Aphtal CISSE

Silence dans mon cybercafé

Crédit image: Google Images

Impossible de travailler en silence, difficile de se concentrer, chimérique de jouir de sa connexion internet, dans les cybercafés.  Tellement les cybercafés sont devenus bruyants et inconfortables, j’oserai les comparer au marché de légumes du Nord-mali.

Ce ne sont pourtant pas des débats houleux qui animent les cybercafés, ni des discussions concernant la politique, l’économie, la mode, la cuisine, ou même la guerre en Syrie. Franchement cela aurait été mieux. Ce sont des filles en chaleurs qui parlent, ou plutôt qui miaulent dans leur casque à micro, jouissant d’une conversation stupide, bête et plate avec de sombres idiots sur Skype.

Le phénomène s’est tellement généralisé, banalisé, que lorsqu’une fille entre dans un cybercafé à Lomé, surtout avec un air pressé, on est certain que c’est pour avoir une discussion en live, voix, images et texte à l’appui, avec un expatrié.  Elles ont toutes les mêmes caractéristiques : décolleté, seins savamment mis en valeur, tissages ou perruques bien ajustés, lèvres bien trempées dans du rouge-à-lèvres, et parfumées telles des momies (comme si le parfum là va traverser camera pour enivrer leur interlocuteur).

Elles ont des ordinateurs privilégiés ; elles aiment s’installer sur des postes faisant face au mur, histoire d’éviter les va et viens et les indiscrétions des autres clients ; elles aiment le calme et n’hésitent pas à le réclamer, alors qu’elles sont les premières  à briser le silence qui préexistait.

Elles ont généralement le même profil et tiennent les mêmes conversations : soit c’est une fille esseulée qui essaie de faire croire à son petit ami ayant récemment émigré qu’elle lui est fidèle, et qu’ils sont faits l’un pour l’autre ; soit c’est une fille en manque de sensations fortes, qui s’est fait un ami sur Facebook, et discute avec lui sur Skype, histoire de le fidéliser, de le séduire, et de…je ne sais plus trop. Mais dans les deux cas, il s’agit de passer pour une fille sérieuse, et de demander ensuite les dix chiffres sacrés de Western-union. On se connait, chérie ! Ne me dis pas que nègre en Italie avec qui tu discutais tout à l’heure là, c’est à cause de ses beaux yeux que tu as traversé le quartier sous ce beau soleil.

Elles m’ont avoué que…

Certaines d’entre ces filles que j’ai pu approcher m’ont clairement avoué qu’elles font ce petit sacrifice pour plaire aux mecs de l’autre côté de l’atlantique, et ces relations débouchent parfois sur le mariage. Vraiment ? « Oui », répondent-elles, enthousiastes. Foutaises ! Comment cela se fait-il ? Pourquoi vous faites ça ? Là les raisons divergent.

Pour Charité, «on ne sait jamais. Lorsqu’ils rentreront au pays, ils auront au moins une amie avec laquelle dépenser leurs devises étrangères quoi, tu vois non ? » Colle-moi la paix, je ne vois rien !

Pour Salifatou, « nos garçons ayants quitté le pays savent bien parler aux femmes. Ils sont patients et compréhensifs, gentils et généreux ». Tsruuuuu. Comme si moi Aphtal je ne sais pas parler aux filles.

Pour Karimatou, « c’est juste fun de causer avec quelqu’un sur ordinateur. Vous êtes amoureux l’un de l’autre, et l’avantage c’est qu’eux, ils ne demandent pas sexe comme vous le faites ici ». Reste là-bas. Nous au moins on vous le fait avec respect, seulement dans la position du missionnaire. A leur retour, après tant de transfert par Western-union, ils vous prennent en levrette et dans des positions qui vous nous refusez ; tout cela, c’est encore nous qui ramassons les pots cassés.

Edwige, elle, a osé me dire qu’ « elle fait beaucoup plus confiance aux noirs vivants à l’étranger qu’aux gars qu’elle côtoie tous les jours ». Je n’ai pas du tout hésité à lui dire qu’elle est bête et que sa réponse est stupide. Vous êtes présente, on vous trompe, c’est à des milliers de kilomètres de vous qu’on sera fidèle ? Idiote.

Qu’en retenir ?

Moi franchement, cette nouvelle pratique m’offusque au plus haut point. Pourquoi nos filles se mettent-elles à mendier de l’amour et de l’argent sur internet, à des êtres qui vivent à des centaines de kilomètres d’elles ? Ce qui est triste, c’est que le décalage horaire les oblige à se rendre au cybercafé à des heures pas possibles. Tu les vois défiler en plein midi à la recherche de connexion internet, ou se connecter tard dans la nuit ; tout cela au détriment de tout son programme de la journée. Quel sacrifice ? Et pourtant, si un gars local l’invite à prendre une glace, elle prétextera une sieste, ou accusera le soleil de l’empêcher de sortir.

Bande de sorcières. Vous arrivez à vous sacrifier pour des gens que vous ne voyez que sur des écrans quelques pouces d’ordinateur, encore faut-il que la connexion internet vous le permette. Alors qu’il y a moult beaux gosses comme moi, disponibles 24h/24, juste à votre service… Nous souffrons déjà de fuite de cerveaux, avec nos frères qui émigrent, et à présent, de quoi souffrirons-nous ? Fuite de Femmes ? Fuite de sexes ou fuite de mamelles?

Au delà de cet aspect des choses, un malaise social se cacherait-il derrière ces pratiques ? Un mal-être féminin est-il exprimé à travers les bruits que ces filles font dans nos cybers ? Que cachent vraiment ces « tu as mangé quoi, toi ? », « tu me manques beaucoup », « tu me fais trop rire quoi », « tu es vraiment drôle, tu sais ? », « ce serait cool d’être dans tes bras hein » ?

A mon niveau, la question demeure. Mais moi aussi j’ai tiré un trait sur les filles togolaises. Moi aussi, à présent, après mes cours en ligne, je discute copieusement avec de belles créatures vivant au Canada, en Nouvelle-Zélande, dans le Maryland, à Washington, ou encore à Dubaï. Égalité de sexes, dit-on, j’attends également mes dix chiffres de Western-union…

J’ai dit.


Entre valise et cercueil, les intellectuels togolais hésitent et se taisent

Crédit image: Google

Salam aleykoum, chers lecteurs. Aujourd’hui, je me suis proposé de plancher une fois de plus sur la situation peu reluisante de mon pays le Togo. Dans d’autres billets, j’ai abordé le problème sous l’angle de la passivité de la population (désobéissance civile), sur l’apoplexie intellectuelle de la jeunesse (relève de demain), et sur l’engagement personnel de chaque citoyen (autopsie d’une société pas très civile…) cette-fois, j’aimerai me pencher sur le mutisme des intellectuels togolais.

Qu’il me soit permis d’utiliser le mot « intellectuel » dans son sens le plus restrictif, c’est-à-dire ceux qui savent lire, écrire, compter, et qui sont autorisés à transmettre leur savoir. Je désigne, alors, nos maitres d’écoles primaires, et secondaires d’une part, nos enseignants, nos docteurs, nos maitres de conférence, nos professeurs titulaires, nos agrégés des universités… d’autres part.

Nos enseignants, en leur postes et grades respectifs, mènent des réflexions, sont capables de raisonnements, écrivent des articles, font des recherches, publient des résultats desdites recherches… dans tous ces travaux, ils sont entourés d’apprenants, à qui ils transmettent leur connaissances, avec qui ils partagent des points de vues ; des apprenants pour qui ils sont des modèles, des dieux, en quelque sorte. Hormis les réflexions pédagogiques et didactique, ces enseignants, surtout ceux de l’enseignement supérieur, participent fortement à l’édification de la patrie à travers leurs prises de positions, leurs différents engagements, leurs critiques à l’endroit des autorités publiques, à l’endroit du parti au pouvoir tout comme à l’endroit des partis de l’opposition. Dans une certaine mesure, s’ils ne participent pas directement à la vie politique, en adhérant à des partis politiques, ils l’influencent au moins à travers leurs écrits, pensées et réflexions.

L’idéal même au sein d’une nation, c’est que les intellectuels adhèrent clairement à des partis politiques. Il faut des gens pour faire des marches de protestations, descendre dans les rues, faire des démonstrations de forces, mais il faut également, et c’est le plus important, des gens capables de mener des négociations, des personnes qui, grâce à leur charisme, à leur intelligence, à l’influence qu’ils ont sur une bonne partie de la population (les étudiants sont forcément influencés par leurs enseignants), sont capables de discuter sur un pied d’égalité avec le parti au pouvoir, capables de définir une orientation claire aux partis politiques, et de leur proposer des programmes de développement.

Bref recensement de nos intellos…

Des intellectuels, nous en avons au Togo, et point des moindre. Tout d’abord, parlons de ceux qui ont pour mission d’éduquer : les acteurs de l’enseignement supérieur.

De la Faculté de Médecine à la Faculté des Sciences Humaines, en passant par la faculté de Droit, Linguistique, Sociologie, Anthropologie, Économie et gestion, Communication et information, Histoire, Biologie… l’Université de Lomé, comme celle de Kara regorge  d’enseignants, de docteurs, de maitres de conférence, de professeurs titulaires, d’agrégés des universités…

Les Professeurs Akuété P. Santos, (Doyen de la Faculté de Droit de l’UL), Komi Wolu, (Chef département du Droit Privé), Dodji Kokoroko, (Chef Département Droit Public), Adama Kpodar (Vice-doyen de l’Université de Kara), Agbenoto K.,  Deckon K., Adjita A., Kessougbor K.,… des imminents juristes, tous agrégés des Facultés de Droit ; les Professeurs Mujiyawa, Assimadi (paix à ton âme, oncle) , Adorglo, James,… tous des agrégés des Facultés de Médecine ; permettez, pour des raisons de commodité, que j’occulte les autres Professeurs…

Le triste et amer constat…

Voyez-vous, toutes ces imminentes personnalités du monde universitaire togolais et mondial, sont malheureusement muettes. Intellectuellement parlant, ils sont incollables, sagaces, excellents et maîtres dans leurs respectifs domaines d’interventions. Mais politiquement parlant, ils sont plus discrets. Vous ne les entendrez jamais se prononcer sur une gaffe économique, sur une bavure politique ; vous n’aurez jamais leur point de vue sur la gouvernance actuelle ; ils ne sont jamais interviewés sur des sujets de l’actualité.

Que le fisc ou le service des douanes commettent des exactions, vous ne verrez jamais un expert du droit des sociétés comme le Pr Santos dénoncer quoi que ce soit ; qu’un hôpital manque de matériel ou de personnel qualifié, l’adroit chirurgien James ne dira mot. Ainsi va le Togo. Vous ne verrez jamais, au sein des instances dirigeantes d’un parti de l’opposition, ou du parti au pouvoir, un Kokoroko, un Kpodar, ou un Adjita…

A ce stade des développements, le mot « intellectuel » sera appréhendé dans un sens un peu plus large. Quittons le monde universitaire pour celui des affaires civiles et commerciales… Des intellectuels, il y en a partout : à la tête de respectables institutions, aux commandes des banques et compagnies d’assurances, au sein des conseils d’administrations de nombreuses sociétés commerciales, gérants de Sociétés Civiles et Professionnelles, membres des professions libérales (pharmaciens, avocats, huissiers de justices, notaires, commissaire-priseur, médecins, chirurgiens, restaurateurs,…). Et pourtant, on ne les entend jamais. C’est à croire que la vie est belle pour eux, et pourtant…

On peut les comprendre…

Je ne dis pas que toutes ces personnes que j’ai pris le risque de citer nommément sont inertes, amorphes, insensibles aux préoccupations sociales, ou inutiles. Loin de là, et je peux vous assurer, et même jurer que, malgré leur silence (coupable ou louable), ces personnes agissent dans l’ombre, font bouger les choses dans leurs domaines, parlent à mots couverts, communiquent subtilement, envoient des messages subliminaux, bref, sont à l’œuvre…

Leur Silence est compréhensible et excusable. Des intellectuels trop bruyants, trop encombrants, trop impliqués dans la vie politique, trop acerbes, sont réduits au silence  par le pouvoir. Deux silences sont offerts aux intellectuels encombrants : le silence doré, et le silence éternel.

Le premier, est celui acquis par des manières dolosives, par des lavages de cerveau, des achats de consciences, par l’argent, sous toutes ses devises et toutes ses coupures. Dans ce cas, l’intellectuel devient subitement silencieux, discret, et au pis des cas, soutient ouvertement ce qu’il a jadis critiqué. Le second silence, le silence éternel, lui est imposé soit par le rasoir, la rivière, ou le revolver. Suivez mon regard… Dans ce cas, on découvre l’intellectuel récalcitrant, mort d’une hémorragie suite à une blessure en se rasant, soit le gars est touché par une balle perdue, agressé par des « éléments incontrôlés », soit retrouvé mort sur la plage, suite à une noyade volontaire. Il existe moult scénario pour réduire au silence ceux qui refusent de se mettre au pas.

Il nous souvient encore la disparition d’Atsutsè Agbobli, Laclé… et pleins d’autres illuminés qui ont refusés d’être complice d’un système qui n’arrange pas leurs compatriotes. Le pouvoir en place au Togo n’aime pas les intellectuels. La seule alternative qu’il leur offre, c’est la valise (l’exil) et le cercueil (la mal-mort). Alors, si nos aînés se taisent, il faut les comprendre.

J’ai dit.


Mondoblog sauva Emile…et ruina Aphtal

Crédit image: Google

Bonsoirs à tous, chers lecteurs, camarades blogueurs et autres confrères de la plate-forme Mondoblog. « La vérité, aussi cruelle qu’elle soit, il faut la dire car elle rougit les pupilles mais ne les éclate point », disait le très respecté Ahmadou Kourouma. Donc, moi aussi je vais dire ma vérité pour être libre ; n’en déplaise aux pupilles de Ziad, de David, ou même celles de  Florien. Moi aussi je vais dire ma vérité.

Mondoblog sauva Émile, ça c’est connu. Surtout qu’il lui a permit de s’attirer les bonnes grâces d’une jolie demoiselle. (Eh Émile, tu as de la veine quoi, tellement je t’envie). Mais ce que vous ignorez (enfin jusqu’à la lecture de ce billet), c’est que moi, Mondoblog me ruina, ou plutôt me ruine.

Hey, les gars, j’ignore comment ça se passe chez vous hein, mais moi je souffre trop. Trop même ! Regardez, je suis un jeune sans véritables ressources (financières notamment). Mais je vais vous faire un petit devis approximatif  de ce que j’endure quoi.

Par une puissante alchimie, j’ai réussi à avoir un ordinateur de bureau, un PC (Personnal Computer), à moi tout seul. Mais ce n’est rien de fameux hein, un vieux Pentium 3, avec Microsoft Office 1997, et un disque dur de 10 gigabit ; le tout fonctionnant dans un bruit de moulin. Donc c’est avec mon ordinateur là que je suis en train d’écrire comme ça. Ensuite, je dois me rendre au cyber café du coin pour me connecter à internet ! C’est là ça devient dur.

Connexion internet à Lomé là, ce n’est pas la joie. Une heure de navigation coute exactement 300 FCFA. Une fois connecté, je dois me rendre sur la page Admin de mon blog, pour écrire un nouvel article. Heureusement que Copier-coller ne prends pas trop de temps. Il faut alors commencer par corriger le texte (eh oui, Word 1997 de mon ordinateur et Word 2007 du cyber là, ce n’est pas même chose donc…). Maintenant, il faut commencer par faire les liens, justifier le texte, choisir une image correspondant à l’article, retravailler ladite image si possible, mettre les mots clés, et le SEO, choisir les catégories… Et tout ca là, avec une connexion digne des quartiers périphériques, c’est-à-dire lente, extra lente, et parfois complètement….inexistante. Conséquences : au lieu d’une heure de navigation, je suis obligé d’en acheter deux. (600 FCFA). A priori, ce n’est pas grand-chose hein, mais Mondoblog est un peu… budgétivore. Je me souviens avoir brulé trois heures de navigation pour l’article « Et l’homme créa Dieu à son image ». Après l’avoir mis en ligne, je n’ai pas déjeuné ce jour là.

Je dispose, par un heureux  concours de circonstances, d’une connexion wifi juste sur le pas de ma porte. Sauf qu’il me faut un ordinateur portable, un Lap top, pour pouvoir en profiter. Et un ordinateur portable coûte la bagatelle de 500.000 FCFA TTC. Sérieux, vous me voyez en train d’engager pareille dépense ? Entre temps, j’utilisais le celui d’une charmante fille qui était amoureuse de moi pour me connecter. Mais elle a compris que c’est à cause de son ordinateur que je lui fait le sourire, donc, silence-radio. En bref, si je vis avec 3 dollars par jours, Mondoblog m’en prend 2. Alors, Ziad, puis-je hurler comme Émile, « Et Mondoblog me sauva » ?

         Et pourtant…

Et pourtant je n’arrêterai point d’écrire, je n’arrêterai point de sacrifier mon déjeuner pour ce blog, je n’arrêterai point, tant que cela dépendra de moi, de me connecter à cette plate-forme, parce que c’est doux ! Oui c’est très doux. Mondoblog est trop doux même. En parcourant les écrits d’un certain David, d’un certain Ziad, d’un certain Émile, d’un certain Florian, d’un certain Gratiano, d’une certaine Salma…., tu te rends compte que tu n’es point seul dans cette formidable aventure qu’est le blog. Tu découvres d’autres manières de penser, de raisonner, d’écrire, de communiquer. Tu réalises qu’en fait, ton quotidien n’est pas unique en son genre, qu’il existe d’autres gars qui se battent plus que toi, pour faire vivre leur blog, et qu’ils écrivent mieux que toi, d’ailleurs. Tu te rends compte qu’en fait, tout le monde édulcore son quotidien pour faire passer un message, pour faire prendre conscience d’une réalité, pour dénoncer ou acclamer un fait, pour partager une expérience, pour blaguer, oups, bloguer.

Mieux, après avoir mis en ligne un article, il y a toujours des gens qui sacrifient également quelques minutes de leur vie, et quelques précieuses minutes de leur connexion internet, pour le lire, et surtout pour le commenter. A chaque fois que je viens répondre aux commentaires de la pétillante Rita Flower, de la charmante Mouinat Sekoni, de la douce et tendre Massé-yawa, du grand Emile, et ceux de tous les autres lecteurs, cela fait chaud au cœur, cela encourage à faire mieux, cela encourage à en écrire encore d’autres, cela motive et fais taire la petite inquiétude née de l’argent dépensé. Tout ces gens, tous ces confrères, tous ces camarades, tous ces correcteurs, tous ces lecteurs, toute cette famille, vaut plus que 2 dollars ; elle vaut plus que 600 FCFA, elle vaut les nuits blanches, elle vaut les marches à pieds à la recherche d’une connexion internet, oui, elle vaut le pied de grue dans les cybers.

Mondoblog, sauva Émile, enrichi Aphtal ; Mondoblog, une expérience qui vaut la peine d’être vécue.

J’ai dit.


Premier Kata Vs Premier emploi

Crédit image: Google Images

 

Certains n’ont toujours pas compris que dans la vie, il existe deux principaux muscles : les muscles discrets et les muscles rouges.

J’entends par « muscles » discrets, le cerveau, la matière grise, les neurones…  Dans une acception plus large, c’est l’intelligence, la malice, la ruse, l’imagination, la créativité, l’innovation… Muscles rouges là, ce sont les muscles tout court ; le gabarit, la chair, la « viande » ; c’est ce qui est visible ; c’est en fait, la force physique.

Vous vous demandez déjà où je veux en venir. C’est simple : c’est une histoire d’amour, digne d’un feuilleton brésilien, ou digne du premier article de mon camarade Émile, entre une sacrée nana, un intello, et un tas de muscle. Voilà, je connive une belle créature qui vit à Agbalépedogan, un quartier situé dans la banlieue Nord de Lomé ; ce quartier, pas trop loin du mien, est réputé pour sa station de bus, ses badauds, ses belles filles, ses illettrés, et ses gros-bras. Gros-bras, Ahmed l’est ! Il est musclé, garni de jolis biceps et triceps, saillants, avec une poigne d’enfer et de jolis pectoraux… J’aurai même appris qu’il faisait du Karaté. Pour être franc, je l’envie un peu, sauf qu’à côté de tout cela, Ahmed a une cervelle de moineau. Suivez mon regard…

                        Moi Aphtal par contre, je ne suis pas musclé, je n’ai rien de tout cela, je n’ai pas un corps sculpté, d’ailleurs je suis asthmatique, et pourtant je suis pas mal hein, pas du tout. Je ne suis pas trop court, pas trop maigre, mon teint n’est pas si foncé que cela, j’ai de belles dents blanches… Moi, je suis apprenti juriste, Ahmed est apprenti chauffeur ; je suis musulman tolérant , Ahmed est musulman pratiquant ; j’ai une Licence en Droit Privé Options Affaires et Fiscalités, Ahmed a un permis de conduire, Catégorie poids lourd ; j’ai multiplié des stages dans de très bonnes structures, Ahmed est à son troisième long-camion ; c’est moi qui ai trouvé le slogan de l’Association Internationale des Étudiants Juristes (AIEJ), c’est Ahmed qui convoque les réunions des apprentis chauffeurs ; j’offre des journaux et arlequins à Aminata, Ahmed lui offre des tubercules d’ignames, des pintades et quelques bols de maïs…

La comparaison que je viens de faire là, c’est Aminata qui l’a faite. Ce qui est drôle, c’est que son cœur balance et re-balance, comme dans la chanson de Daouda. Foutaises ! Entre un Juriste et un Routier, faut-il réfléchir avant de choisir ? Je ne comprends pas les filles quoi. Ce qui me pousse même à écrire cet article, c’est que la fois passée, le soir de la fête de la Tabaski, j’étais allé saluer Aminata la superbe ! Nous avons causé, j’ai commencé par la convaincre, j’ai réussi à la serrer dans mes bras et à égarer une paume sur sa gracieuse croupe, j’étais à quelques centimètres, quelques petits centimètres de poser mes lèvres sur les siennes, lorsqu’Ahmed fit son entrée. Sa grosse masse de chair bloquait systématiquement la seule issue qu’est la porte. Mon sang ne fit qu’un tour. On s’était croisé plusieurs fois et il m’a clairement menacé et interdit de m’approcher d’Aminata. Je savais qu’une confrontation physique me serait fortement défavorable. J’eu envie de m’agenouiller, pour le supplier et le jurer que c’était la dernière fois que je voyais Aminata. Mais dites-moi, vous m’auriez traité de quoi ? Serais-je capable de regarder ma douce et tendre Aminata dans les yeux ? Pouvais-je soutenir le regard de ma mère ? Je me suis rappelé de tout cela, et surtout d’une disposition du Code de Déontologie des Avocats qui leur faisait interdiction de se mettre dans une posture qui jettera opprobre et outrage sur la profession. Moi qui rêve de devenir Juriste d’entreprise, avocat hors pair, comme Denis Crane, ou Allan Shore, ou Kevin Hill… ah non, le Code Civil ne doit pas plier devant le Code de la route. J’essaie alors de garder mon calme, dissimuler mon affolement, et reprendre mes grands airs d’intellectuel. Le gars ne me laissa pas le temps de cacher mon érection naissante. Il se rua sur moi, et m’attrapa par le coup en hurlant en Kotokoli, langue commune à nous trois (Lui, Aminata et moi) : « kaï, Fô kana, médé férigna si n’kokouti n’goni Amina djô ? Matchatchi ! Nassô, amogouti mana gnatché, a mada kougna, madjaa ! Sédjé tchéni ! *» ; « Dassam, li assou *», ajouta-t-il en me trainant hors de la pièce, et en m’assenant une claque sur l’omoplate, salissant mon joli boubou en basin tout blanc.  (Traduction : Hep, chien, je croyais t’avoir interdit de t’approcher d’Aminata, n’est-ce-pas ? Je te le jure que si je ne te tue pas la prochaine fois que tu viendras ici, je ne suis pas fils de mon père).

 Eh oui, bâtard là ! A cause de petit digba travaux durs de la station lui a conféré là, c’est moi il veut djô avec ? Ce qui me fit mal dans tout cela, ce n’est ni la pression exercée sur mon cou, ni la claque dans mon dos, mais plutôt le fait que cela se soit produit devant la nana convoitée. Très souvent, les filles aiment se sentir en sécurité, être bien protégées, savoir que leur mec là, c’est un gars vrai, c’est un musclé, c’est quelqu’un qui sait se défendre ; en l’espèce, Ahmed remplissait les critères de muscles rouges, donc les charmantes et charnues lèvres d’Aminata lui revenait.

Et puis c’est tout ? Donc à chaque fois que je tombe sur une jolie nana, je dois me mettre à l’écart juste parce qu’il y a un mec plus costaud que moi qui veut la même fille ? Donc moi, j’étais condamner à publier mes envies, mes actes manqués, mes échecs et autres sur le Mur des Lamentations quoi ? Donc moi là, parce que je n’ai pas gabarit là, je peux plus téter de jolies mamelles ?

J’en étais là à me plaindre, lorsque j’ai réalisé qu’au fond, Ahmed et moi, c’est le jour et la nuit. Je n’ai absolument rien à lui envier, car moi je possède énormément de trucs qu’il n’a pas et qu’il n’aura jamais, alors que moi, je peux avoir tout ce qu’il a et même plus ! Sérieux quoi, celui qui a trouvé par exemple la formule E=mc², celui qui a découvert la pesanteur, celui qui a découvert le vaccin ou la pénicilline, celui qui a conçu le Air Bus A380, et tous les autres glorieux personnages n’étaient pas musclés comme Ahmed, mais intelligents comme Aphtal.

L’Empire State Building, a été réalisé par un architecte intelligent ; lui, il s’est assit, il a réfléchit, il a dessiné, il a trouvé l’argent, il a embauché ceux qui ont des muscles mais qui sont moins intelligents, et eux, ils ont transporté gravier, ciment sable, eau, fer, vitres… jusqu’àaaaaaaaaaaaaa, pendant ce temps, le gars tenait juste un crayon avec un bout de papier, debout sous un parasol, avec lunettes fumées et un verre de Coca light à la main. C’est lui qui va prendre plus d’argent hein, en plus, c’est son nom seulement on verra associé à l’immeuble, pas ceux des nombreux costauds qui se sont tapés le sal boulot.

Donc, au lieu de me morfondre, j’ai réalisé qu’au bout de cinq années, après mon diplôme d’avocat, je pouvais m’offrir autant de longs camions que je désire ; je pourrais acheter le camion d’Ahmed, et le prendre comme chauffeur. Je pourrai diriger le syndicat des propriétaires de poids-lourds, et faire passer des décisions, interdisant par exemple le volant aux titulaires de permis dont la date d’obtention est antérieure à 2011, histoire de mettre Ahmed à la retraite anticipée….

La force, c’est la pensée. Le reste n’est qu’apparat. Il est cool de vouloir soigner son apparence, et avoir un body bien bodybuildé, mais il est encore plus important d’être instruit, d’être intelligent, et créatif. La force des bras ne sert qu’à ceux qui ont la force des muscles blancs. Seuls ces derniers sont véritablement adulés et respectés des hommes…et des filles

La preuve, après ma mésaventure, je ne me suis plus rendu chez Aminata ; point par peur de la brute, mais parce que je n’avais plus besoin de m’y rendre. Eh oui, maintenant, c’est Aminata qui vient chez moi. Et lorsque, en écrivant cet article, je lève mes yeux de mon écran d’ordinateur pour admirer ses fesses à moitiés nues, là, endormie sur le lit à côté de moi, j’imagine Ahmed sous un camion en train de penser à son prochain cadeau à Aminata, et je crie mentalement : « Oui, les muscles blancs gagnent toujours et toujours » !

P.S : Je me suis inscris aussi dans une salle de gym, pour avoir un peu de muscle rouge aussi sur mes os. Un cerveau sain, dans un corps sain, ou bien ?

J’ai dit.


Autopsie d’une société pas vraiment civile, et un peu débile

Crédit image: Flagsonline.

La vie d’une nation est animée par divers acteurs, censés exceller dans leurs domaines respectifs. Politiques, civils, militaires, commerçants, intellectuels…sont, parmi tant d’autres, des acteurs qui animent la République. Ce qui est commun à tous ces acteurs, c’est leur appartenance au peuple, leur attachement à un territoire déterminé, leur amour à une patrie donnée, bref, leur patriotisme et leur envie de participer à la vie du pays. L’angle qui retiendra notre attention tout au long de ce babillage, c’est la politique. Point la politique politicienne, mais la politique républicaine, la politique telle qu’elle devrait être. Selon le Petit Larousse Grand format, édition 1997 (mon tout premier dico), Politique désigne : « ce qui est relatif à l’organisation du pouvoir dans l’Etat, à son exercice ; ensemble des pratiques, faits, déterminations du gouvernement d’un Etat ou d’une société ».
La vie politique d’une nation est alors animée par des regroupements idéologiques, appelés « partis politiques ». Il ne s’agit en aucun cas de regroupement sur fond ethnique, clanique ou tribal, mais uniquement idéologique.

De la nécessité de s’engager dans un « parti politique ».

Ce qui est fondamental, ici, c’est la liberté politique. Tout citoyen a le droit sacré d’appartenir à une formation politique. Tant qu’il n’est pas déchu de ses droits civiques, il peut militer, œuvrer au sein de la formation politique de son choix. Pour cela, il n’a de compte à rendre à personne, et ne doit point en être inquiété, de quelque manière que ce soit. Le revers de la médaille, et d’ailleurs ce qui est encore plus sacré, c’est le droit de n’appartenir à aucune formation politique. Les partis politiques, je le disais plus haut, étant des regroupements idéologiques, l’on est libre d’épouser ou de ne point partager telle ou telle idéologie. Dans ce cas, soit on est convaincu par sa propre idéologie et certain que de nombreux autres citoyen partagent la même idéologie, et on créé sa propre famille politique, soit, l’on est seul à penser ainsi, et on n’appartient à aucun parti politique. Là aussi, c’est le principe de la liberté. Seulement, lorsqu’on est un citoyen à part entière, l’on doit avoir une vision pour son pays, l’on doit nourrir des désirs et des ambitions pour sa patrie, l’on doit, en bref, nourrir des rêves pour son pays. Ces rêves, à défaut d’être reflétés par un programme politique défendu par un parti politique, doit se traduire par un engagement sans faille dans la vie politique de la nation. Il est donc nécessaire, sinon impératif d’appartenir à une famille politique, afin de jouer sa partition dans le concert des acteurs politiques.

Alors, pourquoi cette indifférence ?

Le togolais ne sent point la nécessité d’appartenir à une formation politique, peut-être parce qu’il n’a jamais été associé à la gestion de la chose publique. La raison pourra se trouver ailleurs, mais la célèbre phrase citée à Gettysburg (gouvernement du peuple, par le peuple, et pour le peuple), n’a jamais été aussi méprisée qu’au Togo. Depuis l’indépendance en 1960, et le coup d’état qui a suivi, le Togo a toujours été géré par un clan, par une nomenclature, une jet-set, un cercle très fermé, sans jamais rendre de compte à qui que ce soit. Ceux qui sont aux destinées du pays sont au dessus de la loi, et sont ipso facto, déconnectés de la triste réalité du commun des togolais.
Le togolais ne sent point la nécessité d’appartenir à une formation politique, peut-être parce qu’il a peur de se retrouver entre le marteau et l’enclume. Des années durant, nous avons assisté à une bipolarisation de la scène politique, sur fond de regroupement ethnique, avec quelques traces de haine, et quelques cuillerées de désir de vengeance : d’une part, le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT), parti au pouvoir depuis 1967, parti du principal instigateur du coup d’état, originaire du Nord du pays (Kabyè), et l’Union des Forces du Changement (UFC), principal parti d’opposition, parti du fils de la victime du coup d’état de 1963, parti du leader pseudo charismatique, originaire du Sud du Togo (Ewé). Ce qui créait une situation où, les autres ethnies n’avaient pas vraiment envie de faire de la politique, qui s’apparentait beaucoup plus à un règlement de compte.
Entre temps, l’actuel président, Faure Essosimna Gnassimgbé, a réussi à rallier à sa cause l’opposant charismatique, à l’issue d’un accord supposé historique. Du coup, il y a eu sentiment de traitrise, de trahison, de la part des ex-compagnons de l’opposant charismatique, Olympio, qui se sont rapidement ligués pour former un autre parti politique, l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC). La fusion entre RPT-UFC a permis aux autres partis politiques qui existaient aussi mais qui étaient quasi invisibles, à reprendre du poil de la bête : Comité d’Action pour le Renouveau(CAR), Convention Démocratique des Peuples Africains (CDPA), Pacte Socialiste pour le Renouveau (PSR)…  Il convient de rappeler que tous ces partis politiques ont eu, au nom des successifs gouvernements d’union nationale de large ouverture et de grande compétence, à participer à la gestion des affaires du pays, à travers des postes ministériels, primo ministériels, et autres. Le togolais n’ayant remarqué aucun changement, perd le peu de confiance qu’il avait en ces leaders. Du coup, il se demande pourquoi adhérer à un parti qui a déjà fait ses preuves au gouvernement mais qui n’a rien foutu ! Jusqu’à ce jour, cette question garde tout son sens.

Le togolais ne sent point la nécessité d’appartenir à une formation politique, et d’exercer son droit de vote, peut-être parce qu’il ne se reconnait pas au travers des résultats des élections auxquelles il participe. Il sait que sa voix n’a point compté, et qu’il a été bradé, il sait que celui qui est proclamé vainqueur des élections n’aurait jamais dû l’être, il sait qu’avant de plonger son bulletin dans l’urne, les résultats sont déjà connus, et on ne tiendra jamais compte de son avis, de son vote. Pourquoi participer à une telle mascarade ? Pourquoi perdre tout ce temps dans une file d’attente, si au bout, on désigne quelqu’un pour qui, ni lui, ni de nombreux autres togolais n’ont voté ? Autant accepter les t-shirt, calendriers, pain de savon et autres gadgets publicitaires des campagnes électorales, et ne point bouger, le jour du vote.
Le togolais ne sent point la nécessité d’appartenir à une formation politique, enfin et surtout parce que les partis politiques n’ont pas de programme, aucune politique, et donc sont peu convaincants. Le parti, dès qu’il est créé, ne pense qu’à dialoguer avec le parti au pouvoir ; il ne cherche qu’à négocier, à faire des compromis avec le système en place, et néglige le nécessaire : la sensibilisation de la population, l’explication de son/ses idéaux, l’exposition de son programme et politique sociale, économique… Les partis qui existent aujourd’hui, UNIR, UFC, ANC, CAR, OBUTS, PSR, PRR, CDPA, NET, aucun n’a de véritable ambitions en santé, infrastructures, éducation, couverture sociale, morales, bien-être de la population. Aucun ! Même s’il y en a, il n’est pas suffisamment ventilé, de quoi permettre au togolais de faire la différence entre les partis politiques, et de faire un choix éclairé d’appartenir à l’un d’entre eux. C’est triste. Moi qui vous parle, enfin moi que vous lisez, depuis ma majorité, je n’ai jamais adhéré à un parti politique, ni participé à une élection, législative comme présidentielle. Juste parce que je ne connais le programme d’aucun des candidats, et parce que je savais à peu près ce que seraient les résultats. Du coup, je me suis dit pas besoin de perdre du temps.

Le prix de l’indifférence…

Participer ou ne pas participer à la vie politique de son pays, est un choix conscient, réfléchi et totalement libre, mais pas du tout exempt de toute conséquences. Lorsqu’on choisit de ne pas adhérer à un parti politique, l’on fait partie des indécis, et l’on devient l’électorat à convaincre, la cible que tout parti politique voudra et devra atteindre et convaincre. Cela n’est pas forcément mauvais ; il faut se faire désirer, histoire de se sentir important. Mais lorsque, comme moi, on décide délibérément de ne point voter, de ne même pas s’inscrire sur une liste électorale, de ne point retirer sa carte d’électeur, cela a de fâcheuses conséquences sur la vie de la nation.
De prime abord, cela fausse les statistiques sur la population électorale. Lors des recensements, chaque parti politique essaie de comparer les données nationales au nombre de ses partisans, sympathisants et surtout adhérant. Ne pas adhérer à un parti, ou ne pas s’inscrire sur les listes électorales trouble énormément les données, et rendent incertain l’issue des élections.
Ensuite, l’indifférence des citoyens, ou la faible participation à un scrutin, favorise les candidats qui ont pu mobiliser une certaine partie de l’électorat. Même si le gagnant n’est pas forcément légitimé par la participation massive de la population, ni plébiscité par un vote écrasant en sa faveur, l’abstention ou l’indifférence constitue tacitement un vote en sa faveur. Du coup, tout le pays tombe sous le joug d’un candidat qui ne fait pas forcément l’unanimité, ou moins n’a pas l’aval de la majorité.
Enfin, le fait que le peuple s’intéresse peu aux différents scrutins fragilisent énormément les institutions de la République. Un Président élu à 20%, est forcément vomi par les 80% restants. Comment dans ce cas engager des réformes, comment avancer, comment mettre en œuvre une politique avec 80% de la population qui est hostile au Président ? Un parlement, à travers lequel le peuple ne se reconnait pas, a beau voter d’excellentes lois, ces dernières passeront difficilement. Pis, comment voudriez-vous plus tard, renverser un Président ou un Parlement que vous n’avez pas élu ? Par quel moyen ? Conséquences ? Gouvernements d’union nationale qui ne foutent jamais rien, moult dialogues avec l’opposition, perte de temps, et finalement, le Président ne voit d’autres recours que de s’appuyer sur la police et les forces armées pour maintenir un semblant de paix et d’ordre.

Oui mais et alors ?

Moi, Aphtal, j’ai fini par comprendre qu’à chaque fois que je me fais « agresser » par un policier, c’est de ma faute ; à chaque fois que ce parlement vote des lois, à chaque fois qu’un vaurien est promu ministre, à chaque scandale national, à chaque marche de l’opposition sévèrement réprimée, à chaque organe de presse muselée, à chaque intervention musclée de l’armée, à chaque allocution insultante du Président et de ses sbires, bref à chaque exaction commise au nom de la gestion de la chose publique, je reconnais que c’est ma faute, et que je le mérite. Ma faute ? C’est de n’avoir pas voté ! Ma faute, c’est de n’avoir point saisi l’occasion de m’exprimer clairement à travers un bulletin de vote ! Ma faute, c’est de m’être tu, c’est de n’avoir point glissé un bulletin « carton rouge » dans l’urne. Eh oui, Ahmadou Kourouma (mon maître à penser et idole) le disait si bien : « quand on refuse, on dit non ! ».
Eh bien dire non au régime en place, dire non à sa gestion calamiteuse, dire non à sa situation actuelle, c’est voter. Dire non, c’est d’aller s’inscrire sur une liste électorale parce qu’on a quelque chose à dire ; c’est d’aller chercher sa carte d’électeur, prendre un bulletin et se rendre dans l’isoloir ! C’est de cocher dans la case du changement, en son âme et conscience, seul devant le prétoire de sa conscience. C’est voter utile, c’est voter pour un candidat autre que celui qui a la gestion actuelle des affaires.
Dire non, c’est également exiger des partis politiques des programmes clairs, précis et constructifs ; c’est exiger la transparence dans la gestion et la direction desdits partis, car la gestion du pays sera plus ou moins calquée sur la gestion du parti. Dire non, c’est poser des questions aux candidats et chefs des partis politiques, c’est chercher à comprendre leur démarche, c’est chercher à être convaincu et à partager leurs idéologies, leurs idéaux, leurs rêves, leurs ambitions.

Les peuples n’ont que les dirigeants qu’ils méritent ! A peuple silencieux, dirigeant silencieux ; à peuple pervers et laxiste, idem dirigeant ; à peuple stupide et ignorant, pareil dirigeant ; à peuple débile, dirigeant débile. En ce qui me concerne, j’ai décidé de ne plus me taire. J’ai décidé de ne plus être laxiste, de ne plus être indifférent ! J’ai décidé d’agir, de m’impliquer dans la gestion de mon pays, de choisir mon propre président, de choisir mon propre représentant au parlement, à chaque fois que l’occasion se présente. A chaque consultation populaire, à chaque législatives, à chaque référendum, à chaque élections communales et locales (les toutes premières au Togo), je me prononcerai, je voterai, je choisirai, j’agirai, je dirai oui, ou non. Ma voix compte énormément dans le destin de la terre de nos aïeux. D’ailleurs, ce n’est plus la terre de nos aïeux. C’est ma terre, c’est notre terre à tous, elle nous appartient actuellement, avant de devenir à notre tour, des aïeux.

La participation à la vie et à la gestion de cette patrie, c’est une affaire de tous. En ce qui me concerne, c’est ce que j’en pense. La fabuleuse théorie de la séparation des pouvoirs distingue trois pôles dans une République : le Législatif, l’Exécutif et le Judiciaire. Brillante disposition de Montesquieu. Et moi tout humblement, j’ajouterai à ces trois pouvoirs : Le peuple. Oui, le peuple, c’est l’alpha et l’oméga dans la république. C’est la société pensante, intelligente, civile, et non débile. «  Togolais, viens! Bâtissons la cité »
J’ai dit !


Douleure silencieuse (Extrait de être et paraître)

Voiture Mohamed. (Image Google)

(…) La nuit du même jour, aux alentours de huit heures du soir, Françoise  rendit visite à son prince charmant. Comme Mohamed voulait manger du poulet avec des frites au diner, Françoise se proposa donc d’aller surveiller la cuisson elle-même et par ricochet, discutailler quelque peu avec Odile. Celle-ci finissait à peine de pleurer et tentait de se refaire une mine radieuse. Pourtant, elle dissimulait mal son gêne et sa frustration. Elle ne pouvait soutenir le regard de Françoise. Elle était très mal à l’aise et triste. Mais que diantre avait prit Mohamed pour qu’il fasse cela ? Françoise est une fille très belle et possède tout pour plaire. En plus de sa beauté, elle est très respectueuse et c’est ce respect qui empêchait Odile de croire qu’elle eut une relation intime avec Mohamed. Et pourtant les douleurs sourdes qu’elle sentait au bas ventre lui rappellent aisément l’existence de cette relation contre nature. L’expression contre nature n’est point utilisée pour condamner le fait qu’un homme puisse avoir des relations sexuelles avec une domestique. Loin s’en faut ! Mais ce qui est condamnable, ce sont les circonstances dans lesquelles ses relations ont eut lieu. Abus d’autorité, intimidation afin d’avoir les faveurs d’une femme sont le degré de bassesse qu’un homme ne doit point atteindre.  Françoise put  remarquer qu’Odile a une attitude différente de celle des autres jours. Elle était peu enthousiaste, distraite, et fuyait son regard. Elle répondait à peine aux questions, et les blagues ne la faisaient point rire… Face aux comportements étranges d’Odile, Françoise ne put s’empêcher de nourrir des soupçons. Mohamed lui aurait-il dit des méchancetés ? Aurait-il porté la main sur elle ? Elle questionna Odile qui refusa d’avouer quoi que ce soit, prétextant soit une migraine, soit une douleur au bas ventre. Françoise se mit à insister, tant et tant qu’Odile commença par pleurer. Elle pleura abondamment. Elle pleura comme jamais elle n’a pleuré. Françoise en fut émue. Les pleurs d’Odile étaient sincères. Après s’être longuement vidée de ses larmes, elle consentit à parler. Elle raconta tout dans les moindres détails. A la fin de son récit, elle s’excusa auprès de Françoise et lui demanda fermement de ne pas questionner Mohamed à ce propos.

Françoise demeura interdit quelques minutes. Elle sait que  Mohamed entretenait de rapports avec plein d’autres filles, mais de là à se rabaisser à ce point, elle ne pouvait l’admettre. Elle garda son calme, remercia Odile pour sa franchise, la calma et la rassura. Elle lui offrit ensuite quelques cachets pour calmer la douleur qu’elle avait au bas-ventre, puis sortit rejoindre Mohamed dans sa chambre.

Lorsqu’elle entra, la télé était allumée et Mohamed était couché à plat ventre, lisant un magazine posé à même le sol. Elle baisse le volume du poste téléviseur puis rejoint Mohamed sur le lit. Elle hésite sur la conduite à tenir. L’attaquer de front ou parler en paraboles ? A quoi pouvait-elle s’attendre comme réaction ? Encaisser des gifles, supporter des injures, accepter un silence méprisant ? Peu importe. C’est un combat pour la dignité. Point pour la sienne, mais pour celle de Mohamed lui-même ou du moins celle d’Odile. Ce soir, elle prit son courage à deux mains et interrogea sérieusement Mohamed. Elle parla longuement avant de porter ses accusations. Elle parla encore quelques minutes avant de passer la parole à l’accusé. Mohamed ne nia point. Il s’expliqua et même, plaida coupable. Il finit par se confondre en excuses. Sincère ou point, c’étaient des excuses quand même. C’est la première fois que Françoise réussit à mettre Mohamed dos au mur. En deux ans et demi de fréquentation, jamais Mohamed ne s’expliqua ou s’excusa. Elle eut bien envie de profiter de la situation afin de crier elle aussi toutes ses frustrations jusque là enfouies. Françoise se mit à hausser le ton et à faire des reproches. D’abord silencieux, Mohamed la supplia d’arrêter. Hélas. Elle braillait de plus belle. Pour toute réaction, Mohamed se leva et quitta la pièce. Il descendit se réfugier au salon. En plus d’être malpoli, c’est un lâche. Oui. Tout homme qui tourne dos aux conséquences de ses actes n’est qu’un lâche. Rien de plus. Mais à y voir de près, Mohamed se sachant susceptible, voulut quitter la confrontation avant que la situation ne dégénère. Françoise demeura seule dans la chambre et, se sentant humiliée, décida d’en découdre avec Mohamed, où que ce soit, une bonne fois pour toutes. Elle dévala rapidement les escaliers. Une fois en face de Mohamed, elle se mit à l’abreuver d’affronts. Mohamed tenta de la calmer ; en vain. Il essaya de se retenir, du mieux qu’il pouvait. Hélas, Françoise devint insupportable. Pour faire court, il lui assena une violente gifle, ce qui eut pour effet de la calmer quelques instants. Elle se mit à pleurer. D’abord silencieusement. Puis elle se mit à sangloter à haute voix et à frapper Mohamed. Celui-ci se mit alors à la battre sérieusement comme avec un adversaire de force égale. Françoise n’eut aucune autre option que de s’en aller, à la fin de la bastonnade, toute en larme, sans demander son reste.

Moi je me pose certaines questions, à ce niveau. Pas vous ? Eh bien, qui est responsable de cette situation ? Mohamed qui a du mal à tenir sa libido en bride, Odile qui n’a pas su taire ses douleurs et son affront, Françoise qui est incapable de faire un reproche sans crier, ou encore Mohamed qui ne peut faire preuve de sang-froid et d’humilité ? A mon niveau, j’y cogite toujours.

Google: Image corresppondant à un viol

Quelques instants après le départ de Françoise, Mohamed entra en trombe dans la chambre d’Odile, l’arracha de son lit et se mit à la battre férocement sans lui demander quoi que ce soit. Plusieurs minutes durant, la domestique essuya des coups violents et précis de son petit patron. Le gardien, attristé par le sort de son amie, voulu s’interposer mais pensa à sa famille qu’il devait nourrir. Il garda silence et retourna tranquillement à son poste, le cœur lourd et la mort dans l’âme. Il aurait-bien voulu interrompre Mohamed, il pouvait même le maitriser. Hélas ! La stabilité de son foyer en prendrait un coup. Honte à ce gardien qui, à cause du gain, ferma son cœur aux cris de détresses d’une innocence violée. Sinistre silence. Coupable silence. Blâmable silence. Qu’aura-t-il à dire après, pour sa défense ? Mais d’autre part, il faut le comprendre. Il ne travaillait pas pour le compte d’une société de gardiennage. C’était un poste par pitié que par nécessité et il savait qu’il ne méritait pas son salaire, en tout cas pas les largesses de Mocktar Yasser. Il n’était pas indispensable à la sécurité de la maison, mais était présent à titre purement symbolique. Un poste pareil, on réfléchit longuement avant de le perdre. Dans un contexte socio-économique où les enfants n’ont aucun égard pour le père qui n’a aucun emploi, où les épouses tournent le dos la nuit aux maris sans source de revenus, il vaut mieux fermer sa conscience à l’appel de l’humanité.

Mohamed continuait à frapper sans aucune pitié ni considération. Odile avait déjà le visage plein de bleu, les lèvres tuméfiées et le corps endolori. Pour finir, Mohamed baissa son pantalon, ôta violemment le pagne d’Odile et la viola systématiquement. Celle-ci se mit à supplier, à invoquer tous les dieux et à implorer la clémence et la magnanimité de Mohamed. Comme celui-ci semblait insensible à ses supplications, elle arrêta de crier, et subit ses tribulations en silence. On eut cru qu’elle prenait un certain plaisir aux violents coups de reins de Mohamed, mais il existe des douleurs si bruyantes et si vives qu’elles ne sont plus extériorisables. Ce sont des douleurs muettes. Ces douleurs qui vous plongent dans un état second, et qui vous  anesthésient. La douleur atteint un tel degré qu’elle devient indolore. Vous avez tellement mal que vous en riez, vous criez tellement fort que nul ne vous entends. Votre cri est si strident qu’il n’alerte que vous-même. Odile vivait cette douleur ; dans sa chair, dans son esprit, dans son âme. Dès que Mohamed finit sa sale besogne, il se leva et regagna sa chambre pour prendre une douche.

Les premiers cris d’Odile avaient pourtant réveillés les voisins. Certains s’étaient même levés et osés mettre le nez dehors. Mais lorsqu’ils s’aperçurent que les cris provenaient de la demeure Yasser, ils secouèrent la tête, indignés, puis rentrèrent chez eux. Aucun d’eux n’avait ni l’envie ni la force d’entrer en conflagration avec les Yasser. Ce qui se passait dans cette demeure ne les regardait en rien, pensaient-ils. Cela relevait du domaine réservé de la maison. Chacun n’était-il pas maitre chez lui ? Le droit souverain de la propriété ne faisait-il pas de chaque propriétaire, souverain absolu de sa propriété ? Cependant y a-t-il une frontière à la douleur ? Que nous reste-il de notre humanité, si nous ne sommes pas capable, dans une moindre mesure, de demander les raisons de tels cris ? Qu’avons-nous à enseigner à la postérité si nous nous murons derrière des peurs stupides au point d’être complices passifs d’atroces exactions ? Odile venait d’avoir sa dose. Elle savait que personne n’oserait intervenir, qu’elle était seule dans son combat et dans son tourment. Abattue, elle demeura couchée quelques longues minutes avant de prendre une douche. Elle avala de nouveau deux comprimés des cachets que Françoise lui avait offerts un peu plus tôt, puis sortit. Elle éteint les lumières, ferma soigneusement la porte de sa chambre, admira une dernière fois la maisonnée, ouvrit le portail puis disparut dans le noir… (…)


Togolese Dream

Image: Balthazard-picsou, Blog de Tsepo (Toietmoi.tg)

Bien le bonjour à vous, chers amis. C’est toujours avec plaisir que je pose mes fesses pour plancher sur un sujet qui nous intéresse tous. Vu que vous êtes de différentes nationalités, de divers horizons, ne partageant guère les  mêmes réalités, il m’est d’une difficulté inextricable d’aborder des sujets universels, des sujets qui intéressent tout le monde ; de mettre par écrit des récits dans lequel tout le monde pourra se retrouver. Bref, il est difficile à ce blog d’être un miroir pour tous. Cependant, il y a quelque chose que je peux faire à travers ce blog : Présenter le Togo à vous autres ; peindre le Togo sous toutes ses coutures, toutes ses couleurs, le Togo de tous les jours, le Togo d’en bas quoi.

Bien ! Regardez bien ce jeune homme sur la photo. Oui ce jeune, calme, serein, avec un verre à la main. L’avez-vous bien regardé ? Si oui, eh bien je vous présente « le nouveau togolais ». Oui le nouveau togolais, ou plutôt le profil du togolais contemporain. Vous vous demandez sûrement ce qu’il a d’extraordinaire, ce qu’il a de particulier ! Je vous le dirai volontiers.

Le jeune que vous regardez sur la photo, censé incarner le nouveau togolais, nous l’appellerons Kpatcha. Eh bien Kpatcha est un jeune homme, togolais, ayant vingt-trois printemps à son compteur biologique. Il est issu d’une famille modeste, dont le père est un comptable retraité, et la mère secrétaire dans une société de gardiennage. Kpatcha a toujours cru au travail libérateur, et s’est toujours fixé comme objectif, de vite réussir sa vie, aider ses parents et soutenir ses jeunes frères à terminer également leurs études. Quelle voie privilégier, outre celle des études ?  Kpatcha fit de très bonnes études secondaires, et obtint son Baccalauréat. Premier étudiant de la famille, il bénéficia de tous les soutiens qu’une famille moyenne togolaise peut accorder à l’un de ses membres. On réussit à lui bailler une chambre dans la capitale, pas trop loin du campus universitaire.

Les inscriptions terminées, Kpatcha se retrouve en Faculté de sciences, option Biologie. Tout lui était nouveau : Les unités d’enseignements, les manières de dispenser les cours, les programmes beaucoup plus allégés et surtout le manque de contrôle. Ce à quoi ne s’attendait pas vraiment notre « nouveau togolais », c’est que les cours soient payants. Au fait, le professeur venait avec l’intégralité de son cours, et ceux qui voulaient l’avoir devaient cotiser afin qu’on le leur photocopie. Bizarre. Sur les dix-huit unités d’enseignement que Kpatcha doit suivre, dix-sept étaient à photocopier, et croyez moi, aucun ne comportait moins de quatre-vingt quinze (95) pages. Calcul-rapidement, Kpatcha devait débourser plus de 950 FCFA par unité d’enseignement. Lui qui avait du mal à joindre les deux bouts, lui qui fit suer ses parents pour qu’on lui achète de nouveaux cahiers grand-format, comment allait-il s’arranger pour avoir ses cours ?

Qu’à cela ne tienne ! Ses cours, il les aura, tôt ou tard. Sauf qu’à l’Université de Lomé, ceux qui ont leurs cours tardivement ne s’en sortent presque jamais. Kpatcha suivait donc les professeurs sans le cours pendant au moins une quarantaine de fois, avant de pouvoir faire la photocopie du cours. Et dès qu’il avait le cours, il ne perdait aucune minute. Il vivait et étudiait comme cela depuis déjà six mois. On finit par accorder aux étudiants leurs allocation boursière, et Kpatcha en profita pour régler son loyer, s’acheter quelques vivres, et à rendre visite à ses parents avec un gros pain et quelques boîtes de sardines sous le bras.

A la fin du semestre, Kpatcha ne réussit à valider que quatorze matières sur les dix-huit programmées pour son parcours. Il fit rapidement la moyenne de ses notes, et se rend compte qu’il avait une moyenne de 13,43. Le compte est bon. Il ne démérite pas. Seulement peu de temps avant les congés, une note explicative à l’intention des étudiants dispose qu’avec la nouvelle donne, avec les exigences du système LMD, tout étudiant n’ayant pas validé toutes les unités d’enseignement de son semestre, n’avait pas le droit de s’inscrire dans certaines matières du semestre prochain. Une histoire de pré-requis. Le semestre suivant, Kpatcha ne fut autorisé à s’inscrire que dans dix matières sur seize.

… trois années plus tard…

Kpatcha est désormais un étudiant aigri, épuisé par tous ses efforts, nécessaires à sa réussite universitaire et à sa survie. La Licence semble repoussée aux calendes grecques. Il était en sixième semestre de Biologie, mais il lui reste énormément de matières à reprendre dans les semestres précédant. Entre temps, il perdit son père ; sa petite sœur avançait également dans les études, avec son cortège de dépenses. Du coup, les études ne sont plus sa priorité ; il cherchait à survivre. Il ne se voyait plus en blouse blanche penché sur un microscope dans un laboratoire de recherche, il ne se voyait plus en train de donner des conférences pour exposer ses découvertes, il ne se voyait plus innover dans le domaine cellulaire. Tout ce qui l’importe, c’est de pouvoir se procurer les trois repas quotidiens.

Kpatcha que vous voyez à l’image, c’est le commun des togolais. Il n’a plus de rêve, il n’a plus d’idéal, il n’a plus d’ambition, il n’a plus de projet, il n’a plus d’avenir. Tout ce qui lui importe, c’est son pain quotidien. Être capable de manger là tout de suite, à chaque jour suffit sa peine ! Demain s’occupera de lui-même. Kpatcha vit au jour le jour.  Si des camarades l’invitent à partager une bière, il ne se fait pas prier. Le campus ? Il s’y rend lorsqu’il s’ennuie, ou lorsqu’il doit rencontrer des amis. Il enchaîne les petites tâches dans des supermarchés, des bistrots ; il accomplit de petits boulots pour ses amis qui ont les moyens de lui glisser un billet.

Je vous parle de Kpatcha, parce que Kpatcha, c’est moi ; c’est aussi toi, cher lecteur, c’est peut-être le mec qui est assis à l’autre bout de ta table, c’est le mec qui vient de te servir, dans le cybercafé où tu me lis ; c’est aussi ce gars, inscris en gestion, ou en Droit, en Médecine ou en Sociologie, en Chimie ou en Linguistique. Je, nous croisons tous les jours des Kpatcha partout où nous allons.

Que voulais-je dire en fait par cette histoire ?

Eh bien, le système éducatif au Togo, surtout l’enseignement universitaire, passez moi le terme : c’est la merde !  Il n’existe pas de faculté où il n’y a pas le même problème d’unité d’enseignements, de crédits, et autres. En 2008, le Président de la République signa, avec le Premier Ministre et le Ministre de l’enseignement supérieur d’alors MM Komlan Maly et Aduayom M, un décret mettant en application le fameux système LMD. Pour faire court, voici un lien pour plus d’explication sur ce système (LMD). Il n’y eut pas de phase d’explication en bonne et due forme, il n’y eut pas de faculté ou d’année d’expérimentation, il y a juste application à l’ensemble des facultés et école de l’Université de Lomé, chamboulant ainsi tout l’ordre qui était établit. Je m’explique : Un étudiant en troisième année, ayant réussi avec l’ancien système (calcul de moyenne), pouvait facilement se retrouver en première année, s’il n’avait pas validé une matière fondamentale.

Bref, le gouvernement togolais n’a aucune politique de l’éducation, et cela s’exprime à loisir à travers l’explosion des universités privées. L’université publique est un véritable échec. Il y a trente ans, l’université de Lomé était la référence dans la sous-région, et tout le monde voulait s’y former. A présent, aucune université régionale ne fait confiance aux diplômes togolais. Essayez de vous inscrire en Master au Bénin ou au Burkina avec une Licence togolaise, vous comprendrez mieux. N’essayez même pas de vous rendre au Sénégal. Cela ne m’étonne pas, car sur un même territoire, il n’existe pas de mobilité universitaire. Impossible pour un étudiant à l’Université de Lomé de poursuivre ses études à l’Université de Kara, et vice-versa. Quelle dichotomie ! Quelle aberration !

Ce que j’en pense.

Il faut une véritable réforme de l’éducation au Togo, de la maternelle à l’agrégation. Les programmes, les enseignements et les enseignants, tout cela doit subir une profonde transformation. Il faut qu’il y ait des alternatives à l’école. L’école minimale et gratuite pour tous, d’accord, mais à côté, il faut apprendre à faire autre chose, et sur ce point, les pays anglo-saxons sont de vénérables maitres. Il faut durcir le Baccalauréat. C’est vrai qu’au Togo, le seul diplôme qui ne souffre d’aucun critique ni de doute demeure le Bac II. Cependant, depuis un certain moment, il y a trop de bacheliers. La moyenne requise pour l’obtention du Bac est revue à la baisse, et cela n’augure rien de bon, à mon avis. Le Bac doit être l’ultime tri. Il faut être illuminé pour l’avoir.

Maintenant que l’on a le Bac, on ne doit pas obligatoirement s’inscrire à la fac. Les études supérieures doivent être réservées à une élite bien précise : soit on est riche, et on peut se payer les frais d’inscriptions et les cours, soit on est intelligent, et on bénéficie d’une bourse. Sérieux. N’IMPORTE QUI PEUT AVOIR LE BAC, MAIS TOUT LE MONDE NE PEUT PAS FAIRE DES ÉTUDES SUPÉRIEURES. L’université publique au Togo est moins chère. Très moins chère. Trop moins chère. Avec 25.000 FCFA (environ 45 Euro), on peut s’inscrire en Faculté de Droit, en Médecine, ou en Biologie. A ce prix, ajouté au manque de volonté politique, tout le monde se rue vers l’université. Conséquence : infrastructures insuffisants, mauvaises conditions d’enseignement, échecs massifs aux examens, et absence d’emplois aux rares diplômés.

Maintenant qu’on est arrivé à s’inscrire à l’Université, l’on a le droit de suivre des unités d’enseignements pointus, adaptés à nos réalités, adaptés à nos besoins, à notre étroit marché de l’emploi. Comment expliquer qu’un étudiant en Géographie répète bêtement « on cultive 1.000 tonnes de blé autour de la Garonne », alors qu’il ignore qu’on cultive de la canne-à-sucre à Togblecopé ; comment comprendre qu’un étudiant en Linguistique connaisse parfaitement  l’origine du mot anglais « Freedom », alors qu’il ne sait pas dire le même mot en Kotokoli ou en Kabyè

De toutes façons, l’éducation nationale au Togo est en crise depuis belle lurette, c’est un principe acquis, je ne vous apprends rien. Je ne demande qu’une chose : que mon gouvernement y travaille sérieusement. Il y va de la survie et de la relève de ma nation

J’ai dit.