec toutes les personnes de nationalité étrangères. Le Togolais ne vaut plus grand-chose même dans son propre pays. Les étrangers bénéficient d’un certain traitement de faveur, dans presque tous les domaines. Facile à vérifier : allez au grand-marché de Lomé et dites-moi de quelles nationalités sont les plus grands commerçants !

Les tords sont à partager entre la population et le pouvoir en place. La population togolaise est victime de son hospitalité légendaire. Nous ne faisons pas de distinctions entre les natifs et les étrangers, ce qui fait que ces derniers finissent par se croire plus togolais que nous. Je ne pousse guère à la discrimination envers les étrangers, loin de là. Je ne mets pas en branle l’intégration régionale et sous-régionale, mais il faut que les étrangers connaissent leurs droits, leurs devoirs, et surtout les limites à leurs droits. Accueillons les étrangers, mais ne leurs déroulons point le tapis rouge, surtout pas au détriment des natifs. Un béninois, un ivoirien, un sénégalais, un malien… peuvent se sentir chez eux au Togo, mais doivent toujours garder à l’esprit qu’il y certaines choses qui ne leurs sont pas permises. Je le pense sincèrement.

Cette situation a également été favorisée par les autorités, qui facilitent l’installation des étrangers, et n’exercent aucun contrôle sur ceux-ci après leur installation. Cela n’aide personne. Qu’on facilite la création d’entreprises et sociétés aux étrangers est une chose. Mais qu’on leur permette de frauder le fisc en est une autre. Ce qui est pis, c’est lorsque le togolais est brimé face à un étranger. Ou plutôt, lorsque l’étranger est favorisé au détriment du togolais. Égalité de traitement devant la loi oblige. Pourtant, les policiers (certains, pas tous) sont capables d’exercer une contrainte par corps illégitime sur un togolais, juste sur demande d’un libanais, d’un nigérian… C’est cela qui offusque.

On pense faire bonne figure sur le plan international, passer pour le meilleur élève en matière d’intégration et d’hospitalité, mais en réalité, nous passons pour des moutons. L’ivoirien a vite compris cela lorsqu’il disait dans la chanson populaire « (…) on aime bien les étrangers mais vers la fin on se préfère (…) ».

Le togolais est hospitalier et aime les étrangers ; mais le togolais n’est pas con. Moi en tout cas je ne le suis pas. Et si un maure, un tchadien, un somalien, un français, ou un américain croit qu’au Togo tout est permis, qu’il vienne me bousculer sous la douche de ma piscine préférée.

J’ai dit !