Aphtal CISSE

Bakhary Potter! Arrêtons le massacre

Broom (Crédit: MorgueFile)

Janvier dernier, j’étais au village de ma mère, pour les funérailles de mon grand-père. C’est une petite localité, située à un peu plus de 145 km de Lomé. Elle est à environ 60km de la ville touristique de Kpalimé, et donc située dans la région des plateaux. C’est un village calme, chaleureux, accueillant, et reposant. Il est traversé par une petite rivière, qui justement passe exactement sous la fenêtre de feue ma grand-mère Béatrice, morte, elle depuis 1997. Le soir, la chorale des cigales égayait nos tympans, et la fraîcheur qui s’abattait sur le village, nous fait oublier pour quelques jours, le quotidien stressant de la capitale.

D’ailleurs voici quelques images du village…

image: Aph Tahl
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Pourtant, Kpélé-bémé (puisque c’est de ce village dont on parle), n’a rien d’une carte postale. Ne vous y trompez guère. En s’y rendant, le repère qui annonce l’arrivée, est un cimetière, à l’orée du village, rafraichi par l’abondant feuillage d’un immense manguier. Quelques mètres plus loin, c’est le pont qui surplombe la rivière sus-citée, puis la bâtisse de l’église presbytérienne, l’un des rares édifices en ciment, à la façade moderne. Oui, le village compte deux débits de boissons, et c’est tout.

Je discutais avec mon Oncle William, sur l’état et l’aspect du village, en lui servant un discours plutôt accusateur, ciblant les intellectuels de la localité. Je leur reprochais principalement d’être de mauvais acteurs de développement de la nation ; je leur reprochai d’être inutile au village, d’avoir déserté la région pour s’agglutiner en ville ; je leur reprochai leurs investissements qui auraient été bénéfiques et salutaire au village qu’ailleurs. Il sourit, me regarda, termina son petit verre de Sodabi, puis me dit :

« Vas te reposer, nous avons du boulot. Demain après l’enterrement, et les salutations, reviens me voir. Je te ferai visiter le village. Allez, file ».

Adepte du Silence, je ne dis mot, puis regagne mes quartiers. D’habitude, j’occupe la chambre de grand-mère, avec d’autres cousins, ce qui vaut de sérieux reproches à ma mère, de ma part. C’est vrai quoi, elle pouvait aussi construire une petite pièce dans la cour non ? Pourquoi toujours s’entasser dans une vieille chambre avec les autres cousins ?

Samedi, mise sous terre de mon grand-père Gustave.

Lorsque j’arrive enfin à la maison, vous savez, on doit restaurer les invités. Ce qui fut fait. Oncle William, allons visiter Bémé. Le village n’était pas vraiment grand, alors, une heure de temps à suffit pour faire son tour. Mon oncle, Chef Laboratoire à l’hôpital de Sokodé, se sentait visé par mes critiques, et tenait à ce que certaines équivoques soient levées. Ce qu’il me dit, je le résume ainsi :

« Petit, personne n’est fier de revenir voir le village dans cet état. Mais c’est mieux ainsi. Tu sais, nous autres, sommes trop petits pour révolutionner quoi que ce soit. Ce village a eu des natifs qui furent premier ministre, ministres, députés, médecins, et qui occupèrent de bons postes décisionnels. Tu crois qu’ils n’ont jamais essayé de changer l’aspect du village ? Regarde cette maison par exemple, elle appartenait à un architecte. L’autre au fond, non crépie là, c’est un médecin qui le construisait. Là, c’est à un professeur d’université ; là, c’est à une dame, revendeuse au grand-marché de Lomé ; tu vois celle qui a les tuiles sur le côté-là, c’est à un ingénieur agronome, vivant jadis en Russie. Regarde, quelqu’un a même tenté une maison à étage…. »

J’avoue que c’est la première fois que je découvre ainsi Bémé. Mais chose étrange, toutes les maisons, je dis bien toutes les maisons que mon oncle m’a fait visiter, avaient une chose en commun : c’est d’être inachevée. Toute maison construite avec du ciment, demeure à l’état de chantier, c’est-à-dire, jamais terminée. Il y en a qui s’arrêtent à la fondation, d’autres ont des mûrs qui arrivent au moins au niveau de la fenêtre ; et pour les plus chanceux, les mûrs s’arrêtent au niveau du chaînage. Ce que mon Oncle m’a donné comme raisons à cet état des choses, m’a glacé le sang. Tous ceux qui commençaient à construire au village mourraient d’une façon étrange : accident de circulation, courte maladie, fièvre, maux de ventre, suicide, et autres. Sans blagues.

Tu veux avoir une maison de campagne, ils t’offrent une place sous le manguier du cimetière. C’était quasi systématique. Les rares personnes qui arrivent à avoir une maison totalement construite sont celles là qui ne sont pas originaire de la localité, et qui ne s’y sont pas mariées. C’est la triste vérité. J’ai honte de le dire, mais il y a des gens au village qui mangent les âmes des gens, et qui naviguent à contre courant de la civilisation. Je sais pas comment ça se passe chez vous mais, à Bémé, en ce 21ième siècle, les gens meurent pour s’y être rendus en joli véhicule 4×4, pour avoir apporté un sac de riz parfumé, pour avoir acheté un paquet de ciment, pour avoir démoli la vieille case de grand-père et tenté de la reconstruire en plus grand. Et après les funérailles, gare à qui voudra profiter du calme retrouvé, avant de regagner la ville. S’il n’est pas mordu par un serpent, on le retrouve froid dans son lit, au lever du soleil.

Demandez-moi pourquoi, malgré mon amour et mon respect pour Vieux Gustave, je regagne Lomé, le soir même de l’enterrement. En rentrant de la tournée avec mon oncle William, il salue un vieux, qui me serre également la main, et me demande si c’est moi le fils d’Olivia. Euh oui, répondis-je, hésitant.

« Ah, tu dois être Afoutali (vieux con, on dit Aphtal), le premier gosse qu’Olivia a fait chez les cotocoli non ? C’est pas toi qui fais les études que font les avocats là ? J’ai appris que tu as terminé au campus, ou bien ? Ah tu as bien grandi hein ! Désolé pour ton grand-père, petit. Il était vieux mais, il aurait pu boire la bouillie dans ton salaire, hein, tu sais ? Du courage, petit. Ton stage là se passe bien j’espère ? Reviens nous voir de temps en temps, on ne coute pas cher ! On a plus de dents pour manger viande, donc on ne boit que Sodabi. J’attends ma bouteille, petit ».

 

Han ? C’est qui, lui ? Village là où on ne vient que 2 fois par an, pour un ou deux jours en tout ? Lui il connait mon parcours comme ça ?

« Neveu, tu vois pourquoi on veut rien faire ici ? On fait tout pour oublier les gens du village, mais eux ne nous oublient jamais », me dit, oncle William. Qui a dit que c’est seulement à Poudlard qu’on sait voyager à dos de balai ? Voldemor vit parfois à Bémé !

J’ai dit!


Un nègre à l’assaut de la Basilique…

Crédit: MorgueFile

Comme vous, j’ai appris hier la démission du patron de l’église catholique. Pourquoi cela a-t-il eu tant d’écho ? Eh bien parce que ce poste, ce n’est pas comme la présidence du FMI, qu’on quitte après des galipettes au Sofitel ; ce n’est pas la présidence d’une quelconque République, qu’on quitte à la fin de deux mandats, ou après un vote du Parlement. Être Pape, c’est autre chose ; c’est appartenir à Dieu, rien qu’à lui ! C’est être président du plus petit et du plus puissant état de la planète ; c’est être le chef d’un royaume ayant la plus forte diaspora au monde. Bien qu’on soit désigné par des évêques, il s’agirait d’un choix purement divin (enfin, c’est ce qui se dit). Et ce poste est régit par le droit canon, un droit de Dieu, même si Dieu a fini de légiférer depuis les tablettes de Moïse.

Lorsqu’on est Pape, on est chef de l’église de Dieu. On est comme le Prince de l’Univers, on est plus puissant qu’Obama et Poutine réunis. Je me suis toujours demandé l’opportunité d’un tel poste, mais rassurez-vous, je le respecte énormément.

Le Pape Benoît 16, après avoir examiné plusieurs fois sa Conscience devant Dieu, a décidé de quitter ses fonctions, en raison du poids de son âge.  Sagesse ou tactique ? Dieu seul le sait.

Oui, Benoît 16 est vieux. Il a été désigné Pape à l’âge de 78 ans, occasion de s’interroger sur les conditions d’éligibilité des Papes. Hier, à l’annonce de la nouvelle, je me suis rué vers le petit séminaire de Cacaveli (St Jean-Baptiste de La Salle) , où je me suis lié d’amitié à plusieurs frères religieux, et à un curé.

Pourquoi faut-il un Pape vieux ?

La réponse des frères religieux a été directe, joyeuse, et pas vraiment sérieuse :

« On ne peut pas choisir un Pape, plus jeune que le président américain, russe, ou européen. Il n’y aura plus un véritable respect pour la fonction, si le pape est invité à des dîners par des présidents, ou à une partie de chasse, par d’autres. Ça va vraiment pas être cool. »

Oui mais, Benoît, lui était encore plus vieux non ?

« Aphtal, toi aussi tu es au courant des scandales et des abominations commis par des curés et des hommes d’église ! Cela veut dire que nul n’est parfait. Alors, même si le pape, que Dieu me pardonne, désire se le faire astiquer, au oins, son absence d’érection, ses maux de prostate, son diabète, et autres maladies séniles l’en empêcheront ! Il y va de l’honorabilité de la fonction. »

D’accord, mais cela ne suppose-t-il pas que vous offrez un moribond en sacrifice à l’éternel ? Pourquoi ne pas confier cette tâche à un jeune et vigoureux homme de la trentaine, qui y sacrifiera son énergie, sa force, et sa jeunesse ? Dieu n’a-t-il pas demandé qu’on lui donne en sacrifice le meilleur mouton du cheptel ?

« Hé musulman là, laisse-moi terminer ma lessive ! Le meilleur mouton du cheptel n’est pas forcément le plus jeune ; mais aussi le plus mûr et le plus expérimenté. Si tu veux nous aider, quitte ici et va prier pour le pape, et pour ceux qui auront la charge de lui désigner un successeur. »

Quid de la race du Pape ?

Oui, un successeur, d’accord, mais, je suis sûr qu’on va encore nous désigner un Blanc, précisément un européen comme Pape. Pourquoi tu penses cela, Aphtal ? Oh c’est toujours pareil. Le FMI, c’est pour l’Europe, la Banque Mondiale, c’est pour les États-Unis, rien pour l’Afrique, même pas la Basilique. Il a fallut longtemps, oh très longtemps pour voir un noir à la Maison Blanche. Combien d’années faut-il encore, pour qu’un nègre soit Pape ?

« Tsrou, tu parle trop, et puis tu poses trop de questions. Cela n’a rien à voir avec la race, c’est Dieu qui inspire et qui désigne le Pape ; qu’il soit japonais, coréen, indien, ou angolais, c’est le Dieu qui l’aura choisi.»

Alors là votre Dieu, il est raciste, ma parole. Jean, Marc, Judas, Paul et consorts n’étaient pas africains. Il a choisi Jésus, né à Bethléem, comme Prophète ; il a choisi Mahomet, né quelque part en Arabie, comme Prophète, et c’est tout. Depuis, il n’y a jamais eu un seul prophète noir originaire d’Afrique. Si c’est comme ça, votre Dieu n’est pas Africain, et votre Pape ne pourra jamais être noir.

« Aph, je n’ai jamais refusé répondre à tes questions, lorsque tu viens en néophyte, comme d’habitude. Mais lorsque tu viens avec tes a priori, et peut-être, désire des informations pour ton blog, que j’aime bien mais que tu prends trop au sérieux, tu sais très bien qu’on ne remplit pas une coupe déjà pleine. »

Il ne répondit plus. J’en conclus que je l’ai peut-être offensé, ou peut-être avais-je raison. Il y a plus de chrétiens catholiques en Afrique qu’en Europe. En Amérique latine, également, le nombre de fervents catholiques bat tous les records. Du coup, les catholiques européens font à peine le quart de la population catholique.

Franchement, Dieu, si c’est vraiment Toi qui désigne le Pape, il faut revoir sa couleur ! Un gringo, ou un negro à la tête de Ton cheptel, ça ne fait pas mignon ? Hein ?

Et si Frère Émile avait raison? Peut-être que je prends trop au sérieux ce blog. Je vais prendre des congés, et me ressourcer.

J’ai dit.


A tous ceux qui meurent en Silence…

Emergency (MorgueFile)

Zacharie, c’est son prénom. C’était une connaissance, un camarade, peut-être un ami. Notre rencontre fut l’une des plus fortuites, et, ma foi, la plus bizarre.

J’étais en consultation ophtalmologique au Centre Hospitalier Universitaire du Campus de Lomé, attendant mon tour, lorsque ce jeune homme, à la démarche hésitante, au physique pas très engageant, fait son entrée. Les bancs d’attente étaient tous occupés, alors il se tient debout, contre le mur. Je ne lui accorde aucun intérêt, et me concentre sur mon mal à moi. Après une dizaine de minutes, il semblait ne plus tenir sur ses deux pieds. J’ai eu envie de lui céder ma place, mais la dame assise à mes côtés me devance. Le jeune homme (quand même plus âgé que moi) s’assoit alors à ma gauche. J’étais dérangé, à cause de ses vêtements pas bien entretenus (ce n’est pas de l’exclusion mais…) mais aussi et surtout à cause de sa quinte de toux grasse. Allergique moi-même à cause de mon asthme, je déteste toute situation pouvant m’exposer à toute contamination.  J’avais envie de prendre de l’air, mais j’étais sûr que cela aurait été mal perçu par les autres patients.

J’étais le numéro 15 de la liste d’attente, lui tenait le 19. Au moment où j’apprête mon carnet, et mon reçu, l’une des assistantes sort puis adresse un bonjour sympathique au jeune homme :

« Hé, drépano, tu as quoi encore? Tu fais quoi ici ?

–          Mes yeux ne laissent pas tranquille la, grande-sœur.

–          Oh, on va voir ça ok ? Tu as tes papiers d’assurances non ?

–          Oui ! Je suis déjà fatigué, quoi ! J’ai froid, j’ai envie de rentrer.

–          Patiente ! Le numéro 19 va passer tout de suite d’accord ? A plus »

 

Puis l’assistante s’éloigne. Il était donc drépanocytaire, selon le sobriquet par lequel il vient d’être désigné. Lorsque vint mon tour, sans trop savoir pourquoi, je lui remets mon numéro, puis prends le sien, lui permettant ainsi de passer avant moi. Il ne me remercie même pas, et se dirige difficilement vers la salle de consultation.

Lorsque je fini de me faire tripoter les yeux par le toubib, j’avais déjà oublié Zacharie, le jeune homme de tout à l’heure. Mais lui, m’attendait près du parking, et me héla lorsque j’arrive à sa hauteur. Il se met à me remercier, et à parler de certains trucs ; moi je voulais m’en aller le plus vite possible. Il me dit qu’il me trouve sympa, gentil et qu’il aimerait qu’on soit camarades. Qu’à cela ne tienne ! On s’échange nos numéros de téléphone, je l’aide à atteindre la sortie (il avait une véritable difficulté à se déplacer). On se sépare comme cela, sans grande conviction.

Il fut le premier à m’écrire. Au fil des échanges, je découvre un jeune homme brillant, cultivé, joyeux, désirant vivre pleinement la vie. Il ne pouvait, et ne voulait pas venir chez moi, à cause de son handicap, et de sa toux. Je me suis efforcé de me rendre chez lui, deux ou trois fois, lors de mes heures creuses, le week-end. Je ne me suis jamais ennuyé en sa compagnie, tellement il était cultivé, et enclin à la lecture. Tout ce qu’il savait cependant de Mondoblog, c’était le bref passage de Ziad dans Couleurs Tropicales, chaque Lundi. Il s’informait, lisait, se soignait, se battait, et se donnait.

Selon ses dires, ses parents sont tous drépanocytaires, et sa mère en mourut, il y a trois ans. Son père, n’était pas vraiment présent, alors il devait se débrouiller, et ne devait sa survie qu’aux bons soins d’une cousine maternelle. Le samedi 02 février dernier, j’étais chez lui, avec une console de Play Station III. Nous en avons joué, surtout au foot et à God Of War. Il se débrouillait pas mal, et apprenait très vite.

C’était notre dernière rencontre ! Hier dimanche, tard le soir, la généreuse cousine de Zacharie m’appelle, et m’annonce la mort de mon camarade. Il est mort la nuit de Vendredi à samedi, après une  courte et douloureuse crise. J’étais si étonné que j’ai oublié que la chose qui se faisait en pareille circonstance, était de consoler le membre de la famille qui vous informe. Je me souviens de l’un des tout derniers messages de Zach : « Frérot, oublie ça. Tu as la tête, tu as la forme, tu as la santé, et tu es généreux. Avec tout ça, tu n’as rien à craindre. Pour l’inauguration là, je ne veux pas mettre mal à l’aise tes clients, mais si Dieu nous prête vie, je serai là, à l’écart, pour admirer ton succès. Tu fais quoi là ? »

Par expérience et par principe, je me méfie toujours de tout, et de tout le monde, me donnant assez de temps pour connaître  l’autre, avant de me laisser aller. Mais, je ne me savais pas capable de m’attacher si rapidement à autrui. Oui, je pense toujours à Zacharie, à sa maladie, à son sursis, à son envie de vivre, à son amitié, et aujourd’hui, à tous ceux qui souffre de drépanocytose à travers le monde.

J’ignore si je serai présent à la messe d’enterrement ! Excuses-moi, Zach, tu m’as interdit de m’apitoyer sur ton sort ; je n’ai aucune envie de pleurer devant ton cercueil, alors, vas, et que la terre te soit légère.

Tout savoir sur la drépanocytose: 1 2 3 4 5 6     

J’ai dit.


Ces actes qui prouvent que nous sommes cons…

Sheep (MorgueFile)

Je suis togolais. Je ne vous apprends rien. J’aurais vraiment aimé m’adresser à vous sur un ton solennel, vous dire que je suis fier de ma patrie, que je suis fier d’être togolais, que je suis prêt à verser jusqu’à la dernière goutte de mon sang, pour préserver l’honneur de ma nation, sauvegarder son intégrité, et tout ce qui va avec. Je meurs d’envie de vous crier mon amour et mon attachement pour cette petite bande de terre coincée entre le Bénin et le Ghana, mais franchement, j’en suis incapable.

Je sais que j’ai des prises de positions qui frisent le délire, mais qui n’engagent que moi. Mais je ne peux m’empêcher de dire ce que je pense. A défaut d’avoir des interlocuteurs disposés à m’ouïr, je me recroqueville sur ce petit espace qui m’est alloué pour griffonner mes ressentiments. Grâce à Mondoblog au moins, nos écrits ont du crédit.

J’ai commencé par m’intéresser à la chose politique, depuis le coup d’état constitutionnel de 2005 qui a porté l’actuel président à la magistrature suprême. C’est pour avoir une petite idée de la chose, et de savoir ce qui doit être, que j’ai opté pour les Sciences Juridiques. J’ai fini par comprendre qu’au Togo, élaborer des textes législatifs est une chose ; les mettre en pratique en est une autre. La Loi, ici, ne vaut pas le pet d’une vieille mère.

Mais au sein d’une nation, il n’y a pas que les dirigeants qui font la loi. Ou du moins, les gouvernés doivent avoir leur mot à dire. Lorsque la société est organisée, et fait entendre régulièrement sa voix, on l’appelle « Société Civile ». Dans le cas contraire, moi je la traite de « Société Débile ». Et pour être débile, la société togolaise l’est. Oui, nous sommes débiles, stupides, bêtes, et cons. Excusez-moi mais je pense sincèrement ce qui je dis, et je pèse mes mots. Le peuple togolais est un peuple con !

Une amie, hier lors d’une causerie sur Facebook, a tenté de me faire croire que « nous sommes un peuple passif ». C’est aussi cela, la connerie togolaise. (Bella, je ne t’insulte pas, toi-même tu sais)

Venons-en aux faits.

Tous mes contacts sur Facebook et mes abonnés sur Twitter ont été témoins de la verve qui fut mienne lors de la participation de notre équipe nationale à la CAN 2013, en Afrique du Sud. Dieu m’est témoin : si une caisse était placée à un carrefour, attendant les contributions volontaires pour soutenir notre équipe, j’y aurais glissé ne serait-ce que le nouveau billet de 500 FCFA. De Lomé à Cinkassé, il existe des milliers de togolais, prêts à faire pareil. Malgré cela, notre équipe n’a pas réussi à franchir le tour des quarts de finale. Et chose incongrue, c’est au lendemain de la défaite de notre équipe que l’opérateur de téléphonie Togocel nous envoie des SMS ainsi libellés : « Soutenons nos éperviers à la CAN 2013 en versant 5F TTC/min sur chaque appel sortant du 5 Février au 6 Mars ! ».

Réactions ? Un communiqué de presse de l’Association Togolaise des Cons-sommateurs, « condamnant » l’entreprise de ladite société. Après ? Bah rien ! Comme si de rien n’était, nous continuons d’acheter des unités de communications, nous appelons nos proches, nous nous envoyons des SMS, et, à l’occasion, nous pestons sur Facebook. Puis rien.

L’année passée seulement, un communiqué du Ministère du Commerce, lu à l’édition de nuit du Journal Télévisé de la chaîne nationale, nous informe d’une hausse sur les produits pétroliers et de ses dérivés : hausse du prix du carburant à la pompe, et augmentation du prix du gaz butane. Oh, les réactions ? Quelques pneus brûlés, quelques interviewes radiophoniques, quelques communiqués des hommes politiques, puis… RIEN. Oui, rien ! Jusqu’à la publication de cet article, la bouteille de gaz jadis acquise à 1.700 FCFA est aujourd’hui à 2.800 FCFA. Oh, ne me demandez pas ce que j’ai fait contre. Rien. A part de continuer à acheter, et de vaquer tranquillement à mes occupations, comme d’habitude.

Je suis bête-togolais est bête-nous sommes bêtes.

Actuellement, malgré le stupide message de Togocel, je pense à recharger mon compte pour écouter la douce voix de Danye la camerounaise, ou de Sinatou, la béninoise. Je viens même d’appeler une amie, histoire d’arranger un rendez-vous ce soir. Voilà ! Je ne suis pas le seul. Tous les Togolais continuent de communiquer, malgré le soutien forcé aux Eperviers déjà éliminés. Personne n’a songé à boycotter les appels, à se réfugier derrière les SMS, jusqu’à la fin de la période de soutien, arbitrairement fixée par les opérateurs de téléphonie.

Personne n’a non plus songé à arrêter de faire la cuisine avec du gaz, et de se remettre au charbon. On se dit :

 « Se salir, éventer, souffrir pour avoir un feu, la fumée… bah autant acheter le gaz, ça fait quoi ? Tout le monde le fait, je ne vais pas me pourrir la vie à cause de hausse là. Dieu les voit, ils n’ont qu’à augmenter… Oh, c’est cher mais, on va faire comment ? Ça fait quoi ? »

Ce que ça fait ?

Idiots, ça fait qu’après un prélèvement d’office sur nos communications, ils indexeront le soutien aux éperviers à la CAN dont la finale se joue dimanche sans nous, sur nos factures d’électricité, d’eau, d’internet ; ils iront même jusqu’à ériger des barrages sur le boulevard, pour un racket systématique. Ce n’est pas toi qui disais « Oh, ça fait quoi » ? Pour soutenir les Eperviers, le prix du paquet de ciment, de sucre, d’allumettes, de préservatifs augmenteront. Oui, c’est bien cela. Qui fera quoi ? Vous êtes habitués à payer, ils sont habitués à notre silence stupide ; ils savent composer avec notre passivité coupable. Parce que nous sommes un peuple con.

Le Mali, le Burkina, le Cap-Vert, le Ghana, l’Angola… toutes ces nations étaient également à la CAN. Pourtant, il ne leur a pas été demandé de se mettre systématiquement à la diète. Alors pourquoi nous ? Parce que nous ne réagissons point.

Togolais, sais-tu pourquoi, au Sénégal, Wade a reconnu sa défaite, et que Sall est devenu président ? Sais-tu pourquoi, à la mort de Mills, Mahamat a tranquillement assuré l’intérim, avant de se présenter aux élections qui le confirmeront plus tard dans ses fonctions de Président du Ghana ? Togolais, penses-tu qu’au Sénégal ou au Ghana, il n’y a pas d’armée, de polices, de milices pour mater la population ? Sinon, selon toi, pourquoi malgré cela, tout semble aller dans le sens décidé par le peuple ? Tu l’ignore ? Tu ne sais toujours pas ? Eh bien juste parce sénégalais et ghanéens n’aiment pas les foutaises. Parce que ces peuples voisins aspirent à voir en leur dirigeants, l’expression de leur choix ; parce que le Sénégalais ne se tait pas ; le Ghanéen exprime clairement son mécontentement. C’est cela, un peuple mature, une société civile et réfléchie.

Oui, les peuples n’ont que les dirigeants qu’ils méritent, je le dis encore. A peuple paresseux, président paresseux. A peuple passif, président passif et effacé. A peuple pervers, président pervers, célibataire et fornicateur. A peuple stupide et bête, dirigeant sournois et malhonnête.

Lorsque nous déciderons de ne plus laisser passer des imbécillités comme « le soutien forcé à une équipe déjà éliminée », nous seront aptes à choisir, élire et surveiller le président de notre choix. Pour le moment, fermez-la et communiquez. Ici c’est Togo.

J’ai dit.


Nos routes nous tuent, nos policiers s’en foutent

Road accident (MorgueFile)

Nombreux d’entre vous me traiteront sûrement d’Aphtal La poisse, tellement je suis pris dans de situations peu joyeuses. Mais rassurez-vous, je ne suis pas maudit, je n’ai pas la poisse. Ce n’est que le quotidien d’un juriste évoluant dans un pays qui viole allègrement la Loi fondamentale de la République, et qui piétine les droits les plus élémentaires des citoyens. Aujourd’hui, j’ai trop la haine pour faire une longue introduction.

Hier, j’étais invité à un déjeuner privé au consulat d’Allemagne au Togo. Comme à ce genre de soirée, on devient adepte de la sapologie. De deux maux, le moindre. Ma sape était bien trop impeccable pour me taper un transport public, alors j’opte pour le taxi. Ce n’est point forcément le meilleur moyen de déplacement à Lomé, mais c’est un moindre mal. J’étais donc à la petite station d’Adidoadin, et les taxis n’étaient pas vraiment rares, à cette heure, où l’embouteillage se fait en sens inverse de celui de la matinée. Je m’installe à l’avant du véhicule, reluquant plusieurs fois ma montre, pour extérioriser mon impatience. Quand on va bouffer chez un consul, vaut mieux être là bien avant l’apéritif. Suivez mon regard…

Deux revendeuses de poissons me rejoignent dans le taxi, et nous contraignons le conducteur à démarrer. Il n’était pas vraiment content, puisqu’il y avait dans la voiture encore une place vide à l’arrière. Du coup, au lieu de rouler régulièrement et vite, le conducteur ne cessait de klaxonner, la main gauche au dessus du véhicule, hurlant à ceux qui trainaient sur le trottoir « oléyia oléyia » (C’est un mot utilisé par les conducteurs de taxi et taxi-moto à l’endroit des clients, pour leur demander, littéralement, on y va ?). C’était la meilleure façon de me retarder. J’étais déjà en boule, mais que faire ? Le mec ne faisait que son job. A quelques kilomètres de la station, exactement au niveau de la maison de l’international togolais Emmanuel Adebayor, un jeune homme fit signe au taxi de s’arrêter. Il fait le prix, et monte à bord. Ok on est parti.

Le taxi se met à rouler un peu plus rapidement, et j’étais un peu plus rasséréné. J’imagine les saucisses et les bières allemandes que je m’en vais manger dans quelques instants et avale tranquillement l’abondante salive produite par mes papilles gustatives un peu trop excitée. J’essayais de réviser mon allemand, en mimant un dialogue, lorsqu’à nouveau, le taxi s’arrête. Nous n’étions qu’à hauteur de l’hôtel Todman, un peu avant le quartier Casablanca. Le temps de me tourner vers le chauffeur pour lui demander ce qui n’allait pas, une dame se penche du côté de ma portière, et négocie le tarif pour le Grand Marché de Lomé. Le chauffeur acquiesce, et la femme ouvre la portière, attendant que je lui fasse de la place.

Puis vint le clash…

Le chauffeur, voulait faire de la surcharge, ce que je ne suis pas prêt à accepter, surtout lorsque c’est à moi de me tasser. J’explique d’abord au chauffeur que je ne suis pas d’accord pour partager le siège avant avec une dame bien en forme, toute en sueur, et… le chauffeur se mit à me supplier, me parlant de solidarité, d’humilité, et de respect envers une dame qui pouvait être ma mère. « Dans ce cas, mon frère, je retourne m’asseoir à l’arrière, pour que celui qui y est humble vienne s’assoir près de la dame », proposais-je. Mais apparemment personne n’était enchanté par mon idée, et aucun de ceux qui étaient à l’arrière ne voulait faire le trajet coincé entre le levier de vitesse, et la large hanche d’une dame.

Le chauffeur commence alors à hausser le ton, et à me gronder. Je lui dis tout candidement que ce n’était pas forcé de faire le trajet avec moi. S’il tient tant à embarquer la dame, je descends pour chercher un autre taxi. Soit ! Il m’intime l’ordre de descendre de son taxi, me traitant de « gonflé, impoli, pauvre type en cravate incapable d’avoir son propre moyen de déplacement, et empêchant un honnête citoyen dans l’exercice de ses fonctions. ». Je descends, puis il tend la main, réclamant la moitié du tarif initialement convenu.

« Fofo, on avait un contrat, celui de me conduire jusqu’au Boulevard. Tu ne remplis pas tes obligations en me descendant à Todman, je ne remplirai pas la mienne, tu n’auras rien ».

Voilà, c’est comme ça que je comprenais la chose, moi. Immédiatement le gars ouvre la porte et se rue vers moi. Il me tient par le col, et se mit à hurler. J’étais toujours calme, impassible, silencieux. Un conducteur de moto-taxi s’arrête, et s’approche pour savoir ce qui se passe. Le chauffeur donne sa version, je donne la mienne, et le gars désapprouve la conduite du chauffeur. Des passants qui prennent connaissance du fond du dossier, tranchent en ma faveur. Mais le chauffeur n’en démord pas. Il exige que je lui paye au moins 200 FCFA. Je n’étais pas du tout d’accord.

Puis arriva un troisième larron.

Il n’y avait pas grand monde, mais les cris et hurlements du chauffeur alertent les policiers qui réglaient la circulation au carrefour Todman. L’un d’entre eux, pas vraiment enchanté d’avoir été délégué pour régler le litige, s’approche, nous sépare, avant de nous donner la parole. Le chauffeur plaida le premier. Lorsqu’on me donne enfin la parole, sûr d’avoir raison, et comptant sur le professionnalisme du policier, je dis tout simplement : « Chef, j’ai pris le taxi à Adidoadin, pour le Boulevard. Arrivé ici, le taximan décide de faire de la surcharge, en embarquant encore cette dame. Je ne suis pas d’accord, et il me sort de sa voiture. Si on s’est convenu de 400 FCFA pour le boulevard, pourquoi veut-il me faire partager ma place avec une dame ? Voilà ce qui nous oppose ».

Le policier se tait un instant, comme pour réfléchir, même si on sait que ce n’est généralement point le cas. Sa sentence était sans appel.

« Hé, Monsieur, vous aussi vous êtes trop compliqué. C’est la première fois qu’on vous serre à l’avant ? Hein ? Vous aimez faire trop le malin dans ce pays, vous les civils là. Rapidement donne 200 FCFA au chauffeur, et fous nous la paix. Allez, donne ! C’est dans vous ça. Donne avant que je ne parte. »

J’étais carrément ébahi, abasourdi, étonné, consterné, hébété, ahuris, surpris. Eh ?? Dans ce pays, les policiers se mettent à cautionner les surcharges ? Sans blagues ! A supposer (simple supposition) qu’une disposition de notre code la route permette la surcharge, permette jusqu’à huit passagers à bord d’un véhicule de cinq places, le blanc qui a fabriqué ce véhicule, l’a-t-il autorisé ? A-t-il eu tord, de fabriquer un véhicule qui ne sert qu’à 5 personnes ?

Le chauffeur, lui, s’en tire avec 200FCFA, moi je renoue honteusement ma cravate, devant un agent de la police routière complaisant. Dans ce pays, tout est anormal. Ceux qui sont chargé de respecter la Loi, et de la faire respecter, sont les premiers à la violer. D’ailleurs, pourquoi je me plains ? Les bus officiels (SOTRAL, Université de Lomé et Kara) font de la surcharge à outrance. Nul ne s’en plaint. Ce n’est pas un pauvre type comme moi qui interdirait la pratique aux chauffeurs.

Il y a longtemps que je refuse la surcharge, mais à partir de ce moment, il y a quelque chose de plus que je refuse : C’est d’éprouver de la pitié ou de la compassion pour tous ceux qui meurent et qui mourront dans un accident impliquant un véhicule surchargé. Ils l’auront cherché. Je suis piéton, certes ! (enfin pour le moment), mais je refuse de me déplacer dans des conditions déplorables. Crevez sur les routes, si vous voulez, mais j’aurais compris une chose : Les peuples n’ont que les dirigeants qu’ils méritent.

J’ai dit !


Entre pilules et curetage, les miennes hésitent et crêvent

anti-abortion (MorgeFile)

Mes deux parents sont médecins. Vous n’en avez rien à foutre, mais moi, si ! Cela n’a absolument rien de gai, de passer toute son enfance, parfumé d’antibiotiques, d’anti-inflammatoires, de sérum, de seringues et autres outils qui sont tout sauf des jouets. Ce qui l’est encore moins, c’est de devoir, à un certain moment de son existence, affronter les parents sur l’épineuse question d’orientation professionnelle. Ça commence au lycée, lorsque les parents veulent vous orienter vers les séries scientifiques, en ridiculisant celles littéraires. (Papa, j’ignore si je t’ai déçu, mais crois, je n’en ai rien à foutre). Jusque là, on s’en sort ; mais on fini par devenir médecin, ou tout de même auxiliaire médical, malgré soi, lorsque les parents décident d’ouvrir une clinique.

A l’époque, notre demeure était coupée en deux, et même en trois. L’immeuble secondaire (communément appelé dépendance), et le rez-de-chaussée de l’immeuble principal étaient réservé à la clinique. Nous rasions les murs, et les parents étaient encore vigoureux pour s’en occuper. Depuis 2010, la clinique a été déplacée, et nous jouissons à présent de l’ensemble de la maisonnée. Tout ceci, je sais, ne vous intéresse pas vraiment ; excusez-moi, mon mariage avec Danielle me fait trop parler.

Depuis ma licence, obligation m’est faite de me rendre chaque week-end à la clinique de mes parents, pour faire les comptes, les inventaires, m’occuper des commandes de produits, jouer au Directeur des Ressources Humaines, menacer les infirmiers et assistants négligeants, caresser les médecins et spécialistes dans le sens de leur poils… Bref, j’y suis présent chaque semaine.

Dimanche dernier, hier donc, j’étais encore à la clinique, m’occupant de broutilles, lorsqu’une dame, à peine la trentaine, arrive, pliée en deux, hurlant de douleur, maudissant les hommes, invoquant la mort en délivrance. Elle hurlait, et visiblement, souffrait le martyr. Une fois dehors, je me rends compte que j’étais tout seul. Merde, c’est dimanche, et il n’y a que deux assistants pour monter la garde, maman ne venant que tard le soir ; sauf que je viens d’accorder une absence à l’une, et envoyer l’autre infirmière à me trouver quelques choses à manger. Je dois donc jouer au toubib. J’accueille la dame, l’introduit et la fit s’allonger. Elle ne voulait pas se coucher, préférant se déplacer. Elle dit que la douleur était moins vive lorsqu’elle se déplace.

Elle hurlait, suppliait, et j’étais désemparé, impuissant, incapable de lui venir en aide. C’est vrai, je passe tous les week-ends à compter et recompter les produits de la pharmacie, à lire les notices, et autres, mais cela ne fait pas de moi un médecin ; je suis juriste de formation, moi. Mon élément, c’est le code civil, le code OHADA, les codes pénaux et autres texte législatifs ; pas le dictionnaire VIDAL.

Vous vous dites peut-être que j’aurais pu lui donner un truc contre la douleur, un antalgique, mais moi, je ne suis pas adepte de l’automédication, surtout lorsqu’il s’agit de femmes et de… douleurs abdominales. Je lui pose quelques questions, elle me répond difficilement. Mais comme diagnostique, je pouvais dire qu’elle a fait une fausse couche, à la suite de laquelle elle a des douleurs. Ce n’est pas vraiment médical comme termes, mais bon…

L’un des enfants de la dame arrive, puis un voisin. Je décide donc de faire appel à maman, qui ne tarde pas à arriver. Elle fait ce qu’elle peut, puis la dame geint moins lorsqu’une grosse bouteille de sérum commence à se vider dans ses veines. Le mari finit par arriver, craintif, sans grands moyens financiers… Conséquences ? Premiers frais de soins, et frais de pharmacie, à payer ultérieurement.

Maman proposa que la dame soit hospitalisée 72 heures au moins. Je trouvai cela excessif, sauf que lorsqu’elle me dit de quoi souffrait véritablement la patiente, je ne pus qu’émettre un sifflement d’étonnement. C’est peut-être violer le secret médical, mais puisque vous ne connaissez pas la patiente, et qu’il me faut vous sensibiliser  sur un phénomène quasi-incontournable, je vais vous dire ce que la patiente avait. Et puis ce n’est pas moi le médecin, donc Hippocrate ne pourra point me châtier.

En fait, la dame, mariée, mère de six enfants, avait tenté un avortement, ou en termes plus scientifiques, une Interruption Volontaire de Grossesse, avec l’accord et la bénédiction de son mari. Un enfant de plus, serait l’enfant de trop. Fautes de moyens, ils on fait un curetage bon marché, mal fait, laissant l’utérus plein de débris du gosse dont on voulait se débarrasser. Voilà. La démarche de ma mère consiste dans un premier temps à calmer la douleur, avant de procéder à un examen gynécologique proprement dit. La douleur s’est calmé depuis hier soir, mais le traitement contre la douleur continue, enfin je crois.

Moi cela m’a fait réfléchir sur la condition des femmes togolaises et africaines. Dans un contexte économique aussi difficile, qui se permet de faire un troupeau d’enfants? Il y a des programmes d’espacements de naissance, au Togo, mais ils sont mal perçus par la population. Les hommes y voient un complot ourdi pour soulever les femmes contre eux, et les pousser à refuser d’accomplir le devoir conjugal. Les femmes, par contre y voient « un produit pourri d’occidentaux destinés à les rendre stériles et déformées ». Les rares femmes qui ont compris, et qui suivent les programmes d’espacement de naissance, et de planning familial, sont taxées de « femmes faciles, aimant trop faire la chose, incapable de résister aux plaisirs charnels, incapables de refuser à son mari l’accouplement ».

Cela est triste et désolant, et pourtant, c’est la réalité. La population continue de s’enfoncer dans la misère, c’est un fait. Si les gouvernants n’arrivent pas à assurer au peuple un minimum de bien-être, que les gouvernés prennent des dispositions pour ne pas croupir indéfiniment dans la précarité. Pour moi, le sourire d’un enfant comblé et heureux vaut mieux que les sourires de six gosses mal nourris et probablement non scolarisés. Le pays n’avance pas, mais des actes comme ça ne le font pas non plus avancer. Un paquet de 4 préservatifs ne coute que 100 FCFA, pourtant, des cons d’hommes refusent de l’utiliser. Quelques pilules, subventionnées en outre, permettent d’espacer les naissances, tout en continuant tranquillement les séances de jambes en l’air. Pourtant, des idiotes préfèrent aller se racler le vagin, alors même qu’elles n’ont pas les moyens de le faire proprement.

Frères nègres, ne donnez pas raisons à ces cancres qui nous assimilent aux singes. Ne pas être animal, c’est aussi prendre grand soin de sa famille, aussi petite soit-elle. L’ère de la famille nombreuse est dépassée.

J’ai dit.


Voleuses de maris, honte à vous!

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Je me souviens que lorsque j’ai choisi « le silence »  comme thème de mon blog, Ziad et consorts ont tenté de m’en dissuader, arguant que « le thème est trop solennel, trop sérieux ; qu’il faut quelque chose de plus gai, qui en dit long ou qui donne un aperçu de mon blog… ». J’ai compris leur inquiétudes, mais heureusement je ne l’ai pas changé. Pourquoi ? Juste parce que le Silence a une symbolique hautement initiatique dans ma vie, et je m’amuse lorsque certaines personnes font montre de diarrhée verbale, ce qui n’a rien à voir avec l’éloquence et la décence.

On y va ! S’il y a une gente qui appréhende mal la valeur du Silence, c’est la gente féminine. Bien sûr, il y a des exceptions, mais la catégorie la plus abjecte, est celle des « deuxième bureaux ». Vous savez, ces femmes qui entretiennent des relations douteuses avec la décence, qui se contentent des maris d’autrui, qui s’en accaparent, et qui se laissent à leur charge totale, effective et permanente. C’est de celles-là que j’aimerai parler.

Pour une fois que je ne suis mêlé ni de près ni de loin à cette vilaine affaire, j’ai eu le privilège d’en être un fameux témoin oculaire, auditif et olfactif. Eh oui, j’ai vu, entendu et… senti la situation. Et si on allait droit au but ?

Mercredi dernier, sur le tronçon Campus-bar Senghor, entre treize heures et quatorze heures. J’étais sur un taxi-moto, la tête un peu dans les nuages, admirant les belles voitures qui me dépassaient, et surtout les belles étudiantes qui longeaient la clôture de l’Université, tenant fermement leur cartables contre leur poitrines bombées. J’en admirais encore une, au teint clair, aux fesses particulièrement protubérantes, debout au bord du passage clouté, près du poteau des feux tricolores, lorsqu’un bruit de ferraille me fit sursauter. « gbooob »… puis s’en suit des éclats de verres sur l’asphalte. Une vieille Toyota Corolla venait de cogner l’arrière d’une superbe, magnifique et neuve Toyota Highlander V8.

Très rapidement les feux de détresse de la grande voiture s’allument et la porte côté chauffeur s’ouvre sur une jeune fille, très belle, à la fière allure. Portant une jupette, et un corsage ouvert sur le buste, hauts talons très pointus, avec des lunettes solaires devant coûter trois tranches de prime d’un étudiant togolais. La jeune conductrice se dirige vers l’arrière de son véhicule pour constater les dégâts. Elle ôte ses lunettes, et darde le conducteur du second véhicule d’un regard noir. L’autre porte s’ouvre, et la conductrice (car il s’agit d’une femme également), sort à son tour pour constater les dégâts.

Se sachant fautive, la deuxième conductrice, beaucoup plus âgée, sobrement habillée, cheveux sans grands soin, lunettes médicales sur le bout du nez, sortit l’air franchement désolée, humble, essayant de calmer la jeune et fraîche victime. A les voir, on les confondrait facilement à une mère qui interdit à sa fille de sortir dans une tenue pas vraiment respectueuse. Vous connaissez la pudeur africaine, suivez mon regard…   Le feu était désormais vert, mais comme je voulais assister à la fin de l’affaire, et pourquoi pas, attirer le regard de la jeune et belle conductrice (elle devait soit avoir le même âge que moi, ou être mon aînée de… deux ans seulement ! Alors quoi ?), je libère mon taxi-moto, puis feint de sortir mon téléphone pour appeler la police routière. C’est toi qui n’a jamais crédit dans Samsung là, et c’est toujours toi qui a ton portable collé à la tempe tout le temps. Je m’approche, regarde aussi les dégâts, puis tente de calmer les protagonistes ; enfin celle qui était la plus belliqueuse. La petite ne voulait rien entendre.

« Vous êtes vieille au lieu de trouver des chauffeurs, et embaucher les jeunes, vous faites les avares et vous causer des accidents stupides. Non mais franchement, on est où là ? Si je l’avais causé, cet accident, j’aurais compris ; si c’était la nuit, d’accord ; s’il y avait embouteillage, on comprendrait votre bavure, mais se faire rentrer dedans, comme ça, sur une route quasiment déserte, en plein jour, je suis horriblement choquée, bon Dieu de bon sang ! Heureusement que je viens de payer ma prime d’assurance ! Eh meeeeeerdeuuu.»,attaqua la plus jeune.

L’autre dame était plus calme, s’excusant, proposant un arrangement, allant même jusqu’à proposer la prise en charge totale des frais de réparation. Niet ! La victime ne voulait rien entendre. « Réparer ? Réparer quoi ? Non, je n’ai aucune envie de vous ruiner ma vieille, j’appelle mon assureur ! Non j’appelle mon mari », rétorque t-elle.

Quelques passants commencent par s’attrouper, un policier dont le crâne disparaissait sous son large képi, réglant la circulation à un carrefour plus loin, s’approche aussi pour régler le litige, et pourquoi pas, trouver quelque chose pour la popote. La jeune fille était inconsolable, refusant de se calmer, allant et venant, menaçant tout le monde, prévenant la vieille contre l’arrivée très prochaine de son mari. Oh, la vieille quant à elle, sachant que son mari serait surement occupé au bureau, et surtout pouvant affronter les frais sans son intervention, ne songea point à alerter ce dernier. Elles s’expliquent une fois de plus devant le policier crasseux et nécessiteux, sans grand succès. Le mari de la conductrice de la Highlander était en route, et ne tardera plus à arriver, donc plus de négociation ; tonton viendra tout arranger.

Eh, les gens ont la chance hein, me dis-je ! Petit problème comme ça, son mari est prêt à intervenir ? Oh mais c’est génial, fantastique ; ce sont ces genres de maris qu’on souhaite pour Danielle, pour Sinatou, pour Oumou ; des maris attentionnés, prêts à tout sacrifice, prêts à agir, comme les troupes de l’intervention Serval au Mali. Pas des hommes CEDEAO, qui tergiversent, qui prétendent être occupé, comme le mari de cette pauvre vieille dame. Oh la la, comme le disent les gens du pays de Bela, « elle va prendre drah ».

Eh bien, je noircissait davantage sous ce soleil de pays tiers-mondiste lorsqu’une Mercedes noire débarque du côté de la Résidence du Bénin (c’est là où se trouve le British School of Lomé), à allure maitrisée. Elle se gare sous l’abri réservé aux bus de l’université, puis un chauffeur en descend précipitamment ouvrir la porte arrière. Nul doute, c’était le « mari » de la jeune fille, victime de l’accident causé par la vieille avare qui ne voulait pas embaucher des jeunes chauffeurs. Un pied, délicatement posé à terre, puis le buste sort du véhicule. Un monsieur à forte carrure, tiré à quatre épingles, en sort, puis s’approche de la foule, s’approche de nous ! La jeune fille, voyant son mari arriver, se remit à se plaindre, et marchait vers le nouvel arrivant ; la vielle dame, celle là même ayant causé l’accident, lève à son tour la tête, puis… reconnut Michel, son mari.

C’est là que j’ai vu femme est forte.

La dame plus âgée, renoua fortement son pagne, ajusta ses binocles sur son nez, puis avança à grande foulée rencontrer l’homme venu porter secours à sa « femme ». Michel était sur le point de prendre la jeune fille dans ses bras, lorsqu’il aperçoit Philomène, la dame âgée, son épouse légitime. Cette dernière était déjà au niveau de la jeune fille, et comprit tout de suite, sans qu’on lui fasse un dessin.

« Ahaaa, Michel, donc c’était vrai ? Michel, c’était vrai ? En tout cas bonne arrivée ». Sur ce, elle attrape la jeune fille par les cheveux, et lui assena une gifle si violente, que tous ceux qui étaient présents, portèrent la main à la joue. Deux gifles, trois gifles, là sous le regard de Michel, du policier, et d’Aphtal. Philomène, calme tout à l’heure, suppliante, reprit ses grands airs, et passa brièvement cette impolie à tabac. Pour finir, elle lui arrache son sac à main, et le vida de son téléphone, de son argent, et surtout… de la clé de sa belle Toyota Highlander. La jeune, sonnée par les coups, tentait difficilement de se relever, lorsque Philomène ouvre la porte de la superbe et neuve voiture. Avant de monter à bord, elle intima un dernier ordre :

« Monsieur l’agent, voyez avec mon mari, il vous indiquera l’adresse à laquelle conduire ma seconde voiture, d’accord ? Tenez, voici les clés ; venez et je m’occupe de vous, d’accord ? Oh, Michou, retourne au bureau d’accord, on se voit à la maison ce soir. Rentre vite s’il te plait, je prépare ta sauce agouti ce soir. Allez bye ».

La jeune fille était là, impuissante, regardant sa voiture s’éloigner, essayant de se demander ce qui était en train de lui arriver. Le policier, ne voulant surtout pas avoir à faire au Monsieur, démarre aussi la petite et vielle voiture laissée par l’épouse légitime, et suit la grosse Toyota. Monsieur Michel, (Michou pour les intimes), sortit un billet de 10.000 FCFA et la tendit à la jeune et superbe fille, puis regagna sa voiture. Il retourne au bureau, et rentrera probablement manger la viande d’agouti, avec son épouse et ses enfants.

La foule commence par se disperser, et un jeune étudiant, habile et intelligent, arrive et gare sa moto Dubaï à hauteur de la jeune fille, ex-conductrice d’une grosse cylindrée, et piétonne du jour au lendemain. Pour éviter la honte et echapper aux moqueries de la foule et des passants, elle monte, sans même se poser des questions. Ah, jeune étudiant va manger fraichini cet après-midi ! Ce sont dans ce genre de situations que je regrette ne pas avoir de moyens de déplacement. Merde, ça aurait pu être moi…

De toutes façons, moi j’ai compris une chose : Plusieurs jours pour le voleur, un seul jour pour le propriétaire. Hommes, honorez vos épouses, chérissez-les, respectez-les, et laissez les jeunes filles, vos filles, tranquilles. Laissez les jeunes filles aux jeunes garçons. Et même si vous êtes si animal au point de céder à vos bas instincts, soyez équitable, et que votre épouse légitime, jamais ne sois lésée. Vous autres, jeunes dames qui pensez trouver bonheur en semant zizanie dans le couple d’autrui, soyez brave, et attendez votre tour, au lieu de brûler des étapes, et tomber lamentablement de votre piédestal, et vous retrouver à la rue.

Que votre lit conjugal soit exempt de toute souillure.

J’ai dit.