Aphtal CISSE

Coup de coeur aux combattans des flammes

Image d’un pompier (Google)

Respectables salutations à vous, oh, vénérables lecteurs. J’ose espérer que tout va pour le mieux de votre côté, ou en tout cas, j’espère qu’il n’y a pas le feu. Moi aussi je vais bien, juste la gorge sèche, à cause de l’harmattan qui s’est abattu sur Lomé depuis le 1er janvier. A part cela, il y a pas le feu.

Et franchement, il vaut mieux ne pas parler de feu, parce qu’au Togo, le feu, nous on ne blague pas avec hein. Nous avons des gisements de phosphates que nous exploitons, et à base desquels nous avons des allumettes pour notre usage. Mais lorsqu’une buchette Made in Togo est  allumée, il vaut mieux qu’elle s’éteigne vite et bien, parce que Sapeur Pompier Made in Togo, ce n’est pas la peine.

Vous les connaissez, les sapeurs-pompiers non ? Ces mecs habillés en cosmonautes, armés de longs tuyaux, qui combattent les flammes là ? Ce sont eux qui ont gros camion rouge super rapide, avec tank derrière plein d’eau. Vous voyez non ? Très bien ! Je veux parler de ces mecs courageux là.

Eh bien je me souviens, quand j’étais en Californie (quoi, vous aussi, vous connaissez pas voyage astral ?), que les sapeurs pompiers sont de véritables héros. Sérieux. A peine le feu est-il déclaré qu’ils sont déjà sur les lieux. Bien habillés pour l’occasion, ils ont de longues échelles avec lesquelles ils ont rapidement accès aux bâtiments. Ils n’ont pas peur ; ils rentrent dans les flammes, et souvent en ressortent avec un bébé oublié, ou une vieille mémé coincée. Ensuite, leurs tuyaux d’arrosage leurs permettent d’éteindre le feu en un temps record, de sécuriser les autres installations, de soigner les éventuels blessés,  avant de regagner la base, avec le sentiment du devoir accompli. Ils ont même à leur disposition des avions, des hélicoptères, et tout un tas de matos qui ne font pas vraiment craindre le pire aux victimes. Ah sacrée Californie ! Malgré tes constructions en bois, tes équipements, tes réseaux d’électricité, de câbles…tes pompiers arrivent toujours à limiter les dégâts.

Une fois rentré chez moi, je me rends compte que ce n’est pas du tout la même chose. Alors là pas du tout. Les pompiers togolais, dans leur grande majorité, ont peur des flammes. Petit briquet tu allumes pour ta cigarette, le gars se couvre la tête et s’allonge en criant « Tout le monde à terre ! Tout le monde à terre ». Lorsqu’ils se retrouvent dans leur caverne,  pardon caserne,  c’est à se croire dans une cour commune : ils sont torses et pieds nus, allongés contre le mur, jouant aux cartes, au Ludo ou au Wali. Il y a toujours un gars accroché au téléphone, en train de discuter avec des filles, apparemment. Du coup, pour déclarer un incendie, c’est la croix et la bannière, car généralement la ligne est occupée. Lorsque tu arrives à les joindre, il te faut situer ton emplacement géographique, par rapport à celle de la seule caserne de la ville de Lomé.

Dieu merci, le gars a fini par avoir une idée plus ou moins vague de ton emplacement. Maintenant, il doit mobiliser la troupe, mécontente de quitter la partie de cartes. Il leur faut s’habiller (et quel habillement encore), pour prendre leur voiture. Si tu es né sous une bonne étoile, il y aura, ce jour, du carburant dans la voiture. Rapide comme un sexagénaire en plein jogging, la voiture devra traverser toute la ville de Lomé, arriver au quartier indiqué, pour enfin se mettre à demander aux passants où se trouve l’incendie. Si ta bonne étoile brille encore, le cinquième riverain interrogé pourra leur indiquer ta maison qui a brulé aux trois quart. Comme les bonnes choses ne durent jamais, c’est arrivé devant ta maison, que nos sapeurs pompiers se rendent compte qu’il n’y a pas d’eau dans le réservoir.

« Oh zut alors ! Komi, comment as-tu pu vendre toute l’eau, au lieu d’en réserver un peu ? Je t’avais bien dit qu’il se pourrait qu’on en ait besoin aujourd’hui. Voilà ça ! »

Ahem ! Heureusement que ton voisin a le courage d’affronter la prochaine facture d’eau ; c’est lui qui ouvre son robinet et puis les riverains se mettent en file indienne pour éteindre ton feu. Si ton prénom est Emmanuel (c’est-à-dire Dieu est avec moi), tu rentres dans ta demeure toute fumante et noire, pour récupérer ton acte de naissance, ton certificat de nationalité, ton acte de mariage, et quelques relevés de notes de tes enfants. Jusque là tout va bien. Trop bien même. C’est quand tu n’es pas arrivé à cacher tes larmes devant tes enfants et tes voisins de quartier, que les sapeurs pompiers viennent te réclamer cinq ou dix milles francs, pour leur déplacement.

Quand je pense qu’en Californie, malgré leur promptitude, les pompiers passent dans les écoles primaires pour répéter aux mômes « Matches is not a toy, it’s a tool », j’ai envie de pouffer de rire chaque fois que ma fille répète candidement « La voiture des sapeurs-pompiers est une voiture prioritaire ». Normal ! Quand un corbillard aussi est une voiture prioritaire, pour laquelle on doit céder le passage, n’est-ce pas nous dire que l’on a plus d’importance, mort que vif ? Pourquoi exiger de nos sapeurs pompiers un dynamisme digne de la certification ISO 9001 ?

Au Togo, les flammes, c’est beau ! Quand ça crame, tais-toi et regarde.

J’ai dit.

 


Aphtal: Plus un geste…

Beware thieves in socks par Evin DC, via Flickr CC
Beware thieves in socks par Evin DC, via Flickr CC

J’aurais bien aimé débuter cette nouvelle année avec un billet beaucoup plus gai mais… Qui sait ? Certains en riront, d’autres y verrons un mauvais présage, d’autres encore relativiserons ! C’est aussi cela le charme de la langue française.

31 décembre 2012 ! Tout être humain, vivant, se sent dans l’antichambre de la nouvelle année, excité et agité. Chacun occupe cet instant si délicat à sa façon : à l’église, à la maison, dans un cabaret, dans un bistrot, dans une boite de nuit… Moi en tout cas, j’avais décidé d’être à l’église, au sein de la communauté chrétienne, afin de dire merci au Créateur de m’avoir préservé des Mayas.

A la fin de la messe, donc le 1er janvier 2013, il fallait faire un programme avec les amis, se taper quelques bouteilles, avaler quelques côtes de porcs ou de « mouton-garçon », avant de rentrer chacun chez soi, bien gavé. Très rapidement, j’ai réussi à rassembler six camarades, qui se font rejoindre par leur conjointes. La soirée allait être longue.

Nous déambulâmes dans cinq différents débits de boissons, pour finir la soirée dans une cave à vin, tout près de la demeure de l’un de mes amis. Visiblement épuisés, exténués, nous décidons de nous séparer, alors qu’il n’était que trois heures du matin. A cette heure, impossible de trouver un taxi, ni même un taxi-moto. Ceux qui avaient leur moyen de déplacement partirent avec leur compagne ou leurs conquêtes. Nous autres piétons, étions condamnés à trouver un taxi-moto, en cette heure si… Après une demi-heure de vaines recherches, Marc, l’ami qui habitait tout près, nous propose de passer la nuit chez lui. Le jour ne tardera point à se lever, et il sera plus aisé de trouver un Zémidjan. Bah, pourquoi pas ? De toute façon, personne ne m’attendait à la maison, et comme je n’avais pas mon trousseau de clé, je risque de passer la nuit sous le portail d’entrée, à la belle étoile.

Ok pour passer la nuit chez Marc.

Nous étions quatre à être restés chez Marc. Nous avons passé le reste de la soirée à jouer au Pro Evolution Soccer sur sa Playstation, avant de nous abandonner totalement à Morphée. Habitué à me réveiller pour mon jogging matinal, je n’avais pas pensé à couper l’alarme de mon téléphone qui ne me permit pas de dormir longtemps. Je demeure alors dans cet état de torpeur, jusqu’à six heures, où je décide de m’en aller. Ne voulant point réveiller le reste de la bande, je fais juste signe à Marc, qui me raccompagne à la devanture, puis m’aide à trouver un taxi-moto. On se fait les salamalecs, puis la moto démarre.

Je n’ai pas fait quelques mètres que mon téléphone sonne. Marc me demande de revenir immédiatement. Le ton à la fois pressant et suppliant me fait croire à une urgence. J’intime alors l’ordre au conducteur de Taxi-moto de rebrousser chemin. Pour prévenir un quelconque besoin de déplacement, je demande au Zémidjan de m’attendre. Il ne se fait pas prier, sachant que je payerai pour chaque minute qui passe.

Je rentre dans la maison, et tous mes camarades étaient sur la terrasse, la mine grave. Je scrute chaque visage : tout le monde était là, donc nul n’est mort ! Mais alors pourquoi m’avoir fait revenir ?

« Aph, Marc dit qu’il a perdu son argent », me lance Edouard. « Sans blagues ? Combien ? Il l’a laissé tomber où ? Ça s’est passé hier ou ce matin ? », rétorquai-je, croyant que mon ami Marc avait égaré son porte-monnaie et voulait une aide financière de notre part.

« J’ai perdu 35.000 FCFA, Cissé ! Je l’avais déposé sous la télé au salon. Je ne retrouve pas ça. Les amis disent qu’ils ne l’ont pas non plus, alors si tu en sais quelque chose, il vaut mieux qu’on le règle ici entre nous ».

J’avais très mal au crâne, comme c’est souvent le cas lorsque je dors peu, ou mal. Cette allocution de Marc faillit me plonger en syncope. Mais bon, comme tout bon CAYAMAGA, je garde mon calme pour lui répondre que je n’en savais rien.

« Oh comment ? Tu étais le dernier à dormir hier, Cissé. En plus ce matin, on t’a entendu sortir plusieurs fois. Et puis, tu es le seul à tenir un sac parmi nous. Faut pas le prendre mal, mais faut que je te fouille, le sac aussi ».

Souba ha nanlaye ! C’était le comble. Moi Aphtal, on me toise tel un voyou, un repris de la loi, un voleur. Moi Aphtal ? Attendez chers lecteurs, n’allez point croire que je sois pédant, ou un truc du genre, mais cela dépassait tout simplement mon entendement. Marc me soupçonnait, moi, d’avoir frauduleusement subtilisé ses 35.000 F CFA. Marc que je prenais pour un camarade, non un ami, mieux un frère, et pas n’importe lequel, un frère-de-case ! Marc à qui je me confiais parfois, qui passait siester dans ma chambre même en mon absence, Marc avec qui on se tapait des soirées d’enfer, Marc avec qui je venais d’échanger en premier les vœux de la nouvelle année, Marc, le même Marc me demande à moi, de vider mes poches devant lui, et de lui laisser fouiller mon sac

J’étais debout, à côté des autres amis, ou plutôt, à côté du Conseil des Sages qui allait constater mon forfait et me condamner à la disgrâce amicale. Je finis par réaliser que Marc était sérieux, et qu’aucun autre membre de la bande ne voulait prendre ma défense. Soit. Je prends la parole, sans chercher à me défendre, ni demander à Marc et aux autres de chercher encore une fois l’argent porté disparu.

« J’ai pris le sac pour y mettre ce que j’ai prévu acheter à la foire après la messe, et un pull-over, au cas où. Ce matin, en effet, je suis sorti plusieurs fois, pour inhaler mon Ventoline ; l’alcool et l’air confiné de l’intérieur ne font pas bon ménage avec l’asthme. Cet argent, je n’en sais rien, mais si tu veux fouiller mon sac, allons au Commissariat. On y fouillera le sac, et je me mettrai nu si on me le demande. Comme ça  si on retrouve l’argent sur moi, on me boucle en même temps. »

On tenta de m’en dissuader mais j’étais ferme. Pas question de subir cela de la part de quelques camarades, dont au moins la moitié me devait de l’argent. (Ce n’est pas grand-chose, certes, mais l’essentiel est qu’ils soient débiteurs envers moi).

Une dizaine de minutes plus tard, nous étions au poste de police du quartier. Les officiers de garde écoutent attentivement notre récit puis nous mettent tous en garde : on devait payer une somme de mille francs avant tout réquisitoire. Si jamais l’argent était trouvé sur moi, je passerai au moins trois jours en garde-à-vue (violation de la procédure de flagrant délit, en raison des fêtes), avant d’être déféré à la prison civile de Lomé en attendant mon jugement. Mais si au contraire, on ne trouvait rien sur moi, j’avais le droit de faire une sorte de plainte, ou un truc comme cela. Mon honneur, ma probité, ma fierté, mon ego, mon amour-propre, mon patronyme, tout cela était en jeu.

L’un des officiers me vide les poches, j’ôte mes chaussures, mes chaussettes, je descends mon pantalon (ils ont sifflé d’admiration à la vue de mon…). On s’attaque à présent à mon sac. L’officier en sort un cartable, un bloc note (des trucs du bureau que j’évite d’ôter du sac pour ne pas oublier), une bouteille de Muscador, quelques tricots, un pull-over, ma boite de Ventoline, un nouveau testament, et une pièce d’identité. Le procès-verbal fut clair : aucune trace de l’argent de Marc.

Je ne pus empêcher une petite larme de remplir mes yeux, lorsque je remettais mon pantalon. Marc a réussi à me faire pleurer pour la deuxième depuis le 31 Mars 2007. Je n’ajoute aucun mot, j’arrange mes effets, signe le PV, puis sort du poste de police sans regard aucun sur mes prétendus amis.

Sortir d’un poste de police un 1er Janvier, je ne l’aurai jamais imaginé, même dans mon pire cauchemar. De toute façon, cela m’a permit de comprendre beaucoup de chose sur La Confiance, sur la Réciprocité, et surtout, sur ce qu’est « repartir sur de nouvelles bases ». J’ai rafraîchi ma liste d’ « amis », et reste marqué à vie.

Bonne et heureuse année à toi, Marc. Merci pour la définition du mot AMI.

J’ai dit !


Lorsque je découvre ce qu’est l’esprit de Noël

Crédit image:Prophetie.centerblog.net

25 Décembre 2012, encore un Noël de plus. N’étant point adepte de l’improvisation, je me suis préparé, dans tous les sens du terme, aux festivités de fin d’année. Les mayas m’ont loupé, le Christ est encore né : Tout cela se fête. Cette année, j’ai décidé de rompre la chaîne de désintérêt légendaire que j’accordais à ces fêtes ! Jadis, j’étais le seul à rester à la maison, vautré dans un canapé à déprimer devant les chaînes locales, ou à me délecter d’un bon roman africain. Je me récréais des ronflements de ma mère qui s’assoupit généralement à côté. Nos chaînes locales sont capables de donner à Jay-z l’envie de se suicider…

Et donc, j’ai décidé de mordre à pleine dents toutes les soirées qui s’offriront du 23 décembre au 04 Janvier. J’ai même mis l’argent de côté pour cela. Éthylisme à haute dose !

Première soirée, première réussite ! Ce 24 était plutôt soft, je n’ai pas été vraiment noctambule, je suis rentré aux alentours de 02h du matin. Le lendemain, j’essayais, après un surhumain effort, de me faire une tasse de Lipton, afin de combattre ce qui tenait ma gueule. Je ne sais plus vraiment, gueule d’argile, gueule de béton ou gueule d’iroko… Quelque chose tambourinait dans mon crâne, et j’avais les narines un peu bouchées. Je devais être seul à la maison, donc j’avais juste une culotte et une chaussette sur moi. Donc j’attendais que l’eau atteigne les 100°, en pensant à la soirée d’enfer que j’aurai encore le soir après la messe, lorsqu’on sonne à la porte. Plusieurs fois la sonnerie retentit, et je dus me résoudre à ouvrir, pour mettre fin au bruit de la sonnerie qui accentuait ma migraine. Pff quel malotru visitais à midi, les jours de fêtes ?

Dès que j’ouvre la porte, un gamin, un de ces gamins de rue, me salua avec révérence. Il n’avait pas l’air d’habiter au quartier car son visage ne me disait absolument rien. Il était si…sale, sinon crasseux ! Il portait une chemise qui, certainement, a connu de glorieuses époques, sa culotte tenait à sa taille grâce à un lacet de godasse, et la fermeture semble n’avoir jamais existé. Ses pieds, trop larges pour son âge, nus, étaient ornés par une sorte de boue séchée. Son visage lui donnait dix printemps. Je répondis à peine à son salamalec, convaincu qu’il s’agissait certainement de l’un de ces petits morveux et voyous qui, refusant toute autorité parentale, se baladent de maison en maison pour jouer aux mendiants. Je renfrogne mon visage sous l’effet de la migraine et de la colère, mais je n’eus pas le temps de lui intimer l’ordre de déguerpir. « Fovi, s’il y a un travail que je peux te faire pour avoir quelque chose à manger, pardon permet moi de le faire », commença-t-il.

Je remarque la différence de son discours, la sincérité de ses paroles, et le désarroi dans le timbre de sa voix. Lui, il ne voulait rien de gratis ; il n’était pas là pour mendier, mais pour faire quelque chose et mériter le repas du jour. Il remarque mon hésitation, puis ajoute rapidement : « je m’appelle Joël, je vis à Agbalépédo ». Ok pour le job, mais que lui donner à faire ? Je n’ai pas de lessive à faire, la vaisselle est déjà étincelante, la cour de la maison était déjà balayée, et il n’y avait aucune saleté devant la maison. Je sentais une irrésistible envie de confier une tâche  à ce môme crasseux, mais il n’y avait rien. Qu’à cela ne tienne ! J’ai de l’eau chaude pour le thé, j’ai trop mal au crâne pour réfléchir alors j’invite Joël à entrer, puis lui demande de m’attendre là, non loin de la porte.

Je reviens quelques minutes plus tard avec une belle tasse de Lipton au citron, et un grand bol de Milo avec du lait. Je lui tends le bol, tandis que je fais mon malin avec ma tasse, puis le conduit à l’arrière cour. Il s’assoit par terre, puis avale avec une rapidité déconcertante le contenu de son bol. Il semblait revenir à la vie. Je lui interdis de laver le bol, parce que vu son état, il risquait de faire le contraire. Je décide alors d’engager une discussion avec lui, comme un DRH le ferait avec un futur stagiaire, on ne sait jamais ! Mais moi je décide de jouer carte sur table. La discussion s’est passée en éwé (langue locale), pardonnez la qualité de l’interprétation :

«-  tes parents sont à la maison et toi tu fais le voyou en te baladant ou bien ?

–          Fovi, je ne suis pas voyou hein, j’essaie juste de vivre !

–          Vivre ? Tes parents sont où et tu veux vivre ?

–          Mes deux parents sont morts ; l’oncle chez qui je vivais aussi est mort en Octobre dernier, et sa famille m’a fait sortir, comme quoi, je porte un esprit malin. Et pourtant, je vais à l’église, mon vrai nom est Kokou, et Joël est mon nom de baptême.

–          Hey, thé je t’ai donné là, faut pas que je meurs aussi hein !!!

–          Grand-frère, vous allez mourir un jour, mais pas aujourd’hui, et pas à cause de moi. Même si j’étais sorcier, à cause de ce thé, je vous épargnerai.

–          C’est comme ça vous dites toujours, dis-je en riant.

–          Moi je n’ai rien, Fovi ! Je veux juste faire de petits jobs pour manger, et retourner à l’école un jour.

–          Tu fais quelle classe ?

–          J’étais au CE2 (Cours Elémentaire 2ième année) lorsque mes parents sont morts. Chez mon oncle j’ai refait le CE2. J’ai commencé le CM1 mais on m’a renvoyé pour l’écolage, et pour mon hygiène. Portant je suis intelligent hein. Fovi je te jure, je sais très bien lire. Je fais très bien étude de texte et dictée. Calcul rapide aussi, problème là…

–          Ok j’ai compris ! Donc à part ton oncle, il n’y a personne dans ta famille ?

–          J’ai encore trois oncles et une tante mais ils ont peur de moi. Comme la femme de mon oncle a dit que je suis un enfant sorcier, ils ont tous peur.

–          Et tu dors où, tu fais comment ?

–          Je dors souvent à Agbalépédo, dans la station. Sur les bancs des passagers là, c’est là-bas je dors. Mais ca dépend, si je me balade trop et je suis trop loin, je me débrouille. Mais souvent, c’est à la station. Bon, moi je demande de l’aide, mais je préfère faire un travail quoi ; comme ça au moins, on peut te rappeler s’il y a encore quelque chose. Certains me laissent leur laver la voiture, balayer la cour, laver les douches ; certains me donnent juste l’argent et ne me laissent pas entrer. Ça ne me plaît pas mais j’ai besoin d’argent. Il faut que je retourne à l’école, quoi ! Mon père aidait dans un service (coursier, je pari), et lui, il me supplie de travailler  à l’école, et de tout faire pour connaitre papier, comme ça, on ne m’embêtera pas, et je serai à l’aise ; donc je dois retourner à l’école. Ma mère elle aussi disait que l’école, c’est bon ; elle était enceinte lorsqu’ils ont eu l’accident, donc je suis le seul enfant de mes parents. Fovi, une fois je suis allé dans un centre d’aide. Mais, c’est comme c’est pas un orphelinat, c’est pour les enfants voyous, ou ceux qui ont déjà fait la prison ; moi je suis pas voyou, j’ai juste perdu mes parents. Et puis, dans les centres là, on va pas à l’école, on apprend juste un métier, et c’est tout. Moi je ne veux pas ça ; je veux aller à l’école, et connaitre papier. Fovi, tu peux encore me donner un peu de thé ? »

J’étais là, calme, à l’écouter, assaillit par des interrogations à décupler ma migraine. Pourquoi cela lui arrive-t-il ? Pourquoi pense-t-on qu’il est un gosse maudit, avec le diable au corps ? Pourquoi n’accepte-t-il pas sa condition ? Pourquoi s’accroche-t-il au rêve de ses parents ? Pourquoi veut-il vaille que vaille aller à l’école ? Pourquoi ne fête-il pas Noël, lui ? Pourquoi vient-il un jour de fête ? Et pourquoi c’est à ma porte qu’il cogne ? Pourquoi étais-je seul à la maison ? Pourquoi fallait-t-il qu’il touche ma sensibilité, en ce jour ? Pourquoi me parle t-il de ses difficultés, alors que le peu d’argent que j’ai devrais me servir pour toute mon aventure éthylique de la fin d’année ? Maudit Joël ! Et s’il avait vraiment tué ses parents avec son esprit gbass là ?

« Bon, Joël, moi je n’ai pas de travail à te confier là tout de suite, je n’ai pas d’argent à te donner non plus (ah, il faut quand même être prudent, chers lecteurs) ; là où tu es là, ne bouge pas ; je vais t’apporter de l’eau pour ta douche ok ? Comme tu as faim, après la douche, on va manger du riz de la veille. Après, j’ai un ami qui travaille dans le domaine de l’orphelinat. Je l’appelle, et tu partiras avec lui d’accord ? J’arrive avec l’eau »

« Fovi, je vais me doucher, je vais manger le riz mais n’appelle pas ton ami. Je ne veux pas apprendre un métier, moi c’est l’école je veux faire. Les gens des orphelinats ne sont pas sérieux, je ne veux pas être menuiser ou forgeron, je veux aller à l’école »

Je sentis dans son regard une certaine peur et une dose d’aversion pour les orphelinats. Il me fallut une demi-heure pour le persuader d’accepter que mon ami vienne l’aider. J’ignore pourquoi je me sentis si concerné par Joël, ni pourquoi il tenait tant à sa fierté. Lui, un simple gosse de 12 ans. Il prend la douche, là, dehors, je lui remets quelque fringues de mon plus jeune frère, ce qui le plonge dans une joie indescriptible. Après avoir mangé le riz avec appétit, (toute nourriture qui date de la veille, j’adore), je l’installe à la terrasse, en attendant Abdel, mon ami KOREKONDE Abdel, qui promit passer vers quatorze heures.

Joël fut tout de suite séduit par la gentillesse d’Abdel, et il me remercia énormément, avant de partir. Sur le seuil de la porte, je lui tends un billet de 1.000 FCFA et ma carte de visite avant d’ajouter : « Joël, si on te t’inscris pas dans une école, là-bas, appelle-moi. Je n’ai pas grand-chose, mais je peux quand même t’inscrire dans une école primaire à 10.000 FCFA l’an, je te le promets ».  Il avait les larmes aux yeux lorsqu’il me remerciait. Dans un sourire, je lui pose une dernière question : « au fait, tu tiens tant à fréquenter, que veux tu être, quand tu seras grand ? ». Il essuie rapidement la larme qui perle de son œil gauche avant de répondre : « Je veux juste être vivant » !

C’était au tour de mon œil droit de s’emplir de larmes. Sacré Joël, fidèle Abdel, à vous deux, joyeux Noël !

J’ai dit.

Aphtal Cisse


Pitié, Seigneur, pas moi

Prière Image:Google

Franchement ce soir, mon programme était ficelé d’avance: Sortir du boulot à 18h au plus tard, aller avaler quelques gorgées de levures, puis me la couler douce, pour la nuit. Mais, franchement, cette affaire de Maya là, me prend la tête, et donc, à l’instar de Bela, de Florian, et de Faty, moi aussi j’ai décidé d’écrire une lettre. Sauf que la mienne, elle s’adresse directement au Grand Barbu, assis sur un tronc de cailcédrat, délicatement posé sur un nuage plein de gouttes de pluies (Probablement celles qui vont tomber, demain, pour le Bang Bing). Bon je me jette à l’eau:

« Cher Dieu, Donc dans amusement là, Tu veux nous buter demain pour de vrai? Sérieusement? Seigneur, j’avais confiance, je me me moquais de ces gars nus et trapus, aux visages scarifiés et tatoués, mais ce matin quand je me suis levé là, Lomé avait un air bizarre! L’harmattan qui refusait de venir depuis, s’est brusquement abattu sur ma ville aujourd’hui, rendant difficile le lever, et compliqué la douche. Il faisait froid et le soleil hésitait. Du coup, en me rendant au boulot, Oh Doux Papa, je me posais des questions: Donc Tu vas te débarrasser de nous demain, comme ça? Ce qui m’agace, Seigneur, c’est que j’ignore comment cela va se passer, et j’ai l’impression que Tu veux jouer avec mes nerfs; Toi même tu sais que j’ai peur de la mal-mort (différent de la mort hein, chers lecteurs; la mal-mort, c’est cette mort bizarre, façon violente là). Dieu, si je t’envoie ce courriel, (j’avoue que je me suis pas préparé à publier ce soir), c’est que j’hésite encore un peu.

Mais comme on ne sait jamais, je viens Te voir pour plaider ma cause, Oh Saint et Généreux Père! Moi, ton fils non-unique, moi Aphtal, que Tu as conduit par Ta houlette dans la vallée de l’ombre de la mort, moi Aphtal que tu as jugé bon de faire naître d’un père musulman, moi ton gosse préféré que tu as autorisé à se balader dans les parvis de Ton église, Seigneur, moi Aphtal que Tu as initié sur le fil d’un rasoir, moi Ton Aphtal hein, moi ton fils chéri, épargne moi de ce qui pourra advenir demain. Seigneur, je vais répéter ce qu’avait dit mon Grand-frère, lors de sa dernière virée terrestre: « S’il est possible que cette coupe passe loin de moi! » Moi je m’arrête ici car ce que mon grand-frère a ajouté lui a valu des clous contre deux morceaux de bois. (Papa pardonne-leur).

Seigneur, moi Aphtal, qu’est-ce que j’ai fait de mal hein? Moi je produis pas de gaz à effet de serre, moi je pollue rien, moi je suis même pas allé sur la Lune pour jeter des débris la-bas; moi je n’ai pas pris un fusil d’assaut pour tuer des petits enfants, hein; moi je n’ai pas refusé d’aider financièrement ma sœur comme Émile; Seigneur, moi je n’ai pas renié mes origines, je ne suis pas devenu Baoulé comme David; Papa châties-les, mais moi, aie-pitié. Je sais pas comment ça va se passer demain, mais prends moi et puis dépose moi à ta droite en attendant. A la fin, envoie moi repeupler la terre toute entière.

Seigneur, j’aurai voulu jouer la carte de la solidarité, plaider la cause de mes camarades, de mes amis, de ma famille, de mes amours, de tout ceux que j’aime, et de mes ennemis. Mais c’est Toi qui sonde les reins et les cœurs, et tu sais que je suis trop petit et trop faible pour porter la croix de tous ces pauvres pécheurs. Seigneur merci pour la qualité de ton écoute, merci parce qu’à moi, tu ne refuses rien! Merci parce que je serai l’élu demain, advienne que pourra. Ziad, Rita, Faty, Mamady, Serge, Emile, David, Florian, Axelle, Danye, l’autre malgache là, et les autres, Seigneur aie pitié de leurs âmes, et fais comme je te le demande. Merci Papa, car, j’ai prié avec l’assurance qu’aucune prière n’est vaine. Amen!!

Dans l’attente d’une suite favorable, et d’une collaboration future, daigne agréer, oh Tendre Père, l’expression de mon profond respect. A Samedi donc Dieu, dans la case commentaire. Ton fils, Aphtal »

J’ai dit!


Belinda, le diable et moi

Prière
Délivré (Google)

Belinda était de loin, la fille la plus charmante de sa filière, sinon de toute l’école. J’étais privatiste, alors qu’elle était publiciste. Du coup, nos rencontres étaient plutôt fortuites, rares et brèves. Cependant, elle occupait en permanence mes pensées. Ses doigts, ses jolies dents que dévoilent difficilement des sensuelles lèvres dans de rares sourires pourtant si éblouissant et si revigorant. Son teint était d’un éclat indescriptible, hésitant entre la chaleureuse aurore indienne et le langoureux crépuscule méditerranéen. Et son corps, savamment sculpté, gratifié de creux et de monticules de chairs fermes, balancé rythmiquement dans une démarche calculée, finissait de m’achever. Pour la voir plus souvent, je fus obligé de m’inscrire en cours de Droit Parlementaire, afin de brusquer les choses, et favoriser un contact.

Ce qui fut fait, non sans grandes peines ! Il m’a fallu exceller dans cette matière bizarre qui ne figure pas dans mon parcours, chercher à m’assoir à ses côtés, et lui poser quelques questions stupides. Mais le jour où elle m’accorda toute une phrase, je ne me suis pas fait prier pour être un peu plus « ami » avec elle. Nos discussions tournèrent autour des cours, puis, sans trop savoir comment, nous débouchions sur la religion ! Merde ! C’est le genre de débat que je n’aime mener, et pourtant, il fallait faire durer mon plaisir, faire durer la conversation. Sans être inflexible sur mes principes, ni crier mes convictions, je me suis laissé inviter par Belinda à son église.

Et quelle église encore ! Ni catholique, ni protestante ! Ni assemblée, ni baptiste ! Mais une de ces églises des derniers jours, ces églises nouvelles, aux dénominations guerrières. L’invitation était ferme et définitive. Elle était même spéciale, puisque j’aurais l’occasion de suivre en live le témoignage d’un miraculé. Un orateur centrafricain, mort durant une guerre civile, rescapé de l’enfer et témoin du paradis, finalement ramené à la vie le septième jour. Hum, donc  il fallait être aux premières loges pour écouter la description du paradis et de l’enfer. Praise the Lord.

J’ai toujours rêvé de séduire cette charmante et sensuelle gazelle de mon école, cette rarissime perle de l’Institut des Hautes Études des Relations Internationales et Stratégiques. Bah, une stratégie était aussi de se rendre à cette église, faire bonne figure, et… suivez mon regard.

  • Aphtal, allons à l’église

Il sonnait déjà 19h, lorsque j’arrivais au lieu de rendez-vous ! Enfin, à l’église internationale des rachetés de Dieu et privilégiés du Royaume. Moi je ne suis pas perdu, je n’ai jamais été égaré pour être racheté ! Qu’importe, j’étais là pour trouver une divine créature, perdue dans les hauts murs de cette église. Le service d’accueil était impeccable, et je crois que mon élégance me valut une chaise à l’avant, sous un brasseur. Alléluia ! Le temple était somptueusement décoré, l’estrade indescriptible, et les matos de la fanfare était à rendre l’ouïe à tout sourd.

Un regard rapide dans la salle me permet de localiser Belinda, gracieusement assise entre la chorale, et un autre groupe. Je devais faire du zèle : danser plus que les autres fidèles, bêler les cantiques plus haut que la fanfare (même si je ne connais aucun chant), et répondre « Amen » plus profondément que le traducteur de l’orateur invité centrafricain, ramené à la vie, dépositaire des plans du paradis.

Après de longues minutes d’intenses adorations la foule se calme enfin, et l’orateur centrafricain est invité à prendre la parole. Il  commence son récit dans la langue du Saint-Esprit. J’espère n’avoir point blasphémé ; tous les pasteurs et prophètes de Lomé qui prétendent parler en « langues », s’expriment en Lingala. Depuis, je me dis que le Lingala est la langue officielle du Royaume Céleste. Alléluia.

L’orateur se lance alors dans un récit passionnant, traduit au fur et à mesure en français par son interprète personnel, et rapidement repris en Ewé par l’interprète attitré de l’église. En tout cas, j’ai vraiment adoré la description du paradis ! On aurait cru que les trois hommes y étaient (l’orateur et les deux interprètes). Mais bon, est-il que je me suis décidé à aller au paradis, pas de l’autre côté ?

Je pensais la séance levée, tellement j’avais hâte de coincer Belinda quelque part avant de m’en aller, lorsque le Pasteur principal annonce une séance de guérison et de prière. « Que ceux qui veulent se décharger d’un fardeau viennent devant », débuta le Pasteur. En quelques minutes, les rangées se vident et une foule compacte était à l’avant, attendant l’onction. Les deux oints de Dieu, le Pasteur principal et l’orateur invité centrafricain, se mettent à prier, et à scander des paroles incantatoires. Certains fidèles tremblent, vacillent puis s’écroulent, sous l’effet de « la puissance du feu de Dieu ».Ensuite, le Pasteur annonce :

« Ceux qui refusent de se décharger de leur fardeau, ceux qui se cachent avec leur mauvais esprits, seront tous délivrés ce soir, qu’ils le veuillent ou non ! ».

A ces mots, les deux  chasseurs d’esprits quittent l’estrade, traversent la foule des déjà-délivrés, pour nous traquer, nous qui avons refusé de déclarer l’esprit malin que nous abritons. C’était un peu comme une partie de jeu d’échecs, niveau professionnel : personne touchée, personne écroulée.

C’était délicat, car dans notre rangée, nous n’étions que trois à protéger le diable qui est en nous, et vu que je suis en début de la rangée, c’était clair qu’ils allaient m’anéantir, moi et mes diables. Alternative : trembloter quelques instants puis m’écrouler rapidement pour leur donner satisfecit, ou résister, entrer en guerre contre leur « esprit saint », garder le malin qui est en moi. Dans les deux cas, comment serais-je perçu par Belinda ?

L’orateur centrafricain ne me laissa pas le temps de répondre à cette interrogation. Sa main droite, moite me toucha le front, et je sentis une pression s’exercer sur moi. C’était comme si je me bagarrais avec un semblable qui décide de me pousser à terre ! En bon Kotokoli, j’oppose une résistance à la pression. Cette dernière se fait de plus en plus grande, à grand renfort d’incantations, et de prière en Lingala :

« Yézali na délivré ce petit garçon, oh Kristo mboté kitoko, na pénétré fiston là, pourque sové âme ya solo … Oh Seigneur, ribabababa ratotototo yé ka Agir, doux Yéssu»

J’étais toujours debout ; l’orateur centrafricain dépose le micro, pour me pousser des deux mains. « holy ghoooost, fiiiiiiiiiiiiiiiiiire », scanda t-il en me poussant de toutes ses forces avec ses deux mains, comme dans le geste que fait Sangokou en lançant le Kaméhaméha, ou Naruto pour le Razengan. Si je n’avais rien mangé cet après-midi là avant de me rendre à ce culte, je serai tombé depuis. Je repousse ses maisn avec violence, puis me dirige vers la sortie. Le Centrafricain hurla alors dans ma direction :

« Esprit malin, tu n’auras pas raison de moi, jeune homme tu ne partiras pas d’ici sans avoir été délivré, au nom de Jésus. Tu ne franchiras pas cette porte, esprit démoniaque »

J’eus un léger sentiment de honte, à cause de tous ces regards incrédules braqués sur moi. Surtout les beaux yeux d’amende de ma Belinda qui me regardait inquiète.

« Pasteur, au nom de Dieu moi je franchirai cette porte ! Au nom de Dieu ! », répondis-je en sortant. « VADE RETRO, SANTANNA », marmonna t-il ! En guise de réponse, je fis juste le signe de croix, espérant avoir été pardonné par Dieu lui-même.

Que Belinda aille au diable. Je ne roulerai jamais par terre pour faire plaisir à un quelconque pasteur. Si j’étais animé d’esprit malin, je serai tombé depuis, sans qu’il n’ait besoin même de me toucher personnellement ! Je me demande même si l’esprit Saint était en ce lieu.

Je retourne tranquille chez moi, avec mon diable au corps, et un léger regret de la tournure des évènements. N’empêche ! J’ai à présent la conviction de ma divinité, et me suis reforgé une conception de ces églises de rachetés, des égarés et retrouvés ! Pourquoi ne pas rester dans l’étable ? Pourquoi faire partie du troupeau têtu, qui part, et qui oblige le Maître à aller à sa recherche ?

Pour la petite histoire, depuis cet évènement, jusqu’à notre licence, Belinda ne m’a plus jamais dis bonjour ! M’en fous, au moins je me suis essayé en droit parlementaire.

J’ai dit !


Quels emplois pour quels chômeurs?

Jobless. Image: precaires.free.fr

S’il y a une équation bien difficile à résoudre, par les gouvernements, c’est bien celle de l’emploi. Aucun gouvernement, aucune nation n’est épargnée par le fléau du chômage. Des USA au Zanzibar, en passant par la France, le Togo, le Bénin, le Sénégal, il existe toujours des diplômés en attente de leurs premier emploi. Certes, certains pays sont plus conscients du problème et font des efforts plus que d’autres, mais est-il que c’est un problème qui n’est pas l’apanage d’une seule nation.

Avec un peu d’objectivité, il appert que les pays anglo-saxons s’en sortent mieux que les pays francophones, en tout cas en ce qui concerne les colonies de la Couronne et celles de l’hexagone. C’est, ma foi, un problème d’éducation, car nous, héritiers de la culture française, ne connaissons que l’emploi salarié, alors que les jeunes du Commonwealth savent entreprendre dès le jeune âge. Pour nous, si ce n’est pas emploi où on noue cravate et on s’assoit dans climatiseur, ce n’est pas emploi, donc, on a nos diplômes, et on attend une embauche répondant à ces critères. Du coup, le Togo s’est vu obligé de créer une Agence Nationale Pour l’Emploi (ANPE).

Mais le problème demeure. Chaque année, de nouveaux bacheliers, de nouveaux titulaires de Licence ou maitrise, des techniciens Supérieurs, sont déversés sur l’étroit marché de l’emploi. Pour faire bonne figure, le Togo a encore lancé une structure pour le Volontariat National (PROVONAT). Là aussi, c’est un autre problème, parce que, entre formation et marché de l’emploi, il ya un grand fossé. Nous avons des diplômes qui ne nous servent à rien, en tout cas, pas à grand-chose. D’où viendra le secours ?

C’est là, qu’un nouveau concept à fait son apparition : Entrepreneuriat ! La population a commencé à être éduqué sur l’impossibilité de la fonction publique a absorber tous les diplômés, et sur les exigences du secteur privé, rendant très sélectif les postes à pourvoir. Alors, chers togolais,

« vous ne voulez pas être votre propre patron ? Vous n’êtes pas fatigués de dire oui chef, oui patron, tout le temps ? Vous ne voulez pas que quelqu’un vous appelle patron ? Que quelqu’un vienne nettoyer votre bureau pendant que vous prenez du café à la maison avant d’arriver au boulot ? Mais vous aussi vous êtes nés pour commander, pour ordonner, pour être respecté, pour être patron, pour dire pour que ce soit fait ! Ou bien ? »

Eh oui, il faut à présent entreprendre quelque chose soi-même, avant d’avoir du soutien ! Ah maintenant c’est la loi divine qui s’applique : Mets le fardeau sur les genoux, avant de demander de l’aide pour le mettre sur la tête. Et on nous a abreuvé des bienfaits de entrepreneuriat, de l’auto-emploi, de la jeunesse en mouvement…

Comme tout le monde veut être patron…

Du jour au lendemain, tout le monde est devenu  « entrepreneur ». Ekiéé ! Tous mes camarades ont commencé à porter des vestes d’occasions, des chaussures au bout pointues, des cartables lourds, et arborent le titre d’entrepreneurs !

« Tchalé, c’est comment, tu deviens quoi ? Oh je me bats, je suis maintenant entrepreneur. Sans blagues ! Et tu entreprends quoi ? Oh ne t’en fais pas, on en discutera lorsqu’on va se voir ok ? ».

Ce sont des échanges comme celui-là que désormais, je tiens, avec des amis en Sms ou sur Facebook. Du coup, un cafouillage total s’est installé dans le pays, surtout à Lomé.

Sans véritable idée, sans objectif, sans études de terrain, sans plan d’action, tout le monde est devenu patron, au nom de l’auto-emploi. A cela s’ajoute le manque d’accompagnement de l’état, et des institutions financières. Franchement, le refus des banques, moi je le comprends, car nombre de ces jeunes entrepreneurs manquent de conviction, et n’arrivent pas à convaincre. Mais ce que moi je n’ai pas compris, et que nos entrepreneurs n’ont pas pris en compte, c’est le silence de nos lois. Le droit commercial au Togo est régit par les textes de l’OHADA, précisément l’AUDCG  (Acte Uniforme relatif au Droit Commercial Général), et l’AUSC-GIE (Acte Uniforme relatif aux Sociétés Commerciales et Groupement d’Intérêt Économique). La loi pouvant souffrir d’interprétation, il m’est apparu que nos textes se bornent à parler de « commerçants », et pas d’entrepreneurs. En effet, entre ces deux, c’est le jour et la nuit.

Pour créer un Établissement et avoir une carte d’opérateur économique, ce n’est pas si facile, mais ce qui l’est encore moins, c’est de créer une Société, quelque soit sa forme (SARL, SCP, SA, SCS, SNC…). La Société la moins chère est la Sarl, avec pour capital minimum 1.000.000 FCFA ! Vous comprenez alors qu’en l’absence de texte, et à défaut de la confiance des banques de la place, nos jeunes entrepreneurs ont tôt fait de déchanter. Heureusement qu’il existe une autre catégorie de chômeurs-entrepreneurs

A quelque part, malheur est bon.

A l’époque, je n’étais pas véritablement diplômé, donc ce problème d’emploi, m’importait peu. Néanmoins, déjà en troisième année de Droit des Affaires, on nous sollicitait sur quelques questions de fiscalité et autres domaines y afférant, surtout celles portant sur le droit spécial des sociétés. C’est ainsi qu’un groupe de jeunes « diplômés » m’a approché, me demandant des conseils pour « entreprendre ». Ils étaient cinq, motivés, éloquents, et disposaient d’une importante somme de démarrage. Mon premier réflexe fut de leur proposer une SARL, mais je n’avais pas de raison sociale et d’objet à leur proposer. Puis, le malin qui sommeillait en moi se réveille.

Illuminé… (Image: Google)

Attendez, il existe beaucoup de jeunes qui entreprennent, nous n’avons pas de textes, et les marchés locaux sont déjà saturés par les grosses sociétés préexistantes. Pourquoi ne pas se mettre plutôt en association, pour venir en aide aux entrepreneurs ? Comment ? Mais oui ! Créer une association, c’est ce qui est le plus facile ; même si  les associations sont essentiellement à but non lucratif, il ne leur est pas interdit de faire des économies : Créez une association, à objet imprécis, et organisez des séances de formations à l’endroit des entrepreneurs indélicats.

C’est ainsi que pour sortir du chômage, des chômeurs ont décidés d’exploiter d’autres chômeurs, en leur offrant des formations (payantes bien sur) sur  les démarches à suivre, les portes à frapper, comment étudier le marché, comment faire la différence, comment approcher les banques, comment avoir confiance en soi, bref, comment devenir un leader, et être son propre patron. Cette orientation a permis à cette association de se faire une place au soleil, et même de bénéficier du soutien des autorités locales.

Mais bon, après plusieurs mois de vaches grasses, d’autres structures ont vu le jour, avec pour objectif de former les jeunes à l’auto-emploi. Qui a dit que togolais n’a pas de l’imagination ? Même si  c’est pour copier son prochain, on y ajoute une touche personnelle, et très rapidement, tous les chômeurs sont devenus formateurs de chômeurs. Du coup, il n’y a plus de personnes à former, et…tout le monde se retrouve à la case « chômage technique ».

En tout cas, en attendant de trouver une autre idée et un fonds de démarrage pour sortir du lot et « faire la différence », vivement que des textes soient pris en faveurs des entrepreneurs, afin de leur faciliter l’installation, l’accès au crédit, et le régime fiscal.

J’ai dit !


Et si les Mayas avaient raison?

Hier soir, après ma douche, je farfouillais dans les documents Word de mon ordinateur lorsque je suis tombé sur le brouillon de l’article « Le père noël est une femme », que j’ai co-écrit avec Danye la Kamer. C’était un article qui parle de l’égalité des sexes à l’aube de la fin du monde. J’avoue que ce « bébé » porte en lui beaucoup plus d’œstrogènes camerounais que de testostérones togolais. La preuve, moi-même je n’y comprends pas grand-chose. Cependant, je ne me lasse jamais de le lire, et de le relire, surtout la phrase d’attaque de Danye :

« Toute l’année je me suis moquée de la prédiction des Mayas… Un calendrier qui s’arrête le 21 Décembre et tout le monde qui panique ? »

C’est une phrase qui, non seulement m’amuse, mais traduit également ma propre conception de la chose. Sérieusement, le Grand Architecte de l’Univers, dans toute Sa science, aura-t-Il omis de mettre au dos de sa « chose » la date de péremption ? Sont-ce aux Mayas de marquer la date limite d’utilisation de la planète terre ? Sans blagues ! Ils se prennent pour qui, ces gars nus et trapus, avec leurs plumes d’oiseaux, pour décréter la fin du monde un 21 décembre, une date pas trop loin de la « date de naissance » du Prince de l’Univers ? Si à l’époque, les Mayas manquaient d’encre pour terminer le dessin de leur calendrier, où se situe mon tort ? Si personne, au sein de leur Conseil des sages, n’avait la science suffisamment infuse pour faire la toute simple addition 2012 + 1 = 2013, à qui la faute ? Alors, pourquoi croire que dans une dizaine de jours, tout s’assombrira, et que tout le monde y restera ? Personnellement, je suis en train de chercher de l’argent pour m’offrir un costume Pierre Cardin pour le 31 ! Maya ou pas, je m’en tape, je disais même à Danye récemment :

« Je me ferai un malin plaisir pour leur faire mon doigt d’honneur, le 22 Décembre prochain! »

Mais avant de plonger mon ordinateur en veille prolongée, tout seul et tout nu dans ma chambre, je me suis posé cette question : et si les Maya avaient raison ? Cette question s’imposa tout de suite à mon esprit, une bonne partie de la nuit ! Oui, et si les Mayas avaient raison ?

Je me suis inspiré des grands hommes de la Bible, qui, à l’époque, avaient un savoir infini et une sagesse immense ; leur complicité avec Dieu est à envier. Jean n’a-t-il pas prédit l’Apocalypse ? Alors, qu’est-ce-qui empêchait le Créateur de souffler un mot aux Mayas ? Heureusement que ces derniers ont vendu la mèche, mais là encore nous avons du mal à le croire. Sommes-nous plus sages que les Mayas ? En quoi sommes-nous supérieurs au Roi Salomon ? David, Job, Samson, Abraham, qu’ont-ils à nous envier ? C’est vrai, on a inventé l’écologie, mais n’est-ce pas pour minimiser les effets de nos propre gaz à effet de serre ? Nous avons créé les maisons de retraites parce que nous vieillissons mal, au point de faire de la peine à notre progéniture. J’oubliais ! Salomon le sage ne s’est jamais rendu sur la lune, lui. Juste parce qu’à son époque, la terre était vivable, et il pouvait compter les étoiles depuis le lit de sa quatorzième épouse. Sommes-nous si imbus de nous-mêmes au point de tourner en bourrique les illuminés qui prennent la peine d’éclairer notre lanterne ? Qui êtes-vous ? Qui es-tu ? Qui suis-je ?

La fin du « monde » aura bel et bien lieu

Bon, faut pas exagérer non plus ! Je ne vous parle pas d’une mise en scène avec un magnifique spectacle son et lumière, à l’échelle planétaire hein ! Il n’y aura pas non plus de météorite géante pour écraser une bonne partie du globe (enfin, je l’espère), il n’y aura pas de montée d’eau soudaine pour noyer l’espèce humaine dans de flots impétueux. Il n’y aura rien de tout cela, ce 21 décembre. Mais ce qui se passera est bien plus dramatique ; ce qu’ont vu les Mayas est bien plus alarmant, car, ce n’est pas « le monde » qui touche à sa fin, mais plutôt l’humanisme.

L’humanisme, ce don inné, gratuit et divin a totalement quitté l’homme, le rendant comparable à un animal. Nos cœurs, nos âmes, nos esprits, sont tournés et attachés à de choses viles, nous sommes tous à la poursuite du néant, nous sommes dépositaires de choses qui n’en valent pas la peine ! Au point où la vie humaine, elle, ne vaut plus grand-chose à nos yeux. Comment osez-vous contredire les Mayas, vous pauvres fornicateurs ? De plus en plus de témoignages vous parviennent : untel a couché avec sa propre fille, un certain X tombe amoureux de sa mère et lui fait des « enfants », une fille se fait violer par cinq hommes… et vous osez rire de la prédiction du 21 décembre 2012 ?

Lorsque, pour une raison ou pour une autre, un Etat monte une opération pour bombarder son voisin, lorsque des êtres humains comme moi, coupent le bras d’un de leur semblableau nom de Dieu, lorsqu’un individu argue être amoureux de quelqu’un de même sexe que lui, lorsqu’il y a des hommes qui sont payés pour découvrir une nouvelle arme de destruction massive, lorsque l’on est capable de fermer les yeux sur les peines de notre semblable (encore faut-il que ce ne soit nous, l’auteur de cette peine), comment douter de la fin du monde ?

Lorsqu’on parachute des armes dans un pays pour qu’il se débarrasse d’un « ennemi domestique », alors qu’on tergiverse pour venir en aide à une population victime d’agression extérieure, lorsque, sans un soupir ni remord, nous médisons sur nos camarades, lorsque, sous prétexte d’être super occupé, très pris par le boulot (quel boulot même et puis c’est toi qui n’as rien), nous sommes incapables de démontrer de l’amour, ou à défaut, de l’affection, ou à défaut de l’attachement, ou même pis, du respect et de la considération à nos semblables, chers amis, désolé mais le 21 décembre prochain est la fin du monde.

Vous serez peut-être une cinquantaine à être au courant de la publication de cet article ; mais vous ne serez qu’une dizaine à consacrer quelques minutes de votre « vie » pour le lire, et seulement trois prendront la peine de laisser un commentaire, en dessous. C’est valable pour la plupart des blogs de cette plate-forme. C’est cela, la fraternité, c’est cela notre francophonie, c’est cela, notre humanité ! Mayas, c’est vous qui aviez vite compris, je m’excuse d’avoir douté de vous !

Je n’essaie pas de jouer au redresseur des torts des âmes, ni au fouetteur des tirs-au-flanc. Je n’écris point cet article pour me faire bonne conscience,  ou pour absoudre mes iniquités, je ne l’ai pas non plus mis en ligne pour blasphémer, pour accuser qui que ce soit, ou pour condamner, encore moins pour évangéliser, ou pour sonner le glas de notre monde. Ce sont juste des réflexions menées par un insignifiant Togolais, perdu dans l’immensité de l’univers, ayant payé son ticket pour le théâtre de la vie !

Humanité, Hommes, je vous jette des fleurs ! Point pour vous féliciter, mais parce que vous êtes morts, et que je n’ai pas assez de temps pour me courber sur votre tombe afin d’y poser une gerbe. Esprit de tout ce qui vit, je te prends à témoin.

J’ai dit !