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Le Bruit du Silence...
Article : Les marchés en cendre, mon coeur en flamme
Non classé
14
14 janvier 2013

Les marchés en cendre, mon coeur en flamme

Un marché en flammes

Lorsque j’écrivais  mon article intitulé « coups de cœurs aux combattants des flammes », j’étais à mille lieux de m’imaginer prophétiser un malheureux évènement, non deux malheureux drames, prêts à frapper ma nation. L’article suscité, était innocent, faisant un parallèle candide entre les sapeurs-pompiers californiens et ceux de Lomé. Et pourtant…

Deux incendies se sont succédés au Togo, l’un s’abattant sur le Grand marché de Kara, l’autre sur le Grand marché de Lomé. Un drame national, puisque portant un sérieux coup à l’économie déjà malade, en réduisant en cendres les bâtiments, les marchandises, et les billets de banque.

Comment en est-on arrivé là ?

Aux premières heures qui ont suivies l’incendie de Kara, les autorités ont tenté d’expliquer l’incendie par un feu domestique, allumé par un débile mental, à proximité du marché, feu qui aurait été communiqué au bâtiment du marché grâce au vent, avec la complicité de l’harmattan. La piste était plausible, mais l’incendie criminel n’était point à perdre de vue. Oh la la ! Désolé sommes-nous, face au drame qui s’abat sur les commerçants de la ville stratégique de Kara. Le Chef de l’Etat y était, pour constater les dégâts, et faire des promesses aux victimes de ce regrettable incendie.

J’étais à une veillée funéraire à Kpalimé, plus précisément à Kpélé-bémé, assis en face de la dépouille de mon grand-père, lorsque mon ami Sam m’envoie un SMS à 2h48 : « man, tu sais que notre marché de Lomé aussi est en train de brûler ? » OOOh, me suis-je écrié ! Ceux qui étaient dans la salle d’exposition du corps croyaient que c’était le fait de regarder mon grand-père couché, là, inerte, qui m’arracha ce cri de douleur. Pour ne pas voler la vedette à la dépouille, je me tais, et continue à converser en SMS avec mon ami. Il était sur les lieux, et regardait, impuissant, brûler le marché avec son fonds de commerce, puisqu’il y vend des bijoux. (C’est pourtant un aîné de la Fac, publiciste de son état, reconvertit en joaillier, en attendant).

Selon ce qu’il me rapporte, les pompiers togolais étaient là, impuissants, luttant contre la flamme comme un incirconcis  de 3 ans voulant éteindre le feu du foyer de sa mère, avec le jet de son urine. Il n’était que 03h, donc pas grand monde pour aider. Ils y croyaient, avec leurs petits camions à moitié vides, jouant aux héros, ou aux zéros, avant de se décider, toute honte bue, à faire appel à leur confrère ghanéen, qui avaient une caserne suréquipée à Aflao, une ville frontalière avec le Togo. Ceux-ci ne se firent point prier ; après le retard à la frontière, ils débarquent avec tout l’arsenal à leur disposition, et se mettent à combattre véritablement les flammes. Je suis un patriote, mais n’eut été l’intervention des pompiers ghanéens, suivez mon regard.

C’était presque le même scénario qui s’était passé à Kara. L’incendie s’est déclaré dans la nuit profonde et ce sont les riverains qui essayaient tant bien que mal de maîtriser le feu. La ville de Kara n’ayant pas de caserne de sapeurs-pompiers, on fit appel à la caserne de l’armée basée à Niamtougou, ville située à 30 Km de Kara. Tristement, comme dans mon article précité, les vaillants pompiers arrivent avec des camions vides, sans une seule goutte d’eau. C’est alors qu’on se décide de faire appel aux chinois qui travaillent sur la voie de contournement de la faille d’Aledjo, à plus de 50 km du foyer du feu, pour qu’ils envoient un camion citerne. Oh Seigneur Dieu, le pompier togolais est un saigneur d’yeux.

Si l’incendie de Kara nous a pris au dépourvu, pourquoi se laisser surprendre par celui du Grand marché de Lomé ? Pourquoi les autorités gérantes du Grand-marché de Lomé n’ont-elles prises aucune décision pour sécuriser le Marché d’Adawlato, par prévention ? Ok, je passe ! Pourquoi alors, la caserne des sapeurs-pompiers, à moins de 3km du Grand-marché, n’était-elle pas en alerte ? Pourquoi se laisse-t-elle surprendre à son tour par le feu, alors que  le déshonneur s’était abattu sur sa consœur de Niamtougou ? Lorsqu’on vous dit que le Togo est un pays atypique, dirigé par des gens bizarres, vous ne voulez point croire ! Comme toujours, je vais me livrer à mon exercice favori : Trouver un responsable.

Quid de la responsabilité ?

Un incendie ? Cela pourrait passer pour un accident, un incident… Mais deux, il y a matière à cogiter. Il apparaît clairement, en tout cas en ce qui me concerne, que ce sont des incendies criminels, prémédités, commandités, et exécutés avec minutie. Seulement, qui a fait quoi ? Comment et pourquoi ?

La première réaction que j’ai eu, à la réception du SMS de Sam, était que Faure et ses sbires montent encore une opération grandeur nature pour séduire la population, à cause des échéances électorales. Mais très tôt, cette pensée me parut stupide ! Simplement parce que Faure a d’inépuisables ressources, tant financières, logistiques, que politiques, intellectuelles et idéologiques. C’est la population qui est bête, et Faure en use pour la tromper, et il en usera encore pour les législatives et municipales de 2013. Le président n’a aucun intérêt à brûler deux grands marchés ; au contraire. Absolument aucun intérêt. S’il veut séduire, il lui suffira de construire un ou deux petits marchés municipaux, ou quelques hangars ! Point la peine de détruire. Mais alors qui ?

J’avais pensé aussi à un acte isolé, gratuit, à un règlement de compte entre commerçants, mais l’opération est de trop grande envergure pour passer pour des représailles. Les marchands des grands marchés se punissent quotidiennement entre eux, ce n’est pas le marabout du coin qui me démentira. La correction est précise, sans dégâts collatéraux. En plus, il s’agit de deux marchés, qui n’ont pas grand-chose en commun. Alors ?

Est-il possible que ce soit l’acte de politiciens de l’opposition ? Le Collectif Sauvons le Togo ? La Coalition Arc-en-ciel ? Un parti politique en particulier ? Ou un homme politique isolé ? Pourquoi ? Pour pousser la population à bout ? Pour l’exaspérer et la pousser dans les rues ? Pour la priver de gagne-pains, l’affamer, et lui donner une raison pour manifester ? Pour récupérer l’incendie, et construire de nouveaux locaux aux marchands des deux marchés ? Cela aussi est possible, je n’accuse personne mais plus personne ne m’inspire confiance. Les politiciens togolais, de quelque bord que ce soit, sont abjects, minables, exécrables, nuls, vicieux et n’ont point la crainte de Dieu en eux. Du coup, n’importe qui parmi eux peut bien être l’instigateur de ces incendies.

Mais si jamais c’était le cas, c’est l’acte le plus criminel qui soit. C’est une atteinte à la sécurité de l’état, une tentative de coup-d’état économique, un putsch commercial, une atteinte suprême à la tranquillité de l’économie, et aux activités commerciales. Quelque soit celui qui est derrière ces actes, quels que soient les mobiles, rien, absolument rien n’explique que le travail de toute une vie, que les bâtiments publics, que les marchandises, que les économies de ces revendeurs et marchands partent en fumée, si cruellement. Absolument rien.

Allons un peu plus loin! Et si c’était AQMI ou le MUJAO ou la secte stupide BOKOHARAAM, qui étaient à nos portes ? Le Togo est fortement impliqué dans les opérations militaires de la sous-région, galvanisé par son ancien poste de Président du Conseil de Sécurité, qui n’a duré que quelques mois, d’ailleurs. Mais et si nous étions la cible d’attaques terroristes extérieures ?

Ce qui m’inquiète encore le plus, c’est que mon voisin m’a appris ce matin qu’on aurait déjoué une tentative d’incendie au Grand marché d’Atakpamé. Le gardien aurait arrêté un feu naissant, et poursuivi celui qui l’a allumé en vain, avant de retrouver, des bidons d’essence. Informations à vérifier.

Quelles leçons en tirer ?

Je ne vais plus beaucoup parler. Au lieu de dépenser des milliards à équiper une armée qui ne fout rien, dépenser la moitié du budget de l’état pour s’équiper en espionnage, au lieu d’acheter des gaz lacrymogènes pour la répression des manifestions, au lieu de cette gabegie criarde, que l’on équipe nos sapeurs pompiers, afin que ceux-ci fassent promptement et correctement leur travail.

2013 est une année électorale : législatives et locales. Les actes se multiplient pour séduire l’électorat, les actes se multiplient pour retarder les élections. Tout ce que je demande à mon peuple, c’est d’être alerte, mûr, mature et digne. En un demi-siècle de gouvernance, nous n’avons pas d’eau dans les camions de nos sapeurs-pompiers ; pour assouvir des désirs inavoués, on crame des marchés. Et on se rendra dans l’isoloir pour élire des pyromanes, ou pour reconduire des incapables. Je sais que le togolais est facilement influençable ! Mais je suis convaincu qu’il est tout sauf con.

J’ai dit.

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Article : Eau glacée brûle parfois…
Non classé
12
9 janvier 2013

Eau glacée brûle parfois…

Clarita (Image: MorgueFile)

Je ne sais pas trop comment débuter ce billet, tellement le vin que mes collègues m’ont fait boire ce soir pour mon anniversaire, était… en tout cas, j’ai passé une merveilleuse journée d’anniversaire. J’ai bu au bureau, mon supérieur hiérarchique m’a filé un joli billet des Colonies Françaises d’Afrique, ma famille m’a offert de la bonne pâte d’igname pilée (foufou),  mon voisin de quartier m’a offert deux bouteilles de bière, j’ai dormi comme un nouveau né ; je crois même avoir sucé mon pouce durant le sommeil. Bon voilà pour le côté festif de mon 08th January.

En rentrant du bureau ce soir, la dernière chose à laquelle je m’attendais était une querelle, ou une scène de ménage ; en tout cas à tout sauf à un tohu-bohu digne de ces quartiers périphériques de Pays Pauvre Très Endetté. En descendant de mon taxi-moto, sifflotant un air gai, prenant mes précautions pour ne pas tituber, et desserrant ce nœud papillon de mon cou, je me fais dépasser par des badauds qui hâtent le pas pour aller je ne sais où ; un malappris failli même me pousser à terre. Tchrouuuuuuuu. « Que se passe-t-il encore dans mon quartier ? hein ? ». C’est arrivé à mon portail, j’observe tout le beau monde qui s’est attroupé dans la cour commune qui fait face à notre demeure. Eh Merde ! Encore un con qui boxe sa femme. Dommage, me dis-je ! Mais en ôtant mes chaussures dans ma chambre, je pus prendre le pouls de la foule, par ma fenêtre : elle était plutôt joyeuse, semblait attentive et amusée. Bon Dieu ! Cacaveli est si bizarre que ça ? Que Diantre se passe-t-il ?

J’ai pour habitude de ne jamais me mêler des déboires du quartier, surtout en ce qui concerne cette cour commune, mais…bon, sait-on  jamais ! Quelque chose ne peut se passer sous ta fenêtre à ton insu ce n’est pas sécurisant. Peut-être a-t-on trouvé un puits de pétrole, une mine d’or, là, sous ma barbe, autant m’y rendre afin d’en avoir le cœur net. Je me change, puis rejoint la foule agglutinée dans la cour, avec toute l’attention tournée vers la salle de bain, comme les mahométans le font à la Mecque. J’essaye d’avoir un contact visuel, mais rien à se mettre sous la dent. Je pose alors la question à une dame à côté qui me résume la situation, et me convie à rester jusqu’à la fin, pour connaître le dénouement de l’histoire. Bon, je vous relate ce que la dame m’a raconté, en y ajoutant des informations pour votre bonne compréhension.

Brama est un jeune homme j’admire particulièrement. Mignon garçon, 25 ou 27 ans, déclarant en douane, locataire d’un deux pièces dans cette cour commune. Sa discrétion n’a point  d’égale. Toujours élégant, il quitte la maison à 7h pour ne revenir qu’à 21h. Il vit seul, ne se mêle de rien, n’a point d’amis dans la cour, ni dans le quartier, et pourtant semble épanoui. Son train de vie laisse présumer un jeune homme aisé, pourtant, il n’avait pas d’amis, personne ne le visitait chez lui, et quand je dis personne, c’est personne, même pas de fille… Du coup, son orientation sexuelle prêtait à confusion, et alimentait certaines conversations du quartier, des habitants de la cour commune spécialement, et de Chérita, particulièrement.

Chérita, ménagère de son état, mère d’un mignon garçon, est la commère attitrée du quartier. S’il existait un dictionnaire togolais, je suis sûr que sa photo serait à côté du mot « ragot« . Nous l’avons même affectueusement surnommée « Rita CIA », tellement elle est affairée. C’est cette dame là qui faisait courir les rumeurs les plus folles sur mon cher Brama. Parfois, elle le faisait passer pour un homosexuel,d’autres fois, il le traitait tout bonnement d’éjaculateur précoce, d’impuissant, d’impotent, de « djôfôlô , évo koukounô, eau glacée ». Le dernier surnom fit fureur. Eau glacée, pour désigner quelqu’un dont le levier de commandement baisse la tête devant un joli trou barbu (excusez le terme). On savait tous dans le quartier que c’est Chérita qui faisait circuler de telles informations, sauf que Brama lui-même ne faisait rien pour faire taire les mauvaises langues. Il ne faisait pas entorse à ses habitudes, et c’est toujours zéro fréquentation. De quoi je me mêle? Que quelqu’un ait ses érections ou pas, ou qu’il préfère les hommes aux femmes ? Tant que j’aurai cette bosse visible de mon pagne à mon réveil chaque matin, alléluia. Pour les autres, je m’en fiche, oui !

Donc, Chérita passait son temps à traiter Brama d’impuissant, au point où il fallait nécessairement une opération choc, pour prouver le contraire ; il lui fallait prouver sa virilité, il lui fallait sauver son honneur. Hier donc, selon ce que la dame m’a raconté, Brama était rentré un peu plus tôt, et était assis dans la cour devant sa porte. Chérita sortit pour prendre sa douche, avec un pagne noué à la taille, tenant son sceau d’eau, son éponge et quelques trucs intimes. En dépassant Brama, elle cambra sa hanche pour bien relever son arrière-train, comme pour dire à Brama « Dommage que ce c*ul te fasse pas bander, gros c*n »… Dès qu’elle entre dans la douche, elle n’eut pas le temps de poser le sceau et de verrouiller la porte de cette douche de cour commune, qu’elle se fit rejoindre par Brama. C’est ce dernier qui se chargea de fermer la porte et…

De stridents cris ont commencé par fuser de la douche, vous savez, ces cris de femmes qui ne font rien toute la journée et qui désirent défrayer la chronique. Les cris étaient si hauts, si véhéments, si vindicatifs, qu’on aurait pensé que Chérita etait tombée sur un serpent dans la douche… Euh, apparemment, c’est serpent qui est tombé sur Chérita, car après quelques combats, après une brève lutte entre les occupants de la douche, un premier silence vint puis…

« aaaaaaaaaaaaaaaaaaaahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh, éwooooéééééééééééééééééééé, miva hônam loooooooooooooooooooooooooooooooooooooo », au secours au secours, il veut me tuer, commença t-elle.

 

Ce sont ces cris qui ameutent les voisins, et le quartier. Très rapidement, les cris de détresse se font moins entendre, faisant place aux… halètement, mélangés à des pleurs.

« ah ah ah ah ah ah, oh oh oh oh oh oh oh oh oh…. Hmmm hmm hmm hmm hmm hmmm hmmm, Braaaaamaaaaa, c’est à moi tu fais ça? Brama je t’ai fait quoi ? Brama pourquoi tu fais ça ? hein ? Pourquoi ? Pourquoi ? Brama pourquoi ? Brama mes seins ! Brama mes seins ! Brama tête mes seins, Brama tête mes seins ! Au secours… Brama c’est à moi tu fais ça ? ah ? ah ? ah ? ah ? Brama pourquoi tu change de position ? Brama non pas comme ça ! Brama doucement ! Brama arrêtes ; non non ! Brama mon ventre ! Braaaaama… sssssssssssssss ; ahem Brama mes fesses ; brama tape mes fesses ; Brama tape ça hein, Bramaaaaaaaaaa… »

C’étaient les cris de la mégère qui se faisait corriger par son voisin de cour. Moi je ne sais pas vraiment ce qui se passait à l’intérieur. Brama violentait-il sa voisine ? La chérissait-il ? Eh Brama, sacré Brama. Le quartier était là, attendant d’avoir le cœur net sur la virilité de Brama, une bonne fois pour toutes. Quelques minutes après mon arrivée, Brama poussa un cri bruyant, court et sexy à la fois : « ooooooooookkkkkkkkk ». Puis c’est tout. Silence….

La porte de la douche s’ouvre sur Brama tout en sueur, essoufflé, paupières à moitiés closes, qui, ignorant la foule, regagna sa chambre, avec une bosse entre ses cuisse. J’attendais aussi que Chérita sorte, mais on entendit quelques éclaboussures d’eau, puis des cris stridents « fils de chien, impuissant, salaud…. » La foule compris, et commença à rire. Hypocrite de Chérita.

Je retourne chez moi prendre ma douche pour aller honorer le rendez-vous de mon pote. Eh oui, belle façon de faire taire les mauvaises langues, que celle-là. Le mensonge a beau perdurer, la vérité éclate toujours, tôt ou tard, et très souvent, elle survient devant d’innombrables témoins comme les habitants de mon bled.

On peut s’amuser à inventer des informations sur un homme, mais de grâce, celles touchant sa virilité sont difficilement pardonnables. Ce qui s’est passé hier, seuls Chérita, Brama et la douche le savent.

J’ai dit.

Aphtal Cissé

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Article : Joyeux anniversaire à…moi
Non classé
13
8 janvier 2013

Joyeux anniversaire à…moi

Happy birthday cakes (Morgue File)

Aujourd’hui 8 Janvier 2012, c’est un jour assez spécial pour moi, car je suis né un Mardi 8 Janvier.  Une année de plus m’est accordée, un an crédité à mon compte vital, et croyez moi, je prends la mesure de l’événement.

Ce matin en me réveillant, je me suis agenouillé, pour adresser une courte et spéciale prière à Dieu. Ensuite je me suis assis sur le bord de mon lit, soutenant mon menton par la main droite, les yeux rivés sur mon miroir. Le programme que j’aurai voulu établir pour moi et surtout pour vous, c’était de me réveiller, coincé et enfoui sous une tonne de lettres et de cartes de vœux, en provenance de partout dans le monde. Je ne les lirais pas toutes, car trop occupé à peaufiner les détails de la grandiose fête à laquelle vous seriez conviés. Mon jet privé parcourrait le globe, pour aller chercher mes convives, ma fille, habillée en Cendrillon, parcourant les parvis de mon palais, mon majordome, disposant les plats, arrosant le canard laqué, chambrant les bouteilles de champagnes, mon épouse, relisant la liste des invités… Nous aurions mangé à satiété, je vous aurais fait goûter du caviar, du foie gras, de grands crus. Nous aurions chantés ensemble, on aurait apporté le grand gâteau, arborant les bougies au nombre de mon âge ; j’aurais fermé les yeux, formulé un vœu, puis soufflé bruyamment sur les jolies flammes. Vous auriez applaudi, puis la fête repartirait de plus belle.

Nous aurions mangé un bon méchoui, bu du bon thé maghrébin puis dansé le tango. A la fin, mon jet privé vous aurait ramené un à un à vos demeures respectives et voilà. Là je suis dans ma chambre, guettant le moindre message sur mon Samsung, et… toujours rien.

Je sortirai de ma chambre, irai au boulot comme tous les jours, agirai comme tous les jours. A l’heure où vous lirez cet article, je serai en train de rédiger un contrat, ou une lettre de commande, j’agirai en bon stagiaire docile et dévoué, faisant d’immenses efforts pour ne point attirer le courroux de son supérieur hiérarchique. A la pause, j’irai, avec mes collègues, avaler quelques boules de pâtes, boire du bissap, puis regagner le bureau. Si ça se trouve, j’irai jeter un coup d’œil sur mon profil Facebook ; sait-on jamais, certains « amis » pourraient griffonner hâtivement « HBD ». Et voilà.

J’aurai voulu vous faire part de mon bilan, de mes échecs, de mes réussites, mais, le billet serait trop long, et d’ailleurs ce n’est point le lieu. Somme toute, retenez que l’année 2012 fut l’une des plus éprouvantes de toute mon existence. J’ai eu à faire des choix, j’ai eu à prendre de douloureuses décisions, j’ai eu à accepter moult revers, j’ai dû supporter le poids de l’échec, et par-dessus tout, j’ai été reconnu coupable d’un jugement rendu par le Tribunal de ma Conscience. Tout ceci m’a permis d’appréhender l’Univers sous un autre angle, de revoir ma conception de la vie, de remettre en cause des vérités éternelles, de fouler aux pieds des traditions séculaires, et surtout, de me reconstruire, de me reforger une autre vision des choses, et d’accepter que tout est vanité, et poursuite du vent. C’est ce qu’il est convenu d’apeller Expérience. Le Sage Confucius m’a appris que « l’expérience est une lanterne que l’on porte dans le dos. Elle n’éclaire que le chemin déjà parcouru ; devant demeure obscur… ». Alors fort de sa petite expérience…

Aphtal se tourne vers l’avenir…

Dans ma courte prière de tout à l’heure, j’ai demandé au Créateur de m’accorder le discernement, la Sagesse, le calme, la patience et la pondération. Je sais qu’ils me sont déjà accordés, car aucune prière n’est vaine. J’ai également demandé que s’éloignent de moi, la parole mensongère, la fausseté, la vanité, le pédantisme, et la luxure. Cela aussi m’est accordé, je le sens.

Chers lecteurs, à l’instant où vous lirez ces mots, Aphtal commencera à jouer véritablement la partition qui est la sienne, dans le chœur de la vie. J’ai décidé, avec l’aide de Dieu, d’être le fils que ma mère a voulu avoir, l’aîné que mes frangins veulent voir à la tête de la fratrie, l’ami que mes connaissances voudront avoir, le fidèle petit ami que ma muse désire avoir, et… bien sûr le blogueur que mes lecteurs désirent fréquenter. J’ai décidé de trouver mon bonheur dans le plaisir de mon entourage immédiat, j’ai décidé d’acquérir l’intelligence et la sagesse plutôt que les diplômes, j’ai décidé de poursuivre la richesse, plutôt que l’argent, j’ai décidé de trouver l’amour, plutôt que les cuisses légères, j’ai décidé d’être une créature, digne du Créateur.

Je n’ambitionne point réécrire le monde ; je n’espère pas mettre un terme à la guerre en Syrie, repousser les abrutis du Nord-Mali, ôter toutes les armes en circulation aux Etats-unis, apaiser les Ivoiriens, nourrir les Somaliens, ou ouvrir une représentation diplomatique au Somaliland. Mais s’il ne tenait qu’à moi seul, moi Aphtal, j’arroserai la terre de pétale de roses.

Je prie juste pour que Dieu nous garde en vie, afin que vous puissiez admirer le nouveau moi, le nouvel Aphtal. En attendant, j’irai au bureau ce matin en smoking et nœud papillon. Personne ne me fera de cadeau ,alors je m’offrirai une bouteille de Domaine du Moulin, j’irai manger, seul, dans un petit resto à la pause, je partagerai le vin avec ceux que je croiserai, et ce sera tout. Au moins, vous aurez compris que je vous aurais invité si et seulement si….

Mais bon, il n’est jamais trop tard, priez pour que cela arrive.

Voilà, je rouvre les yeux ; pffffouuuuuuuu,je souffle sur les bougies, joyeux anniversaire à moi.

J’ai dit.

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Article : Et si on remettait les pendules à l’heure?
Littérature-Poésie
18
5 janvier 2013

Et si on remettait les pendules à l’heure?

Full Time (Image: MorgeFile)

Il existe tout un tas de bouquins, toute une panoplie de traités, de discours qui répètent la même chose : L’Afrique est en retard ; l’Afrique est en retard.

Et quand tu essaies de demander : « en retard par rapport à quoi ou qui ? » On te répond, toi aussi joue pas à l’aveugle. L’Afrique n’a même pas amorcé son décollage ; elle n’est même pas encore sur la piste. Mon continent chéri est alors comparé à un Airbus, plein de kérosène, mais qui n’a jamais pris les airs. Il lui arrive de se déplacer sur le tarmac, de faire un tour de piste, mais ce charmant Airbus ne s’est jamais engagé véritablement à décoller. Soit ! Jouons au jeu. Je me suis dis que l’Airbus auquel est comparé l’Afrique n’a pas de pilote digne de ce nom. Très souvent, ce sont de petits parachutistes, ou mieux, quelques rares gens qui, jusque là, n’ont piloté que des bimoteurs… Vous ne comprenez toujours pas ? Voilà ! Je passais mon temps à accuser les dirigeants africains qui, amateurs et sans visions pour la plupart, retardent le décollage de mon continent. Ça, c’était jusqu’à hier.

Hier soir, en discutant avec ma mère, sur l’organisation des funérailles de mon grand-père (c’est dans une semaine), nous sommes arrivés à faire des blagues, puis maman lance une boutade, en vernaculaire, littéralement traduite ainsi : « Ce qui sert à effectuer la circoncision du cheval, se trouve dans le ventre du cheval lui-même ». J’en ai ri, la discussion a finalement pris fin, puis je regagne ma chambre. Vous me connaissez, j’ai toujours cette vilaine habitude d’accuser quelqu’un, de faire porter la croix à quelqu’un, de prendre quelqu’un pour responsable. Je me livre à ce funeste exercice, en ce qui concerne le retard supposé de l’Afrique, et ce que j’ai découvert m’a glacé le dos.

En fait, ce n’est pas un ou des responsables, que j’ai dévisagé, mais tout un vaste réseau, innocemment embarqué dans ce large complot visant à déstabiliser notre économie, à saper pour de bon le décollage du continent noir, et à réduire à néant les chances d’admirer cet Airbus planer fièrement dans les airs. Ce que j’ai compris, grâce à cet adage de ma mère, c’est que ce n’est pas l’Afrique qui est en retard, mais ce sont les Africains qui le sont. Tous les africains, tous les nègres, de l’infirmier au médecin chef, de la nouvelle recrue au Général, du commis d’administration au Président de la République, du Cap au Caire, de la Gambie au Somaliland. Tous, africains que nous sommes, en nos grades et niveaux respectifs, sommes toujours en retard.

Impossible de donner rendez-vous à un nègre et le voir à l’heure. Jamais ! Il a toujours une demi-heure de retard, et même plus. Il arrive enfin, avec un large sourire stupide sur son visage d’imbécile heureux, et il tente de s’expliquer. Nous avons tous cette culture du retard, nous vouons tous un culte à la pendule retardée, nous adorons le temps, en courant après lui.

Il vous suffit de nous inviter à une fête à 15h GMT. D’abord nous sommes convaincus que l’organisateur ne sera pas dans le timing. C’est à 15h30 que nous finissons notre sieste ; c’est maintenant qu’on va chercher à repasser la tenue que nous porterons ; nous irons ensuite à la douche, passerons une couche de cirage sur nos chaussures, puis nous nous parfumerons. A 17h14mn, nous sortons notre téléphone pour appeler un invité déjà sur les lieux, histoire de prendre la température de la fête, avant de nous mettre en route. Même pour aller manger gratis chez quelqu’un on fait le malin.

On organise un concert censé débuter à 18h, nous c’est à 21h on vient chercher notre ticket.

Un professeur d’université s’offre toujours une dizaine ou une quinzaine de minutes de retard, avant de débuter son cours, et on s’étonne de ne pas terminer le programme du semestre. Un colloque, ou un séminaire, ne débute jamais à l’heure indiquée sur le faire-part. Un ministre qui t’accorde une audience n’estime pas nécessaire d’être à l’heure. Le Président de la République même, censé inaugurer solennellement un évènement, ou désirant rencontrer ses partisans à une heure précise, s’offre le plaisir de faire poireauter tout le monde durant une heure avant d’arriver enfin. Et on s’étonne d’être le continent le moins avancé ?

En 2010, je m’étais inscrit à un atelier d’écriture, organisé par Mme Béatrice Pierru-Paquis, une française. J’étais dans le deuxième groupe, celui du soir, censé débuter à 17h30 GMT. Moi je vis à Agoè, et l’atelier se tient au Goethe Institut, qui se trouve au Grand Marché de Lomé, c’est-à-dire à pas moins de quarante minutes en taxi. A 17h15, je sortais à peine de la douche. Le temps de m’apprêter et me rendre au bord de la route pour un taxi, il était déjà 17h30. J’arrive à l’Institut Goethe à 18h12, et Mme Béatrice avait déjà terminé le premier module de son enseignement. Sans blagues : Et je n’avais pas le droit de poser des questions (sur ce qui est déjà fait), ni perturber les autres participants à cet effet. A 19h30 précises, elle mit fin à la séance, puis nous dis à la prochaine. Plus de questions de notre part, plus d’explication de la sienne. L’heure c’est l’heure. Eh oui.

 

Lors de mon dernier séjour en banlieue parisienne (encore un de mes nombreux voyages astraux), j’ai pu réaliser à quel point l’heure était capitale dans leur vie, et comment les habitants de M’bengê en ont fait un sérieux outil de développement. A ma sortie de l’aéroport, j’ai passé un peu trop de temps à admirer les lumières, les décorations, les rues, tout. Je ne sais par quel miracle je n’ai pas eu de torticolis, tellement mon front était haut, au point où ma nuque touchait mon omoplate gauche. Sérieux. A cause de cela, j’ai raté mon train qui devait m’emmener rencontrer mon guide. Même à la gare là, l’heure là, c’est comme ordinateur. Quand ça sonne pile, le train démarre, que tu sois dedans ou pas. Je ne vais pas vous raconter comment j’ai fait pour appeler mon correspondant là jusqu’à le retrouver. Humm allez écouter Magic System.

(inserer vidéo à ce niveau :un gaou à Paris).

Avec ça, comment ne pas devancer l’évolution ? Comment ne pas dépasser les autres peuples qui s’amusent avec le Greenweech Meridian Time ?

Alain Foka, lors d’une émission enregistrée sur le campus de Lomé, s’amusait à rappeler l’heure du rendez-vous en disant : « 11h GMT, pas 11h CFA hein ». Comme quoi, il ne nous appartient pas de refaire les fuseaux horaires.

Camarades, l’Africain n’est pas paresseux, loin de là. Nous sommes un peuple travailleur, sérieux à volonté, ambitieux et vaillants. Il nous reste juste un peu de rigueur envers nous-mêmes, un peu plus de responsabilité, afin que l’Afrique, ou l’Africain ne manque plus le rendez-vous des grandes puissances, et que ce magnifique Airbus plane jusqu’à la stratosphère s’il le faut.

Le monde n’appartient-il pas à ceux qui se lèvent tôt ? Allez comprendre pourquoi les blancs ne dorment même plus.

J’ai dit.

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Article : Coup de coeur aux combattans des flammes
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8
3 janvier 2013

Coup de coeur aux combattans des flammes

Image d’un pompier (Google)

Respectables salutations à vous, oh, vénérables lecteurs. J’ose espérer que tout va pour le mieux de votre côté, ou en tout cas, j’espère qu’il n’y a pas le feu. Moi aussi je vais bien, juste la gorge sèche, à cause de l’harmattan qui s’est abattu sur Lomé depuis le 1er janvier. A part cela, il y a pas le feu.

Et franchement, il vaut mieux ne pas parler de feu, parce qu’au Togo, le feu, nous on ne blague pas avec hein. Nous avons des gisements de phosphates que nous exploitons, et à base desquels nous avons des allumettes pour notre usage. Mais lorsqu’une buchette Made in Togo est  allumée, il vaut mieux qu’elle s’éteigne vite et bien, parce que Sapeur Pompier Made in Togo, ce n’est pas la peine.

Vous les connaissez, les sapeurs-pompiers non ? Ces mecs habillés en cosmonautes, armés de longs tuyaux, qui combattent les flammes là ? Ce sont eux qui ont gros camion rouge super rapide, avec tank derrière plein d’eau. Vous voyez non ? Très bien ! Je veux parler de ces mecs courageux là.

Eh bien je me souviens, quand j’étais en Californie (quoi, vous aussi, vous connaissez pas voyage astral ?), que les sapeurs pompiers sont de véritables héros. Sérieux. A peine le feu est-il déclaré qu’ils sont déjà sur les lieux. Bien habillés pour l’occasion, ils ont de longues échelles avec lesquelles ils ont rapidement accès aux bâtiments. Ils n’ont pas peur ; ils rentrent dans les flammes, et souvent en ressortent avec un bébé oublié, ou une vieille mémé coincée. Ensuite, leurs tuyaux d’arrosage leurs permettent d’éteindre le feu en un temps record, de sécuriser les autres installations, de soigner les éventuels blessés,  avant de regagner la base, avec le sentiment du devoir accompli. Ils ont même à leur disposition des avions, des hélicoptères, et tout un tas de matos qui ne font pas vraiment craindre le pire aux victimes. Ah sacrée Californie ! Malgré tes constructions en bois, tes équipements, tes réseaux d’électricité, de câbles…tes pompiers arrivent toujours à limiter les dégâts.

Une fois rentré chez moi, je me rends compte que ce n’est pas du tout la même chose. Alors là pas du tout. Les pompiers togolais, dans leur grande majorité, ont peur des flammes. Petit briquet tu allumes pour ta cigarette, le gars se couvre la tête et s’allonge en criant « Tout le monde à terre ! Tout le monde à terre ». Lorsqu’ils se retrouvent dans leur caverne,  pardon caserne,  c’est à se croire dans une cour commune : ils sont torses et pieds nus, allongés contre le mur, jouant aux cartes, au Ludo ou au Wali. Il y a toujours un gars accroché au téléphone, en train de discuter avec des filles, apparemment. Du coup, pour déclarer un incendie, c’est la croix et la bannière, car généralement la ligne est occupée. Lorsque tu arrives à les joindre, il te faut situer ton emplacement géographique, par rapport à celle de la seule caserne de la ville de Lomé.

Dieu merci, le gars a fini par avoir une idée plus ou moins vague de ton emplacement. Maintenant, il doit mobiliser la troupe, mécontente de quitter la partie de cartes. Il leur faut s’habiller (et quel habillement encore), pour prendre leur voiture. Si tu es né sous une bonne étoile, il y aura, ce jour, du carburant dans la voiture. Rapide comme un sexagénaire en plein jogging, la voiture devra traverser toute la ville de Lomé, arriver au quartier indiqué, pour enfin se mettre à demander aux passants où se trouve l’incendie. Si ta bonne étoile brille encore, le cinquième riverain interrogé pourra leur indiquer ta maison qui a brulé aux trois quart. Comme les bonnes choses ne durent jamais, c’est arrivé devant ta maison, que nos sapeurs pompiers se rendent compte qu’il n’y a pas d’eau dans le réservoir.

« Oh zut alors ! Komi, comment as-tu pu vendre toute l’eau, au lieu d’en réserver un peu ? Je t’avais bien dit qu’il se pourrait qu’on en ait besoin aujourd’hui. Voilà ça ! »

Ahem ! Heureusement que ton voisin a le courage d’affronter la prochaine facture d’eau ; c’est lui qui ouvre son robinet et puis les riverains se mettent en file indienne pour éteindre ton feu. Si ton prénom est Emmanuel (c’est-à-dire Dieu est avec moi), tu rentres dans ta demeure toute fumante et noire, pour récupérer ton acte de naissance, ton certificat de nationalité, ton acte de mariage, et quelques relevés de notes de tes enfants. Jusque là tout va bien. Trop bien même. C’est quand tu n’es pas arrivé à cacher tes larmes devant tes enfants et tes voisins de quartier, que les sapeurs pompiers viennent te réclamer cinq ou dix milles francs, pour leur déplacement.

Quand je pense qu’en Californie, malgré leur promptitude, les pompiers passent dans les écoles primaires pour répéter aux mômes « Matches is not a toy, it’s a tool », j’ai envie de pouffer de rire chaque fois que ma fille répète candidement « La voiture des sapeurs-pompiers est une voiture prioritaire ». Normal ! Quand un corbillard aussi est une voiture prioritaire, pour laquelle on doit céder le passage, n’est-ce pas nous dire que l’on a plus d’importance, mort que vif ? Pourquoi exiger de nos sapeurs pompiers un dynamisme digne de la certification ISO 9001 ?

Au Togo, les flammes, c’est beau ! Quand ça crame, tais-toi et regarde.

J’ai dit.

 

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Article : Aphtal: Plus un geste…
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10
3 janvier 2013

Aphtal: Plus un geste…

Beware thieves in socks par Evin DC, via Flickr CC
Beware thieves in socks par Evin DC, via Flickr CC

J’aurais bien aimé débuter cette nouvelle année avec un billet beaucoup plus gai mais… Qui sait ? Certains en riront, d’autres y verrons un mauvais présage, d’autres encore relativiserons ! C’est aussi cela le charme de la langue française.

31 décembre 2012 ! Tout être humain, vivant, se sent dans l’antichambre de la nouvelle année, excité et agité. Chacun occupe cet instant si délicat à sa façon : à l’église, à la maison, dans un cabaret, dans un bistrot, dans une boite de nuit… Moi en tout cas, j’avais décidé d’être à l’église, au sein de la communauté chrétienne, afin de dire merci au Créateur de m’avoir préservé des Mayas.

A la fin de la messe, donc le 1er janvier 2013, il fallait faire un programme avec les amis, se taper quelques bouteilles, avaler quelques côtes de porcs ou de « mouton-garçon », avant de rentrer chacun chez soi, bien gavé. Très rapidement, j’ai réussi à rassembler six camarades, qui se font rejoindre par leur conjointes. La soirée allait être longue.

Nous déambulâmes dans cinq différents débits de boissons, pour finir la soirée dans une cave à vin, tout près de la demeure de l’un de mes amis. Visiblement épuisés, exténués, nous décidons de nous séparer, alors qu’il n’était que trois heures du matin. A cette heure, impossible de trouver un taxi, ni même un taxi-moto. Ceux qui avaient leur moyen de déplacement partirent avec leur compagne ou leurs conquêtes. Nous autres piétons, étions condamnés à trouver un taxi-moto, en cette heure si… Après une demi-heure de vaines recherches, Marc, l’ami qui habitait tout près, nous propose de passer la nuit chez lui. Le jour ne tardera point à se lever, et il sera plus aisé de trouver un Zémidjan. Bah, pourquoi pas ? De toute façon, personne ne m’attendait à la maison, et comme je n’avais pas mon trousseau de clé, je risque de passer la nuit sous le portail d’entrée, à la belle étoile.

Ok pour passer la nuit chez Marc.

Nous étions quatre à être restés chez Marc. Nous avons passé le reste de la soirée à jouer au Pro Evolution Soccer sur sa Playstation, avant de nous abandonner totalement à Morphée. Habitué à me réveiller pour mon jogging matinal, je n’avais pas pensé à couper l’alarme de mon téléphone qui ne me permit pas de dormir longtemps. Je demeure alors dans cet état de torpeur, jusqu’à six heures, où je décide de m’en aller. Ne voulant point réveiller le reste de la bande, je fais juste signe à Marc, qui me raccompagne à la devanture, puis m’aide à trouver un taxi-moto. On se fait les salamalecs, puis la moto démarre.

Je n’ai pas fait quelques mètres que mon téléphone sonne. Marc me demande de revenir immédiatement. Le ton à la fois pressant et suppliant me fait croire à une urgence. J’intime alors l’ordre au conducteur de Taxi-moto de rebrousser chemin. Pour prévenir un quelconque besoin de déplacement, je demande au Zémidjan de m’attendre. Il ne se fait pas prier, sachant que je payerai pour chaque minute qui passe.

Je rentre dans la maison, et tous mes camarades étaient sur la terrasse, la mine grave. Je scrute chaque visage : tout le monde était là, donc nul n’est mort ! Mais alors pourquoi m’avoir fait revenir ?

« Aph, Marc dit qu’il a perdu son argent », me lance Edouard. « Sans blagues ? Combien ? Il l’a laissé tomber où ? Ça s’est passé hier ou ce matin ? », rétorquai-je, croyant que mon ami Marc avait égaré son porte-monnaie et voulait une aide financière de notre part.

« J’ai perdu 35.000 FCFA, Cissé ! Je l’avais déposé sous la télé au salon. Je ne retrouve pas ça. Les amis disent qu’ils ne l’ont pas non plus, alors si tu en sais quelque chose, il vaut mieux qu’on le règle ici entre nous ».

J’avais très mal au crâne, comme c’est souvent le cas lorsque je dors peu, ou mal. Cette allocution de Marc faillit me plonger en syncope. Mais bon, comme tout bon CAYAMAGA, je garde mon calme pour lui répondre que je n’en savais rien.

« Oh comment ? Tu étais le dernier à dormir hier, Cissé. En plus ce matin, on t’a entendu sortir plusieurs fois. Et puis, tu es le seul à tenir un sac parmi nous. Faut pas le prendre mal, mais faut que je te fouille, le sac aussi ».

Souba ha nanlaye ! C’était le comble. Moi Aphtal, on me toise tel un voyou, un repris de la loi, un voleur. Moi Aphtal ? Attendez chers lecteurs, n’allez point croire que je sois pédant, ou un truc du genre, mais cela dépassait tout simplement mon entendement. Marc me soupçonnait, moi, d’avoir frauduleusement subtilisé ses 35.000 F CFA. Marc que je prenais pour un camarade, non un ami, mieux un frère, et pas n’importe lequel, un frère-de-case ! Marc à qui je me confiais parfois, qui passait siester dans ma chambre même en mon absence, Marc avec qui on se tapait des soirées d’enfer, Marc avec qui je venais d’échanger en premier les vœux de la nouvelle année, Marc, le même Marc me demande à moi, de vider mes poches devant lui, et de lui laisser fouiller mon sac

J’étais debout, à côté des autres amis, ou plutôt, à côté du Conseil des Sages qui allait constater mon forfait et me condamner à la disgrâce amicale. Je finis par réaliser que Marc était sérieux, et qu’aucun autre membre de la bande ne voulait prendre ma défense. Soit. Je prends la parole, sans chercher à me défendre, ni demander à Marc et aux autres de chercher encore une fois l’argent porté disparu.

« J’ai pris le sac pour y mettre ce que j’ai prévu acheter à la foire après la messe, et un pull-over, au cas où. Ce matin, en effet, je suis sorti plusieurs fois, pour inhaler mon Ventoline ; l’alcool et l’air confiné de l’intérieur ne font pas bon ménage avec l’asthme. Cet argent, je n’en sais rien, mais si tu veux fouiller mon sac, allons au Commissariat. On y fouillera le sac, et je me mettrai nu si on me le demande. Comme ça  si on retrouve l’argent sur moi, on me boucle en même temps. »

On tenta de m’en dissuader mais j’étais ferme. Pas question de subir cela de la part de quelques camarades, dont au moins la moitié me devait de l’argent. (Ce n’est pas grand-chose, certes, mais l’essentiel est qu’ils soient débiteurs envers moi).

Une dizaine de minutes plus tard, nous étions au poste de police du quartier. Les officiers de garde écoutent attentivement notre récit puis nous mettent tous en garde : on devait payer une somme de mille francs avant tout réquisitoire. Si jamais l’argent était trouvé sur moi, je passerai au moins trois jours en garde-à-vue (violation de la procédure de flagrant délit, en raison des fêtes), avant d’être déféré à la prison civile de Lomé en attendant mon jugement. Mais si au contraire, on ne trouvait rien sur moi, j’avais le droit de faire une sorte de plainte, ou un truc comme cela. Mon honneur, ma probité, ma fierté, mon ego, mon amour-propre, mon patronyme, tout cela était en jeu.

L’un des officiers me vide les poches, j’ôte mes chaussures, mes chaussettes, je descends mon pantalon (ils ont sifflé d’admiration à la vue de mon…). On s’attaque à présent à mon sac. L’officier en sort un cartable, un bloc note (des trucs du bureau que j’évite d’ôter du sac pour ne pas oublier), une bouteille de Muscador, quelques tricots, un pull-over, ma boite de Ventoline, un nouveau testament, et une pièce d’identité. Le procès-verbal fut clair : aucune trace de l’argent de Marc.

Je ne pus empêcher une petite larme de remplir mes yeux, lorsque je remettais mon pantalon. Marc a réussi à me faire pleurer pour la deuxième depuis le 31 Mars 2007. Je n’ajoute aucun mot, j’arrange mes effets, signe le PV, puis sort du poste de police sans regard aucun sur mes prétendus amis.

Sortir d’un poste de police un 1er Janvier, je ne l’aurai jamais imaginé, même dans mon pire cauchemar. De toute façon, cela m’a permit de comprendre beaucoup de chose sur La Confiance, sur la Réciprocité, et surtout, sur ce qu’est « repartir sur de nouvelles bases ». J’ai rafraîchi ma liste d’ « amis », et reste marqué à vie.

Bonne et heureuse année à toi, Marc. Merci pour la définition du mot AMI.

J’ai dit !

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28. déc.
2012
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14

Lorsque je découvre ce qu’est l’esprit de Noël

Crédit image:Prophetie.centerblog.net

25 Décembre 2012, encore un Noël de plus. N’étant point adepte de l’improvisation, je me suis préparé, dans tous les sens du terme, aux festivités de fin d’année. Les mayas m’ont loupé, le Christ est encore né : Tout cela se fête. Cette année, j’ai décidé de rompre la chaîne de désintérêt légendaire que j’accordais à ces fêtes ! Jadis, j’étais le seul à rester à la maison, vautré dans un canapé à déprimer devant les chaînes locales, ou à me délecter d’un bon roman africain. Je me récréais des ronflements de ma mère qui s’assoupit généralement à côté. Nos chaînes locales sont capables de donner à Jay-z l’envie de se suicider…

Et donc, j’ai décidé de mordre à pleine dents toutes les soirées qui s’offriront du 23 décembre au 04 Janvier. J’ai même mis l’argent de côté pour cela. Éthylisme à haute dose !

Première soirée, première réussite ! Ce 24 était plutôt soft, je n’ai pas été vraiment noctambule, je suis rentré aux alentours de 02h du matin. Le lendemain, j’essayais, après un surhumain effort, de me faire une tasse de Lipton, afin de combattre ce qui tenait ma gueule. Je ne sais plus vraiment, gueule d’argile, gueule de béton ou gueule d’iroko… Quelque chose tambourinait dans mon crâne, et j’avais les narines un peu bouchées. Je devais être seul à la maison, donc j’avais juste une culotte et une chaussette sur moi. Donc j’attendais que l’eau atteigne les 100°, en pensant à la soirée d’enfer que j’aurai encore le soir après la messe, lorsqu’on sonne à la porte. Plusieurs fois la sonnerie retentit, et je dus me résoudre à ouvrir, pour mettre fin au bruit de la sonnerie qui accentuait ma migraine. Pff quel malotru visitais à midi, les jours de fêtes ?

Dès que j’ouvre la porte, un gamin, un de ces gamins de rue, me salua avec révérence. Il n’avait pas l’air d’habiter au quartier car son visage ne me disait absolument rien. Il était si…sale, sinon crasseux ! Il portait une chemise qui, certainement, a connu de glorieuses époques, sa culotte tenait à sa taille grâce à un lacet de godasse, et la fermeture semble n’avoir jamais existé. Ses pieds, trop larges pour son âge, nus, étaient ornés par une sorte de boue séchée. Son visage lui donnait dix printemps. Je répondis à peine à son salamalec, convaincu qu’il s’agissait certainement de l’un de ces petits morveux et voyous qui, refusant toute autorité parentale, se baladent de maison en maison pour jouer aux mendiants. Je renfrogne mon visage sous l’effet de la migraine et de la colère, mais je n’eus pas le temps de lui intimer l’ordre de déguerpir. « Fovi, s’il y a un travail que je peux te faire pour avoir quelque chose à manger, pardon permet moi de le faire », commença-t-il.

Je remarque la différence de son discours, la sincérité de ses paroles, et le désarroi dans le timbre de sa voix. Lui, il ne voulait rien de gratis ; il n’était pas là pour mendier, mais pour faire quelque chose et mériter le repas du jour. Il remarque mon hésitation, puis ajoute rapidement : « je m’appelle Joël, je vis à Agbalépédo ». Ok pour le job, mais que lui donner à faire ? Je n’ai pas de lessive à faire, la vaisselle est déjà étincelante, la cour de la maison était déjà balayée, et il n’y avait aucune saleté devant la maison. Je sentais une irrésistible envie de confier une tâche  à ce môme crasseux, mais il n’y avait rien. Qu’à cela ne tienne ! J’ai de l’eau chaude pour le thé, j’ai trop mal au crâne pour réfléchir alors j’invite Joël à entrer, puis lui demande de m’attendre là, non loin de la porte.

Je reviens quelques minutes plus tard avec une belle tasse de Lipton au citron, et un grand bol de Milo avec du lait. Je lui tends le bol, tandis que je fais mon malin avec ma tasse, puis le conduit à l’arrière cour. Il s’assoit par terre, puis avale avec une rapidité déconcertante le contenu de son bol. Il semblait revenir à la vie. Je lui interdis de laver le bol, parce que vu son état, il risquait de faire le contraire. Je décide alors d’engager une discussion avec lui, comme un DRH le ferait avec un futur stagiaire, on ne sait jamais ! Mais moi je décide de jouer carte sur table. La discussion s’est passée en éwé (langue locale), pardonnez la qualité de l’interprétation :

«-  tes parents sont à la maison et toi tu fais le voyou en te baladant ou bien ?

–          Fovi, je ne suis pas voyou hein, j’essaie juste de vivre !

–          Vivre ? Tes parents sont où et tu veux vivre ?

–          Mes deux parents sont morts ; l’oncle chez qui je vivais aussi est mort en Octobre dernier, et sa famille m’a fait sortir, comme quoi, je porte un esprit malin. Et pourtant, je vais à l’église, mon vrai nom est Kokou, et Joël est mon nom de baptême.

–          Hey, thé je t’ai donné là, faut pas que je meurs aussi hein !!!

–          Grand-frère, vous allez mourir un jour, mais pas aujourd’hui, et pas à cause de moi. Même si j’étais sorcier, à cause de ce thé, je vous épargnerai.

–          C’est comme ça vous dites toujours, dis-je en riant.

–          Moi je n’ai rien, Fovi ! Je veux juste faire de petits jobs pour manger, et retourner à l’école un jour.

–          Tu fais quelle classe ?

–          J’étais au CE2 (Cours Elémentaire 2ième année) lorsque mes parents sont morts. Chez mon oncle j’ai refait le CE2. J’ai commencé le CM1 mais on m’a renvoyé pour l’écolage, et pour mon hygiène. Portant je suis intelligent hein. Fovi je te jure, je sais très bien lire. Je fais très bien étude de texte et dictée. Calcul rapide aussi, problème là…

–          Ok j’ai compris ! Donc à part ton oncle, il n’y a personne dans ta famille ?

–          J’ai encore trois oncles et une tante mais ils ont peur de moi. Comme la femme de mon oncle a dit que je suis un enfant sorcier, ils ont tous peur.

–          Et tu dors où, tu fais comment ?

–          Je dors souvent à Agbalépédo, dans la station. Sur les bancs des passagers là, c’est là-bas je dors. Mais ca dépend, si je me balade trop et je suis trop loin, je me débrouille. Mais souvent, c’est à la station. Bon, moi je demande de l’aide, mais je préfère faire un travail quoi ; comme ça au moins, on peut te rappeler s’il y a encore quelque chose. Certains me laissent leur laver la voiture, balayer la cour, laver les douches ; certains me donnent juste l’argent et ne me laissent pas entrer. Ça ne me plaît pas mais j’ai besoin d’argent. Il faut que je retourne à l’école, quoi ! Mon père aidait dans un service (coursier, je pari), et lui, il me supplie de travailler  à l’école, et de tout faire pour connaitre papier, comme ça, on ne m’embêtera pas, et je serai à l’aise ; donc je dois retourner à l’école. Ma mère elle aussi disait que l’école, c’est bon ; elle était enceinte lorsqu’ils ont eu l’accident, donc je suis le seul enfant de mes parents. Fovi, une fois je suis allé dans un centre d’aide. Mais, c’est comme c’est pas un orphelinat, c’est pour les enfants voyous, ou ceux qui ont déjà fait la prison ; moi je suis pas voyou, j’ai juste perdu mes parents. Et puis, dans les centres là, on va pas à l’école, on apprend juste un métier, et c’est tout. Moi je ne veux pas ça ; je veux aller à l’école, et connaitre papier. Fovi, tu peux encore me donner un peu de thé ? »

J’étais là, calme, à l’écouter, assaillit par des interrogations à décupler ma migraine. Pourquoi cela lui arrive-t-il ? Pourquoi pense-t-on qu’il est un gosse maudit, avec le diable au corps ? Pourquoi n’accepte-t-il pas sa condition ? Pourquoi s’accroche-t-il au rêve de ses parents ? Pourquoi veut-il vaille que vaille aller à l’école ? Pourquoi ne fête-il pas Noël, lui ? Pourquoi vient-il un jour de fête ? Et pourquoi c’est à ma porte qu’il cogne ? Pourquoi étais-je seul à la maison ? Pourquoi fallait-t-il qu’il touche ma sensibilité, en ce jour ? Pourquoi me parle t-il de ses difficultés, alors que le peu d’argent que j’ai devrais me servir pour toute mon aventure éthylique de la fin d’année ? Maudit Joël ! Et s’il avait vraiment tué ses parents avec son esprit gbass là ?

« Bon, Joël, moi je n’ai pas de travail à te confier là tout de suite, je n’ai pas d’argent à te donner non plus (ah, il faut quand même être prudent, chers lecteurs) ; là où tu es là, ne bouge pas ; je vais t’apporter de l’eau pour ta douche ok ? Comme tu as faim, après la douche, on va manger du riz de la veille. Après, j’ai un ami qui travaille dans le domaine de l’orphelinat. Je l’appelle, et tu partiras avec lui d’accord ? J’arrive avec l’eau »

« Fovi, je vais me doucher, je vais manger le riz mais n’appelle pas ton ami. Je ne veux pas apprendre un métier, moi c’est l’école je veux faire. Les gens des orphelinats ne sont pas sérieux, je ne veux pas être menuiser ou forgeron, je veux aller à l’école »

Je sentis dans son regard une certaine peur et une dose d’aversion pour les orphelinats. Il me fallut une demi-heure pour le persuader d’accepter que mon ami vienne l’aider. J’ignore pourquoi je me sentis si concerné par Joël, ni pourquoi il tenait tant à sa fierté. Lui, un simple gosse de 12 ans. Il prend la douche, là, dehors, je lui remets quelque fringues de mon plus jeune frère, ce qui le plonge dans une joie indescriptible. Après avoir mangé le riz avec appétit, (toute nourriture qui date de la veille, j’adore), je l’installe à la terrasse, en attendant Abdel, mon ami KOREKONDE Abdel, qui promit passer vers quatorze heures.

Joël fut tout de suite séduit par la gentillesse d’Abdel, et il me remercia énormément, avant de partir. Sur le seuil de la porte, je lui tends un billet de 1.000 FCFA et ma carte de visite avant d’ajouter : « Joël, si on te t’inscris pas dans une école, là-bas, appelle-moi. Je n’ai pas grand-chose, mais je peux quand même t’inscrire dans une école primaire à 10.000 FCFA l’an, je te le promets ».  Il avait les larmes aux yeux lorsqu’il me remerciait. Dans un sourire, je lui pose une dernière question : « au fait, tu tiens tant à fréquenter, que veux tu être, quand tu seras grand ? ». Il essuie rapidement la larme qui perle de son œil gauche avant de répondre : « Je veux juste être vivant » !

C’était au tour de mon œil droit de s’emplir de larmes. Sacré Joël, fidèle Abdel, à vous deux, joyeux Noël !

J’ai dit.

Aphtal Cisse

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20. déc.
2012
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15

Pitié, Seigneur, pas moi

Prière Image:Google

Franchement ce soir, mon programme était ficelé d’avance: Sortir du boulot à 18h au plus tard, aller avaler quelques gorgées de levures, puis me la couler douce, pour la nuit. Mais, franchement, cette affaire de Maya là, me prend la tête, et donc, à l’instar de Bela, de Florian, et de Faty, moi aussi j’ai décidé d’écrire une lettre. Sauf que la mienne, elle s’adresse directement au Grand Barbu, assis sur un tronc de cailcédrat, délicatement posé sur un nuage plein de gouttes de pluies (Probablement celles qui vont tomber, demain, pour le Bang Bing). Bon je me jette à l’eau:

« Cher Dieu, Donc dans amusement là, Tu veux nous buter demain pour de vrai? Sérieusement? Seigneur, j’avais confiance, je me me moquais de ces gars nus et trapus, aux visages scarifiés et tatoués, mais ce matin quand je me suis levé là, Lomé avait un air bizarre! L’harmattan qui refusait de venir depuis, s’est brusquement abattu sur ma ville aujourd’hui, rendant difficile le lever, et compliqué la douche. Il faisait froid et le soleil hésitait. Du coup, en me rendant au boulot, Oh Doux Papa, je me posais des questions: Donc Tu vas te débarrasser de nous demain, comme ça? Ce qui m’agace, Seigneur, c’est que j’ignore comment cela va se passer, et j’ai l’impression que Tu veux jouer avec mes nerfs; Toi même tu sais que j’ai peur de la mal-mort (différent de la mort hein, chers lecteurs; la mal-mort, c’est cette mort bizarre, façon violente là). Dieu, si je t’envoie ce courriel, (j’avoue que je me suis pas préparé à publier ce soir), c’est que j’hésite encore un peu.

Mais comme on ne sait jamais, je viens Te voir pour plaider ma cause, Oh Saint et Généreux Père! Moi, ton fils non-unique, moi Aphtal, que Tu as conduit par Ta houlette dans la vallée de l’ombre de la mort, moi Aphtal que tu as jugé bon de faire naître d’un père musulman, moi ton gosse préféré que tu as autorisé à se balader dans les parvis de Ton église, Seigneur, moi Aphtal que Tu as initié sur le fil d’un rasoir, moi Ton Aphtal hein, moi ton fils chéri, épargne moi de ce qui pourra advenir demain. Seigneur, je vais répéter ce qu’avait dit mon Grand-frère, lors de sa dernière virée terrestre: « S’il est possible que cette coupe passe loin de moi! » Moi je m’arrête ici car ce que mon grand-frère a ajouté lui a valu des clous contre deux morceaux de bois. (Papa pardonne-leur).

Seigneur, moi Aphtal, qu’est-ce que j’ai fait de mal hein? Moi je produis pas de gaz à effet de serre, moi je pollue rien, moi je suis même pas allé sur la Lune pour jeter des débris la-bas; moi je n’ai pas pris un fusil d’assaut pour tuer des petits enfants, hein; moi je n’ai pas refusé d’aider financièrement ma sœur comme Émile; Seigneur, moi je n’ai pas renié mes origines, je ne suis pas devenu Baoulé comme David; Papa châties-les, mais moi, aie-pitié. Je sais pas comment ça va se passer demain, mais prends moi et puis dépose moi à ta droite en attendant. A la fin, envoie moi repeupler la terre toute entière.

Seigneur, j’aurai voulu jouer la carte de la solidarité, plaider la cause de mes camarades, de mes amis, de ma famille, de mes amours, de tout ceux que j’aime, et de mes ennemis. Mais c’est Toi qui sonde les reins et les cœurs, et tu sais que je suis trop petit et trop faible pour porter la croix de tous ces pauvres pécheurs. Seigneur merci pour la qualité de ton écoute, merci parce qu’à moi, tu ne refuses rien! Merci parce que je serai l’élu demain, advienne que pourra. Ziad, Rita, Faty, Mamady, Serge, Emile, David, Florian, Axelle, Danye, l’autre malgache là, et les autres, Seigneur aie pitié de leurs âmes, et fais comme je te le demande. Merci Papa, car, j’ai prié avec l’assurance qu’aucune prière n’est vaine. Amen!!

Dans l’attente d’une suite favorable, et d’une collaboration future, daigne agréer, oh Tendre Père, l’expression de mon profond respect. A Samedi donc Dieu, dans la case commentaire. Ton fils, Aphtal »

J’ai dit!

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18. déc.
2012
Religion
25

Belinda, le diable et moi

Prière
Délivré (Google)

Belinda était de loin, la fille la plus charmante de sa filière, sinon de toute l’école. J’étais privatiste, alors qu’elle était publiciste. Du coup, nos rencontres étaient plutôt fortuites, rares et brèves. Cependant, elle occupait en permanence mes pensées. Ses doigts, ses jolies dents que dévoilent difficilement des sensuelles lèvres dans de rares sourires pourtant si éblouissant et si revigorant. Son teint était d’un éclat indescriptible, hésitant entre la chaleureuse aurore indienne et le langoureux crépuscule méditerranéen. Et son corps, savamment sculpté, gratifié de creux et de monticules de chairs fermes, balancé rythmiquement dans une démarche calculée, finissait de m’achever. Pour la voir plus souvent, je fus obligé de m’inscrire en cours de Droit Parlementaire, afin de brusquer les choses, et favoriser un contact.

Ce qui fut fait, non sans grandes peines ! Il m’a fallu exceller dans cette matière bizarre qui ne figure pas dans mon parcours, chercher à m’assoir à ses côtés, et lui poser quelques questions stupides. Mais le jour où elle m’accorda toute une phrase, je ne me suis pas fait prier pour être un peu plus « ami » avec elle. Nos discussions tournèrent autour des cours, puis, sans trop savoir comment, nous débouchions sur la religion ! Merde ! C’est le genre de débat que je n’aime mener, et pourtant, il fallait faire durer mon plaisir, faire durer la conversation. Sans être inflexible sur mes principes, ni crier mes convictions, je me suis laissé inviter par Belinda à son église.

Et quelle église encore ! Ni catholique, ni protestante ! Ni assemblée, ni baptiste ! Mais une de ces églises des derniers jours, ces églises nouvelles, aux dénominations guerrières. L’invitation était ferme et définitive. Elle était même spéciale, puisque j’aurais l’occasion de suivre en live le témoignage d’un miraculé. Un orateur centrafricain, mort durant une guerre civile, rescapé de l’enfer et témoin du paradis, finalement ramené à la vie le septième jour. Hum, donc  il fallait être aux premières loges pour écouter la description du paradis et de l’enfer. Praise the Lord.

J’ai toujours rêvé de séduire cette charmante et sensuelle gazelle de mon école, cette rarissime perle de l’Institut des Hautes Études des Relations Internationales et Stratégiques. Bah, une stratégie était aussi de se rendre à cette église, faire bonne figure, et… suivez mon regard.

  • Aphtal, allons à l’église

Il sonnait déjà 19h, lorsque j’arrivais au lieu de rendez-vous ! Enfin, à l’église internationale des rachetés de Dieu et privilégiés du Royaume. Moi je ne suis pas perdu, je n’ai jamais été égaré pour être racheté ! Qu’importe, j’étais là pour trouver une divine créature, perdue dans les hauts murs de cette église. Le service d’accueil était impeccable, et je crois que mon élégance me valut une chaise à l’avant, sous un brasseur. Alléluia ! Le temple était somptueusement décoré, l’estrade indescriptible, et les matos de la fanfare était à rendre l’ouïe à tout sourd.

Un regard rapide dans la salle me permet de localiser Belinda, gracieusement assise entre la chorale, et un autre groupe. Je devais faire du zèle : danser plus que les autres fidèles, bêler les cantiques plus haut que la fanfare (même si je ne connais aucun chant), et répondre « Amen » plus profondément que le traducteur de l’orateur invité centrafricain, ramené à la vie, dépositaire des plans du paradis.

Après de longues minutes d’intenses adorations la foule se calme enfin, et l’orateur centrafricain est invité à prendre la parole. Il  commence son récit dans la langue du Saint-Esprit. J’espère n’avoir point blasphémé ; tous les pasteurs et prophètes de Lomé qui prétendent parler en « langues », s’expriment en Lingala. Depuis, je me dis que le Lingala est la langue officielle du Royaume Céleste. Alléluia.

L’orateur se lance alors dans un récit passionnant, traduit au fur et à mesure en français par son interprète personnel, et rapidement repris en Ewé par l’interprète attitré de l’église. En tout cas, j’ai vraiment adoré la description du paradis ! On aurait cru que les trois hommes y étaient (l’orateur et les deux interprètes). Mais bon, est-il que je me suis décidé à aller au paradis, pas de l’autre côté ?

Je pensais la séance levée, tellement j’avais hâte de coincer Belinda quelque part avant de m’en aller, lorsque le Pasteur principal annonce une séance de guérison et de prière. « Que ceux qui veulent se décharger d’un fardeau viennent devant », débuta le Pasteur. En quelques minutes, les rangées se vident et une foule compacte était à l’avant, attendant l’onction. Les deux oints de Dieu, le Pasteur principal et l’orateur invité centrafricain, se mettent à prier, et à scander des paroles incantatoires. Certains fidèles tremblent, vacillent puis s’écroulent, sous l’effet de « la puissance du feu de Dieu ».Ensuite, le Pasteur annonce :

« Ceux qui refusent de se décharger de leur fardeau, ceux qui se cachent avec leur mauvais esprits, seront tous délivrés ce soir, qu’ils le veuillent ou non ! ».

A ces mots, les deux  chasseurs d’esprits quittent l’estrade, traversent la foule des déjà-délivrés, pour nous traquer, nous qui avons refusé de déclarer l’esprit malin que nous abritons. C’était un peu comme une partie de jeu d’échecs, niveau professionnel : personne touchée, personne écroulée.

C’était délicat, car dans notre rangée, nous n’étions que trois à protéger le diable qui est en nous, et vu que je suis en début de la rangée, c’était clair qu’ils allaient m’anéantir, moi et mes diables. Alternative : trembloter quelques instants puis m’écrouler rapidement pour leur donner satisfecit, ou résister, entrer en guerre contre leur « esprit saint », garder le malin qui est en moi. Dans les deux cas, comment serais-je perçu par Belinda ?

L’orateur centrafricain ne me laissa pas le temps de répondre à cette interrogation. Sa main droite, moite me toucha le front, et je sentis une pression s’exercer sur moi. C’était comme si je me bagarrais avec un semblable qui décide de me pousser à terre ! En bon Kotokoli, j’oppose une résistance à la pression. Cette dernière se fait de plus en plus grande, à grand renfort d’incantations, et de prière en Lingala :

« Yézali na délivré ce petit garçon, oh Kristo mboté kitoko, na pénétré fiston là, pourque sové âme ya solo … Oh Seigneur, ribabababa ratotototo yé ka Agir, doux Yéssu»

J’étais toujours debout ; l’orateur centrafricain dépose le micro, pour me pousser des deux mains. « holy ghoooost, fiiiiiiiiiiiiiiiiiire », scanda t-il en me poussant de toutes ses forces avec ses deux mains, comme dans le geste que fait Sangokou en lançant le Kaméhaméha, ou Naruto pour le Razengan. Si je n’avais rien mangé cet après-midi là avant de me rendre à ce culte, je serai tombé depuis. Je repousse ses maisn avec violence, puis me dirige vers la sortie. Le Centrafricain hurla alors dans ma direction :

« Esprit malin, tu n’auras pas raison de moi, jeune homme tu ne partiras pas d’ici sans avoir été délivré, au nom de Jésus. Tu ne franchiras pas cette porte, esprit démoniaque »

J’eus un léger sentiment de honte, à cause de tous ces regards incrédules braqués sur moi. Surtout les beaux yeux d’amende de ma Belinda qui me regardait inquiète.

« Pasteur, au nom de Dieu moi je franchirai cette porte ! Au nom de Dieu ! », répondis-je en sortant. « VADE RETRO, SANTANNA », marmonna t-il ! En guise de réponse, je fis juste le signe de croix, espérant avoir été pardonné par Dieu lui-même.

Que Belinda aille au diable. Je ne roulerai jamais par terre pour faire plaisir à un quelconque pasteur. Si j’étais animé d’esprit malin, je serai tombé depuis, sans qu’il n’ait besoin même de me toucher personnellement ! Je me demande même si l’esprit Saint était en ce lieu.

Je retourne tranquille chez moi, avec mon diable au corps, et un léger regret de la tournure des évènements. N’empêche ! J’ai à présent la conviction de ma divinité, et me suis reforgé une conception de ces églises de rachetés, des égarés et retrouvés ! Pourquoi ne pas rester dans l’étable ? Pourquoi faire partie du troupeau têtu, qui part, et qui oblige le Maître à aller à sa recherche ?

Pour la petite histoire, depuis cet évènement, jusqu’à notre licence, Belinda ne m’a plus jamais dis bonjour ! M’en fous, au moins je me suis essayé en droit parlementaire.

J’ai dit !

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Dans le Silence, on n'entend plus que l'essentiel

Auteur·e

L'auteur: Aphtal CISSE
Togolais de nationalité, citoyen du monde par nature et juriste de formation. Les seules règles que je respecte sont celles que je me fixe moi-même! Et la première d'entre elles, est le RESPECT! Pour le reste, que les bénédictions soient!

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