Aphtal CISSE

Mal éduqué…

Crédit image: Google

 

Je n’aurais jamais dû poser les pieds à cette école.

Je n’aurai pas dû porter cette culotte longue, cet uniforme,

Ces chaussettes, cette ceinture, et ces godasses difformes.

Je n’aurai pas dû, comme eux, nouer autour de mon cou, ce faux-col

Je regrette de m’être assis sur cette table, face au tableau sombre

Regarder ces calligraphes hypocritement couchées avec du plâtre,

Reluquer cet instituteur maigre et moche, dans sa blouse grisâtre,

Ces dix premières années de mon existence, furent les plus sombres.

Je regrette ces heures passées à hurler à tue-tête

Des lettres et des liaisons incomprises, juste pour être alpha-bête

Ces multiplications, ces soustractions, ces additions, ces stupides opérations

Qui nous ont fait raté l’essentiel ; ignoble et infâme aberration !

Je regrette d’avoir mécaniquement soulevé mes fesses

Chaque fois que l’instituteur, dans la classe, pénètre ;

Je regrette cette terreur qui emplissait tout mon être,

Aux redoutables heures de calcul mental. Je regrette, je confesse.

Je regrette de m’être tu ; je regrette d’avoir été sage.

Cette assimilation, aujourd’hui, m’emplit de rage.

Cette éducation figée, calquée et forcée,

Cette imposture, cette bavure qui,

Dès l’enfance nous torture

Je la regrette ! Oui je regrette

Cette éducation abjecte.


Arouna (suite)

Il sonnait vingt et une heures lorsqu’ Arouna gara la vieille Mercedes de sa mère devant la maison d’ Emefa. Ahmed hésita quelques instants avant de descendre ; Arouna lui, tambourinait déjà la porte.

La porte s’ouvrit quelques instants plus tard, et Arouna reconnut le visage de celle qui serait sa belle-mère. Elle aussi a pris de l’âge, son visage est plein de rides, et sa dentition semble avoir disparue. Elle avait l’air si fatiguée, et surtout semblait réveillée par le bruit de la porte. Elle ne reconnut pas Arouna, au premier abord, et s’enquit sur les raisons de sa visite, sur un ton peu invitant. Ce n’est qu’à l’approche d’Ahmed que le visage de la vieille se décrispa. Elle salua ce dernier de façon fort courtoise et se retourna vers Arouna, le visage illuminé :

« C’est bien toi, Arouna ?», s’enquit-elle avec empressement en poussant un léger cri de joie qui ameuta le reste de la maisonnée. Elle les invite à rentrer, les introduit dans le salon, puis ordonna à un rejeton qui trainait par là d’apporter de l’eau. Arouna parcourt rapidement le petit salon. Rien n’a véritablement changé, à part la nouvelle télé, les canapés refaits, et le portrait du feu père de la famille. Le père d’ Emefa mourut quatre années après le départ d’ Arouna. Il en fut d’autant plus affligé, sachant la complicité qui existait entre Emefa et son père. Un frisson lui parcourt le dos, lorsque ses yeux croisent le regard pénétrant du militaire immobile sur la photo. Le bambin apporta l’eau dans un gobelet qui a connu de meilleurs jours. Par respect, Arouna trempa les lèvres dans l’eau puis passa le récipient à son jeune frère. Tout le monde sait que de retour d’Europe, ou en tout cas des pays des blancs là, on ne boit pas automatiquement l’eau du robinet. On commence d’abord par l’eau minérale, puis les sachets de « pure water ». Les salutations reprennent, et on échange des nouvelles.

Arouna parlait depuis déjà un quart d’heure, lorsqu’une femme fit son entrée. Elle était bruyante, et avait l’air négligée. Son crâne était recouvert d’une mèche pas assez récente, avec un front légèrement bombé et un nez discrètement épaté trônait au centre d’un visage dont la couleur hésitait entre le coca-cola, et le Fanta. Pour ne pas dire que sa peau ressemblait à une carte de géographie, disons plutôt qu’elle a une peau Fanta-cola. Les flasques mamelles mal cachées par un soutif usé lui donnent facilement trente ans.

« Emefa, woezon », dit la vieille à l’endroit de la nouvelle arrivante. Elle répondit sur un ton agacé, en essayant de dévisager les visiteurs. Elle demeura interdit sur le pas de la porte du salon lorsqu’elle reconnut Arouna. Son Arouna, son doux Arouna, son tendre Arouna. Son amour qu’elle pensait ne plus jamais revoir. Instinctivement, Emefa se rua vers Arouna qui, jusque là, ne comprenait pas grand-chose. Il se leva quand même et la prit dans ses bras, la retint quelques instants puis essaya de se dégager afin de mieux reluquer celle que la vieille vient d’appeler Emefa. Il se mit à la regarder sous tous les angles. C’était impossible. Il ferme les yeux, pour chasser l’image de celle qui était en face de lui, pour se remémorer la douce et agréable Emefa qu’il a connu ; la sucrée et appétissante Emefa qu’il a jadis possédé, la pétillante Emefa qui le maintient en vie, celle a qui il dédie son diplôme de médecine. Non, Emefa, la jolie Emefa aux seins fermes, aux cheveux crépus, au magnifique teint d’argile cuite, aux lèvres d’amandes, aux fesses vertigineuses, à la hanche forte et à la chaloupant démarche, sa douce Emefa, polie, respectueuse, véridique, franche, pure… Il rouvre les yeux : une fille moche et maigre comme un clou de cadre pour photo. Ahmed, tapis dans son fauteuil, s’y vautra d’avantage, en essayant de ne pas trop imaginer la peine de son frère aîné.

Tandis qu’ Arouna tenait Emefa, ou du moins ce qu’il en reste, du bout des bras, un marmot se traina délicatement au sol un peu crasseux du salon, puis vint s’agripper au pagne négligemment noué de cette dernière. D’un seul geste, Emefa saisit l’enfant, le remonta au niveau des reins, dévoila une des mamelles puis enfonça le bout dans la bouche du gosse. Ce fut la scène de trop. Arouna réussit à maitriser ses pulsions. Il fit preuve d’une maitrise de soi inégalable. Sans placer mot, il tourne les talons puis se dirige vers la sortie.


Hommage à toi

 

 

Annita, jolie camarade loméènne ayant acceptée poser pour moi

Hommage à toi, belle femme africaine!

Adorable femme au skin d’ébène.

Dans le profond silence de ma « négrologie»,

Je fais ta louange en litanie.

Toi dont la couleur reflète la rigueur,

Pondérée et soumise tu excites ma vigueur.

Ta cuisine pimentée fait sauter ma langue ;

Goulument je dévore ton Yassa à grand renfort de langue

Accroupie, tu me présentes le lait caillé,

Dessert en ce pays si fort apprécié

Tes dents blanches reflètent la blancheur

Des matinées s’annonçant en de vagues lueurs.

Quand tu vas au marigot dans ta camisole claire,

Trempée, se fait voir la touffe gracieuse de ton pubis ;

Alors, confus, je n’arrive plus à retenir

La bosse qui, progressivement se forme entre mes cuisses.


Les frasques d’Arouna

Lorsqu’Arouna boucla sa dernière valise, il était tout autant excité de revoir sa douce et tendre Emefa que sa Da’a. La première, c’est sa complice, la seconde, sa génitrice ; les deux femmes les plus importantes de sa vie. Avant de ranger son passeport dans la poche interne de sa veste, il reluqua une dernière fois son billet. Un aller simple Toulouse-Lomé. Une courte prière adressée au ciel, il sort rejoindre ses amis qui l’attendaient au salon, venus lui dire au revoir, et surtout lui confier quelques colis pour la famille restée au pays. Ils s’embrassent, s’échangent quelques blagues puis direction aéroport. L’enregistrement des bagages fut rapide, et l’appel ne se fit point attendre. Quelques minutes plus tard, Arouna prit place sur le vol Air France, en direction de sa patrie.

Il sortit la photo qui jamais ne le quittait. Le visage innocent, calme, souriant, serein, envoutant, et enivrant d’Emefa ne fit qu’amplifier sa détermination à rentrer au pays. Arouna faisait partie de ses jeunes gens qui croyaient au travail libérateur. Orphelin de père, et aîné de deux frères, il vécut à la charge totale, effective et permanente de sa mère. Conscient de sa situation, il ne trouvait du réconfort que dans les fortes notes que les enseignants lui attribuaient. Après son Bac II, il réussit à s’inscrire en faculté de médecine dans une université du sud de la France. Là aussi, il réussit brillamment et obtient son doctorat au bout de huit années d’études, et deux années de stage pratique. Dix ans donc qu’il avait quitté le Togo, dix ans passé loin du giron maternel, loin des câlins d’Emefa. Il demeura sourd aux supplications de ses compatriotes, et était convaincu que sa place était au pays ; il sentait la nécessité de retourner assouvir les pleurs de sa nation.

« …. Veuillez s’il vous plaît attacher vos ceintures…. » La douce voix de l’hôtesse ramena Arouna à la réalité. Il respira un grand coup, rangea la photo, puis attacha sa ceinture. Il ne dormit point, durant le vol, et son excitation redoubla durant l’escale de Dakar. Rentrer au pays, revoir les camarades, embrasser à nouveau sa mère, blaguer avec ses petits frères, faire l’amour avec Emefa,… tout cela le rendait à la fois heureux et nerveux.

Le dernier virage effectué par l’avion pour se positionner sur la piste d’atterrissage dévoile Lomé sous un angle qu’Arouna n’a jamais vu. Lomé, à cette heure de la nuit, était à la fois si vive, si animée, si éclairée, si vivante, si accueillante, et  si…  L’avion,  après d’interminables minutes, finit par s’immobiliser. Arouna faillit bousculer tout le monde pour sortir le premier. Mais, la sagesse, et surtout son nouveau statut de Médecin-généraliste reprirent le dessus.

Il récupère ses bagages, accomplit les formalités douanières, puis sortit du hall. Il n’eut point à attendre longtemps. Quelqu’un hurle son prénom et se jette presqu’aussitôt à son cou. Il serra fortement l’inconnu contre lui avant de reconnaître son petit frère Ahmed. Permettez que je passe sous silence la scène de liesse de l’aéroport.

On s’échange les salamalecs d’usages, on prend les nouvelles de toute la famille, on rigole des minutes durant, on remercie le Ciel pour ses bienfaits, puis on congédie tout le monde, afin de laisser Arouna se mettre à l’aise, et se reposer. A chaque jour suffit sa peine.

Le nouvel arrivant retrouve sa chambre d’adolescence, dans le même état où il l’avait laissé. La même couleur sur les murs, les meubles et le lit toujours aux mêmes endroits, et une bonne odeur de javel, témoignage d’une récente mise au propre. Arouna dormit comme jamais il ne l’a fait, ces dix dernières années. Il sonnait presque quinze heures lorsqu’il ouvrit les yeux. Rapidement, il prend une douche, et rejoint Da’a. il s’entretint des heures durant avec sa mère qui visiblement faiblissait sous le poids de l’âge. Arouna refusa poliment mais fermement d’aller saluer ses oncles et tantes comme sa mère le lui avait demandé, et préféra réserver sa toute première sortie à Emefa. Il demanda à Ahmed de mettre au propre la voiture de Da’a, et de s’apprêter lui-même à l’accompagner.

Emefa savait qu’Arouna se préparait à rentrer, mais ignorait la date exacte de son arrivée. Celui-ci voulait lui faire la surprise. Il prit donc un petit sachet dans lequel se trouvait un petit présent, un parfum Chris Adams. Il réservait le gros du cadeau pour les prochaines visites, et surtout lorsqu’Emefa viendra chez lui. Il s’habilla légèrement mais de façon fort élégante. Une magnifique Paul Smith blanche, boutonnée à moitié, un pantalon de velours, une Rolex au poignet, et surtout ce parfum insistant, embaumant, léger, et agréable qui caractérise tous ceux qui reviennent à peine de la métropole.

Arouna cachait mal son excitation, et Ahmed avait du mal à le comprendre. Il était également surpris par la facilité avec laquelle son aîné se retrouvait dans cette ville qui a beaucoup changée. Les rues n’étaient plus vraiment les mêmes, les quartiers avaient complètement changés. En dix ans, Lomé s’était vraiment métamorphosée. Pourtant, Arouna semblait n’avoir jamais quitté la ville. Il s’y retrouvait avec une facilité déconcertante. Ne sachant pas vraiment où ils allaient, surtout qu’Arouna roulait vite, le petit frère préféra discuter de choses banales. Il sonnait vingt et une heures lorsqu’Arouna gara la vieille Mercedes de sa mère devant la maison d’Emefa. Ahmed hésita quelques instants avant de descendre ; Arouna lui, tambourinait déjà la porte.


Faut-il combattre le phénomène de la juridictionnalisation du Droit International?

 

Les évènements du siècle rendent nécessaire la mise en place d’un nouvel ordre mondial, capable d’assurer à tous les habitants de ce qu’il convient d’appeler « village planétaire », une stabilité, une paix et une sécurité. Ce nouvel ordre mondial, acclamé et adulé par certains, décrié et diabolisé par d’autres, s’installe tant bien que mal, avec des volets quasi-stables et des volets hésitants. A l’ordre de ces derniers, nous pourrons inscrire le phénomène de la juridictionnalisation du droit international.

Par juridictionnalisation du droit international, il convient d’entendre le mouvement de plus en plus croissant par lequel l’ordre international est soumis au droit, et donc au juge international qui en assure l’interprétation et l’application, en vue d’en sanctionner les violations.

Jadis, le droit international était un droit dominé par le plus fort. Qui disposait d’une impressionnante puissance militaire, avait droit de citer, dans le concert des nations. Cependant, de plus en plus de conflits sont soumis au règlement pacifique des instances internationales, d’où la nécessité de créer des juridictions pour la résolution desdits conflits.

Ce fut donc une salvatrice innovation que d’avoir institué la Cour Permanente de Justice Internationale, ancêtre de la Cour Internationale de Justice. Progressivement, d’autres juridictions internationales firent leur apparition, enrichissant le paysage juridique international.

La question que l’on doit se poser au vu de tout ceci est de savoir si la juridictionnalisation est une aubaine. Si oui, faut-il encourager ? Sinon, faut-il la combattre ?

J’ai adopté une position fort nuancée, par rapport au sujet sur lequel je planche. En effet, la juridictionnalisation du droit international est vivement souhaité, même s’il faudra véritablement encadrer le phénomène.

UNE JURIDICTIONNALISATION SOUHAITEE :

La prolifération, ou en tout cas, l’émergence des nouvelles juridictions internationales se trouve justifiée par les tares congénitales des toutes premières juridictions, et la montée en force de nouveaux acteurs et besoins du Droit International Public.

–          A la fin de la première guerre mondiale, l’idée est venue de soumettre les conflits à un règlement pacifique, en dotant l’ordre international d’un ordre juridictionnel compétent pour se saisir des questions relevant de l’application du droit international public. Ainsi, fut créée la Cour Permanente d’Arbitrage, et la Cour Permanente de Justice Internationale. Ces juridictions, bien que dotées de compétence universelle, n’admettaient leur compétence qu’à l’égard des litiges interétatique. Les personnes physiques étaient donc exclues du champ de compétence de ces juridictions. Elles ne pouvaient ni saisir, ni êtres citées devant lesdites juridictions. Il convient d’ailleurs de souligner qu’à cette époque, la pénalisation des relations internationales et la sanction étaient des notions inconnues. La sanction étant une condition nécessaire à l’efficacité et à l’effectivité du droit international… nous ne pourrons non plus occulter le fait que le sujet exclusif et originaire du droit international était l’Etat. Les statuts instituant la CIJ et la CPA se justifiaient à l’époque, mais apparaissent à présent obtus et dépassé, avec l’émergence de nouveaux acteurs et besoins du droit international.

–          Le besoin d’individualiser la responsabilité pénale, très tôt ressenti en droit international, fut longtemps mis à mal par l’absence des juridictions pénales internationales compétentes. L’article 277 du Traité de Versailles qui rappelait le principe de la responsabilité exclusive de l’homme, posait les prémices de la création des Tribunaux Pénaux Internationaux chargés de combler le vide créé par les statuts de la CIJ. C’est désormais un principe plus ou moins acquis que les personnes physiques peuvent se rendre coupable de crimes internationaux. De Nuremberg au Rwanda, en passant par Tokyo et l’ex-Yougoslavie, les Tribunaux Pénaux Internationaux ad hoc se sont multipliés et sont désormais, à tort ou à raison, source d’inquiétude. Plutôt que de s’en inquiéter, il faille plutôt encadrer le phénomène.

 

UNE JURIDICTIONNALISATION ENCADRÉE

 

Le nouvel ordre mondial, doit encadrer le phénomène de la juridictionnalisation du droit international. Il en va de sa stabilité. Cet encadrement, selon moi Aphtal CISSE, passe nécessairement par deux axes majeurs : l’harmonisation de la jurisprudence internationale, et la renégociation des statuts des tribunaux pénaux préexistants et à venir.

 

–          L’intitulé de cette sous-partie de mon article paraît limitatif, mais l’idée qui le justifie se veut plus large. Au sens où nous l’utilisons, l’harmonisation de la jurisprudence est sujette à celle de la législation internationale. En effet, si l’on doit instituer les juridictions, il faut que ces juridictions puissent disposer d’un véritable arsenal juridique textuel sur lequel s’appuyer. En l’absence de Code Pénal International, ou plus généralement, en cas de carence de législateur international, il ne saurait y avoir de juge international. S’il y en a, celui-ci manquerait de textes pouvant servir de socle à son métier. Certes, il existe des conventions internationales bilatérales ou multilatérales. Mais leurs dispositions pénales sont fort éparses et elles ne lient que les parties à la convention.

Il convient donc d’harmoniser, en amont toutes les dispositions pénales à caractère international. Un code pénal universel, applicable à tous les états et erga omnes. Ceci étant, l’interprétation des textes ainsi codifiés devra également être harmonisée. Les hauts magistrats de ces cours internationales appartiennent tout d’abord à des états, et donc sujets à l’idéologie et influence de ces états. Un juge issu du Commonwealth aura-t-il la même appréciation qu’un juge français ? Je propose qu’il soit institué une école universelle, où tous les magistrats internationaux s’inscriront. Ceci aidera fortement à l’harmonisation, à la formation, à l’interprétation, et à l’application de la loi pénale internationale.   A défaut, il faudra passer à la renégociation des statuts des TPI.

 

–          S’il existe un moyen pour limiter la juridictionnalisation du Droit International, c’est bien celui du changement radical des statuts desdites juridictions. Selon moi, les statuts des Juridictions internationales comportent en eux-mêmes leur frein : compétence ratione temporis, ratione loci…. Expressément manifestée… en limitant les tribunaux dans le temps et dans l’espace, l’on est obligé d’en créer plusieurs, afin de couvrir tous les faits de la surface du globe. En créant des juridictions avec des compétences territoriales plus élargies, on en limite ainsi le nombre, et leur contrôle sera beaucoup plus aisé. Le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) est spécialement institué pour le Rwanda, et pour des faits précis. Ensuite quoi ? Faudra-t-il créer un Tribunal Pénal International pour le Togo, ou pour le Mali ? Un Tribunal Pénal International pour l’Afrique n’est-elle point plus opportune ?

 

La juridictionnalisation du droit international est un phénomène qui indéniablement prend de l’ampleur. Mais plutôt que d’en avoir peur et tenter de le freiner, il urge de l’encadrer et de prendre des dispositions idoines en la matière.

J’ai dit.


Echec et Mât

 

Bien que médiocre aux jeux de sociétés, j’ai toujours nourri une certaine fascination pour le jeu d’Echecs. Je n’y comprends pas grand-chose mais je trouve les pions si jolis, si élégants, si nobles et si sombre. Les fous, les rois, les tours, les reines, et les chevaliers, tout cela me paraît si beau et si inaccessible. En bref, tout ce que je savais de ce jeu, c’est qu’il fallait tout faire pour sauver la reine. (Enfin, je pense). Mais cette innocente fascination a tôt fait de se muer en véritable passion lorsqu’après une conférence sur les régimes politiques, j’ai rapidement fait le parallèle entre Jeu d’échec et Monarchie (aujourd’hui, République).

Au fait, cet article est consacré à une partie de jeu qui se déroule actuellement dans le royaume des  Gnassimgbé, en terre togolaise. Cette partie de jeu, je la nomme PASCALGATE, en référence au has-been Ministre de l’administration territoriale, de la décentralisation et des collectivités locales, Monsieur Pascal A. Bodjona. Visualisez l’échiquier comme le royaume Gnassland, et que le Roi, soit Faure Gnassimgbé. Il se trouve donc bien entouré de ses cavaliers, de ses tours, et surtout, une bonne rangée de fous se trouve à sa disposition pour sa défense. Seulement, l’équipe adverse est tout aussi bien nantie, et l’enjeu de la partie, ce sont les 25.000.000.000 FCFA qu’un certain émirati Abass Youssef aurait perdu à la faveur d’un « réseau international d’escrocs ». la partie a débutée depuis plus d’une année, aucune des parties ne semble prêter le flanc à la défaite. Puis tout à coup, un pion est sacrifié : Agba Bertin. Très rapidement, il est mis au chaud puis la partie continue. L’on ignore la véritable raison de pareil coup, mais les règles étaient claires dès le départ : Pion touché=pion joué. 25.000.000.000 FCFA, ce n’est pas rien.

Le jeu semblait jusqu’alors équilibré, sauf que les déplacements effectués par l’équipe Gnassland faisaient redouter un sabordage pur et simple. Des fous tels qu’un juge d’instruction, un procureur, un président de Cour ont été avancés et rapidement engloutis par la partie adverse. Un grand cavalier, Président de la Cour suprême, fut également sacrifié. Pourtant, le capitaine ou plutôt le Roi demeurait impassible, silencieux, calme et serein. Il avait l’air de savoir ce qu’il faisait. Un autre coup, et le pion touché n’était autre qu’un Cavalier et point des moindre : Pascal Bodjona. Souvenez-vous de la règle d’or : Pion touché=pion joué. Sauf que la Reine n’était pas n’importe quel pion. C’est l’un des pions les plus essentiels de l’échiquier ; par ricochet, Bodjona était une pièce maitresse du royaume Gnassland. Et pourtant, il a bel et bien été touché ; sera-t-il joué comme les autres pions ? Avec mon regard d’amateur, je ne peux que me contenter d’une phrase : Cette partie est vraiment de très haut niveau. La conduite à tenir, c’est de s’asseoir, la main droite sous le menton, la main gauche sur un genou, et regarder attentivement les déplacements des grands joueurs. Que se passe-t-il à Gnassland ? Si jamais la Reine venait à être sacrifiée, que restera-t-il du royaume ? Qui pourra la remplacer ? Quel sang versera-t-on pour expier le péché d’escroquerie internationale ? Faut-il faire confiance au Roi qui avance sans sourciller ses plus proches pions ? A quoi joue-t-on ? Au poker ou aux échecs ? Full aux as, ou échec et mât ?

J’ai dit.


Devant Dieu et devant les hommes

   C’est avec consternation, et abattement spirituel que j’ai eu connaissance du contenu du film « innocence of Muslim« . Je ne perdrai point mon temps, ni mon énergie pour condamner ou juger cette réalisation; l’histoire s’en chargera.  Mais c’est avec un air amusé, sinon intéressé que j’ai suivi les manifestations d’une partie du monde musulman, pour protester contre le film précité. Qui osera affirmer que le monde musulman est imprévisible?

Jusqu’à ce stade des évènements, rien d’anormal. Un américain qui provoque, un mahométane qui riposte, nous y sommes habitués. Sauf que cette fois, il y a un élément d’extranéité. CHARLIE HEBDO. Charlie Hebdo n’est plus à présenter, et ses frasques ne peuvent plus êtres ignorées. En effet, la récente parution de ce magasine satirique  français fait alimente moult conversations, à cause des caricatures peu élogieuses qu’elle fait du Prophète Mahomet (PBSL).

Immédiatement, et c’est là l’intérêt du présent article, un arsenal policier est déployé devant les locaux de la rédaction de Charlie Hebdo, afin d’éviter d’éventuels représailles. Mieux, les représentations diplomatiques françaises se sont transformées en bunker, à cause de l’importante armada déployée autour de chacune d’elles. Les écoles et instituts français n’ont point été négligés, en attendant le retour au calme.

La France a eu un  réflexe paternaliste, en protégeant les auteurs des caricatures, et ses ressortissants à l’étranger. Cet acte si noble, si spontané et si désintéressé me fait réfléchir. La France a-t-elle agi à titre préventif? Oui? Vraiment? Ne pouvait-elle pas prévoir pareille parution du magasine satirique? Était-elle incapable de rappeler à l’ordre le directeur de publication? Aurait-elle oublié le scandale causé l’an dernier par cette même maison de presse et les réactions engendrées? Pourquoi laisser paraitre pour enfin chercher à protéger? Pourquoi cautionner l’opprobre et l’atteinte portés à la foi pour empêcher qu’un cocktail Molotov n’atterrisse sur une battisse? Qui protège-ton?  Que défends-t-on? Cela ne gêne pas grand monde qu’un envoyé de Dieu soit tourné en ridicule, mais tout le monde s’insurge contre la moindre flamme allumée. Au nom de la Liberté d’expression? Si oui, la liberté d’expression devra avoir son  revers: le droit de réponse. Je ne tiendrai point un discours négationniste en disant que le monde court a sa perte. Cependant, que chacun se pose les bonnes questions. Entre le sacré et l’idéal, il faut réfléchir à plusieurs fois avant de faire un choix.

J’ai dit